Présentation

Texte biblique

Je vous encourage, mes frères, par le nom de notre Seigneur Jésus–Christ, à tenir tous le même discours : qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis, dans la même intelligence et dans la même pensée. En effet, mes frères, les gens de Chloé m’ont appris qu’il y a des disputes parmi vous. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul ! » –– « Et moi, à Apollos ! » –– « Et moi, à Céphas ! » – Et moi, au Christ !  Le Christ est–il divisé ? Est–ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est–ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ?  Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, excepté Crispos et Gaïos. Ainsi personne ne peut dire que vous avez reçu le baptême pour mon nom. Si, j’ai encore baptisé la maison de Stéphanas ; au reste, je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre. Car le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ; non pas dans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas vidée de son sens. En effet, le discours de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut, elle est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, j’anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le débatteur de ce monde ? Dieu n’a–t–il pas frappé de folie la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la proclamation qu’il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient. Les Juifs, en effet, demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse. Or nous, nous proclamons un Christ crucifié, cause de chute pour les Juifs et folie pour les non–Juifs ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, un Christ qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les humains, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains.
I Corinthiens I, 10 à 25 (d'après la Nouvelle Bible Segond)

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Dimanche 29 avril 2007

daniel.jpgPrédication du dimanche 29 avril 2007
Psaume 100
Daniel VI

 « Le protestant est un anarchiste qui traverse dans les clous ». Je ne sais pas de qui est cette citation, mais élargie à tous les croyants, elle pourrait être la conclusion de la partie narrative de Daniel.
 En effet, par le chapitre VI que nous venons d’entendre, se terminent les légendes ayant Daniel et ses compagnons pour héros. Or, on retrouve dans ce sixième chapitre les principaux thèmes abordés à travers les aventures de Daniel. Le récit de Daniel nous parle lui aussi de respect de la l’autorité (le fait de traverser dans les clous), d’intransigeance (l’anarchisme), et de la foi et de la confiance qui animent cette intransigeance…
L’ouverture et le respect, l’intransigeance et la confiance. Voici trois grands thèmes que nous pouvons retenir du livre de Daniel pour alimenter notre vie chrétienne.

Le récit fait de Daniel, l’interlocuteur de trois rois : Nabuchodonosor tout d’abord puis Belshatsar (son fils selon le récit) et, enfin un certain Darius le mède. Et, il est important de le noter, ces rois sont plutôt bien disposés à l’égard de Daniel, à part Belshatsar, ils font plutôt figure de « gentils » dès le départ. Malheureusement, ces rois sont mal conseillés. Je ne m’étendrais pas sur le mauvais rôle des conseillers, je crois que cet élément du récit est simplement dû au fait que dans toute histoire il faut des méchants vraiment méchants…
En revanche, le respect manifesté à ces rois me semble tout à fait éloquent. Ainsi, dans des légendes juives visant à édifier le peuple, des rois non seulement païens mais des rois qui furent les ennemis d’Israël, peuvent avoir le bon rôle. Dans le chapitre VI par exemple Darius est montré non seulement comme l’allié de Daniel mais comme celui qui confesse YHVH comme Dieu.
Daniel est présenté comme un citoyen modèle, dans un pays et une culture qui ne sont pas les siens. Ainsi, ces récits peuvent être lus comme un appel pour les juifs vivant à l’extérieur d’Israël à respecter les autorités des pays dans lesquels ils vivent.
 Il est intéressant de constater que Paul a lancé le même appel au respect de l’autorité. Et qu’avant que le christianisme devienne religion officielle de l’Empire romain, les chrétiens se sont acharnés à démontrer que les empereurs qui avaient persécuté leur religion étaient des empereurs qui avaient été néfastes pour Rome (Caligula, Néron…)
 Pour nous, chrétiens d’aujourd’hui en France, la situation n’est pas la même. La société dans laquelle nous vivons repose sur des idées issues de notre religion et nous ne pouvons pas vraiment nous dire persécutés…
 En revanche, nous savons aussi que la société se déchristianise. Eh ! bien peut-être le livre de Daniel nous invite-t-il à reconnaître que tout ce qui ne vient pas du christianisme n’est pas forcément mauvais. Il est impératif que nous ne cédions pas à la tentation de diaboliser le monde extérieur. Nous pouvons vivre notre foi en respectant les autorités, même si elles ne partagent pas cette foi.
 Vivre notre foi en respectant les autorités signifie d’ailleurs aussi ne pas essayer de leur inculquer notre foi. Daniel n’essaye pas de convertir Darius, si le psaume 100 est un appel à la terre entière à venir adorer Dieu dans sa maison, il est difficile d’y lire un appel à imposer le judaïsme et cela a été une faute grave pour les chrétiens de passer d’un témoignage à la face du monde à une tentative de conversion forcée (ou au moins vivement incitée).
 Enfin, dans l’invitation à respecter les autorités, je envie de prendre ici le terme « autorité » dans son sens large, il englobe bien sûr le gouvernement, mais également, dirais-je, tout ce qui fait autorité aujourd’hui, les mœurs, les idées et les connaissances nouvelles. Nous pouvons tout à fait vivre notre foi tout en acceptant de vivre en accord avec la société qui nous entoure. J’irais même plus loin, nous pouvons (et devons sans doute) tenir compte de ces changements dans l’expression de notre foi.

 Il y a pourtant une limite à cette ouverture. Daniel est reconnu comme un « bon citoyen », par les rois auxquels il a affaire. Ils ne trouvent rien à lui reprocher. Pourtant, il se met toujours hors la loi lorsque son respect de la culture dans laquelle il vit devient un obstacle à l’essentiel de sa foi. Daniel est juif, l’essentiel de sa foi, c’est la Loi transmise par Dieu à Moïse, cette loi qui est le chemin de la vie. Aussi quand il devra choisir entre obéir aux ordres du roi et obéir à la Loi de Dieu, c’est toujours à la Loi de Dieu qu’il choisira d’obéir, quel qu’en soit le prix.
 Pour nous chrétiens, l’essentiel de notre foi est dans cette parole de Jésus Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé. » Nous sommes aimés par dieu, tels que nous sommes et cet amour que nous recevons nous appelle à aimer à notre tour nos frères.
 Tout comme Daniel, nous pouvons être parfaitement intégrés à la société dans laquelle nous vivons. Mais, lorsque celle-ci veut nous enseigner autre chose que la grâce de Dieu qui nous aime, sans conditions ni distinctions. Lorsque la société veut nous faire croire que les humains n’ont pas tous la même valeur, lorsqu’elle prône le racisme, le sexisme, le rejet des malades et des handicapés, des jeunes ou des vieux, ou n’importe quelle forme de rejet, parce que nous nous disons chrétiens, disciples du Christ, nous avons le devoir de dire « non » à cette société, de refuser ses valeurs et de lui désobéir.
 Ce devoir de désobéissance s’applique également lorsque la société fonde les relations humaines sur la force et la domination plutôt que sur l’amour. Oui, je sais bien, c’est impossible aujourd’hui d’appliquer l’amour aussi radicalement que Jésus nous l’a enseigné. Aimer ses ennemis, ne pas résister à celui qui nous vole ou qui nous veut du mal, dans le monde dans lequel nous vivons, c’est de la folie.
Autant se jeter dans la fosse aux lions… 
Précisément.

Daniel est jeté dans la fosse aux lions et il en sort indemne.
Daniel savait ce qui l’attendait lorsqu’il a passé outre la proclamation de Darius, il savait qu’il serait jeté dans la fosse aux lions mais cela ne l’a pas empêché d’adorer son Dieu malgré l’interdiction qui lui en avait été faite. Alors Daniel est-il un héros d’un courage exemplaire, peut être… Mais la vraie question est d’où lui vient ce courage ? Et ici, la réponse est, sans aucun doute, de la confiance qu’il place en Dieu.
Ce constat nous amène au troisième message du livre de Daniel, la confiance en Dieu : la foi est source de tout courage
C’est la foi qui nous donne le courage de nous adapter à la société dans laquelle nous vivons. En effet, refuser toute évolution, tout changement est une forme de peur. Accepter que le monde change, accepter, comme le fait Daniel, une autorité nouvelle imprévue, choquante, apparemment contraire à ce qu’on nous avait enseigné jusque là, c’est croire que Dieu agit dans notre histoire, que son action ne se limite pas à ce que nous connaissons, à ce qu’on nous a inculqué, à ce qui, pour nous est acquis… Si nous pouvons vivre en conformité avec le monde moderne, c’est que nous croyons que Dieu y est toujours présent.
C’est également la foi qui nous donne le courage de la patience. Je dénonçais tout à l’heure le passage de l’évangélisation aux tentatives de conversion. Je crois que c’était là l’expression d’un manque de patience et finalement d’un manque de confiance en Dieu. Or, on l’oublie souvent mais la patience demande du courage : les enfants savent bien qu’on peut ne pas avoir le courage d’attendre.
Mais si la foi nous donne le courage de l’adaptation et de la patience, elle nous donne aussi le courage de l’intransigeance.
En effet, la confiance que nous avons en Dieu peut nous donner la force, le courage de dire « non » face à la grande majorité de nos semblables, le courage d’agir selon un modèle radicalement opposé à celui de notre société. Et quel modèle est plus opposé à la loi de la jungle qui sévit actuellement que le modèle d’amour que nous a enseigné Jésus Christ ?
Lorsque nous la vivons pleinement, dans ces moments où nous sommes animés par elle, notre foi terrasse notre lâcheté et nous pousse à refuser ce qui est contraire à la volonté de Dieu pour nous.
Si la foi nous donne le courage du refus, de la désobéissance, c’est pour deux raisons. Tout d’abord, nous croyons que la volonté de Dieu pour nous n’est pas la volonté arbitraire d’un despote tout puissant mais que Dieu nous aime et veut notre bonheur, ainsi, ses commandements sont dans notre intérêt, il nous indique le chemin qui est bon pour nous et il nous donne la force de le suivre.
De plus, comme Daniel, nous recevons la promesse que nous ne serons pas seuls dans notre fosse aux lions et que les lions auront la gueule fermée. Ici, en occident, nos lions s’appellent moquerie, incompréhension, accusation de folie, de manque de réalisme… Eh ! bien ces lions ne nous blesseront pas…

Frères et sœurs, que la confiance que nous plaçons en Dieu, la foi, soit pour nous source de courage. Courage d’accepter des idées nouvelles. Courage de dire non à ce qui est contraire à la Bonne Nouvelle que nous a transmise Jésus Christ notre seigneur.

Amen

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Jeudi 26 avril 2007

king-kong.jpgPour tut vous dire, c'est  un visionnage du King-Kong de Peter Jackson qui m'a inspiré ma récente note surle géant. D'ailleurs King-Kong est, je crois, une fable sur la relation entre l'homme est la nature tour à tour effrayante, impossible à maîtriser puis détruite.
Malgré sa fidélité à  l’œuvre originale, Peter Jackson ajoute à cette icône cinématographique une idée que j’aime bien. Je ne parle pas bien sur de l'improbable combat contre des tyrannosaures en tombant dans les lianes mais de la rencontre entre Kong et Ann Darrow. Jackson remplace à ce moment l'effeuillage de Faye Wray par un numéro de spectacle burlesque très joliment jouée par Naomi Watts. Je trouve l'idée excellente.  Ainsi, l'érotisme classique (la blonde diaphane livrée au désir bestial de la brute velue) laisse place à la poésie et à une vision intéressante de l'humour. En effet l'humour devient ce qui permet la rencontre... Bien sûr, l'humour ne signifie pas ici le sarcasme ou la moquerie mais plutôt la légèreté et la capacité à rire de soi, pas un humour qui agresse mais un humour qui rassemble...
Et cet humour, je le retrouve dans l'Évangile. A travers l'ironie couramment utilisée, le décalage des situation. Et surtout, l'Evangile m'invite à ne pas être une idole à mes propres yeux, à pouvoir prendre du recul par rapport à moi-même. Or rire de soi et faire rire de soi est très souvent l'expression de ce recul. Un recul qui n'est pas renoncement :  la comédienne peut dire "Ca suffit !" au grand singe, je peux dire à mon frère qu'il me blesse. Mais parce que je reconnais mon imperfection, parce que j'en suis libre au point d'en rire (Ann offre un spectacle de fragilité et de maladresse à Kong dont on ne pourra qu'admirer la puissance et l'agilité), alors j’ouvre à l’autre un espace de rencontre au-delà de la peur ou de l’affrontement.

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Lundi 23 avril 2007

Nous intercédons pour la politique, afin que tous et chacun, nous y prenions part, au lieu de nous replier sur nos incompétences, nos désillusions et nos soupçons. Toi qui es le Dieu de toute la terre, enlève nos clôtures privées, élargis nos vies indifférentes, passe par-dessus nos tranquillité et brasse-nous avec les peuples du monde.

Nous intercédons pour la politique, car elle avance comme un rouleau compresseur qui transforme la foule en masse, l’homme en tribun, l’idée en slogan, la vérité en propagande. Toi qui es le Dieu de l’attention personnelle, balaie nos fanatismes collectifs, arrête nos jugements péremptoires, détruis notre capacité de détruire.

Nous intercédons pour la politique, car seule elle peut renverser la force établie des injustices oubliées, seule elle peut contraindre les puissances satisfaites, seule elle peut répondre aux cris étouffés, seule, puisqu’elle seule change les lois et modifie la place des classes. Toi qui es le Dieu de l’indignation, démasque nos privilèges, réponds à nos souffrances, reconnais notre droit.

Nous intercédons pour la politique, car elle sème le mépris et la haine, elle récolte la violence et la vengeance. Avec son grand couteau, elle installe la colère et elle taillade dans les familles, les tribus, les Églises, les races et les nations. Toi qui es le Dieu de la compassion rappelle-nous que celui qui prend l’épée sera tué par l’épée, que nous serons soupesés, examinés et jugés à la mesure dont nous aurons critiqué, condamné et jugé.

Nous intercédons pour la politique, car elle est en notre pouvoir. Elle est l’exercice de notre participation à la conduite de notre histoire. Elle est notre joie quand une foule s’applaudit elle-même, quand le ciel bascule de l’oppression à la liberté, de la terreur à la pacification ou plus simplement de l’opposition écartée à la responsabilité acceptée. Toi qui es un Dieu actif, enflamme nos convictions, si bien que nous marchions avec tant d’autres vers un changement qu’indifféremment nous appelons réforme ou révolution, espoir ou espérance, pourvu qu’il nous mette debout.

Nous intercédons pour la politique, car elle est notre impuissance. Plus fortes que les déclarations sont les situations. Plus sournoises que les droits sont les revendications. Plus lourdes que les révolutions sont les restaurations. Plus enflammée a été la proclamation, plus désenchantée devient la constatation.

Oh Dieu, nous intercédons pour la politique, car elle nous ressemble et c’est nous même que nous te demandons de garder dans la flamme et la lucidité.

Amen

André Dumas. Cent prières possibles

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Dimanche 22 avril 2007

Prédication du dimanche 22 avril 2007
Apocalypse V, 11 à 14
Jean XXI, 1 à 25

Comme bien souvent les récits de rencontre avec Jésus dans l’évangile selon Jean, cette troisième apparition du ressuscité est riche d’enseignements. Ce matin j’en retiendrai trois. Un drôle d’endroit pour une rencontre, une relation rétablie et j’aurai une petite réflexion très protestante sur le ministère pétrinien.

Drôle d’endroit pour une rencontre. En effet, ce n’est pas au tombeau vide qu’apparaît le ressuscité. Ce n’est pas non plus au milieu du cortège des apôtres rassemblés dans la prière ou le questionnement mais à 7 de ses disciples qui ont manifestement décidé de reprendre leur vie courante. Bref, ce n’est pas vraiment dans un cadre religieux ou spirituel, dans un temps mis à part que le ressuscité les rejoint mais bien dans la vie quotidienne. Le décors est planté, des barques de pêches en expédition nocturne, à l’aube, un petit déjeuner composé de poisson cuit, des filets… Nous sommes bien dans la banalité d’une journée de travail. Et non seulement, c’est dans ce cadre qu’il intervient mais c’est aussi dans ce cadre qu’il agit : « déplacez vos filets ». Je ne suis pas certain qu’il faille y voir trop de symbolisme. Pour moi, il s’agit surtout de refuser de mettre d’un côté notre rencontre avec le ressuscité et de l’autre notre vie professionnelle, quotidienne. Il n’y a pas deux temps à part (le dimanche et le reste de la semaine, le temps de la prière et du recueillement et le temps du travail) mais une rencontre qui peut se produire à chaque instant de notre vie et qui change tout.
Peut-être certains se disent-ils, facile à dire pour lui, son travail, c’est d’être pasteur, donc forcément, la rencontre avec le Christ, il la vit au quotidien, dans son travail. Je vais vous faire un aveu, il est très facile pour un pasteur d’oublier que Dieu agit aussi à travers l’Église et, quand nous voyons indubitablement son action, sa présence, comme tout un chacun, nous ne pouvons que nous émerveiller…
Peut-être avez vous repéré une scène presque burlesque du texte : Pierre en reconnaissant Jésus se rhabille avant de se jeter à l’eau. Bien sûr, il ne s’agit pas de montrer ici un Pierre qui perd la tête mais plutôt une marque de respect, on ne se précipite pas vers le Seigneur a moitié nu. Mais, dans le cadre de son travail, cette marque de respect, ce geste religieux devient complètement décalé : un homme s’habille avant de se jeter à l’eau. N’importe quoi !
Pourtant, c’est peut être ce décalage qui donne tout son sens au geste religieux. Plutôt que d’être une habitude, une convention, il manifeste une rupture au milieu de ma vie.

En quoi consiste cette rupture, cette rencontre ? Difficile à dire, parce que la réponse sera différente pour chacun de nous. En effet, nous sommes des individus et nous ne vivons donc pas nos relations sur le même moule. Néanmoins, la rencontre de Pierre avec le ressuscité me semble porteuse de bien des échos.
Jeudi dernier, dans mon rôle de parent d’élève, j’enregistrais un conte musical (en tant que lecteur, pas en tant que chanteur, rassurez vous). Je ne sais pas si vous avez déjà fait une expérience similaire, mais c’est merveilleux : au moindre bégaiement, au moindre lapsus, on s’arrête, on repart en arrière et on recommence. Et mieux encore, une fois la lecture terminée, on réécoute tout et on peut recommencer les passages ratés. Si seulement on pouvait en faire autant avec notre vie : revenir en arrière et modifier ce qu’on a raté, pouvoir effacer nos maladresses, nos négligences, nos trahisons, nos reniements.
Je suis certain que Pierre partageait ce même rêve. Si seulement, il pouvait revenir et effacer son reniement, lors de cette nuit terrible. Mais il ne peut pas, pas plus qu’il ne peut réparer. Nous connaissons tous ces situations de blocages, ou nous ne pouvons ni effacer, ni réparer ce que nous avons fait. Bien souvent, nous ne parvenons même pas à demander pardon, en partie par orgueil, en partie aussi parce que nous craignons que notre demande de pardon ne fasse que raviver la colère de l’autre. Alors nous restons dans l’impasse, la blessure reste vivante profonde, la relation reste brisée.
Pierre m’aimes-tu ? Cette supplique vient par trois fois permettre à Pierre de dire son amour. Ce que montre bien l’éclat final « Tu sais toute chose, tu connais mon amitié pour toi». Cela dit bien ce que veut Pierre : ne pas être réduit à sa faute, ne pas être enfermé dans son échec, ne pas simplement être vu comme un renégat, être aussi reconnu dans son amitié pour Jésus, être sorti de l’impasse. « Pierre m’aimes tu » « Tu sais que je suis ton ami », et le reniement est non pas oublié, non pas effacé mais annulé. Il n’a plus d’effet
Ainsi, peut venir de l’autre, de celui ou celle-là même que nous avons trahis, renié ou blessé, une parole. Cette parole peut prendre des formes diverses, elle peut être un mot d’excuse ou même une demande de pardon, tant il est vrai que dans les relations humaines les torts sont toujours partagés, les blessures toujours réciproques. Et, comme la supplique de Jésus « M’aimes-tu ? », cette parole exprime souvent un abaissement de celui que nous avions blessé et grâce à cela, la relation peut ressusciter, le cercle vicieux de la rancœur est rompu.
Cela n’arrive malheureusement pas toujours… Mais à chaque fois que cela arrive, nous pouvons y voir la trace de l’Esprit, la main du Ressuscité. En effet, chacune de ces réconciliations est, à l’image de la réhabilitation de Pierre, une véritable résurrection. Dans chaque parole de pardon, nous pouvons redécouvrir que le Christ vient bien à notre rencontre à travers notre prochain. Surtout quand nous oublions que notre prochain est aussi notre frère, dirai-je…

- Pierre m’aimes tu
- Tu sais que je suis ton ami
- Pierre m’aimes tu
- Tu sais que je suis ton ami
- Pierre es tu mon ami ?
- Tu sais tout, tu connais que je suis ton ami

Il est difficile de ne pas repérer dans ce texte une opposition entre deux formes d’amour, opposition que j’ai essayé de rendre en traduisant philo par être l’ami de. Je ne ferais pas de long développement ce matin sur la différence entre philo et agape. C’est une question de sémantique bien trop complexe pour être résumée en une phrase. En revanche, sans même analyser en profondeur la distinction entre agape et philo, il me semble que Pierre rate quelque chose, qu’il manque le coche : m’aimes-tu ? Je suis ton ami ». Mais pour Jésus ce là, finalement importe peu. En effet, ce qui compte ce n’est pas tant que Pierre comprenne de quel amour il faut aimer Jésus, mais plutôt qu’il puisse se délivrer de son reniement en exprimant son amour. Du coup, ce n’est pas Pierre qui finit par comprendre et par dire « je t’aime », mais Jésus qui rejoint Pierre, là où il se trouve « Es tu mon ami »

Quelques mots enfin sur le ministère de Pierre puisque ce texte est parfois revendiqué pour justifier bibliquement le pontificat. C’est vrai qu’on ne peut pas complètement passé sous silence ce « Pais mes brebis » qui donne manifestement une responsabilité à Pierre.
Premièrement, Pierre ne prend pas la place de Jésus. Il ne devient pas le berger du troupeau. « Sois le berger de mes brebis » est une traduction quelque peu maladroite puisque le grec n’utilise pas ici le nom berger, mais un verbe. Le bon berger reste définitivement Jésus Christ, et puisqu’il est vivant et présent, je ne vois pas très bien pourquoi il devrait être remplacé… (j’ouvre d’ailleurs ici, une parenthèse pour dire que cette reconnaissance de Jésus comme seul bon berger me conduit à une certaine réticence vis à vis du terme de pasteur)
Deuxièmement, si effectivement un ministère particulier est donné à Pierre, il n’est pas du tout question ici d’une succession dans ce ministère. Je crois dangereux de vouloir mettre trop d’institutionnel dans une histoire qui est avant tout individuelle.
Enfin, je trouve très intéressant que aussi important soit le ministère de guide de Pierre, le disciple que Jésus aimait échappe au contrôle, à la curiosité de celui-ci. Bien au contraire, c’est même le disciple bien aimé qui permet à Pierre de reconnaître Jésus, c’est lui qui guide Pierre.Or, le disciple que Jésus aimait est présenté ensuite comme le rédacteur de l’Évangile. Bref, j’y vois un rappel fort, qu’en matière de discours sur Dieu, le texte biblique prévaudra toujours sur une autorité humaine. C’est donc à ce texte que nous sommes tous renvoyé afin de mieux comprendre notre rencontre personnelle avec Jésus le Christ,.

Frères et sœurs, le Ressuscité vient à nous, dans notre vie de chaque jour et il nous délivre de nos impasses, il vient relever nos relations blessées, il vient nous appeler à l’amour qui seul produit du fruit.

Amen

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Jeudi 19 avril 2007

Jesus Camp sort en France (peut-être passera-t-il à Évreux) et ce documentaire sur l’embrigadements de jeunes américains par les évangélistes radicaux est, d’après plusieurs critiques, tout à fait intéressant. J’en reparlerai sans doute quand je l’aurais vu. Cependant, j’appréhende quelque peu l’amalgame que ne va pas manquer de se faire au visionnage de ce film. Amalgame dans lequel Cécile Mury de Télérama saute à pied joint, lors de sa critique du documentaire :

Car il ne s’agit pas seulement d’une poignée d’hurluberlus isolés. Reborn christians (« chrétiens nés de nouveau »), pentecôtistes, charismatiques : les mouvements évangéliques, composés d’une nuée de sous-groupes concerneraient à différents degrés environ cent millions d’américains.


Or les évangéliques américains sont plutôt entre 70 et 80 millions et ces camps de Jésus ne concernent qu’une toute petite frange d’entre eux, la grande majorité des évangéliques américains n’étant pas pentecôtistes ou charismatiques, et les pentecôtistes ou charismatiques ne se retrouvant pas tous dans des tendances aussi radicale que celle du Jésus Camp.
Et en France, il faudra en plus rappeler que tous les protestants ne sont pas évangéliques….
Bref, les Jésus camps et autres dérives de ce type, ne concerne qu’une petite partie des pentecôtistes, qui ne sont qu’une partie des évangéliques qui ne sont qu’une partie du protestantisme. Alors si ! ça reste un phénomène minoritaire (ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas dangereux et qu’il ne faille pas rester vigilant) Et la petite phrase de Télérama résonne de manière à peu près aussi pertinente que si, dans une critique sur un documentaire sur les camps d’entraînement de terroristes musulmans, on trouvait une phrase disant "… il y a plus d’un milliard de musulmans dans le monde". Oui, ça m’aurait fait bondir aussi…
Parce que je ne suis pas musulman, ni même évangélique (je suis d'ailleurs rarement d'accord avec leurs points de vue) mais bon, quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif…

Tiens, je crois que je vais écrire à Télérama, moi…

Oh, et pour en savoir un peu plus sur les évangéliques, au lieu de vous faire peur, allez donc faire un tour sur le site de Sébastien Fath… Lui aussi parle de Jesus Camp.

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Agenda

  Juin 2008

Lundi 2 20h Café le Franklin. 7 rue Franklin Roosevelt Evreux
Café Biblique : La vie après la vie

Discussion libre et éclairage biblique sur le thème de l'au delà.

Samedi 28 Dimanche 29
Nuit des veilleurs organisée par l'ACAT


Temps d'ouverture au temple
5 rue du chantier, Evreux
de 20h à 21h

Temps de prière à Vernon
Eglise St Jean Baptiste
de 21h à 22h



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