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Avant propos

Qui suis je ?

Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…

 

Pourquoi un blog ?

Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…

Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…

Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…

 

Ce que vous devriez trouver ici…

Dans Petite théologie pas très sérieuse : des petites réflexions personnelles sur la théologie, al foi, la spiritualité…

Dans Bible : des méditations sur certains textes bibliques et  prédications

Dans Théo en culture : une relecture théologique complètement subjective de livres, films et autres…

Dans Humeurs : comme le titre l’indique, mes joies et mes coups de gueule…

Dans Les mots de la théologie : à partir d’un mot de notre jargon, une méditation

Dans Actualité paroissiale : les différentes manifestations de la paroisse réformée d’Évreux

Dans Citation : des extraits d'auteurs exprimant des choses bien mieux que je ne saurai le faire

Dans Réponses : des réponses à des questions esquissées au fil des commentaires

Dans Prières : ben euh, à votre avis ?

Ce que vous ne trouverez pas ici…

La position officielle du protestantisme ou de l’Église Réformée de France, mes propos me sont personnels et n’engagent que moi. En aucun cas, je ne suis mandaté pour parler au nom de l’E.R.F et encore moins du protestantisme. Toutefois, c’est en protestant que je réagis la plupart du temps…

Il va également de soi que rien de la dimension relationnelle de mon ministère n’aura sa place ici…

Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 17:38

Ete-et-Egypte-2011-151.jpg25 octobre

6h Quelque part entre Le Caire et Assouan

Cela va être dur d’écrire ces lignes tant le paysage qui défile devant mes yeux me fascine. Nous sommes donc dans le train de nuit, un train grand luxe au regard des standards égyptiens (le transport ferroviaire est tout à fait déconseiller par le conseil aux voyageur du ministère des affaires étrangère). Grand luxe, c'est-à-dire couchette exiguë (enfin, je la trouve exiguë alors que, nombre impair oblige, je suis tout seul dans la mienne), lit pas trop mauvais mais tangage et bruit constant (et pas seulement celui des machines). Mais après les 3 heures de sommeil de la nuit précédente et la densité de la journée d’hier, 7 heures de sommeil, ce n’est pas du luxe.

J’ai l’impression que nous ne roulons jamais plus de 10 minutes sans traverser un village ou une ville. Forcément, nous longeons le Nil (je sens qu’il va falloir m’habituer à cette géographie si particulière) et que toutes les constructions que nous voyons sont des immeubles inachevés mais bien habités( est ce comme la Turquie où les impôts ne sont payés que sur les maisons terminées, ou est-ce un effet de la démographie galopante). En tout cas cela  m’évoque ce que nous racontait Aischa à propos du cimetière du Caire. Les égyptiens n’ont pas perdu la coutume des nécropoles et beaucoup de tombes y sont de véritables maisons ou la famille peut venir honorer les morts. Du coup, beaucoup des habitants du cimetière sont bien vivants. En effet, les gardiens de ces tombeaux ont pris l’habitude de les sous-louer à de nouveaux arrivants au Caire qui n’ont pas les moyens de trouver un logement, en virant bien sûr ces « locataires » lorsque la famille du vrai propriétaire fait savoir qu’elle va venir honorer ses disparus. Un système qui vaut ce qu’il vaut mais me paraît de toute façon moins scandaleux que de savoir des maisons réservées aux morts alors que des vivants dorment dans la rue…

C’est le moment de vous parler d’Aischa, notre guide égyptienne qui nous a rejoints hier matin. Elle doit avoir une petite soixantaine d’année. Elle est intarissable sur l’Egypte ancienne, volontiers moqueuse sur ses contemporains et en adoration devant sa petite fille « belle comme la lune ». Aischa raconte bien, rit souvent, s’amuse de notre ébahissement devant la circulation du Caire, une cacophonie de voitures de tous âges à laquelle se mêlent quelques carrioles à ânes ou à chevaux. Elle nous raconte un Islam très rationnel et modéré dont je ne suis pas tout à fait dupe, mais qu’importe. Ce qui compte, c’est sa culture et l’amour de son pays qui transparaît à chacune de ses phrases.

Tiens, j’ai oublié de demander que quelqu’un tienne un journal de chaque jour, je ne vais quand même pas imposer mon verbiage dans notre feuille de chou paroissiale…

8h35 Louksor

Cela fait maintenant 15 minutes que nous sommes arrivés à Louksor et 30 minutes que nous devrions être à Assouan (regardez sur une carte). C’est bizarre, cela nous stresse moins que les 15 minutes de retard SNCF. Tiens, d’ailleurs, on repart…

Hier, ravie d’avoir un musée désert (tout est quand même relatif), Aischa a pris tout son temps pour nous montrer les merveilles du trésor de Toutankhamon. Je suis content de ne pas avoir trop lu avant de partir. J’apprends ainsi que ce pharaon est mort à 18 ans sans avoir rien réalisé et qu’il doit sa renommée à sa tombe, la seule à avoir été retrouvé non pillée (une photo de la tombe telle que l’a trouvé Carter laisse quand même certains perplexe, mais finalement elle était plutôt mieux rangée que mon bureau…)

Aïscha nous a fait nous arrêter longuement deant Anubis, représenté sous forme canine, une statue criante de vérité. J’y repense car sur le quai d’une gare se promène un chien jaune aux caractéristiques chacalines indéniables…

Je pense que j’y reviendrai, mais il me semble que la fascination des anciens égyptiens pour la mort était surtout une fascination pour la vie. En tout cas, qu’Hator, épouse d’Horus etDSC00049 déesse de l’amour, de l’ivresse et de la danse soit une déesse vache, passe encore. Mais représenter Thoueris, déesse des femmes enceintes sous la forme d’un hippopotame, je trouve ça d’un goût douteux… Peut-être que les égyptiennes enceintes ont plus d’humour que les françaises… Enceinte, Laurence a toujours détesté que je la compare à un hippopotame et quand, à l’instar de Bes, j’ai essayé de faire le clown pendant son accouchement, je me suis fait enguirlander…. Nains ou pas, d’importation ou pas, ils sont quand même privilégiés ces dieux…

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Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 13:53

DSC00001.JPG24 octobre

9h05

Coucher 4h30, lever 8h, ça commence bien les vacances... Quelques notes dans le hall de l’hôtel sur la fin de notre nuit avant le départ. Après les rapides formalités d’arrivée, traversée du Caire en bus. Jean Paul, notre accompagnateur nous donne quelques premières indications sur le pays. Des départs de touristes en convoi (mais ça s’est toujours fait ainsi), un couvre feu qui n’empêche pas les gens d’être dehors et de circuler à 4h du matin, un fossé entre catégories sociales et des riches qui désertent de plus en plus Le Caire pour aller s’installer dans des condominions (villes privées, dans le désert). J’espère qu’on verra un peu tout cela.

18h10

Pris dans les bouchons du Caire et ma tête bouillonne presque autant que la ville autour de nous. Tellement de choses depuis ce matin : le musée des antiquités égyptiennes puis les mosquées de Mohamed Ali (non, pas le boxeur) dans la citadelle de Salah Al-Din  et du sultan Hassan. Notre plongée dans l’Egypte pharaonique continuera demain, j’aurai donc l’occasion de revenir sur la foule d’informations que nous donne Aischa et sur les trésors que nous avons vus au musée. C’était une riche idée de commencer par là, après 3 heures de sommeil, nous étions un peu plus frais (un peu moins sonnés serait plus exact) le matin que l’après midi.

A propos des mosquées, je réfère l’art mamelouk du sultan Hassan à la copie de Sainte Sophie qu’est la mosquée de Mohamed Ali. Et puis, pour moi qui venait l’estomac un peu noué d’appréhension, c’est bien de voir ce muezzin très heureux de nous faire entendre ce que donne l’écho de sa voix dans les voûtes de la mosquée Hassan et de nous dire quelques mots en français, de le voir aussi aider gentiment une jeune maman à calmer son bébé. Bien sûr, il ne s’agit pas d’occulter les difficultés rencontrées par les coptes ni de banaliser les quelques niqab que nous voyons. Simplement de se rappeler qu’il y autre chose… Qu’au-delà de ce que nous montre le prisme des médias, il y a des hommes et des femmes qui veulent vivre en paix ensembles…

A propos du voile : nous avons vu quelques niqab et j’ai l’impression que toutes les égyptiennes sont voilées (avec quand même beaucoup de vDSC00014.JPGariété de taille et de couleur (même certain niqab sont richement brodés). Et si vraiment le voile est une négation de la femme, eh bien les couleurs vives, les maquillages, les talons plates-formes qui accompagnent souvent ce voile me rassurent : la femme ne se laissera pas nier comme ça (NB : non, je ne crois pas que le maquillage et les hauts talons soient l’essence de la féminité, je me contente de relever une contradiction qui interdit tout simplisme). D’ailleurs, sur les affiches publicitaires, les femmes ne sont pas voilées…

Ce soir, c’est embarquement en train de nuit pour Assouan.

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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 19:57

egypte_nt.gif 23 octobre 

18h45

Ca y est. Les formalités d’embarquement sont réglées. Notre groupe de voyageurs pour l’Egypte prend place dans son premier avion. Comme toujours, c’est le moment où commencent à s’estomper les peurs de ces dernières semaines.
Faut dire que ce voyage « Egypte et Bible », c’est quand même un projet de longue date qui a connu pas mal de péripéties : désistement de la paroisse partenaire, puis, quelques semaines avant le départ prévu embrasement de la place Tahrir et report du voyage : le printemps arabe n’est pas la meilleure saison pour voyager.... Un report, ça veut dire six mois de délai, des amis qui doivent renoncer (saleté de crabe), un enthousiasme qui s’essouffle.

Et puis, à deux semaines avant le nouveau départ, massacre des coptes (en plus, pour la petite histoire, la même semaine notre opérateur nous annonce qu’il a perdu les photocopies de nos passeport, ambiance…)

Mais cette fois, ça y est, nous quittons Paris en direction d’Amsterdam (ben oui, ça aurait été dommage de prendre le chemin le plus direct…)

22h10

Après une course à travers l’aéroport d’Amsterdam et la découverte des détecteurs de métaux hollandais (plus sensibles que leurs homologues français), nous volons vers Le Caire.

Un petit mot sur notre groupe :

Des paroissiens : Hélène et André, Geneviève et André, Yvette, Michèle, Elisabeth, Fabienne, France, Uschi

Des djeunz : Sophie (fille de Fabienne), Yaël, Madian et Amos

Des catholiques d’Evreux : Max et Geneviève qui n’ont pas eu peur de se mêler à notre horde de parpaillots

Des pièces jointes : Jean Claude et Nelly (la sœur d’Hélène), Louis et Mireille (les parents de Fabienne), mes parents à moi (quatre catholiques, notre groupe devient œcuménique)

Plus Laurence et moi.

UN groupe assez hétéroclite mais vis-à-vis duquel je suis plutôt confiant. Seule appréhension supplémentaire, vais-je réussir à être (dans le désordre) pasteur, toutriste, père, époux et fils en même temps pendant 10 jours. On va voir…

1h20

J’empiète un peu sur le 24 mais à mon avis la journée sera longue… Une heure et demie de mauvais sommeil (entouré de bébés et de gens qui font la queue pour les toilettes) après un repas en avion. Petit détour par la gastronomie hollandaise. C’est quand même bizarre de remplacer la viande hachée par de la macédoine de légume dans le hachis Parmentier (macédoine Parmentier ?). Quat aux asperges rémoulades, c’est… surprenant.
Oui, je sais, juger la gastronomie d’un pays à travers les plateaux d’avion, c’est pas très sympa… Mais en fait, je plaisante, j’adore les repas en avion. Il paraît qu’ils nous gavent pour nous destresser. Dans mon cas, ça marche très bien.

Peu de chance en tout cas que je reprenne le stylo avant demain...

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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 12:14

Prédication du 23 octobre 2011

Luc XVII 11-19

 

Alors que Jésus fait route vers Jérusalem, alors qu'il passe entre la Galilée et la Samarie, 10 lépreux le rencontrent. C'est une formule un peu étrange... Alors que Jésus allait vers Jérusalem, il rencontra dix lépreux. Mais non, le texte nous dit bien : 10 lépreux le rencontrèrent. Et il précise ou se fait la rencontre : à l'entrée d'un village, entre la Galilée et Samarie. C'est à dire dans un lieu guère fréquentable, une zone interlope entre une région méprisée (que peut-il sortir de bon de Galilée ?) et un pays détesté (la Samarie). Et des lépreux, c'est à dire des hommes brisés dans leur relation à Dieu et aux autres, brisés même dans leur relation à eux mêmes, profitent du passage de Jésus dans cette zone grise pour l'appeler : maître, aie pitié de nous. 

Le texte nous apprendra que parmi ces lépreux, il y à au moins un étranger. Je vois dans ces lépreux une figure de l'humanité. Notre humanité abimée dans son rapport avec Dieu et avec les autres, tellement abimée que parfois, elle n'ose plus se regarder en face. Notre humanité qui crie vers tout sauveur qui semble passer à sa portée.

Oui, nous pouvons bien reconnaître notre humanité dans ce groupe de lépreux qui crie vers Jésus. 

Mais cette comparaison a de quoi nous inquiéter. En effet, nous savons qu'à seulement un dixième de ce groupe cette parole est adressée : Ta foi t'a sauvé


Mais avant de nous inquiéter, peut-être devrions nous profiter de l'aubaine. Nous savons que Jésus affirme à plusieurs reprises "Ta foi t'a sauvé". Mais cette affirmation est difficile à comprendre. Est-ce ma foi, ou est-ce Jésus qui me sauve ? Et puis la foi, qu'est ce que c'est ? Et sauvé de quoi ? Et voilà que là, nous retrouvons cette affirmation dans un contexte qui nous permet de comparer celui que sa foi a sauvé et les autres.

En effet, je pense que nous pouvons partir du principe que cette phrase s'adresse au seul lépreux samaritain à l'exclusion des autres. Alors pour comprendre ce qu'est la foi, nous pouvons voir ce qu'il a manifesté et que n'ont pas manifesté les autres. Et pour comprendre de quel salut Jésus lui parle, nous pouvons voir ce qui lui a été accordé et pas aux autres.

Qu'est ce que la foi ?

Ils élevèrent la voix pour lui dire "maître...". Ce "maître" qu'on retrouve généralement plutôt dans la bouche des disciples, c'est epistatos, celui qui se tient au dessus. C'est un titre qui, dans Luc, est supérieur à celui de didskalos, l'enseignant, que l'on traduit aussi par maître. Les 10 lépreux reconnaissent bien Jésus dans sa supériorité. Ce n'est donc pas cela qui distingue le samaritain des autres. La foi, ce n'est pas reconnaître Jésus comme le maître, celui qui se tient au dessus.

Jésus leur dit "Allez vous montrer au prêtre". Or pendant qu'ils y allaient... De cette obéissance, nous pouvons tirer deux enseignements. Tout d'abord, aucun ne pose de questions, aucun ne remet en cause la puissance de Jésus, aucun ne s'exclame "mais qu'est ce que tu nous chantes ?" La foi, ce n’est donc pas avoir confiance en Jésus.

Ensuite, tous obéissent à Jésus, font précisément la seule chose qu’il a demandée : ils vont voir le grand prêtre. Tous. La foi, ce n’est donc pas obéir à Jésus.

Alors qu’est ce qui distingue le lépreux samaritain ? Il manifeste une reconnaissance. Dans sa guérison, il ne voit pas un heureux hasard, un coup de chance, il ne voit même pas l’action d’un guérisseur plus doué que les autres : ce n’est pas de Jésus qu’il chante la louange, c’est de Dieu.

La foi, c’est reconnaître la main de Dieu derrière tout ce qui nous arrive de bon. Que cela soit prodigieux ou non. On dit parfois qu’il faut que le mal existe pour que le bien existe. Je n’y crois pas une seconde. Bien sûr le mal nous fait prendre conscience du bien : la maladie nous fait prendre conscience de la santé, les problèmes nous font prendre conscience de la facilité mais c’est justement parce que nous manquons de reconnaissance.. Parce que nous ne savons pas voir le bien quand il est là. Parce que nous manquons de foi.

Nous ne nous apercevons même pas que si le malheur nous affecte et nous scandalise à ce point, c’est bien parce qu’il n’est pas normal ! Notre scandale face au mal dit bien que notre vie est bonne

La foi ne dispense pas de voir le mal, elle ne le rend même pas moins virulent, mais elle nous fait aussi être reconnaissant du bien (dans les deux sens du terme reconnaissant : voir et dire merci)

 

Mais si la foi est la reconnaissance, cela signifie-t-il que Dieu nous sauve à condition que nous soyons reconnaissant ? Ce serait assez étrange, convenons-en…

Alors, même exercice que pour la foi, voyons donc quel salut est annoncé à ce lépreux samaritain, quel salut le distingue des autres.

« Jésus, maître, aie pitié de nous » les voyant, Jésus leur dit… Jésus voit bien tous les lépreux. Être sauvé, ce n’est donc pas être entendu par Jésus, ni être pris en pitié par lui.

Dans ce texte, si Luc parle bien sûr d’une guérison physique, il nous dit que le lépreux samaritain a vu qu’il était guéri. Et vraisemblablement, il n’est pas le seul (le salut ne consiste donc pas dans la guérison de la maladie). Mais Luc parle aussi de théologie et désigne la maladie de lèpre dans sa signification théologique et symbolique « Pendant qu’ils y allaient, ils furent purifiés » « Tous n’ont-ils pas été purifiés ?». Purifié, c'est-à-dire rétabli dans la bonne relation à Dieu, on pourrait dire, réconcilié avec Dieu. Le salut dont Jésus parle au lépreux samaritain ne consiste donc pas à être réconcilié avec Dieu puisque cette réconciliation elle a lieu pour tous les dix.

Alors quel est ce salut dont Jésus parle ? Quel est ce salut spécifique au lépreux samaritain ?

Je crois qu’il est dans ce « Il glorifiait Dieu à grande voix ». Nous avons rencontré les lépreux en train d’élever la voix vers Jésus, nous retrouvons le samaritain avec une voix qu’il n’a plus besoin de forcer, mais qui est forte par elle-même. Nous avons rencontré les lépreux en train de demander, nous retrouvons le samaritain en train d’affirmer.

Le salut du Samaritain se vit dans l’immédiat : c’est sa foi même. Le samaritain reconnaît que le bien vient de Dieu. Plutôt la maladie, plutôt que les coups du sort, plutôt que la peur, le samaritain, lui, voit le bien accomplit par Dieu. Et voir le bien malgré le mal, c’est déjà une victoire sur le mal. Sa foi l’a sauvé. Non pas de la maladie, non pas de la malédiction (ce salut là, c’est Jésus qui l’a opéré) mais d’une vie de peur ou de résignation. La seule chose que le samaritain aie de plus que les autres guéris, c’est qu’il sait que Dieu veut et fait le bien.

Et c’est bien cela qui le relève.

 

Bien sûr, certains me diront qu’il n’est pas toujours facile d’être reconnaissant. Ne serait-ce que parce que nous reconnaissons souvent le bonheur qu’au bruit qu’il fait quand il s’en va. Mais ce matin, je voudrais, pour finir, vous indiquer un motif de reconnaissance.

Quand nous entendons ce récit, nous nous posons souvent du point de vue de Jésus : un sur dix, ce n’est pas beaucoup. Mais prenons les choses sous un autre angle, sous notre angle à nous qui sommes si souvent ingrats. Neuf ingrats ont été entendus, guéris, purifiés.

J’espère que j’arrive à un dixième de reconnaissance pour tout ce que Dieu me donne, je n’en suis pas sûr. Mais ce matin, j’entends que mes 90% d’ingratitude, d’oubli n’empêchent pas Dieu de m’entendre, de me guérir et de me purifier. Et pour cela, je ne puis dire que : Merci.

 

Amen

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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 18:12

Ezechiel-III-003.jpgPrédication du dimanche 16 octobre 2011

Culte inter-génération

Ezechiel II, 8 à III, 4

 

Vous savez, quand je vais chez quelqu’un, il y a quelque chose qui m’attire comme un aimant. On est tous un peu comme ça, chez certain, c’est le jardin, ou la décoration intérieure, d’autres ce sera la table, l’apéritif ou le goûter, d’autres encore fonceront sur la console de jeu ou le premier gadget hi-tech qu’ils verront. Moi, c’est la bibliothèque. A tel point que Laurence est des fois obligée de me taper sur les doigts. En fait, si mes parents ne m’avaient pas élevé un minimum, je crois que j’en serais encore à attraper un livre pour aller le lire dans un coin.

Or, une fois que j’étais en visite et que je profitais de ce que la maîtresse de maison était allé chercher du café pour examiner la bibliothèque, j’ai entendu un bruit. La maison était trop bien tenue pour que ce soit une souris. Peut-être une araignée, mais vu le bruit, elle devait être énorme. En me penchant un peu, pour voir, j’ai mieux entendu le bruit, c’était des sanglots. Quelqu’un pleurait là, dans la bibliothèque. Je me suis approché encore et là, j’ai vu ce qui pleurait.

C’était une vieille bible. Très jolie, reliure cuir et dorée sur tranche, une de ces bibles qu’on offre aux mariages ou au communion. Et c’est elle qui pleurait. Alors, je lui ai demandé

 

« Mais pourquoi pleures-tu ? Tu es en excellent état. Pas une déchirure, pas un coin corné, tu es comme neuve »

« Justement, c’est pour cela que je pleure, ça fait cinquante ans que je suis ici, et je n’ai jamais servi . L’annuaire, lui il sert tous les jours, le dictionnaire, au moins une fois par semaine, le gros livre de recettes, une fois par mois. Les romans ont tous été lu une fois par mois et même les recueils de poésie sortent de temps en temps. Moi, jamais. »

Là, je lui ai fait remarquer « Tu ne fais pas beaucoup d’efforts, non plus. Regarde toi, tu es écrite tout petit, très serré, ça ne donne pas beaucoup envie de te lire…

« C’est vrai  mais c’est parce que j’ai tant de chose à dire. C’est pour ça que je suis écrite serré et petit, quand je ne veux pas prendre trop de place.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre : Parlons en de ce que tu as à dire : des récits de guerre, des malédictions, des textes de lois, de la morale, et de la morale inapplicable en plus. Si c’est pour nous dire qu’il faut aimer nos ennemis et pardonner à ceux qui nous font du mal, on n’a pas envie, on n’y arrive pas, de toute façon. Tu te plains qu’on ne te lit pas mais tu n’as pas l’utilité d’un dictionnaire, et tu n’offres pas l’évasion d’un roman, alors…

Et la petite Bible a repris :  « C’est vrai que de loin, je peux paraître dure. C’est vrai que tant que mon message vous est extérieur, il vous paraît insupportable. Mais c’est parce que je ne vous offre pas une évasion factice mais une libération. Je n’ai pas l’utilité neutre d’un dictionnaire parce que je vous parle de vous, de vous tels que vous êtes. Et c’est bien pour ça que mon message vous paraît si douloureux.

Mais si seulement, vous le laissiez entrer en vous, si seulement vous le laissiez devenir vôtre ce message, vous savoureriez sa douceur. Non seulement il vous nourrirait mais vous vous apercevriez qu’il est agréable. Oui, il est agréable de pardonner. Oui, il est délicieux d’aimer même son ennemi. Oui, il est doux comme le miel de se reconnaître aimé alors même qu’on ne mérite pas cet amour. Alors, absorbez ce message au lieu de le repousser , laissez le couler en vous, laisser le vous remplir les entrailles, laissez le vous nourrir…

 

Et pour terminer, je dois bien dire qu’elle s’est adressée directement à moi, à nous : « Et vous, les chrétiens,  vous qui vous remplissez de ce message, pourquoi ne le partagez vous pas plus ? Pourquoi ne montrez vous à quel point cette nourriture est succulente. Auriez vous peur d’avoir une moins grosse part du gâteau ? Croyez vous que la Parole pourrait venir à manquer si vous la partagiez ? Puisque vous avez bien mangé, allez donc vous dépenser ! Allez donc partager cette saveur avec ceux qui vous entourent ! Dans vos mots, par vos gestes, par votre vie, montrez donc que vous êtes nourris, rassasiés, fortifiés ! Par votre joie, par votre espérance, par votre amour, montrez donc que cette nourriture est délicieuse !

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