Je parle ici, non point de persécution à proprement parler (ce serait idiot), mais de cette dérision goguenarde qui court dans l'époque et agite
les médias, principalement à gauche, où se situent la plupart de mes amis. On aime y désigner le croyant qui s'affiche comme un zombie archaïque, amputé d'une part de lui-même, voué à une
crédulité qui prête à sourire quand elle ne déchaîne pas l'hostilité (...). Ce n'est pas la vivacité hostile de ces discours qui me choque. Les chrétiens, après tout, n'ont pas toujours reculé
devant la dispute, laquelle accompagne l'histoire du christianisme depuis l'origine. (...) La confrontation avec un discours hostile, même violent, est une occurrence dont il faut accepter la
rudesse. Et peut-être s'en féliciter. Toute croyance ne doit-elle pas rendre raison d'elle-même, sauf à demeurer dans l'obscurantisme ou le sentiment ? (...) Non, c'est la superbe et la
condescendance le plus souvent incultes - pour ne pas dire ignares - de certains réquisitoires contemporains qui m'irritent (...). Ces réquisitoires n'ont plus rien à voir avec un questionnement
ou une controverse documentée. Ils procèdent de l'injonction haineuse, assez proche, au fond, de ce que furent les anathèmes idéologiques du XXème siècle.Jean Claude Guillebaud
En règle générale, je ne lis pas de livres de témoignage : la plupart du temps, ils m'ennuient. (C'est d'ailleurs assez curieux puisque je suis persuadé que la foi naît du témoignage plutôt que de la démonstration. Un jour, il faudra que je creuse un tout petit peu cette contradiction apparente). Il y avait donc peu de chance que le bouquin de Guillebaud me tombe dans les mains. D'autant que présenter la foi comme l'aboutissement d'une démarche rationnelle à tendance à me hérisser (j'y vois une offense à la foi et à la raison). Mais Comment je suis redevenu chrétien m'a été prêté et à bon escient. Comme son titre l’indique (comment et non pourquoi) Jean-Claude Guillebaud n'a pas eu d'apparition divine et il ne prétend pas pouvoir démontrer que Dieu existe. Simplement, il a côtoyé la pensée chrétienne et il sait donc combien souvent les attaques contre les chrétiens reposent sur l'ignorance (comme la plupart des préjugés soit dit en passant). Il sait que de nombreux principes de notre société occidentale (égalité de dignité, universalité par exemple) sont issus du christianisme. Il sait surtout que la foi chrétienne ne consiste pas à lire les textes bibliques comme des compte-rendu journalistique (être chrétien, c'est un peu plus que croire que Jésus est né d'une vierge, dans une étable et qu'une fois grandi, il est parti marcher sur l'eau avant de la transformer en vin) et qu'elle propose une vision du monde à la fois riche et profondément subversive. Bon, le christianisme de Guillebaud est un peu trop girardien pour moi (à mon avis le discours de la croix va un peu plus loin que l’anéantissement du sacrifice) mais qu'importe, je me reconnais assez bien dans son discours sur la foi qui n'est pas l'aboutissement d'une réflexion mais qui n'exclut pas la raison, qui n'est pas une décision mais reste une adhésion.
S'il me manque quelque chose, c'est que Guillebaud nous parle un peu plus de son catholicisme. En effet, tout disciple d'Ellul qu'il est, son discours reste résolument catholique : la vérité est quelque chose dont il convient de s'approcher en cercles concentriques afin de mieux pouvoir s'en saisir. Et puis, j'ai un peu l'impression que Guillebaud se sent "chrétien mais pas encore catholique" et que pour lui être pleinement catholique serait le véritable accomplissement, une vision bien catholique donc. Du coup, j'aurai aimé qu'il développe un peu plus cet aspect des choses, qu’il nous dise par exemple ce qui le sépare du protestantisme de Ellul.
J.C GUILLEBAUD : Comment je suis redevenu chrétien. Ed. Albin Michel
A
l'époque des confirmations et autres accueils à la Cène, la question revient : "qu'offrir à nos jeunes ?" Quel livre (oui, on offre beaucoup de livres dans le protestantisme. Allez savoir
pourquoi ...) ne finira pas oublié au fond d'une bibliothèque ? Un recueil de prières ? L'institution chrétienne ? La dogmatique? Ah une B.D. ! La bande dessinée, c'est bien pour les jeunes (on
n'en est pas à une idées reçue près). Problème : les bédés chrétiennes ne sont pas si nombreuses que ça et elles sont souvent destinées à des enfants et plus souvent encore d'une mièvrerie
consternante.






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