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Le crime de Sodome

6 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #bible, #réfugiés, #Loth, #Sodome

Voici quel a été le crime de Sodome. Elle avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et dans une insouciante sécurité, elle et ses filles, et elle ne soutenait pas la main du malheureux et de l’indigent.

Ezechiel 16, 49

Le crime de Sodome

Prédication du dimanche 6 septembre 2015

Genèse 19, 1 à 28

Ezéchiel 16, 48 à 50

Matthieu 25, 31 à 46

Ces jours ci, le récit du sort de Sodome et Gomorrhe ne cesse de me trotter dans la tête. Non, ce matin nous ne parlerons pas d’homosexualité, de bénédictions de couple ni de décision synodale. Ce matin nous parlerons du véritable crime de Sodome, de la véritable justice de Loth, ce matin nous parlerons d’accueil, de murs et de migrants.

Contrairement à ce qu’implique la tradition et notre vocabulaire, le crime de Sodome, ce qui entraînera sa destruction, ne réside pas dans des pratiques sexuelles, c’est la Bible elle-même qui le dit, par la bouche de Loth tout d’abord : « ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus sous mon toit. » « PUISQU’ILS SONT VENUS SOUS MON TOIT » pas « Puisqu’ils sont du même sexe que vous » Ce que Loth défend ici c’est bien le caractère sacré de l’hôte. Ezechiel, lui, définit ainsi la faute de Sodome : « elle avait du pain à satiété, une insouciante tranquillité et elle ne faisait rien pour redonner courage au pauvre et au déshérité. Elle est devenue hautaine… ».

Voici donc la faute, le crime de Sodome : refuser de troubler sa richesse et son confort pour porter secours au déshérité et devenir hautaine, orgueilleuse au point même de faire violence à ce petit. Ces jours-ci, avec une telle description, je me demande si la bannière de Sodome n’était pas bleue étoilée…Je me demande si nous comprendrons un jour que nous ne pourrons pas établir une forteresse de tranquillité et de bonheur tant que le monde souffrira autour de nous… Nous n’y arriverons ni à l’échelle d’une ville, ni à l’échelle d’un pays, ni à l’échelle d’un continent.

Aujourd’hui, la guerre, la tyrannie mais aussi la misère et le désespoir poussent des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants à fuir leur pays, malgré tous les dangers encourus. Parmi eux, certains espèrent trouver refuge en Europe… Quelle sera notre attitude ? Dresserons-nous des murs ? Protègerons-nous notre tranquillité en les repoussant ? Chercherons-nous notre profit en les exploitant ? ou bien prendrons-nous tout simplement le risque de l’accueil ?

C’est le moment où, dans le monde, commence la valse des chiffres, des arguments politiques et des éléments de langage, le choc des mots, le poids des photos. Tout en exprimant ma reconnaissance pour celles et ceux qui font ce travail de contrer point par point chiffre par chiffre les délires de la peur et de la haine, de la xénophobie et du populisme, je pense que nous, ici, ce matin, nous chrétiens, nous n’avons pas besoin d’entrer dans ce jeu des arguments parce qu’au-delà de toutes nos opinions politiques, au-delà de toutes nos peurs, au-delà de nos humanismes ; nous avons reçu une parole d’autorité qui nous pousse à l’accueil.

Ce matin nous pouvons rester focalisés sur la figure de Loth, le seul juste de Sodome. Loth qui voit des étrangers, qui les pressent en danger et les accueille sous son toit. Un accueil à la hâte, un accueil un peu bricolé comme en témoignent les pains sans levain, signe de la hâte. Mais ces pains sans levain rappellent forcément au lecteur biblique les pains sans levain de la sortie d’Egypte, de la délivrance, et si l’accueil était une délivrance, une sortie de nos peurs et de nous-même ?

Un accueil qui va aller très loin quand on verra Loth prêt à livrer ses propres filles : ce qui nous interdit définitivement dans faire un défenseur d’un certain modèle familial ni même un modèle de morale. Encore une fois, ce n’est certainement pas sous l’angle de la sexualité qu’il nous faut envisager la justice de Loth. Mais, dans le modèle de cette époque, en proposant de livrer ses filles, Loth met en jeu plus que ce qu’il possède, il met en jeu son avenir. La Bible n’est pas le monde des bisounours ou des idéalistes. On y est conscient que l’accueil n’est pas facile, qu’il comporte sa part de risques, pas forcément les risques de l’invasion, du submergement ou du grand remplacement mais des risques sur nos habitudes, sur nos conforts. Et Loth est celui qui fait passer l’hospitalité avant son bien-être, avant le bien être de son clan, de sa tribu.
Dans ce récit, Loth, est bien l’anti-nationaliste par excellence, celui qui se sent membre de l’humanité bien plus que d’un cercle étroit. Dans un même élan, il appelle « frères « les habitants de Sodome, sa ville d’accueil et il protège l’étranger venu sous son toit. Voilà quel est celui qui survivra à l’anéantissement de Sodome, la hautaine.

Toutefois, on pourrait objecter que les hôtes de Loth sont ses invités, qu’ils n’ont pas débarqués de force sous son toit. Que c’est lui qui les a fait venir.

En effet, mais le devoir d’hospitalité dicté par le commandement d’amour s’étend-il seulement au caractère sacré de nos hôtes, à la protection et au bienêtre de ceux que nous avons invités. Si nous limitons notre attitude envers l’étranger à cela, que ferions-nous de plus que les païens (le caractère sacré de l’hôte se retrouve dans toute les cultures) ? J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli, voilà l’accusation portée par le roi envers ceux qu’il rejette.

Mais est-il nécessaire de faire appel au Nouveau Testament, le récit de Sodome ne nous montre-t-il pas que Loth n’a pas attendu que des étrangers le supplient de lui donner refuge mais que c’est lui qui les voyant, et les voyants en danger, car il y avait manifestement danger de passer la nuit sur la place dans cette ville de violence, les a supplié de venir chez lui.

Dans ce récit de la destruction, nous entendons un appel fort à accueillir l’étranger, à lui donner asile. Mais nous entendons également une promesse : celle de Coar. En effet, Loth qui a accueilli chez lui l’étranger se trouve à son tour en situation de réfugié. Et il trouvera refuge dans une petite ville, une ville condamnée à la même destruction que Sodome et Gomorrhe, une ville qui échappera pourtant à l’anéantissement, non pas parce qu’elle est moins coupable que Sodome et Gomorrhe mais tout simplement parce qu’un réfugié s’y est arrêté.
Alors que nous craignons que l’accueil des réfugiés ne cause notre perte, la bible nous raconte comment un réfugié a sauvé Coar de l’anéantissement. Une promesse que nous devrions recevoir dans la foi.

Frères et sœurs, face à l’étranger, il nous reste donc le choix entre deux attitudes, deux paroles

  • nous sommes et voulons rester maître chez nous et n’accueillir que qui nous voulons pour en faire ce que bon nous semble.

(ainsi parlent et agissent les gens de Sodome)

  • soyez les bienvenus et que nul ne vous fasse de mal puisque vous êtes sous notre toit

(ainsi parle et agit Loth)

Face aux réfugiés, face aux migrants, face à nos frères et sœurs étrangers, nous comporterons-nous comme des sodomites ou nous comporterons-nous comme des justes ?

Amen

(musique)

Nous prions

Seigneur, donne nous la force

De nous affranchir de nos crispations identitaires

De nous libérer de notre soif de confort

De dépasser les barrières de nos peurs

De tendre la main à nos frères et sœurs dans la détresse

Pour des actions concrètes

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henoc 07/09/2015 18:54

lot a d'abord discerné que ses hotes étaient des envoyés de Dieu , mais avez vous discerné ces personnes que vous recevez,?

Eric George 08/09/2015 10:35

Rien dans le texte ne permet d'affirmer que Loth avait reconnu des envoyés de Dieu. "car ils sont venus sous mon toit" pas "car ce sont des envoyés de Dieu" dit Loth.
Et il est très clair dans la parabole du jugement dernier que les accueillants ne savent pas qui ils avaient accueillis.
La question du discernement se pose sur "comment accueillir" mais pas sur "qui accueillir"