Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…
Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…
Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…
Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…
Dans Petite théologie pas très sérieuse : des petites réflexions personnelles sur la théologie, al foi, la spiritualité…
Dans Bible : des méditations sur certains textes bibliques et prédications
Dans Théo en culture : une relecture théologique complètement subjective de livres, films et autres…
Dans Humeurs : comme le titre l’indique, mes joies et mes coups de gueule…
Dans Les mots de la théologie : à partir d’un mot de notre jargon, une méditation
Dans Actualité paroissiale : les différentes manifestations de la paroisse réformée d’Évreux
Dans Citation : des extraits d'auteurs exprimant des choses bien mieux que je ne saurai le faire
Dans Réponses : des réponses à des questions esquissées au fil des commentaires
Dans Prières : ben euh, à votre avis ?
La position officielle du protestantisme ou de l’Église Réformée de France, mes propos me sont personnels et n’engagent que moi. En aucun cas, je ne suis mandaté pour parler au nom de l’E.R.F et encore moins du protestantisme. Toutefois, c’est en protestant que je réagis la plupart du temps…
Il va également de soi que rien de la dimension relationnelle de mon ministère n’aura sa place ici…
L’Eglise protestante unie s’est donc donné son identité visuelle. Bien. Mais j’ai quand même envie de ronchonner un peu, sinon, ça ne vaudrait
même pas un article.
D’un tweet rageur, j’ai eu un peu envie de faire remarquer qu’après son identité juridique et son identité visuelle, il ne lui reste plus qu’à trouver son identité confessante. Mais je préfère être positif et reconnaître que parce que la parole que nous porterons est bien plus importante que le logo sur nos papiers à lettre et nos affiches, il vaut mieux que nous passions plus de temps à construire notre déclaration de foi qu’à trouver notre identité visuelle (« identité visuelle »… là, je vais pas me gêner pour persifler que ça fait horriblement branchouille et pompeux)
L’impression de fractionnement que j’ai eu à la première vision s’estompe au fur et à mesure que je m’habitue et de toute façon ce nouveau logo est bien moins laid que l’ancien… Je crains juste qu’il soit un peu trop à la mode et donc condamné à être dépassé d’ici une dizaine d’année.
Par charité chrétienne, je ne dirai rien du clip de présentation (en même temps, c’est sûr qu’une « identité visuelle », ça méritait un clip de présentation) et je vais attendre de voir la ligne budgétaire pour râler…
Foin de persiflage, il est pas mal ce nouveau logo… Mais ce qui me gêne vraiment, c’est l’explication qu’on nous colle avec. Alors quoi ? On va être privé du plaisir d’interpréter, de lire et de dé-lire ce logo comme on ne s’est jamais privé de le faire pour la croix huguenote ? (Tiens, une idée comme ça, je devrais faire une recherche et collectionner les interprétations de la croix huguenote). Alors quoi ? C’est ça, la nouvelle identité protestante : l’interprétation qui est livrée avec le texte ?
Bien sûr, ce n’est pas très grave mais quel dommage de n’avoir pas laissé un peu de place à notre imagination pour nous approprier ce logo, pour ne pas en faire seulement le travail d’un graphiste, mais vraiment notre logo, celui par lequel nous disons ce que nous sommes plutôt que celui qui nous dit ce que nous sommes…
Le crucifié du Golgotha - collègue d'Alain - pend au
mur.
Jean Teulé
Une belle journée d'août 1870, Alain de Moneys se rend à la foire de Hautefaye. Il n'en reviendra pas. Il sera battu, torturé puis brûlé par une foule comprenant des voisins et des amis. La lecture du récit de cet horrible fait-divers est à peu près aussi éprouvante que le visionnage de La passion du Christ ( peut être même plus : les mots désamorcent moins la violence et l'horreur que les images). Pourtant, ce n'est pas au Calvaire que je pense en lisant Jean Teulé, mais plutôt au double assassinat d’Echirolle, un autre meurtre collectif de victimes identifiées comme représentant l'autre. Sofiane et Kevin ont sans doute été tués parce qu'ils venaient de l'autre quartier, Alain de Moneys a été tué par une foule qui avait décidé de faire de lui un prussien…
Teulé nous dépeint bien l'aveuglement de cette foule, son invraisemblable incapacité à reconnaître Alain de Moneys, connu et apprécié sous les traits de celui qui lui a été désigné comme prussien. En ce temps de canicule et de guerre, il fallait un bouc émissaire.
Mais de manière tacite, le récit de Teulé nous interroge : le lynchage d'Alain de Moneys nous aurait-il paru moins atroce si celui-ci avait vraiment été un prussien, s'il avait vraiment crié "A bas la France" ? Peut-être après tout ce crime aurait été moins atroce parce que moins incompréhensible. Torturer le jeune et sympathique Alain de Moneys nous paraît une folie alors que s'agissant d'un sympathisant prussien, l'opinion publique de l'époque aurait été moins révoltée ( sans doute se serait-elle contenté de grincer les sourcils face à l'excès), et à supposer que le fait divers soit remonté jusqu'à nous, nous serions contenté d'évoquer la barbarie d'une époque révolue ( fin du XIXe siècle !).
Poser la question sous cet angle, c'est nous confronter à notre propre pulsion de violence, à ce feu qui couve sourdement en nous et ne demande qu'à s'embraser pourvu qu'on lui présente une victime qu'on pourrait ne plus identifier comme humaine.
Finalement, nous pousser à toujours reconnaître l'autre comme un prochain, comme à l’image de Dieu, comme un visage du Christ, comme un frère est peut-être la seule barrière efficace contre la violence.
Jean Teulé : Mangez le si vous voulez. Ed Juliard
Prédication du dimanche 8 juillet 2012
Ezéchiel II, 2 à 5
II Corinthiens XII ; 1 à 10
Marc VI 1 à 6
« Monsieur le pasteur, j’ai prié mais ça marche pas »J’entends régulièrement cette remarque (finalement, peut être pas aussi souvent que je le voudrais… Après tout, une phrase qui commence par « J’ai prié… », c’est toujours bien à entendre). La prière, ça marche pas. Je pense que c’est un constat que tout chrétien fait au moins une fois dans sa vie. Non ?
Je sais bien que de telles choses ne se disent pas aussi brutalement, en tout cas, pas en chaire.
Pourtant les textes de ce matin nous racontent des échecs de prières, ils nous en donnent deux interprétations différentes et relèvent une seule et même attitude.
« Il guérit quelques malades en leur imposant les mains »… Bien sûr, on pourrait remarquer que ces quelques malades guéris font un pas si mauvais score. Mais Marc nous montre bien un Jésus en situation d’échec dans sa contrée natale : « Il ne pouvait faire là aucun prodige ». Ainsi, Jésus n’a pas toujours pu guérir… Et nous pouvons penser à tous ces malades que nous aurions aimé voir soulagés de leur maux, nous pouvons penser à ces maladies contre lesquelles nous nous sommes arque boutés à la force de nos prières. Sans que cela ne donne rien. Attention, nous ne devons pas oublier les quelques malades qui ont été guéris, nous ne devons pas oublier nos prières exaucées. Mais cela n’amoindrit pas vraiment le poids de celles qui ne l’ont pas été…
« Par trois fois j’ai demandé à Dieu d’éloigner de moi cette écharde dans ma chair ». Nous ne savons pas de quelle écharde parle Paul, les interprétations vont d’une maladie chronique à une épouse qui ne se serait pas convertie au christianisme… Mais qu’importe, nous savons tous ce que c’est que porter une écharde dans notre chair, nous savons ce que c’est qu’être blessé, rongé au point que c’en est douloureux physiquement par l’angoisse, le remords, les regrets, les tentations. Nous savons tous ce que c’est qu’une blessure dont on n’arrive pas à se sentir libre, une douleur lancinante qui revient sans cesse… Il nous suffit donc de savoir que Paul a connu semblable douleur, qu’il a demandé à Dieu de l’en délivrer et que cette délivrance lui a été refusée.
Bref, dans ces deux situations, Marc et Paul nous le disent : la prière, ça marche pas toujours.
Et Marc et Paul expliquent, chacun à leur manière, cet échec de la prière.
Marc associe, implicitement, la situation d’échec à l’absence de foi des habitants de Nazareth. J’avoue que cette explication de l’échec de la prière me gène toujours un peu. D’abord parce qu’à la déception de la prière non exaucée, à la douleur de la maladie non guérie, elle ajoute une pincée de culpabilité : « c’est de votre faute, vous n’aviez qu’à croire plus »… Ensuite parce qu’elle fait courir le risque de rabaisser les prodiges accomplis par Jésus au rang de vulgaire tour de charlatan : « l’esprit de Victor Hugo ne veut pas faire tourner le guéridon car il y a parmi nous un esprit fort ».
Mais quelles que soient mes réserves, je dois bien admettre que cette explication est celle de Marc (ainsi que de Matthieu). Et puis, c’est vrai qu’un médecin ne peut pas guérir un malade qui ne veut guérir.
En tout cas, il faut tout de même souligner deux points. Tout d’abord, contrairement à l’usage qui a été fait par la suite de ce texte, Marc ne s’étend pas beaucoup sur le lien entre manque de foi et prière non exaucée. Il se contente de le relever et de s’étendre sur les raisons de ce manque de foi : « Nul n’est prophète en son pays »…
Ensuite, l’explication de Marc face au non exaucement de la prière, n’est pas la seule : Paul non plus n’a pas été exaucé dans sa prière et il en donne une toute autre explication. En effet, pour Paul, ce n’est pas le manque de foi, qui est en cause. C’est simplement que cette écharde dans sa chair va être pour lui l’occasion de découvrir une nouvelle encore plus porteuse de vie que ne l’aurait été la délivrance : la nouvelle d’un Dieu qui agit dans la faiblesse et non dans la force, d’un Dieu devant lequel nous pouvons être sans masque, sans orgueil, sans plastronner…
Malgré leur grande différence, un point commun rassemble ces deux interprétation de l’échec de la prière : les deux invitent à un déplacement, à un changement de perspective. Marc souligne que c’est l’incapacité des gens de Nazareth à voir Jésus autrement que comme le fils du charpentier qu’ils ont toujours connu qui cause leur manque de foi. Et c’est vrai que mieux nous connaissons quelqu’un, moins nous sommes capable de le reconnaître comme autre, comme porteur d’une parole potentiellement nouvelle et rénovatrice. C’est vrai que nous avons souvent tendance à enfermer l’autre dans ce que nous savons de lui. « Je sais ce que tu vas dire » est une sentence sans appel qui tombe souvent en couple, en famille ou entre amis… En s’étonnant du manque de fois de ses compatriotes, Jésus ne les condamne pas, il les invite à transformer leur regard sur lui.
On retrouve le même changement de regard chez Paul qui va passer d’une projection d’un lui-même fort et invulnérable qu’il souhaite devenir à l’acceptation de l’homme blessé et meurtri qu’il est mais qui est tout de même appelé par Dieu pour être témoin de sa Bonne Nouvelle.
Et il y a un autre point commun, beaucoup plus évident. Jésus parcourait les villages des environs en enseignant. Paul n’a pas interrompu ses voyages et sa mission. L’échec constaté de la prière n’a pas été un coup d’arrêt, ni pour Jésus, ni pour Paul.
Frères et sœurs, c’est vrai parfois, la prière ne marche pas. Et c’est vrai que notre slogan ne peut pas être celui des marabouts « satisfaits ou remboursés ». C’est vrai que cette réalité parfois nous blesse. Mais que ce constat ne nous arrête pas, que cette prière qui ne marche pas, nous aide, au contraire à nous mettre en marche, qu’elle nous aide à changer de regard sur nous-même et sur Dieu. Et que nous reprenions notre parcours de foi et de vie
Amen
Prédication du dimanche 1er juillet 2012
Psaume 133
II Corinthiens I 23 à 13
II Corinthiens VII, 2 à 16
Paul sent la colère le submerger à nouveau alors que les paysages de Grèce lui rappellent Corinthe. En fait sa colère n’est jamais vraiment retombée depuis l’insulte qu’il a reçue comme une gifle de là-bas. La lettre cinglante avec laquelle il a riposté n’a rien véritablement arrangé. A la colère, se mêle maintenant le remords, la crainte de s’être mis toute la communauté de Corinthe à dos, la peur d’avoir été trop dur avec son adversaire, d’avoir été trop vif, une fois encore… Il sait pourtant bien qu’il devrait se méfier de sa plume et de son caractère.
Et ce bouillonnement intérieur l’accompagne dans ses voyages. Certes, il y a des moments d’apaisement, des temps où il peut se concentrer sur sa mission, sur l’annonce de Bonne Nouvelle, il y a de belles rencontres mais souvent, pendant les heures creuses, pendant les nuits, pendant les temps de marche et de navigation, la colère et la tristesse reviennent, l’empêchant de savourer les joies, rendant les déceptions plus amères ; une colère et une tristesse qui l’enferment dans lui-même, le plongeant dans la solitude même au cœur des communautés si généreuses de Macédoine…
Et puis, voilà que Tite arrive enfin. Tite, l’ami, le compagnon, Tite que Paul avait raté à Troas, et qui le retrouve finalement en Macédoine. La lumière éclatante de la journée s’est adoucie, le soir embaume encore de la chaleur du jours et de l’odeur des figues, un baiser fraternel, les retrouvailles à une terrasse autour d’un lait de chèvre ou d’un vin de Grèce, des olives peut-être, le chant des cigales et les nouvelles échangées, d’abord de l’un et de l’autre « comment vas-tu ? Comment s’est passé ton voyage» puis celle des amis « As-tu croisé Silas ? Que devient Timothée ? As-tu des nouvelles de Barnabas ? » et enfin celle des communautés. Oui, voilà Tite et tout s’apaise. La présence de l’ami suffit à elle seule à calmer les colères et les rancoeurs les plus vives. Et Paul se sent léger, il sent le pardon germer en son cœur, cette impression d’un nœud qui se dénoue, d’une blessure qui s’envole, d’une douleur qui s’évanouit…
Et quand Tite parle de Corinthe, c’est en porteur de bonnes nouvelles, les corinthiens ont donné raison à Paul, ils ont reconnu leurs erreurs, ils se sont désolidarisés de l’offenseur. Mais de toute façon, Paul avait déjà pardonné, il sait déjà quels seront les mots de sa prochaine lettre : « Je me réjouis d’avoir en toute choses, confiance en vous »
***
Il nous faudrait Pagnol pour tourner cette scène avec une musique de Georges Brassens…
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Dans ces petits morceaux d’humanité qui transparaissent à travers la seconde lettre aux Corinthiens (Paul est finalement moins bavard sur sa vie que mon imagination qui vagabonde), je reçois un témoignage très profond, peut-être plus convaincant que les plus grands arguments théologiques.
Un récit d’édification nous aurait sans doute expliqué que Paul avait trouvé le réconfort et la force de pardonner dans la prière, dans la lecture des Ecritures, dans la médiation sur l’enseignement du Christ, ou, au moins, dans la communauté des frères. Il aurait insisté : « Quelle merveille, cette Eglise du Christ où l’on trouve tout repos et tout apaisement ». Mais Paul, ne se lance pas dans l’édification, il nous parle de sa vie, de sa réalité, il nous dit la blessure profonde que lui a infligé un frère de Corinthe, il nous fait sentir sa solitude au milieu des frères et sœurs de Troas, au milieu des communautés de Macédoine. Bref, il nous montre une Eglise pas toujours fraternelle. Une Eglise sans doute semblable à la notre, imparfaite, parfois conflictuelle… C’est toujours rassurant de savoir que l’Eglise a toujours été ainsi, pleine de scories et de défaut, et qu’elle s’est pourtant maintenue au cours des siècles. J’y vois un signe de la grâce de Dieu, bien plus que dans le récit d’une Eglise idéalisée…
Mais la solitude ressentie à Troas et en Macédoine m’interpelle plus encore que la blessure infligée à Corinthe : même fraternelle, accueillante, conviviale, une Eglise n’est pas un groupe d’amis. Si c’est le langage de la famille, de la fraternité que nous employons en Eglises, plus facilement que celui de l’amitié, c’est que, comme le chante Renaud « On choisit ses copains mais rarement sa famille ». L’Eglise n’est pas un cercle de gens que nous avons choisis, avec lesquels nous nous entendons bien. Et c’est une chance et une exigence car cela nous permet et nous pousse à être plus ouverts en tant que communauté : pour devenir ami, il faut du temps, il faut s’apprivoiser, dirait le renard de Saint Exupéry mais pour devenir membre d’une famille, il suffit de naître… Nous sommes appelés à regarder et accueillir ceux qui s’approchent de nous, non pas comme des amis potentiels (en se demandant si nous aurons des atomes crochus, des affinités, des points communs) mais simplement comme des enfants d’un même père.
Mais c’est aussi une faiblesse. Paul s’est senti seul à Troas et en Macédoine, il n’y a pas trouvé de consolation. Et ce n’est pas de la faute de ces Eglises, elles n’ont pas failli, elles n’ont pas démérités. Mais simplement, parfois, l’humain a besoin de plus que de la fraternité, il a besoin d’affinités, d’atomes crochus, de ce lien profond et difficilement explicable qu’est l’amitié (à propos de son amitié avec La Boetie, Montaigne écrivait « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »). Tite va donner à Paul un réconfort, un soulagement que les frères et sœurs de Troas et de Macédoine n’ont pas su lui apporter, parce qu’en plus d’être un frère pour Paul, Tite est l’ami de Paul. Mais il est très important de bien comprendre qu’il n’y a là aucune critique, aucun reproche contre les communautés de Troas et de Macédoine. L’Eglise n’est pas appelée à pourvoir à tous les besoins de l’humain. On peut-être tout à fait à sa place dans une Eglise sans y avoir d’amis… Bien sur cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas vivre l’amitié dans l’Eglise, dans une communauté locale, simplement, cela n’est pas obligatoire. L’amitié et la fraternité sont deux choses distinctes.
Lorsque nous disons que l’Eglise n’est pas un cercle d’ami, cela ne signifie pas qu’il faille dénigrer l’amitié ou la rejeter, bien au contraire ! C’est pour cela que je trouve très beau qu’au détour d’un enseignement aux corinthiens, Paul laisse comme échapper ce morceau de vie. Il nous montre ainsi que si Dieu nous donne des frères et des sœurs, il nous donne aussi des amis.
Oui, Dieu nous donne l’amitié, comme un baume sur nos blessures, comme une oasis sur notre route, comme un repas où reprendre des forces. Il nous donne l’amitié comme un temps de joie et de partage. Il nous donne l’amitié comme une nouvelle occasion de lui rendre grâce.
Aussi, vous qui êtes frères et sœurs, ne négligez pas vos amis, ne dédaignez pas ces temps d’amitié. Que vos amis partagent votre foi, qu’ils prient différemment, remerciez Dieu qui les a mis sur votre route. Puisez dans votre amitié, les forces du pardon et de l’amour du prochain et surtout, vivez votre amitié comme une célébration du Dieu de la vie.
Amen
Prédication du dimanche 24 juin 2012
Psaume 139
Il est toujours difficile de prêcher sur les psaumes : ce sont des poèmes et ce sont des prières, deux genre littéraires qu’il est sans doute dangereux de trop analyser et décortiquer : parce qu’ils échappent à notre rationnel, le risque est grand en les démontant de leur faire perdre leur substance…
Pourtant, je voudrais ce matin faire une erreur de débutant et ouvrir une prédication par une remarque d’ordre « technique » qui a son importance. La tentation est grande de découper le psaume en deux. Faire des versets 19 à 24 un psaume à part… C’est vrai que ce « Dieu ! Si tu voulais massacrer l’infidèle » tombe un peu comme un cheveux sur la soupe et vient nous troubler dans notre médiation… Mais je vais garder au psaume son unité, d’abord parce que c’est ainsi qu’il a été conservé dans le corpus des psaumes, ensuite parce que le vers final « Scrute moi et connais mon cœur répond parfaitement au premier vers tu me scrutes et tu me connais », enfin parce que ces deux parties ont en commun un vocabulaire rare dans la Bible. Oui, tant au niveau du vocabulaire qu’au niveau de la pensée on trouve dans ce psaume 139, un fort apport de l’étranger, une perception du monde qu’Israël a très bien su adapter à sa foi mais qui n’en reste pas moins une perception étrangère, nouvelle… Ainsi, par une merveilleuse ironie, si la finale de ce psaume nous évoque un fort replis sur soi, le psaume tout entier reste un très bel exemple de la richesse du croisement des cultures… L’influence étrangère perceptible dans la beauté de ce psaume désarme son aspect le plus gênant…
Maintenant que je vous ai partagé cette remarque de spécialiste, nous pouvons la mettre de côté.
Personnellement, quand je lis ce psaume, avant d’entendre un plaidoyer pour le métissage culturel, avant d’entendre une théologie inhabituelle en Israël, j’entends le portrait du psalmiste… Je l’entends me parler de ses triomphes, de ces moments où il lui semble gravir, seul, les cieux, être au pinacle, à l’apothéose de sa vie. Et je pense à mes propres succès, ce ne sont peut-être pas des temps d’apothéose, je n’ai peut-être pas le sentiment d’avoir escaladé le ciel mais ces temps de joie profonde, ce sentiment d’accomplissement personnel, cette joie mêlée de fierté, je les connais…
Je l’entends me parler de ses fuites, de ces moments où il voudrait tout lâcher, simplement renoncer. Et je pense à mes propres envies de renoncement, aux moments où je voudrai simplement m’allonger et tout laisser aller. Je ne souhaite pas forcément être englouti par les ténèbres ou descendre au séjour des morts, mais ces temps de lassitude, de fatigue intense, de désespoir, de « juste ras-le-bol » je les connais.
Je l’entends me parler de sa routine, de son dodo (tu connais mon coucher), de son boulot (et mon lever) et même de son métro (tu surveilles ma route). Et je pense à mes propres habitudes, à mon propre quotidien, à ces étapes que je passe presque sans y penser, à ces jours qui se cochent sur mon calendrier… Je pense à mes projets, je pense à mes paroles. A des milliers d’années du psalmiste, je connais ce sentiment de quotidien mêlé de projets…
Je l’entends me dire ses incompréhensions qu’il transforme en haine. Et je me dis que si je n’ai pas de haine parfaite (sans doute suis-je trop superficiel), je connais quand même bien ce sentiment de surprise et d’énervement face à des gens dont je n’arrive pas à comprendre la pensée, les opinions… « Comment peut-on être ______________ » (mettez ici le courant de pensée de votre choix)
Mais surtout j’entends sa question, cette énigme qu’il se pose, qui le dépasse «mystérieuse connaissance, j’ai été fait dans le secret ! que tes projets sont difficiles pour moi ! ». La grande question du psalmiste, c'est qui suis-je ?
Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle est la valeur de ma vie ? Cette question est la mienne aussi. Qui suis-je ?
Suis je le produit de mon ascendance et de mon histoire ? Sans doute. Suis-je ce que je fais, la somme de mes succès et de mes échecs ? Sans doute. Suis-je ce que mes amis et mes ennemis disent de moi ? Sans doute. Suis-je l'équilibre entre mes projets et mes décidément, entre mes rêves et mes lucidités ? Sans doute.
Sans doute suis-je un peu tout cela. Mais j'ai aussi la conviction profonde d'être bien plus encore, sans pourtant vraiment savoir qui est ce être que je suis...
Oui, je me retrouve bien dans le mystère que le psalmiste perçoit autour de son existence, dans cette question implicite, ce "qui suis-je ?" qu'il se pose..
Et paradoxalement, c'estdans cette question que le psalmiste découvre sa foi. En effet, en explorant sa vie, en visitant ce tourbillon d'échecs et de succès, de confiance et d'abdandon, ce torrent de vie qui saute du sommet à l'abîme, de la lumière à l'obscurité, de la certitude au brouillard, de la joie la plus profonde au chagrin le plus absolu, le psalmiste découvre une constante, une seule : Dieu est toujours là.
Et c'est cette découverte qui va lui dire qui il est : que sa vie soit sombre ou lumineuse, rêvée ou ennuyeuse, fidèle ou rebelle, il est cette merveille que Dieu a tissé, cette merveille dont Dieu se préoccupe. On voit souvent le croyant comme un roc, comme quelqu’un qui ne se pose pas de questions, qui connaît sa voie. Et voilà que le psaume, nous montre une image toute autre, une foi profonde au Dieu toujours présent, une confiance immense dans les projets de Dieu pour nous, mais une foi qui jaillit en se posant la question de l’identité.
Mon frère, ma soeur qu'à tout moment ce psaume te parle de ta vie. Que tu doutes ou que tu croies, que tu exultes ou que tu succombes, qu'il te dise que Dieu se tient là, à tes côtés, qu'il t'entoure même quand tu l'ignore et qu'il ne t'abandonnera jamais.
Parce que, mon frère, ma soeur, qui que tu croies être, même si tu ne sais plus rien, tu es cette merveille que Dieu a tissé de sa volonté.
Amen
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
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