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C'est mon droit !

4 Octobre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Marc, #Divorce, #Répudiation, #Loi

C'est mon droit !

Prédication du 4 octobre 2015

Genèse 2

Deutéronome 24 1 à 4

Marc 10, 2 à 16

Comme on aimerait l’esquiver ce texte… Comme on aimerait expliquer que le divorce et la répudiation, ce n’est pas tout à fait la même chose, que l’époque de Jésus n’est pas la nôtre… Mais soyons franc, cela n’est qu’esquive et dérobade, surtout que dans notre société, bon nombre de séparations sont de fait des répudiations et non des divorces (pensez au PACS, au couples libres…) Mais quand même, qu’est qu’on aimerait l’éviter ce texte qui nous semble tellement piégé…

D’ailleurs, nous avons raison, cette question est effectivement un piège. Les pharisiens veulent-ils mettre les connaissances de Jésus à l'épreuve ? Espèrent-t-il qu'il s'emmêlera dans cette question difficile ? Le texte n'est pas très clair sur la nature de ce piège mais C'est un piège. C'est d'ailleurs le même verbe que pour parler de la tentation de Jésus au désert.

Du coup, nous devrions nous interroger sur notre propre tendance à utiliser la Bible pour mettre l'autre à l'épreuve, pour voir comment il se dépatouillera de tel ou tel dilemme éthique. (peut-être même qu’ici, en entendant la lecture certains se sont demandé comment j’allais m’en sortir) Bien sûr, c'est sans doute un danger qui concerne plus les pasteurs qui paraissent adorer ce genre de joute à coup de citations bibliques, mais il est bon que chacun ici s'interroge, quand je cite la Bible est ce comme une lampe sur ma route, un éclairage pour ma vie ou bien, Est ce comme le projecteur que je braque dans les yeux de l'autre pour l'obliger à se révéler, pour le mettre à l'épreuve. ?

La question est un piège mais Jésus accepte d'entrer dans l'épreuve, dans le piège tendu par les pharisiens. Il ne s'en tire ni par un refus, ni par une pirouette. Comme lors de la Tentation, Jésus répond à l'Ecriture par l'Ecriture, à la loi citée par les pharisiens, il répond par un autre passage de la loi. En effet, la loi sur la répudiation et la création du monde appartiennent au même ensemble du corpus biblique, nous l'appelons le Pentateuque, les juifs l'appellent la Torah, la loi. Et à l'époque de Jésus, cette Torah était réputée avoir été écrite toute entière par Moïse. Bref, contrairement à ce qu'une lecture un peu rapide pourrait laisser croire, Jésus n'oppose pas la parole de Dieu à celle de Moïse, il met en tension deux passages de la révélation faite à Moïse.

Or, Jésus n’annule pas un passage par un autre, il n’explique pas que la prescription de Moïse est caduque, il ne supprime pas le droit de répudiation. Simplement, il explique ce droit, cette permission …

« Au commencement de la création, il n’en était pas ainsi… » Jésus rappelle le projet de Dieu. Ce projet, ce n’est pas un idéal à atteindre, c’est la vérité de l’humain, de l’homme, de la femme et du couple. La vérité de l’humain c’est d’être créé pour la vie, pour la fidélité, pour s’épanouir dans le couple, pour aimer les autres, pour servir Dieu. Voilà ce qu’est l’humain.

Hélas, inexplicablement cet humain est abimé, il ne fonctionne pas comme il devrait. Pas la peine de le ramener au magasin, c’est toute la série qui est défectueuse. Il y a un mot pour cela qu’on a malheureusement limité à la seule dimension morale, qu’on entend comme synonyme de faute morale: le péché. Je ne lance pas le débat ce matin de savoir s’il faut changer le mot ou l’expliciter d’avantage. J’indique juste qu’il faudrait déjà étendre la signification de faute, qui est à la fois le crime et l’erreur, et que ce registre de la faute est de toute manière insuffisante à définir le péché. En bref, le péché, c’est tout (faiblesse morale, intellectuelle, physique,..) tout ce qui fait que l’humain n’est pas ce qu’il devrait être.

En nous renvoyant au projet initial, Jésus nous explique la loi.

Tout d’abord, la loi n’est pas seulement ce qui juge et condamne, ce qui dénonce notre péché. La loi est aussi parfois ce qui permet, ce qui aménage un espace où nous pouvons être avec notre blessure, notre faiblesse, notre défaut, notre péché devant Dieu : « parce que vous êtes mauvais et endurcis de cœur, Moïse vous a permis de répudier vos femmes », parce que vous êtes enclins à la violence dès votre jeunesse, Noé vous a permis de consommer de la viande.

Cependant, habiter cet espace ne signifie certainement pas que nous n’ayons plus rien à nous reprocher, être en règle ne signifie pas être juste et bon. Et c’est bien là, la leçon que Jésus donne aux pharisiens. Il ne remet pas en question la loi de Moïse, il ne leur interdit pas de répudier leurs femmes, il leur interdit de se croire justes quand ils le font.

Et puis, Jésus va mettre les points sur les « i », il va, encore, radicaliser ses propos : Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l’adultère envers la première, et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’adultère.

Mais ses propos tellement durs, il ne va pas les tenir face à la foule ni face aux pharisiens, il les tient uniquement pour ses disciples… Pourquoi ?

  • Est-ce-que les disciples ont plus besoin que les pharisiens que Jésus leur explicite la portée de ce qu’il vient de dire. Cela pourrait s’envisager si le dialogue avec les pharisiens n’était pas public mais les foules sont là…
  • Pour entendre des paroles aussi fortes, il faut être pur entre les purs et seuls les disciples de Jésus, les vrais, peuvent le supporter. Jésus serait celui qui ajoute de la loi à la loi, de l’exigence à l’exigence et ses disciples seraient en fait de super-pharisiens.
  • Ou bien, au contraire, face aux pharisiens, obsédés de pureté, face aux foules, persuadées qu’il faut être juste pour se tenir devant Dieu, Jésus préfère ne pas aller jusqu’au bout. Mais devant ses disciples qui commencent peut être à comprendre que le pécheur peut trouver son pardon auprès de Dieu, Jésus peut dire la réalité de leur péché. Face à celui, à celle qui comprend l’amour de Dieu, qui sait quelle valeur a la brebis perdue à ses yeux, il est possible de nommer le péché.

Oui, si le terme d’adultère est mortel pour le ceux qui sont prisonniers de la loi celui ou celle qui connaît l’amour de Jésus peut s’entendre nommer sa faute, sa blessure et savoir qu’il a le droit de ressusciter, de reconstruire une vie…

Ce matin, je ne voudrais pas que nous nous focalisions sur le mariage, de divorce, de répudiation, ou en tout cas, pas que. Parce qu’il me semble que cette confrontation ne devrait laisser aucun d’entre nous indemne. En effet, comme les pharisiens, nous avons facilement tendance à confondre ce qui est permis et ce qui est juste. Nous avons facilement tendance à revendiquer un droit comme une force pour ne pas faire l’aveu d’une faiblesse. Parce que, comme les pharisiens, nous préférons nous croire justes que nous reconnaître faibles, mauvais et endurcis de cœur…

Je pense à la récente campagne sur l’IVG Je suis persuadé du bienfondé de la loi Veil, justement comme espace aménagé pour tenir compte des accidents une vie. Mais le slogan « mon corps, mon choix, mon droit » me paraît finalement aussi insupportable que les accusations d’IVG de confort… Je ne sais pas si l’IVG est un choix, un droit, je crois simplement que la société doit pouvoir accompagner au mieux des situations de souffrances.

Je pense aux différentes aides financières, aujourd’hui revendiquées, y compris par les plus riches, comme des droits. La société doit, simplement accompagner des situations de fragilités. Peut-être que si nous osions dire que ces aides ne sont pas un droit, mais une aide pour compenser une faiblesse, la manière de les réclamer changerait un peu…

On me dira que ces lois concernent la société et pas Dieu. A l'époque de Jésus, cette distinction n’existe pas entre le religieux et la société, mais d’accord, parlons du droit de chacun à ne pas s’engager, à ne pas lire la Bible, à ne pas prier, à ne pas aller au culte… Ce sont des droit s que je défens. Le problème c’est que nous les revendiquons comme des preuve de notre liberté. Mais ne pas prier, ce n’est pas l’expression de notre liberté, c’est l’expression même de notre esclavage. C’est parce que nous sommes mauvais et endurcis de cœur que l’Eglise nous a permis de ne pas aller au culte, que Dieu nous accorde cet espace où nous prétendons vivre sans lui.

Alors ces espaces aménagés pour notre faiblesse, occupons-les avec reconnaissance et humilité. Et surtout, surtout, occupons les sans poser de jugement sur ceux qui occupent d’autres espaces que Dieu, dans son amour, a aménagé pour eux.

Amen

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