Présentation

Texte biblique

Je vous encourage, mes frères, par le nom de notre Seigneur Jésus–Christ, à tenir tous le même discours : qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis, dans la même intelligence et dans la même pensée. En effet, mes frères, les gens de Chloé m’ont appris qu’il y a des disputes parmi vous. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul ! » –– « Et moi, à Apollos ! » –– « Et moi, à Céphas ! » – Et moi, au Christ !  Le Christ est–il divisé ? Est–ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est–ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ?  Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, excepté Crispos et Gaïos. Ainsi personne ne peut dire que vous avez reçu le baptême pour mon nom. Si, j’ai encore baptisé la maison de Stéphanas ; au reste, je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre. Car le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ; non pas dans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas vidée de son sens. En effet, le discours de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut, elle est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, j’anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le débatteur de ce monde ? Dieu n’a–t–il pas frappé de folie la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la proclamation qu’il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient. Les Juifs, en effet, demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse. Or nous, nous proclamons un Christ crucifié, cause de chute pour les Juifs et folie pour les non–Juifs ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, un Christ qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les humains, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains.
I Corinthiens I, 10 à 25 (d'après la Nouvelle Bible Segond)

Un commentaire ici

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Samedi 31 mars 2007
Le sacré dont la nature était investie garantissait ce milieu contre les emprises escessives de l'homme. Il provoquait le respect. Maintenant, du fait de la désacralisation provoquée par le christianisme, le monde naturel est simplement composé de choses, ce qui n'entraîne aucun respect. Il n'y a dès lors plus aucune limite. L'homme est implicitement autorisé à faire n'importe quoi sur ce monde sans âme, il n'y a d'autre obstacle que celui de son imagination et ceux de ses moyens. Quand ceux-ci augmentent, les utilisation illimitées du capital nature augmentent aussi et les dilapidations.
J. ELLUL. La subversion du christianisme

L’écologie est devenue une préoccupation majeure de notre temps et c’est bien. Les Eglises en ont fait un cheval de bataille et c’est tout à leur honneur. Mais l’écologie est-elle une valeur chrétienne ? Je ne le crois pas.
En fait, je me rallie assez volontiers à l’idée qu’à l’inverse, la révélation biblique a, accidentellement, favorisé l’émergence d’un nihilisme face à la nature. En effet, le récit de création nous fait sortir de l’idée d’un univers vivant, animé (au sens de doté d’une âme). L’homme dans la nature n’est plus confronté à une multitude d’esprits et de dieux (des arbres, des rivières, du ciel, des astres, des animaux, etc.) qu’il convient de craindre et de traiter avec respect. Au contraire, il est placé dans un monde qu’il est appelé à soumettre et dominer (Genèse I, 28). Ce qu’il va faire de manière radicale, sans se fixer aucune limite…
Bien sûr, il s’agit ici d’une dérive. Dans la révélation, si l’homme est libre, placé comme gardien du jardin, il est aussi responsable devant Dieu. Mais quand la chrétienté se déchristianise, quand elle rompt sa relation à Dieu, l’homme reste seul dans un monde qu’il peut piller à l’envie.
Bref, il me paraît difficile de défendre l’idée d’un christianisme écologique (d’ailleurs il y aurait beaucoup à redire sur la relation de Jésus avec la nature).
Est ce que cela signifie qu’il nous faut rejeter l’écologie comme non chrétienne ? Bien sûr que non. Tout d’abord, une notion n’a pas besoin de trouver sa source dans l’Évangile pour être « bonne ». Et surtout, le message chrétien place l’homme comme responsable (c’est à dire celui qui répond) devant Dieu et devant ses frères et sœurs. Or, au nom de cette responsabilité, le chrétien peut s’engager dans le combat écologique. Devant Dieu, devant nos frères et sœurs, nous avons à répondre de ce que nous faisons de ce monde dans lequel nous vivons.
En revanche, en tant que chrétien nous devons nous garder d’une conception idolâtre de l’écologie. On voit en effet réapparaître, sous mains aspects, l’idée d’une nature vivante, sacrée qu’il nous faudrait respecter sous peine d’encourir sa colère. C’est le succès du New Age, du chamanisme, la résurgence du paganisme sous la forme du Wikka . C’est aussi la cosmologie asiatique de plus en plus présente dans notre culture. Les pokemon en sont un bon exemple, ces monstres de poches sont en effet étroitement liés à différents aspect de la natures (empruntés au shintoïsme). Bref, Pikachu et consorts sont une version à peine modernisée des esprits des eaux et des forêts. Je pourrais évoqué le succès (mérité) de dessins animés bien plus poétique et subtil tels que Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro. Une part non négligeable du discours écologique me paraît donc s’accompagner d’un retour à la personnification et à la vénération de la Nature.
Qu’on me comprenne bien, je ne lance pas d’accusation ni d’anathème, je n’appelle pas au boycott ni à la censure, je laisse mes enfants jouer aux pokemon, je n’affirme pas que l’antéchrist est écologiste (encore que je ne me sente, cette fois, pas si en désaccord que ça avec le Cardinal Biffi). Je me contente de rappeler que toutes les formes du discours écologistes ne sont pas compatibles avec le christianisme. Il ne s'agit pas non plus d'exclure le dialogue avec des visions du monde différente de la mienne. Bien au contraire, je crois que le refus de la confusion est une bonne base pour le dialogue.
Quoiqu'il en soit, je ne peux m’empêcher de trouver assez symptomatique de voir la responsabilisation céder progressivement la place à la sacralisation et la vénération…

ajouter un commentaire commentaires (4)   
créer un trackback recommander
Mardi 27 mars 2007

Prédication du dimanche 25 mars 07
Philippiens III, 8 à 14
Jean VIII, 1 à 11
Esaïe XLIII, 16 à 21

Ce matin, Esaïe nous parle d’une route qui nous est ouverte, c’est une image classique mais il m’a paru intéressant d’approfondir  un peu cette image. Ce matin, nous parlerons de route, de GPS et de bulldozer...

Quoi de plus normal, de plus prévisible pour le Dieu d’un peuple nomade que d’ouvrir une route ? Même dans sa sédentarité, le peuple hébreux, ces « traversants » n’oublie pas son passé de voyageurs, son histoire faite de passage, d’itinérance et de découverte. Après tout, cet idéal de voyage reste le notre. Si bien des images bibliques nous sont désormais difficilement compréhensible, l’appel de la route nous parle toujours autant : En route ! En marche ! sont des slogans qui font toujours recette. Rien de tel, dans une campagne électorale que d’accuser son adversaire d’immobilisme. Alors, le Dieu qui ouvre des routes n’est pas vraiment surprenant…
Pourtant, que les slogans dynamique de nos politiciens ne nous fassent pas perdre de vue notre résistance naturelle au mouvement, notre incroyable force d’inertie. N’oublions pas que l’immobilisme qu’il est de bon ton de condamner aujourd’hui n’a pas toujours été compris de façon aussi péjorative. Bien au contraire, la stabilité, le refus du changement sont apparues et apparaissent encore, dans bien des cultures humaines, comme infiniment souhaitable. Et ce désir d’immobilité transparaît à travers la Bible. Comme tous les peuples, comme tous les humains, les hébreux aspirent à la confortable certitude d’un monde immuable. Et, en réponse à ce désir, Dieu vient ouvrir des routes, renverser l’ordre établi des choses. Comment s’installer dans l’idée d’un monde qui sera toujours l même, si Dieu transforme le désert en fleuve ?Face aux certitudes humaines, le désert est définitivement sec, ce qui est sera toujours, Dieu vient ouvrir une brèche. Dans notre inertie, Dieu nous convertit au mouvement…
Et ce mouvement n’est pas seulement rupture avec l’immobilisme, il est aussi rupture avec le nomadisme. En effet, le nomade voyage en suivant une boucle. Il n’a pas de but définitif et ce sont finalement toujours les mêmes paysages qu’il arpente. Son voyage, tout comme le monde dans lequel il vit, n’est qu’un éternel recommencement. Le peuple hébreux, lui, ne suit pas une boucle, il traverse. Son but n’est pas la prochaine étape mais la terre promise. Le chemin que Dieu ouvre est aussi différent de l’itinéraire nomade que la droite l’est du cercle. On oublie en effet souvent qu’une des grandes nouveauté de la Bible, c’est la compréhension linéaire plutôt que cyclique du temps. Là où de nombreux peuples voyaient le temps comme une succession d’âge, sans cesse recommencée, à l’image du cycle des saisons, la Bible nous fait découvrir une histoire qui a un commencement et une fin, une histoire qui a un sens et un but.
Le Dieu qui ouvre des routes est un Dieu qui nous met en mouvement. En marche, nous sommes vivants. Mais notre marche n’est pas un vain activisme, une fuite en avant ou une boucle sans fin. Elle a un but. Un Dieu qui nous et en marche, c’est un Dieu qui nous délivre des situations figées, un Dieu qui donne un but, c’est un Dieu qui brise les cercles vicieux…

Mais si le voyage, l’ouverture d’une route est une promesse, c’est aussi une aventure. Tout d’abord, la terre promise est Terra incognita. Nous ne savons pas ce que nous y trouverons. Dieu promet monts et merveilles, mais c’est bien Par la confiance et non par la vue ou le savoir que nous marchons.
L’autre risque du voyage, dès que l’on parle de but à atteindre, c’est de se perdre, de se tromper de route (ou carrément de quitter la route) et de manquer le but.
Et c’est là qu’interviennent la religion. Puisque Dieu nous donne un but, puisqu’il nous ouvre une route, nous allons la baliser cette route, nous allons donner à nos frères et nos sœurs tous les panneaux indicateurs nécessaires. Et c’est ainsi que des hommes et des femmes, souvent dans les meilleures intentions du monde, se sont mis à établir tout un ensemble de règles et de prescription. Et bien sûr, les Églises se sont engouffrées dans cette idée. « nOus allons guider nos frères et nos sœurs ! Nous allons leur donner des repères, des balises ! Nous allons leur éclairer le chemin que Dieu veut pour eux ! » Et les Églises, toutes les Églises, qu’elles soient catholiques romaines, protestantes ou orthodoxes se sont transformées en GPS.
On peut d’ailleurs se poser ici la célèbre question de l’œuf ou la poule. En effet, les Églises se posent-elles comme des cartes routières parce que c’est ce que viennent leur demander ceux qui se tournent vers elles (« donnez moi des repères », « dites-moi comment mener ma vie » ? Ou bien les gens nous demandent-ils des repères parce que c’est en fournisseurs de signalisation que nous nous présentons ? Comment tout a-t-il commencé ? Avec l’œuf ou la poule ?
Finalement cela n’a pas grande importance. Le résultat est là : on attend des Églises chrétiennes ce qu’on attend de toutes les religions : des repères, des guides, un itinéraire selon lequel vivre sa vie… Et nous sommes tout heureux de nous transformer en GPS… Un de plus sur le marché… Et maintenant que nous avons perdu le monopole, nous nous étonnons et nous lamentons de voir nos anciens clients se tourner vers d’autres modèles, plus séduisant, plus souples ou au contraire plus précis…
Mais ce n’est pas là, le plus grave. Ce qui importe ce n’est pas cette baisse de demande, cette perte de clientèle ! Après tout, nous ne sommes pas un marché ni une industrie. Ce qui est grave, c’est que nous nous sommes éloignés du témoignage que nous avions à porter.
En effet, quand votre GPS vous indique que vous êtes perdu, que vous avez fait fausse route, il vous suffit de faire demi-tour, de refaire la route en sens inverse et de reprendre le bon chemin.
Mais quand l’itinéraire en question est votre vie, il est impossible de faire demi-tour. Quand votre GPS vous dit que vous vous êtes trompé, que vous êtes dans l’impasse, eh bien c’est trop tard : il n’y a plus rien à faire. Vous n’avez plus qu’à prendre votre tête entre vos mains et pleurer. A celles et ceux qui se sont perdus, le message d’une Église GPS n’est plus qu’un « Fallait pas », « T’avais qu’à pas », un « Tant pis pour toi » quand ce n’est pas carrément un « Bien fait pour toi ! ». Bref un message qui n’a plus rien à voir avec le Dieu libérateur de l’évangile…

A trop vouloir jouer au GPS, au guide, nous avons oublié que Dieu fait bien plus que nous montrer un chemin : il nous ouvre une route.
Quand son peuple s’est de lui-même jeté dans une voie sans issue, adorant d’autres dieux et se détournant de YHVH, Dieu vient percer une route. Là où le panneau indicateur ne suffit plus, là où le GPS ne fait qu’attester la fin de notre parcours, signer notre condamnation (« je te l’avais bien dit »), Dieu, quant à lui, se fait bulldozer : il renverse les obstacles, il défonce et écrase jusqu’à ce que l’impasse n’existe plus.
Affirmer que Dieu nous ouvre un chemin, c’est bien plus que jalonner ce chemin, c’est affirmer qu’il est toujours possible de repartir. « J’ouvre une route ». C’est l’action prophétiques de ceux qui se tournent vers les plus démunis. J’ouvre une route. C’est le pardon de la femme adultère : « Moi non plus, je ne te condamne pas » cela signifie : regarde, tu es sortie de ton impasse, plus aucun mur, plus aucun juge ne se dresse face à toi. Ta vie n’est pas arrêtée. « Va et ne pèche plus », n’est pas un avertissement, cela ne signifie pas « C’est ta dernière chance » mais simplement « Évite les voies sans issues, ne te rejette pas dans l’impasse ». J’ouvre une route. C’est le message de la résurrection.
Il n’y a plus d’impasse. Dieu est le bulldozer qui pour toi comme pour moi ouvre un chemin nouveau. Voilà ce que devrait être le message de nos Églises.
Bien sûr, nous avons sans doute notre mot à dire sur certaines voies qui sont manifestement sans issues (de toute façon nous ne nous tairions pas). Mais avant tout, pour nos frères et sœurs que ces GPS qui pullulent laissent dans l’impasse (quand il ne les y jette pas carrément, nous sommes appelés à témoigner du Dieu de l’entraide, du pardon et de la résurrection, le Dieu bulldozer qui met fin à toute impasse.

Mon frère, ma sœur, un chemin est ouvert pour toi aujourd’hui. Et quand tu crois être au bout de ta route, au fond de l’impasse, lève les yeux vers notre Dieu, et constate : les murs se sont effondrés, renversés par son amour. Avec lui, ta vie reprend. Avance sans craindre de te perdre. Lui, te retrouvera toujours. Pour le Dieu vivant, il n’y a pas d’impasse.
Amen.

commentaires (0)   
recommander
Dimanche 25 mars 2007
Je ne suis pas prophète, je ne suis pas frère prophète ; je suis bouvier et pinceur de sycomores.  Mais Yahvé m’a pris de derrière le troupeau et Yahvé m’a dit : “ Va, prophétise à mon peuple Israël. ” (Amos VII, 14-15)

D’Amos on connaît surtout la vigueur de son message, son intransigeance qui nous rappelle que l’impiété se situe moins dans la façon de rendre un culte à YHVH que dans la manière de traiter les plus petits. La religion d’Amos n’est pas le culte officiel mais la justice sociale et la violence de ses paroles contre le comportement d’Israël est impressionnante. Amos est celui qui dit non à l’injustice, non à l’écrasement du pauvre par le riche. Il est celui qui, hors des cadres institutionnels, un bouvier saisi par Dieu qui refuse de se taire.
Amos est aussi celui qui, face au prêtre Amatsia, représentant de l’autorité, refuse de se taire
Mais la compassion d’Amos est moins connue

Voici ce que me fit voir le Seigneur Yahvé : il produisait des sauterelles, au temps où le regain commence à pousser, c’est le regain après la coupe du roi. Et comme elles achevaient de dévorer l’herbe du pays, je dis : « Seigneur Yahvé, pardonne, je t’en prie ! Comment Jacob tiendra–t–il ? Il est si petit ! » Yahvé en eut du repentir : « Cela ne sera pas », dit Yahvé. Voici ce que me fit voir le Seigneur Yahvé : Le Seigneur Yahvé intentait un procès par le feu : celui–ci dévora le grand Abîme, puis il dévora la campagne. Je dis : « Seigneur Yahvé, cesse, je t’en prie ! Comment Jacob tiendra–t–il ? Il est si petit ! » Yahvé en eut du repentir : « Cela non plus ne sera pas », dit le Seigneur Yahvé.
Amos VII (1 à 6)


Voici donc que se pourfendeur d’injustice, cet annonciateur de malédiction, ce prophète de malheur, s’émeut du sort d’Israël. Ni son statut de peuple élu, ni sa piété, ni sa possible repentance ne peut protéger Israël de la colère de Dieu. Seule sa faiblesse peut lui valoir la pitié de l’Eternel. L’intransigeant Amos fond devant ce qui est sans défense. . Pour le prophète, la miséricorde reste le premier devoir du puissant face au petit, et cela s’applique à YHVH, lui-même…

Voilà, quelques lignes sur Amos parce que le nôtre fête ses 10 ans aujourd’hui. J’ignore s’il sera plein de l’ardeur de son bouillant éponyme mais je sais que déjà, il se laisse facilement désarmer par la faiblesse et la fragilité qu’il ressent chez l’autre. Une attitude dont nous ne pouvons que nous réjouir…

 

ajouter un commentaire commentaires (0)   
créer un trackback recommander
Vendredi 23 mars 2007
Le problème de l’annonce de l’Évangile est toujours le même : je l’ai rencontré de manière aiguë en Galatie, puis ici, à Corinthe. Chacun sait ce qu’il attend d’un message religieux : un dépassement de la condition humaine, un modèle idéal auquel on puisse s’identifier pour trouver une dignité, une doctrine qui réponde aux énigmes de l’existence, console de la misère et rende supportable la maladie, la souffrance et la mort. On attend donc des porteurs de vérités religieuses qu’ils promettent des miracles et qu’ils accomplissent des prodiges. Chacun doit se mesurer à une rude concurrence sur le marché de la spiritualité, de la sagesse quotidienne et des idées. Or, j’ai acquis depuis longtemps la conviction et je sais que la vérité que j’ai été chargé d’annoncer est, à cet égard, un produit peu compétitif. Car je n’ai rien d’extraordinaire à apporter, pas de brillant système philosophique à admirer, pas de profonds mystères à sonder, pas de guérisons en chaîne. Et ma personne elle-même n’en impose pas. Malgré tout, en profondeur, l’Évangile est entré et la foi est née en Galatie. Une puissance créatrice qui donne la joie perce qu’elle suscite en chaque personne qui y met sa confiance une conscience nouvelle de sa valeur et son identité propre. Elle transmet une certitude qui transforme des gens en sujets et elle crée, à l’intérieur de la Cité, un réseau de communautés formant une société qui peut être plurielle et ouverte parce qu’elle est faite de personnes qui se reconnaissent comme responsables.
F. Vouga : Moi, Paul !

Comme s’il suivait les traces de Gerd Theissen avec son Ombre du galiléen, Vouga s’essaye au roman théologique. Bon pas tout à fait au roman, disons à l'ouvrage théologique romancé... En effet, Moi Paul ! n’est pas une biographie de l’apôtre Paul, mais le professeur de Nouveau Testament de la Kirchliche Hochschule Bethel écrit les confessions de l’apôtres. L’intérêt est double : tout d’abord un ouvrage de spécialiste est ainsi mis à la portée du grand public (je suis navré si cela peut paraître élitiste mais je suis parfois assez fatigué de voir  les lieux communs voire les stupidités que l’on peut trouver dans les best-sellers biblique) et surtout plutôt que des spéculations sur la vie de l’apôtres, Vouga nous convie à découvrir sa pensée. Il ne s’attache pas aux conceptions éthiques et sociologiques de Paul (conceptions qui ne font que rappeler à quel point Paul est un témoin de son temps) mais à la manière dont il comprend le message de Jésus Christ. Ce livre ne prétend pas nous apprendre si Paul était ou non un horrible macho esclavagiste et homophobe, l’enjeu est bien plus ambitieux, concentrer en un livre, écrit à la première personne, la théologie de Paul telle que la révèlent ses épîtres. Un projet ambitieux et un essai réussi à mon avis : à partir d’une clef de lecture « Tout est grâce », Vouga nous présente dans la façon dont Paul comprend la rupture de la croix, il nous montre ce qu’est la « création nouvelle » pour l’apôtre et comment celui-ci appréhende la sagesse et la folie, l’unité et la pluralité, la Loi et la grâce. Il nous éclaire sur les querelles de l’aube du christianisme et surtout nous fait entrer dans un message radical. Moi, Paul est un livre accessible, je crois mais ce n’est pas un livre facile. Entrer dans la théologie paulinienne, c’est aller à des lieues de l’image que l’on se fait généralement du christianisme et, écrit sur le mode des confessions, le livre ne fait pas dans la démonstration structurée mais plutôt dans l’affirmation forte, une affirmation dont il convient de peser chaque mots…
Ce parti pris d’inventer à l’apôtre des confessions est d’ailleurs à l’origine de ce qui est peut-être la principale faiblesse du livre : on aimerait savoir ce qui permet à Vouga d’interpréter ainsi tel ou tel propos, ce qui le conduit à telle ou telle hypothèse sur la vie de Paul ou sur les disputatio chrétiennes de l’époque. Bien sûr, il est toujours possible de se référer à ces ouvrages plus conventionnels Une théologie du Nouveau Testament ou Querelles fondatrices (celui là, je ne l’ai pas lu, mais je sens que je vais me le procurer bientôt), mais quelques notes de bas de page auraient été bienvenues…
Une autre faiblesse, le style parfois litanique, dont l’effet est encore renforcé par la mise en page, n’est pas toujours des plus heureux, je trouve…
Ceci dit, à celles et ceux qui s’interrogeraient sur mon admiration avouée pour l’apôtre des gentils, je recommande chaleureusement la lecture de ces confessions imaginaires de Paul

François VOUGA : Moi, Paul ! Editions Bayard

ajouter un commentaire commentaires (0)   
créer un trackback recommander
Jeudi 22 mars 2007

Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
Qu’est ce qui empêche que cette bonne nouvelle d’un Dieu qui nous aime et nous rejoint, soit pour moi aussi ? Qu’est ce qui empêche que je connaisse ce changement radical de perspectives ? Qu’est ce qui empêche, que je sois, moi aussi, reconnu comme membre de la communauté ?
Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
Et il s’y connaît en empêchement, celui qui pose cette question. Étranger, peut-être prosélyte, au moins craignant Dieu, son statut d’eunuque lui interdit de toute façon l’accès au Temple. Il sait donc bien à quel point il est difficile d’accéder à ce Dieu sans montrer « patte blanche », il sait bien à quel point les critères des religions sont stricts : relier à Dieu, peut-être mais présente tes papiers d’abord… Il se méfie, l’eunuque, il sait bien qu’après les beaux discours viennent les exigence, que l’Autre monde dont parle les religions prône l’immigration choisie…
Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
Et la réponse tombe, aussi limpide que les eaux du baptême. Rien (même si des témoins occidentaux insèrent ici une déclaration de foi). Philippe ne pose aucune exigence, aucune condition. Le baptême est demandé, le baptême est reçu. L’accueil est inconditionnel. C’est là, le cœur de l’Évangile :  tel que tu es, tu es reçu…
Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
En tant qu’Église, cette question nous interpelle. Nous sommes devenus avares de baptême, jaloux de la Bonne Nouvelle. Annoncer l’Évangile, certes ! Mais à condition qu’ils comprennent, à condition qu’ils le vivent, à condition qu’ils en soient dignes. Annoncer l’Évangile, bien sûr ! Mais pas à n’importe qui…

Seigneur, pardonne à ton Église d’avoir reconstruit remparts et chausse-trappes là où tu avais fait place nette ! Pardonne-nous d’avoir transformé le libre accès en parcours du combattant ! Délivre-nous de notre volonté de tri, de nos critères de sélection, replace nous dans l’audace de l’accueil sans réserve.Fais taire en nos Eglises tout ce qui empêche l'accueil de nos frères et soeurs.
Que plus rien n’empêche celui qui veut être reçu et reconnu…

Amen

D'après Actes des apôtres, VIII, 36 à 40


ajouter un commentaire commentaires (2)   
créer un trackback recommander

Agenda

  Juin 2008

Lundi 2 20h Café le Franklin. 7 rue Franklin Roosevelt Evreux
Café Biblique : La vie après la vie

Discussion libre et éclairage biblique sur le thème de l'au delà.

Samedi 28 Dimanche 29
Nuit des veilleurs organisée par l'ACAT


Temps d'ouverture au temple
5 rue du chantier, Evreux
de 20h à 21h

Temps de prière à Vernon
Eglise St Jean Baptiste
de 21h à 22h



Commentaires

Calendrier

Mars 2007
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

Communautés

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
Blog : Lesbien sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus