Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…
Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…
Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…
Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…
Dans Petite théologie pas très sérieuse : des petites réflexions personnelles sur la théologie, al foi, la spiritualité…
Dans Bible : des méditations sur certains textes bibliques et prédications
Dans Théo en culture : une relecture théologique complètement subjective de livres, films et autres…
Dans Humeurs : comme le titre l’indique, mes joies et mes coups de gueule…
Dans Les mots de la théologie : à partir d’un mot de notre jargon, une méditation
Dans Actualité paroissiale : les différentes manifestations de la paroisse réformée d’Évreux
Dans Citation : des extraits d'auteurs exprimant des choses bien mieux que je ne saurai le faire
Dans Réponses : des réponses à des questions esquissées au fil des commentaires
Dans Prières : ben euh, à votre avis ?
La position officielle du protestantisme ou de l’Église Réformée de France, mes propos me sont personnels et n’engagent que moi. En aucun cas, je ne suis mandaté pour parler au nom de l’E.R.F et encore moins du protestantisme. Toutefois, c’est en protestant que je réagis la plupart du temps…
Il va également de soi que rien de la dimension relationnelle de mon ministère n’aura sa place ici…
Marc VI, 30 à 44
Lettre de Pierre, l’un des douze, à Nichanor, l’un des sept, chargé du service des tables.
Cher Nichanor,
Tout d’abord je veux te remercier pour tes services. Sache combien tout ce que tu fais est précieux pour notre communauté. Nous savons que le service des tables, l’intendance, la gestion des biens est important et que ce n’est certainement pas un service mineur
J’entends bien les difficultés dont tu me parles. Depuis la mort d’Etienne et votre dispersion dans le pays, la générosité de nos frères ne suffit pas toujours, les services sont difficiles à organiser et la gestion, pénible. Je sais combien tu te sens démunis, pauvre et faible…
Tu as certainement déjà entendu les récits de ce jour où notre Seigneur Jésus a nourri une foule immense avec quelques pains et quelques poissons.
Pourtant cette histoire, je veux te la raconter encore. Te la raconter telle que nous l’avons vécu.
C’était un beau soir de printemps, l’herbe était verte encore, et fraîche. Le temps encore doux. C’était un beau soir de printemps, mais nous ne profitions pas vraiment de la douceur du soir ni des premiers reflets roses du crépuscule. Nous étions harassés, épuisés de fatigue. Nous revenions de mission et Jésus avait bien senti notre fatigue et il nous avait proposé de partir à l’écart pour nous reposer, mais partout, les foules nous suivaient. Nous avions même repris les bateaux pour aller plus loin encore, mais la foule nous avait suivi. Et Jésus s’était laissé émouvoir et il les enseignait. Et comme toujours, ses paroles étaient fécondes, riches, réconfortantes et personne ne voyait le temps passer. Et le soleil descendait à l’horizon. C’est Jacques qui m’a fait un signe et j’ai compris son inquiétude. Le maître parlait et le soir tombait. Qu’allait faire cette foule ?
Alors, j’ai osé interrompre le maître pour lui suggérer de renvoyer les foules. Il a souri : « donnez leur vous-même à manger ». C’était de la folie, même avec deux cent pièces d’argent, nous n’aurions pas eu assez pour nourrir la moitié de cette foule. Et même si nous avions eux ces deux cent deniers, où aurions nous trouver assez de pain à acheter ?Nous n’avions pas assez de nourriture, pas assez d’argent, pas assez de temps, pas assez de forces…
Nous avons dit à Jésus qu’il nous demandait l’impossible. Mais il nous a ordonné « allez faire l’inventaire de ce que vous avez ». Cinq pains et deux poissons. Ce n’était rien. Mais il nous a commandé : « installez la foule ». Je ne t’apprendrai pas, Nichanor, combien il est difficile d’organiser un repas, de pousser les gens à s’installer pour mettre en place une distribution. Alors, tu imagineras sans peine combien de temps cela nous a pris pour organiser des groupes de 100 et de 50, les déranger dans leurs discussions, les faire patienter, les empêcher de se disperser. Ah, il ne suffisait pas d’agiter une clochette en criant « A table »…
Et pendant ce temps-là, Jésus ne chômait pas non plus. Il partageait le pain et les poissons, encore et encore. Et il nous les donnait afin que nous le distribuions jusqu’à ce que tous soient nourris. Comme tu l’imagines, le repas à duré tard et à la fin, vraiment, nous étions sur les rotules.
Trop fatigués même pour nous émerveiller : avant le repas, nous avions 5 pains et deux poissons à nous partager, après, il nous restait un plein panier chacun…
Mais vois-tu, Nichanor, ce que je garde de cette journée, c’est beaucoup plus qu’un panier de pain et de poisson, beaucoup plus même que le souvenir de 5000 hommes rassasiés, beaucoup plus que la fatigue sereine du service accompli. Ce que je garde de cette journée, c’est qu’alors que nous comptions nos manques, nos faiblesses, nos limites, et que ce bilan nous paralysait, Jésus, lui, nous a demandé de regarder ce que nous avions. Et à partir de cela, il nous a envoyés.
Nichanor, mon ami, mon frère, quand tu es appelé au service, ne regarde pas ce qu’il te faudrait, ce qui te manque, regarde plutôt ce que tu as.
Et pour ce qui est du manque, aie confiance, Dieu qui s’en occupera…
Prédication du 15 janvier 2012
Luc XIV, 1 à 6
Cela sentait bon chez Samuel, ce jour-là : un délice de viandes grillées et d’épices. C’était un belle journée et le repas s’annonçait bien. Il faut dire que Samuel avait fait les choses en grand, il avait invité bien sûr les autres pharisiens, ceux de son parti, mais aussi toute les personnalités importantes du village, les plus riches, les plus influents. Je crois qu’il voulait vraiment impressionner ce rabbi venu de Nazareth, ce Jésus…
Enfin, moi, les histoires de religion, c’est pas trop mon truc, vous savez. J’étais plus intéressé par ces chevreaux qui rôtissaient, par ces tables recouvertes de gâteaux au miel, par ces gens importants qui défilaient…
Vous demandez sans doute ce que je venais faire là-dedans. Eh bien c’est Nathan qui m’avait fait inviter. Nathan et moi, depuis l’enfance, on est inséparables. Nos maisons étaient côte à côte et d’aussi loin que je me souvienne, on a toujours été amis. Et pourtant, c’est difficile de faire plus différent que nous deux. On vient du même niveau social, on est des enfants d’ouvriers agricoles, on a eu la même éducation et pourtant, je me dis souvent que Nathan et moi, c’est le jour et la nuit… Lui, il a toujours eu le contact facile, il a toujours su être à l’aise avec les gens, briller en société, il n’a jamais eu peur. Alors que moi, quand on me parle, je bredouille, je peine à trouver un truc intelligent à dire… Je voudrais disparaître… Oh, ce n’est pas que je n’aime pas les gens, c’est plutôt que je ne me sens jamais à ma place.
Et bien sûr à ce grand repas chez Samuel c’était comme toujours… Je ne sais pas comment Nathan nous avait dégotté des invitations et j’étais content d’être là, fasciné par tout ce luxe, par tout ce beau monde. J’étais content mais je n’avais qu’une seule peur, c’est de me tourner en ridicule, d’étaler là toute mon ignorance, tout mon malaise. Alors, je m’étais dégotté un petit coin tout au fond de la salle, un endroit où je serais vraiment à ma place : invisible.
Et de là, j’observais. J’observais Jésus qui discutait avec les pharisiens, et j’observais Nathan qui naviguait dans cette foule comme un vieux loup de mer, de sourire en salutation, d’embrassades en discussion il se dirigeait tranquillement vers les premières pace, toujours plus proche de Samuel, et de Jésus. Et je l’admirais, et une fois de plus j’enviais son aisance et son assurance.
Et puis d’un seul coup, Jésus s’est interrompu dans sa discussion avec les pharisiens et il s’est tourné vers les invités…
Luc XIV, 7-11
Quand j’ai entendu ça, c’est comme si le monde s’effondrait autour de moi. Quelque chose de nouveau s’ouvrait : alors on pouvait être reconnu même quand on était sans importance, on pouvait être vu, même quand on était invisible, on pouvait être entendu même quand on ne savait pas parler. Alors le Royaume de Dieu, ce n’était pas le festin des héros et des saints mais un repas où aucun invité ne reste dans l’ombre, ou le plus petit, el moins important est vu, considéré et aimé…
Et puis j’ai regardé Nathan qui s’était figé. Et j’ai vu qu’il pleurait. Bien sûr, il avait bien compris que Jésus parlait pour lui. Mais en le regardant, j’ai aussi vu du soulagement en lui. Et j’ai découvert chez mon ami quelque chose que je n’avais encore jamais vu… Toute son aisance, toute son assurance, en fait c’était un masque. On était beaucoup plus proche que je ne l’aurai jamais cru…
Lui aussi, il rêvait d’être reconnu pour ce qu’il était, d’être aimé pour lui-même. Lui aussi, il avait peur du regard des autres, et s’il a bien entendu l’avertissement de Jésus, il a reçu aussi sa promesse : « quand tu es à la dernière place, il y a toujours quelqu’un pour te voir, pour te dire « mon ami, monte plus haut », tu n’es plus obligé de toujours jouer des coudes pour t’élever. « Mon ami, monte plus haut ». Cette promesse de Jésus m’a délivré, ce jour là ; mais je crois qu’elle a délivré Nathan, plus encore…
Amen
J'ai toujours préféré les comics Marvel à ceux de DC. Pourtant ma rencontre avec les superheros s'est faite avec Superman (le Donner de 1978). Mais,
si Batman trouve grâce à mes yeux (en grande partie grâce au Dark Knight de F. Miller), Spiderman, les X-men et consorts restent mes favoris. Bien sûr, la meilleure distribution de Marvel en
France n'est sans doute pas étrangère à cette préférence. Mais je crois que c'est surtout parce que pendant que Superman confronte s superpuissance à des menaces cosmiques, Spiderman lave son
costume au lavomatic du coin et les xmen jouent au baseball. Bref, les surhommes Marvel sont plus humains que super c'est ce qui fait leur intérêt. Un truc qu'ont bien compris les scénaristes
du Captain America de Johnston qui passe bien plus de temps à nous présenter Steve Rogers qu'à nous montrer les exploits de son alter ego costumé.
À mes yeux, c'est une très bonne idée. Sauf que du coup, disparaît la dimension évangélique du personnage. Dans le film
comme dans la BD, le frêle Steve Rogers se voit innoculer un serum qui fait de lui un "super-soldat" . Mais alors que le film nous montre à quel point l'intégrité, la ténacité, la générosité du
jeune homme le prédisposent à devenir un héro. Dans la BD, la seule raison pour laquelle Roger est
sélectionné, c'est sa faiblesse. Le film nous parle de récompense, la BD nous parle de consolation. En cela, je crois la BD plus évangélique, plus dans la lignée des béatitudes (Luc 6 ; 20-26) ou de la parabole du pauvre Lazare(Luc
X16 ; 19-31).
Évangélique aussi cette idée qu'un cadeau que l'on n'a pas mérité va transformer notre attitude. Steve Roger ne devient pas Captain America parce qu'il en est digne. Il devient digne d'être Captain America parce qu'on fait de lui Captain America. Je ne reçois pas la grâce parce que je m'en montre digne, ou capable. Je la reçois au delà de mes capacités, malgré moi, contre moi, même. Mais cette grâce me transforme, elle me conforme. Elle fait de moi une créature nouvelle. Calvin aurait parlé de sanctification. Plus vraisemblablement, il aurait interdit la lecture des comics aux pasteurs.
Prédication du 4
décembre 2011
II Pierre III, 8 à 14
Marc I, 1 à 8
Esaïe XL, 3 à 11
Je dois avoir l'esprit mal tourné : je lis une des plus célèbres prophéties d'Esaïe, une prophétie reprise par les quatre évangiles et je me dis que si je publiais un recueil des perles de l'Ecriture Sainte, un bêtisier biblique, cette prophétie y tiendrait une place de choix.
En effet, sur cette terre dont les vallées auraient été élevées, dont les montagnes et les collines auraient été abaissées, dans ce monde tellement aplani qu'à côté, la Belgique ressemblerait aux Alpes Suisses, je me demande un peu sur quel sommet Jérusalem pourra s'élever...
Mais ce persiflage un peu stupide me pousse à me concentrer sur la topographie du texte.
En effet, vous avez peut-être remarqué que cette prophétie d’Esaïe n’est pas une théophanie, c'est-à-dire une apparition de Dieu, classique. D’ordinaire, quand Dieu apparaît, quand sa gloire resplendit tout est bouleversé. Ici au contraire, il s’agit d’aplanir, d’élever pour que la gloire de Dieu apparaisse. Puisque nous sommes appelés à faire de l’aménagement du territoire, et ne pas le faire dans la subtilité, observons un peu la topographie.
Oh bien sûr, nous n'allons pas nous plonger dans la géographie d'Israël. Je ne crois pas que ce passage lui soit à ce point lié. Non, je vous invite à un usage plus littéraire de la topographie.
Vous savez que les poètes se sont plus à imaginer l'amour comme un pays et , après Magdeleine de Scudery, on s’est plus à tracer la carte de Tendre avec son fleuve Inclination et son lac de l’Ennui, une carte reprise par Moustaki…Et puisque je suis dans la variété française, peut être certains d'entre vous connaissent-ils Natacha, cette jolie chanson de François Béranger où il décrit le corps de sa bien aimée comme un pays.
Après les monts après les plaines
On arrive dans un pays
Où les mots ne veulent plus rien dire.
Un pays où je crois voir ton visage
Avec ta bouche qui s’entrouvre,
Avec tes yeux qui cherchent l’ombre
Ce matin, nous ne parlerons pas de l'amour mais je vous propose de cartographier nos vies.
Oui, essayons de voir notre vie comme un pays ou comme un voyage, et d'en dessiner la carte. Ne nous préoccupons pas trop de la Terra Incognita de notre avenir mais regardons notre vie passée et présente. Survolons là un instant. Nous y verrons, je pense, de riantes prairies et de vertes collines, ces souvenirs heureux, ces moments de joie, de sérénité et de confort. Sans doute, également les montagnes majestueuses de succès durement gagnés nous rappelleront l'effort de la marche et la fierté et la plénitude du sommet atteint. Dans cette visite de notre vie, n'hésitons pas à revoir les déserts de solitude par lesquels nous sommes passés, temps de trahison ou d’abandon. Survolons ces temps de maladie ou de deuil qui ont été nos vallées d’ombre et de mort. N’oublions pas ces dangers, ces embûches qui ont longé notre chemin comme autant de précipices. Je pourrais évoquer encore les sombres forêts du doute ou de l’errance, les steppes de l’ennui et de la monotonie.
Et parce que nous ne vivons pas seuls notre vie, je vous invite à l’imaginer comme un pays plutôt que comme un chemin, en effet d’autres vies la croisent et partagent nos moments…
Il manque quelque chose à cette carte : le réseau hydrologique. Oui, rappelons nous du flot de paroles qui a baigné notre vie. Les paroles fécondes qui ont enrichi et nourri notre vie. Les paroles blessantes et dures qui nous abîmés et ravinés. Celles dont nous avons cru qu’elles nous définissaient. Les paroles mensongères qui nous ont entraînés dans d’invraisemblables méandres… Toutes ces paroles nous ont sculptés, modelés comme les fleuves et les rivières dessinent un pays…
Maintenant que nous avons mentalement tracé la carte de notre vie, ou tout du moins, envisagé celle-ci comme un pays, entendons la parole de Dieu que la Bible a fait résonner jusqu’à nous à travers Esaïe puis les évangiles.
Que tout vallon soit relevé,
que toute montagne et toute colline soit rabaissées
Cela signifie-t-il que notre vie ne vaut rien, qu’il nous faudrait en lisser tous les contours, en oublier tout ce qui fait qu’elle est notre vie, notre histoire ? Je ne crois pas. Il nous faut entendre dans quel but proclame la voix : « Alors la gloire du Seigneur sera dévoilée. » Il s’agit donc de voir la gloire de Dieu, c'est-à-dire son poids, sa présence.
Si Esaïe ne décrit pas à proprement parler une théophanie, c’est qu’ici, il n’est pas question d’une arrivée de Dieu qui renverserait tout dans notre vie, mais plutôt de nous aider à mieux vivre notre vie, à nous recentrer sur ce qui est au centre
En effet, il est vrai que cette topographie de notre vie nous masque souvent la présence de Dieu. Nous nous plongeons dans la riante verdure des collines de nos bonheurs, nous enivrons de l’altitude de nos succès, nous sombrons dans les ténèbres de nos vallées de morts, nous agonisons dans nos déserts. Et tout cela ne nous aide pas vraiment à voir la présence de Dieu dans nos vies…
Eh bien cette parole vient nous aider à relativiser la géographie de notre vie, à en relativiser les échecs et les victoires. Pas à les effacer mais à rappeler que la carte toute entière de notre vie est l’abri d’une haute montagne, bien plus haute que nos propres sommets ne sont élevés, bien plus haute que ne sont profond nos ravins. Et que de cette montagne, une Parole descend vers nous, que nous l’entendons au dessus de la cime de nos succès, qu’elle descend au plus profond de nos gouffre, une Parole bien plus forte, bien plus solide, bien plus durable que toutes les paroles d’homme qui nous ravinent ou nous abreuvent, cette Parole nous dit, te dit « Tu es aimé, tu as du prix à mes yeux et pour toi, je donne tout ».
Je ne sais pas si nous parviendrons à porter ainsi notre regard un peu plus haut que notre vie, je ne sais pas si nous parviendrons toujours à entendre cette parole. Mais ce matin, que la prophétie d’Esaïe nous soit comme un panneau indicateur. En effet, nous vivons ce temps de l’Avent comme un chemin. Mais que ce ne soit pas pour nous le parcours du combattant qui, de courses de Noël en préparatifs de fête, nous conduit au réveillon. Tout ça peut-être très bien et très sympa, mais laissez cela au mois de décembre, évitez cette confusion des genres que nous imposent notre société… Que l’Avent soit pour chacun de nous, le temps du chemin que nous ouvrons au milieu de vie pour notre Seigneur qui vient.
Où que nous soyons sur la carte de notre vie, voici le Seigneur Dieu. Que dans cette venue, les plus petits, les plus fragiles se sentent porté, que celles et ceux qui en ont besoin se sentent nourris et apaisés. Frères et sœurs, notre Dieu vient à nous.
Amen
Prédication du
27 novembre 2011-11-27
Esaïe LXIII-16 à LXIV, 7
II Corinthiens V, 14-21
Pour une bonne manière de se plaindre à Dieu. le titre de ma prédication. En ce premier dimanche de l’Avent, apprenons à nous plaindre..
En effet, je crois que nous ne nous plaignons pas assez. Ou peut-être que nous nous plaignons trop mais au bon endroit, pas à la bonne personne.
Notre vie est peuplée de récriminations. Nous nous plaignons de notre conjoint, de nos enfants, de nos parents, de nos voisins, de nos dirigeants, de nos employés, de nos patrons, de nos collègues, de notre pasteur, de nos paroissiens, de notre Eglise, de nos robinets qui fuient, de nos voitures qui nous lâchent, de notre corps qui flanche, de temps qu’il fait, du temps qui passe… Et la liste pourrait être encore longue.
Oui, nous nous plaignons beaucoup, nous nous plaignons chaque jour. Et le dimanche matin, à 10h30, quand nous arrivons au temple, quand l’orgue joue ses première mesure, youkaïdi, la vie est belle et tout n’est plus que louange, action de grâce et confession de foi. C’est sans doute très bien, mais il devient difficile de croire que notre culte s’inscrit au cœur de notre vie.
Pourtant, la Bible est pleine de plaintes, de lamentations, de cris de détresse. Alors, ce matin, avec Esaïe apprenons à nous plaindre à Dieu, et peut-être même à nous plaindre de Dieu.
C’est une époque dure qu’évoque le prophète, les villes saintes ne sont plus que désert, Jérusalem est dévastée, le Temple a été incendié. Et, dans ce temps de désolation, on se rappelle des jours anciens, des jours où Dieu était forcément présent, où le ciel était forcément plus bleu, où tout allait forcément mieux. Oui, à première lecture, nous avons l’impression qu’au milieu de ces ruines, Esaïe fait comme nous au milieu de nos malheurs, il regarde en arrière, il évoque le bon vieux temps.
Puisque nous décelons une ressemblance dans nos plaintes, puisque nous nous reconnaissons alors dans Esaïe, profitons-en pour mieux voir nos différences…
Que demandons-nous à Dieu au milieu des ruines de nos échecs ou de nos malheurs ? Quels cris poussons nous vers lui lorsque tout s’effondre autour de nous ? Lorsque les choses vont mal dans nos vies, dans notre société, dans notre Eglise, nous nous tournons vers Dieu et nous le supplions : « Viens remettre de l’ordre, viens réparer, viens guérir ! » Esaïe, lui, gémit : « Nous sommes ceux sur qui tu n’exerces plus ta souveraineté, ceux sur qui ton nom n’est plus appelé ». Sa supplication serait plutôt « sois à nouveau notre Dieu ». Il y a une différence énorme entre « Seigneur, ma vie part à vau-l’eau, viens passer un coup de balais et réparer ce qui est brisé » et « Seigneur, ma vie part à vau-l’eau, vient me conduire et me diriger ».
En effet, la cible de notre plainte, c’est l’autre : celui qui me fait du mal, mon voisin ou l’étranger, le sort, la société le monde. Nous nous plaignons de quelqu’un ou de quelque chose .
Mais dans Esaïe, la cible de la plainte d’Israël, c’est Israël lui-même. Esaïe n’accuse pas l’autre de son malheur, mais lui-même.
Deux mises en garde : D’une part, il ne s’agit certainement pas d’aller asséner à celui qui se plaint qu’il ferait mieux de se plaindre de lui-même. Ca c’est l’attitude des amis de Job et elle est condamnée par Dieu. L’enseignement de la Bible est à appliquer à nous-même et non pas aux autres. Une vieille histoire de paille et de poutre…
Attention également à ne pas conclure que si il nous arrive des malheurs, c’est parce que nous nous sommes détournés de Dieu. Esaïe rappelle les délivrances de jadis, l’action de Dieu pour son peuple. Or si Dieu pouvait délivrer son peuple à l’époque où celui-ci était fidèle, c’est bien que cette fidélité n’empêchait pas le malheur de frapper. La différence c’est qu’à cette époque, la délivrance arrivait.
Nous ne devons donc pas entendre dans ce texte que si nous sommes frappés par le malheur, c’est parce que nous nous sommes détournés de Dieu. Mais plutôt que c’est parce que nous nous sommes détournés de Dieu que le malheur qui nous frappe nous abat, nous pétrifie, nous anéantit…
En effet, Esaïe se plaint moins du malheur d’Israël que de sa révolte qui l’empêche de dépasser son malheur : « Pourquoi nous fais-tu errer loin de tes chemins et endurcis-tu nos cœurs ? »
« Pourquoi nous fais-tu errer loin de tes chemins et endurcis-tu nos cœurs ? » Et là nous bondissons. Parce que là, nous n’entendons qu’une chose : Esaïe reproche à Dieu la révolte de son peuple. Esaïe accuse Dieu d’être un pervers. En effet, conduire le peuple à la révolte pour ensuite le punir de s’être révolté, c’est quand même particulièrement retors. Quel horrible Dieu que celui-ci !
Sauf que dans la bouche d’Esaïe, il n’y a aucune accusation, aucune révolte, aucun procès, aucun jugement contre Dieu, juste une supplique. Je crois qu’il ne nous faut rien entendre d’autre dans ce « Pourquoi endurcis tu nos cœurs » qu’une formidable humilité.
En effet, lorsque nous nous révoltons contre Dieu, nous voyons notre « non » à Dieu comme l’expression de notre liberté, de notre identité même. Après tout, nous savons bien que les enfants se construisent en disant « non », que le premier pas vers l’autonomie, c’est toujours un « non ». Dire « non » à Dieu c’est affirmer notre choix, notre contrôle sur notre vie. Lorsque nous disons « non » à Dieu, nous affirmons avec le Satan de Milton qu’il vaut mieux régner en enfer que servir au Paradis. Ma révolte contre Dieu c’est la seule chose qui soit à moi, alors j’y tiens, je m’y accroche.
Eh bien Esaïe, lui, affirme « même ma révolte contre Dieu ne m’appartient pas, même mon cœur qui se raidit contre Dieu de toutes ses forces ne m’appartient pas »
Je ne crois pas qu’il faille chercher dans cette affirmation d’Esaïe une réponse à l’énigme du mal. En revanche, nous devons l’entendre pour ce qu’elle est, une affirmation de la totale souveraineté de Dieu, une abdication de tout orgueil humain.
Bien sûr cela nous paraît dur à entendre, et pourtant c’est bien ce qui introduit la conclusion de la supplique, « c’est nous l’argile, c’est toi qui nous façonne »
Le texte est un ensemble compris entre deux affirmations « Notre père, c’est toi ». Au début, nous étions pétrifié, endurcis, figé et, sur cette dureté, sur cette pétrification, tout semblait condamné à s’arrêter. Et à la fin de cette supplique nous revoilà devenu argile, souple, une argile dont Dieu peut faire une créature nouvelle.
Frères et sœur, en cette période de l’Avent, qu’éclate tout ce qui nous sclérose et nous pétrifie et que le Dieu qui vient fasse de nous une argile souple, une argile dont il pourra faire une nouvelle créature
Amen
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
Commentaires