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Les murailles de Jéricho

5 Novembre 2013 , Rédigé par Eric George

Les murailles de Jéricho

Prédication du 3 novembre 2013

Josué VI, 1 à 20

Luc XVIII, 35 à XIX, 10

Jéricho était fermée et barricadée devant les enfants d’Israël.

Plusieurs siècles plus tard, Hérode, en reconstruisant la ville, a-t-il encerclé de remparts les palais et les palmiers de sa résidence d'hiver ? Sans doute pas. Pourtant, tout comme Josué bien longtemps avant lui, Jésus va se voir confronté à de véritables remparts, des murailles humaines qui se dressent entre lui et l'aveugle Bartimée, entre et lui et le collecteur d'impôts Zachée.

Oui que ce soit dans le premier ou dans le nouveau testament, Jéricho est la ville des murailles et ce matin, c'est sur ces murailles que nous allons réfléchir.

A l'époque de Josué, ce sont des fortifications classiques qui s'élèvent face au peuple, fortifications de pierres pour se protéger de l'étranger, pour montrer sa puissance... Ces murs de refus de l’autre, ces murs de haine et d’orgueil, nous savons bien que Dieu ne les aime pas et qu’il veut les faire tomber. Les faire tomber quand elles se dressent devant nous, les faire tomber aussi quand nous les avons dressées autour de nous.

Mais nous savons bien élever d’autres formes de murailles, moins évidentes mais tout aussi infranchissables

A l'entrée de Jéricho, Jésus croise un SDF, un de ces types que nous tenons à la périphérie de nos villes, dans nos banlieues, parce que sa misère est trop dérangeante, parce qu'il est trop bruyant. Je sais bien que Bartimée n'est pas un SDF, mais finalement, cet homme que la cécité réduit à la mendicité occupe bien, dans ce texte, la place que notre société laisse aux SDF, aux zonards, à ceux contre lesquels nous nous protégeons non plus par des murailles mais par un mobilier urbain spécialisé, accoudoirs interdisant de s'allonger sur un banc, plan incliné empêchant de s'installer contre une vitrine... On les voit de plus en plus dans nos villes, ces remparts qui ne disent pas leur nom, ces mesures anti-Bartimée.

Oh, on ne les voit pas encore dans nos Églises pourtant, ne dressons nous pas nos propres murailles humaines contre ceux qui nous dérangent, ceux dont la spiritualité est trop exubérante, trop bruyante ?

Et puis, ce Bartimée qui parvient à élever la voix au-dessus de la muraille humaine, me fait penser à un autre type de rempart, plus insidieux, le mur de paroles que nous bâtissons, nous dont la parole est autorisée, nous qui sommes à l'aise avec les mots. Remplir tout l'espace est une autre manière de bâtir, parfois même sans le vouloir, un rempart qui tient l’autre à distance…

Au cœur de la ville, dans les beaux quartiers, vit un autre homme, tout le contraire de Bartimée, il n'est pas aveugle, il cherche à voir, il ne mendie pas, il est riche, il n'est pas assis au bord de la route, il grimpe aux arbres. Et pourtant, Zachée, cet anti-Bartimée, va se trouver confronté à la même muraille humaine.

Cette fois, le mur n'est plus celui du mépris, mais celui du jugement. Zachée est un pécheur. Il est collecteur d'impôt, il travaille pour l'envahisseur romain. Et c'est vrai. Il est riche, il doit donc nous voler. Et c'est vrai. Et on comprend bien pourquoi Zachée n'ose pas se frayer un chemin à travers cette foule qui le condamne, et nous voyons bien que le jugement peut devenir une muraille infranchissable entre le pécheur et la Bonne Nouvelle de son salut. Et nous pouvons nous poser la question combien de Zachée tenons-nous à distance ? Combien restent cachés dans le feuillage de leur sycomore pour regarder de loin un évangile qui leur reste inaccessible ?

Je sais bien que ce n'est pas ce que nous voulons. Je sais bien que les peurs de ces Zachée sont injustifiées et qu''ils ne prendraient aucun mauvais coup en poussant nos portes. Mais si elles sont injustifiées, ces peurs, sont-elles vraiment sans fondement ? Nos Églises n'ont-elles pas des propos publics qui expliquent ce malaise, ce sentiment d'être jugé, voire condamné. Sommes-nous si sûrs de ne pas apparaître comme club très sélectif que l'on ne pourrait rejoindre qu’à condition d’avoir la bonne foi, le bon discours et le comportement adéquat ?

Pour une fois cessons de nous identifier à Zachée ou à Bartimée, et acceptons de nous reconnaître à travers cette foule grondante et murmurante... Nous sommes pierres vivantes, mais quel édifice construisons-nous ? Une maison ouverte et accueillante ou une imprenable forteresse ?

C’est vrai que c’est un constat difficile, douloureux même, c’est vrai que voir ces murs que nous devenons nous fait mal. Mais c’est une chance que cela nous fasse mal, c’est une chance que, contrairement aux habitants de Jéricho, nous ne soyons pas fiers des murailles que nous avons élevée. C’est une chance car cela nous permettra d’entendre plus facilement cette parole de Dieu qui vient briser les murs. Car dans ces textes, c’est toujours une parole de Dieu qui renverse les murs ou qui crée une brèche. La corne de bélier représente la voix de Dieu qui s’adresse à son peuple, Jésus demande qu’on lui amène Bartimée, puis il brise la peur et la honte de Zachée par cette simple parole « Je dois venir manger chez toi ». Alors ne désespérons pas et demandons à Dieu de nous aider à renverser ses murailles que nous élevons.

Frères et sœurs

Dieu hait les haies

Qui sont des murs.

Dieu hait les haies

Et les mûriers

Qui font la haie

Le long des murs.

Dieu hait les haies

Qui sont de houx.

Dieu hait les haies

Qu’elles soient de mûres

Qu’elles soient de houx !

Dieu hait les murs

Qu’ils soient en dur

Qu’ils soient en mou !

Dieu hait les haies

Qui nous emmurent.

Dieu hait les murs

Qui sont en nous

(d’après Raymond Devos)

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Rott 06/11/2013 15:58

Pasteur Eric : "Pour une fois cessons de nous identifier à Zachée ou à Bartimée, et acceptons de nous reconnaître à travers cette foule grondante et murmurante...".
Il est vrai que la tendance naturelle est notre propre identification avec Zachée (nous sommes des aveugles) ou Bartimée (nous sommes bien peu) !
Je n'aurais pas songé à m'identifier avec la foule des biens pensants, avec ses idées toutes faites. J'ai la vérité [mes dogmes] !!!!, [comme dans les sectes ou l'on pense pour nous], c'est comme cela, pas autrement... Alors qu'à la réflexion, nous sommes souvent des objets de scandales, [Mt - 18 : 07], avec le fait d'avoir toujours "la bonne foi, le bon discours et le comportement adéquat".

Bien vu.

Rott