23 janvier
Après une assez mauvaise nuit (le sable est plus dur qu’on pourrait croire) et un petit déjeuner rapide, nous nous mettons en route pour l’oasis de Tanouchert. C’est, comme nous l’avait proposé Salim, d’une seule traite que nous parcourons cette étape et nous le sentons passer… C’est éreintés que nous arrivons à l’oasis, après avoir malgré tout, pu apprécier la diversité des paysages désertiques. A présent même les bon marcheurs se sont écroulés et nous nous méfierons désormais du quart d’heure de Salim. Les marchandes de la coopérative des femmes se sont installées autour de nous (malgré le peu de succès de leurs objets artisanaux) et c’est à l’ombre d’un acacias (encore !), bercés par leurs bavardages et leurs rires que nous somnolons. Tout à l’heure, si nous trouvons le courage, nous irons visiter la palmeraie…
Une discussion d’hier avec mon petit frère me pousse à l’introspection. Nous sommes indiscutablement en plein désert, nous traversons des paysages exotiques et partageons un mode de vie qui n’est pas le mien. Pourtant, je ne me sens pas tout à fait dans le désert, je n’en ressens ni la totale étrangeté, ni l’oppression supposée. Je pense que cela tient beaucoup à l’effet de groupe. C’est visiblement dans la relation à l’autre que place d’abord mon ressenti et là, dans un groupe d’amis, je me sens chez moi…
Après une longue sieste, petite ballade dans le village, nous allons jusqu’à l’école pour remettre les fournitures scolaires que nous avons apportées. Mais Laurence souffrant de la hanche, nous laisserons les autres aller jusqu’au bout et nous retournons au campement tenir compagnie à Vincent. En effet notre groupe compte à présent une blessée (Laurence) et un malade (Vincent qui souffre visiblement d’une insolation). Les porteurs de cahiers se feront invités chez l’habitant et nous les retrouverons plus tard. C’est le moment d’en apprendre un peu plus sur Salim dont la famille vit à Chingueti et qui est guide depuis maintenant 10 ans après avoir travaillé deux ans comme cuisinier. Cette année il est content, il a réussi à obtenir deux semaines de vacances sur la saison, sinon de octobre à avril, il guide des touristes dans le désert, le plus souvent en marchant… Quand je lui demande s’il utilise le soleil pour se guider, il sourit amusé : en fait, il connaît le chemin par cœur…
La soirée commence tout doucement autour de l’apéritif saharien (voir la note de la veille) et le repas se termine sur les énigmes de Salim et une discussion epistémologico-scientifico-théologique, j’ai l’impression que les scientifiques du groupes confondent le vrai et le réel… Cette nuit je dormirai à la belle étoile…
Une petite note sur le chèche, en plus de permettre toute sorte de jeux de mot parfaitement stupides, le chèche offre une protection fantastique contre le soleil. Il permet également de se couvrir le bas du visage ce qui est très commode à la sortie des villes (on passe souvent à travers une véritable décharge) et éventuellement pour se livrer au grand banditisme (mais on n'a pas essayé). Long de 3m, le chèche sert également d'oreiller, d'écharpe au petit matin frais et je suis sûr qu'il peut offrir un beau signal de détresse. Je crois que j'ai adopté ma nouvelle protection contre le soleil : j'ai horreur des casquettes... Ces seuls points faibles sont : pas facile de s'enrouler 3 m de turban autour de la tête en obtenant un résultat à la fois esthétique et stable (mais au bout de deux jours, nous finissons par ne plus remettre nos chèches qu'une fois par jour) et une certaine nuisance à la communication, surtout lorsque vous le portez devant la boucvhe, il faut vous rappeler que votre interlocuteur a, en plus, les oreilles recouvertes de tissus... Et puis quand on a choisi, comme moi, un beau bleu roi, eh bien, ça déteint... Mais en une semaine, aucun coup de soleil !
22 Janvier
Le thé remplace la bière en Mauritanie : on le fait mousser, on vous le sert à l’apéritif ainsi que pour vous souhaiter bienvenue… A l’apéritif, c’est donc dattes, cacahuètes, biscuits et thés qui viennent récompenser le marcheur lors de la pause du soir. Mais le plus typique, c’est la cérémonie des trois thés à laquelle nous aurons droit à chaque maison ou hôtel visités. Trois thé (plus ou moins) à la menthe, servis les uns après les autres. Il faut voir notre cuisinier les transvaser d’un verre à l’autre pour bien les faire mousser. Le premier est le moins sucré : c’est Loèl, « amer comme la vie », le thé de l’enfance durant laquelle on peut avaler n’importe quoi. Le second, plus sucré, c’est Ouestani, « doux comme l’amour », le thé de la jeunesse, un peu plus sensible. Le troisième est sirupeux, c’est Tali, « suave comme la mort », le thé de la vieillesse, l’âge fragile où il faut que tout soit facile…
Allez, je suis plus courageux que prévu, je commence à mettre mon journal de bord en ligne aujourd'hui... Vous pardonnerez le style "écriture automatique" mais j'ai opté pour ne pas retravailler mes notes... Je vous les livre donc telles que je les ai écrites et en 12 heures d'avion, on a le temps d'écrire vraiment n'importe quoi...
Prédication du dimanche 21 janvier 2007




Commentaires