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Problèmes de vue

26 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #aveugle de naissance, #Jean, #Vision, #lumière

Prédication du 26 mars 2017

Ephésiens 5, 8 à 14

Jean 9, 1 à 41

 

La  guérison de l’aveugle de naissance occupe 2 versets sur les quarante du récit. Tout le reste est consacré à une véritable enquête autour de cette guérison, avec interrogatoires et contre-interrogatoires D’où vient la maladie ? qui a accompli la guérison ? et d’où vient ce guérisseur ? Et, au cours de cette enquête, il apparaît de plus en plus évidemment que l’aveugle de naissance n’est pas le seul à souffrir d’un trouble de la vision.

C’est d’ailleurs ce que Jésus affirme au moment de la révélation finale qui vient conclure toute bonne histoire d’enquête (n’en déplaise aux britanniques mais Sir Conan Doyle et Agatha Christie n’ont rien inventé en la matière)

Mais revenons à nos problèmes de vue…

 

Le trouble de la vision le plus répandu est manifesté par les gens, par la foule : il consiste à ne voir de l’individu qu’un aspect de sa personne. Cela s’appelle l’essentialisation. Ici, l’homme est aveugle et il n’est que cela. Il n’est à tel point que cela que quand il est guéri, quand il voit, on ne le reconnaît plus. Est-ce lui, est-ce un autre ? On ne sait pas trop.

Ici, l’individu est réduit à son handicap, il aurait pu l’être à sa couleur de peau, à son orientation sexuelle, à son genre, à son origine sociale, à son âge, à sa religion… Bref, l’essentialisation est un trouble optique très répandu.

Et malheureusement, l’essentialisation est plus grave que la myopie. Je suis myope, si j’enlève mes lunettes, je vous vois flou, mais vous ne devenez pas flous pour autant. Alors que si on ne vous voit que comme handicapé, ou noir, ou femme, ou vieux, vous allez vite vous réduire vous-même à cela…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par voir un peu plus qu’un seul aspect de celui ou celle que l’on regarde.

 

Les disciples, eux, manifestent deux troubles de la vision.

D’abord, ils souffrent d’un petit problème de distinction : quand ils croisent un homme atteint de cécité, ce qu’ils voient, c’est un problème théologique. Un peu comme si leur cerveau analysait mal l’image renvoyée par leurs yeux.

C’est un mal plus répandu qu’on ne pourrait le penser. Vous n’imaginez pas le nombre de personne qui au lieu de voir des humains, des individus voient des questions de sociétés, des enjeux politiques, des part de marchés, des cibles commerciales et que sais-je encore... Et en période d’élections, l’épidémie a tendance à s’aggraver…

 

Et puis, ils ont un petit problème de focale. En fait, quand ils voient l’homme, ou plutôt de leur point de vue, la question théologique, finalement ils regardent à côté, ou plutôt en arrière dans le passé « d’où ça vient ? » et très vite le « d’où ça vient devient « à qui la faute ? « Est-ce que c’est la faute de la victime ? qu’est-ce qu’il a mal fait pour mériter ça, quelle règle de sécurité a-t-il omise, sa tenue n’était-elle pas trop provocante, trop ostensiblement riche ?

Et si ce n’est pas sa faute, est ce que c’est sa famille ? Ou bien les juifs ou les immigrés, ou bien les pauvres, ou bien les riches, ou bien les politiciens ?

Cette recherche de coupable aussi s’aggrave en période électorales…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par chercher des remèdes à la souffrance plutôt que des coupables.

 

Les parents de l’homme, eux, semblent avoir une bonne vue. Ils voient bien la personne, au-delà de sa cécité : « c’est bien notre fils ». Ils peuvent se concentrer sur le présent. « Il est né aveugle et maintenant il voit ». Les yeux vont bien mais il y a peut-être un problème au niveau des cervicales. Très vite, ils baissent la tête ou la détournent. « Allez lui demander à lui » « Nous on ne veut pas s’en mêler »

On comprend bien leur peur, ils savent ce qui s’est passé mais s’ils affirment que Jésus a le pouvoir de guérir, ils sont menacés d’exclusions. Il arrive que l’on baisse la tête, que l’on détourne le regard pour beaucoup moins que ça. Parce que c’est trop compliqué, parce que cela nous dérange dans notre confort, parce qu’on n’a pas envie de voir, tout simplement…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par le courage d’annoncer d’où vient la lumière.

 

Enfin, il y a les pharisiens. Alors eux, ils ne s’intéressent pas à la cécité de l’homme ni à ses origines, ils voient la guérison et finalement, ce qui les intéresse, c’est la cause de la guérison et surtout, surtout, si cette guérison est conforme à leurs règles. Leur problème de vision, c’est le soupçon. « Bon ça va mieux, mais qu’est-ce que ça cache ? »

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par rendre grâce à Dieu quand la souffrance est vaincue. Même si ses voies sont peu orthodoxes.

 

Peut-être, avons-nous diagnostiqué chez nous-même tel ou tel de ces problèmes de vision qui nous empêchent de bien voir nos frères et nos sœurs. Et à dire vrai, j’espère que nous l’avons fait, j’espère qu’en entendant ce texte, nous nous disons un peu qu’il est temps de changer de verre, que nous n’y voyons pas si bien que nous le pensions. Parce que Jésus est venu pour que les aveugles voient, parce que tous ces problèmes de vue, il nous offre de les guérir. En revanche, si nous pensons y voir clair, si nous croyons que nous avons dix sur dix à chaque oeil, alors, comme les pharisiens, nous nous aveuglons nous-même et nous nous enfonçons dans des ténèbres dont il sera difficile de sortir.

 

Frères et sœurs, ne refusons pas le diagnostic que Jésus pose sur nous. Il nous permet de voir notre propre cécité. Il assaini notre regard sur notre prochain et dans la nuit du monde nous invite à poser des gestes porteurs de lumière. Un regard sain pour des gestes sains.

Amen

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