A bientôt
Prédication du dimanche 30 juillet 06
I rois IX 1 à 9
Luc XIX, 41 à 45
Apocalypse XXI, 9 à 27
Petit résumé des épisodes précédents : Avec Caïn, fondateur de la première ville, nous avons vu une humanité errante essayer de se donner des repères et une stabilité au lieu de s’en remettre à Dieu seul. Avec Babylone, qui dans la Bible devient figure de toutes les villes, nous avons vu comment la ville, merveille de réalisation humaine asservit l’homme au lieu de lui donner l’autonomie dont il rêve. Aujourd’hui, c’est avec Jérusalem que nous allons clore cette trilogie. Jérusalem la ville sainte, fait-elle exception à cette condamnation biblique sur la ville ? Ou Dieu veut-il une humanité perpétuellement nomade ?
Cela avait été refusé à David mais Salomon, lui, va bâtir dans Jérusalem le Temple, la maison du Seigneur. Jusque-là, Dieu résidait sous la tente, résistant à la sédentarisation et voici qu’Il accepte de répondre à la demande de Salomon, de venir habiter une maison de pierres. En effet, je rappelle, à toutes fins utiles que le Temple de Jérusalem n’a rien à voir avec nos temples, qu’avant d’être un lieu de rassemblement et de prière, il est la demeure de Dieu sur terre. C’est pour cela qu’il est unique. (C’est aussi pour cela que nos temples devraient s’appeler des églises (ils ne sont que des lieux de rassemblement) et que les églises catholiques devraient s’appeler des temples (dans une certaine mesure, avec l’hostie consacrée, elles représentent la demeure de la divinité))
Mais ce qui est intéressant, c’est que le Temple que va bâtir Salomon vient de sa volonté propre. David avait fait part de sa volonté de bâtir un temple et cela lui avait été refusé. Dieu avait alors répondu que c’est le fils de David qui bâtirait ce Temple. Mais la construction du Temple reste une initiative propre de Salomon, Dieu ne lui a rien demandé. Salomon a construit le Temple puis Dieu a accepté d’en faire sa demeure. Or, Salomon est un roi ambigu dans la Bible, on se rappelle sa sagesse et sa richesse mais il est aussi pour les auteurs bibliques le roi idolâtres qui, à trop admirer les autres peuples, a succombé à leur idolâtrie. Salomon ressemble à bien des égards aux hommes de Babel avec leur réalisations prodigieuses mais aussi perdu par leur orgueil.
Et pourtant, dans Jérusalem, Dieu va accepter de venir habiter. Mais pas à cause de la fidélité de Salomon, pas à cause des mérites de Jérusalem. C’est par amour que Dieu accepte de venir dans le temple, c’est par amour qu’Il accepte de se laisser enfermer dans la ville de son peuple. En évoquant Caïn qui refusait l’errance, je comparais la ville que l’homme se bâtit pour se donner stabilité, à tous ces dogmes, ces idéologies, ces institutions que nous établissons pour nous donner une illusion de solidité. Eh bien, même dans ces dogmes, dans ces institutions et religions, Dieu accepte d’être présent.. Mais ce n’est pas pour nous surveiller ou restreindre notre liberté (la présence de Dieu n’empêchera pas l’errance et l’idolâtrie de Salomon). Si Dieu fait ce choix, c’est pour être présent à nos côtés dans l’adversité et la détresse. Parce qu’il nous aime, Dieu reste avec nous même là où nous croyons pouvoir nous établir sans lui, même là où nous voulons prendre un pouvoir sur lui.
Le problème, c’est que l’homme perçoit bien souvent cette présence comme une preuve de sa propre valeur. « Puisque Dieu est avec nous, c’est que nous le méritons ». Pourtant, ce n’est pas pour donner à Salomon et à son peuple une quelconque validité, une caution morale. Dieu ne donne pas carte blanche à Jérusalem et à Israël en entrant dans le Temple. Au contraire, il avertit « si tu te détourne de mes voies, toute ton œuvre sera anéantie ». Dieu consent à rester à nos côtés mais il ne devient pas notre instrument pour autant. Nous pouvons inscrire God mit uns sur des ceintures ou In God we trust sur des billets, nous réclamer tant que nous le voulons de la volonté divine » cela ne signifiera jamais que nos actes ont l’aval de Dieu. Jérusalem et Israël ne font pas exception.
L’actualité le démontre, la présence de Dieu à Jérusalem n’empêche pas Israël d’oublier Dieu et de compter sur sa propre force. J'aimerai rappeler un texte relativement connu
L’auteur de cette affirmation n’est pas un théologien chrétien (j’aimerai bien !), mais cela vient du Talmud. On parle parfois de guerres de religions mais si en l’occurrence Israël se comportait comme un état fidèle à la foi juive, je suis persuadé que la situation serait très différente. (Le constat est valable aussi très souvent pour les Églises ou les états dits « chrétiens »).
La lamentation de Jésus sur Jérusalem n’est pas une originalité chrétienne, de nombreux prophètes s’en sont pris à Jérusalem, annonçant sa condamnation et sa ruine bien plus violemment que Jésus ne l’a fait. Pourquoi ? Parce que Jérusalem reste une ville. C’est à dire un lieu ou en se croyant puissant, en se croyant fort, l’homme se forge des chaînes. Parce qu’au lieu de remercier Dieu pour l’amour qu’il manifeste par sa présence, l’homme croit que cette présence est due à ses propres mérites. parce qu’elle est une ville comme les autres, un lieu où l’humain finit prisonnier de ses propres réalisations, de sa propre force, de ses propres capacités, Jérusalem doit être détruite. Non pas par châtiment mais parce que c’est nécessaire à la libération de l’homme. La destruction de Jérusalem annoncée par les prophètes est aussi nécessaire et libératrice pour Israël que l’est celle de Babylone.
Pourquoi nécessaire ? C’est l’apocalypse qui répond. Après la chute des villes humaines (Jérusalem incluse), l’apocalypse nous annonce la venue de la Jérusalem nouvelle.
Ainsi le royaume promis par Dieu n’est pas le jardin dessiné par les peintres mais une ville. Le « vert paradis », le jardin des peintres ne vient pas de la Bible mais de la mythologie grecque. Quand Dieu promet son Royaume, ce n’est pas un retour en Eden qu’il annonce, ce serait un retour au point de départ ! Or Diue ne nous promet pas un retour à un mythique âge d’or, « C’était mieux avant » n’est pas une affirmation biblique. Dieu ne nous fait pas faire marche arrière, il nous promet un ciel nouveau et une terre nouvelle. L’avènement du Royaume, ce n’est pas le retour à la campagne mais bel est bien l’arrivée en ville.
Une ville qui est dépeinte comme une place forte. Bien sûr les matériaux et les nombres indiqués (12 et son carré) sont éminemment symboliques et une longue explication serait fastidieuse. Mais un point toutefois suscite mon intérêt. La Jérusalem céleste se présente comme une place forte avec ses remparts et ses portes… Quel intérêt alors que de toute façon il n’y aura plus d’ennemis et que les portes seront toujours ouvertes ? Eh bien je crois que là Dieu répond à notre demande. Condamné à l’errance, le premier réflexe de Caïn est de construire une ville. L’humanité a toujours soif de cadre, de points de repères, elle ne veut pas être sans arrêt nomade, lancée sur une route interminable. Eh bien, cette soif n’est pas condamnable et Dieu y répond. Il est normal que nous demandions des normes et de la stabilité, le problème commence lorsque nous voulons les établir par nous mêmes. En effet la Jérusalem céleste n’est pas bâtie de mains d’homme, mais elle vient du ciel. L’humanité n’est pas condamnée à une errance définitive, un lieu où s’arrêter lui est promis. Mais ce lieu ce n’est pas nous qui le bâtirons mais Dieu qui l’établira pour nous.
Frères et sœurs, même lorsque nous nous réfugions dans nos propres forces, Dieu reste à nos côtés. Et pourtant, il nous appelle à abandonner nos illusions de puissances et de contrôles. Cette errance, cette fragilité qui nous font si peur, Il nous assure qu’Il nous en délivrera. Ce repos vrai auquel nous aspirons, Il nous le promet. Alors, cessons de nous agiter en vain, cessons de toujours vouloir obtenir les choses par nous mêmes, par notre avoir, par nos mérites, par notre volonté. Mais, avec confiance, remettons nous à Dieu qui, seul, fait toutes choses nouvelles.
Amen
Je déplore souvent qu’il n’y ait pas, dans le protestantisme, de bon vulgarisateurs, de ces gens qui savent expliquer clairement des concepts pas faciles, sans simplifier à l’extrême mais sans utiliser de jargon. André Gounelle est de ceux-là. J’appréciais déjà son esprit de synthèse quand je faisais partie de ses étudiants et je vois qu’il n’en a rien perdu.
Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique est un recueil d’articles qu’il a publiés dans Évangile et Liberté. La première partie « Repères : Approche sur le protestantisme libéral » est intéressante mais peut-être un peu trop cuisine interne pour un lecteur non-protestant. En tout cas, elle me confirme dans l’idée que je suis libéral même si certains libéraux m’agacent par leur vision un peu trop humaniste du christianisme. Et puis sa distinction entre le dogme (objet de la foi) et les doctrines (expression de la foi) va m’obliger à corriger mon vocabulaire. Promis, j’arrête de tout mettre dans le même sac et si je continue à refuser tout dogme, je continue à exposer mes doctrines.
La seconde partie « Pistes : démarches et perspectives d’un théologien libéral » est, à mon avis, plus riche. Surtout pour un lecteur extérieur. En effet, elle offre des approches nouvelles de thèmes bien connus du christianisme : le salut, la prière, les miracles, les sacrements… Et là, c’est le professeur Gounelle qui parle, capable en une page de résumer 3 ou 4 perspectives différentes d’un thème selon les époques, en en montrant les forces et les limites, mais évitant parfois de donner sa propre vision des choses…
Penser la foi est aussi un livre avec lequel on est content de tomber en désaccord. C’est mon cas par moment, tantôt je suis plus orthodoxe qu’André Gounelle (dans ma christologie par exemple), à d’autres moments, il me semble aller plus loin que lui. Or, ce genre de réaction est tout à fait dans l’esprit du livre et du libéralisme : une foi qui ne fait pas l’impasse sur l’intelligence et qui se construit dans la réflexion et le dialogue.
En tout cas, que vous soyez protestants ou non, chrétiens ou non, je vous recommande vraiment ce livre, à moins que vous ne connaissiez tous les numéros d’Evangile et liberté par cœur, je suis persuadé que vous allez apprendre des choses et trouver des pistes de réflexion dans 150 pages. Un de ces livres qui rendent intelligents quoi…
André Gounelle. Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique. Van Dieben éditeur.
Recourir à la violence pour obtenir la sécurité et la paix est une illusion et une grave erreur. La guerre n’ajoute que la violence à la violence. Depuis le début de la crise à Gaza et au Liban on compte déjà les morts par centaines, les blessés par milliers, les déplacés par centaines de milliers. À ce bilan tragique, dont les civils sont les principales victimes, il faut ajouter la rancœur qu’éprouvent les millions de personnes plongées dans les affres de la guerre. Et le germe de la haine déposé dans le cœur des combattants de demain…
Le choix de la guerre est une option, rarement la seule possible. Dès lors, opter pour la guerre c’est endosser une lourde responsabilité. Se défendre, résister… sont des justifications recevables. Mais porter la mort et la destruction au cœur de zones densément peuplées de civils, détruire des infrastructures économiques, punir collectivement une population parce qu’un mouvement hostile se trouve sur son territoire, est non seulement une erreur tragique, ce sont autant de crimes de guerre dont sont complices les pays qui soutiennent les forces d’agression.
La peur, la haine, le ressentiment minent le Proche-Orient. Nombre d’Israéliens vivent dans la peur des attentats, des enlèvements et d’un environnement régional hostile. Les Palestiniens sont révoltés contre l’occupation, contre l’enfermement. Les réfugiés palestiniens vivent dans la souffrance d’un exil forcé et dans des conditions souvent sordides. Les Libanais subissent de plein fouet une offensive brutale et disproportionnée. Mais la violence n’est pas la réponse adéquate. Ni moralement, ni politiquement.
Les calculs froids de l’efficacité militaire, le cynisme du rapport de forces, la déshumanisation de l’Autre sont des régressions. Seuls des principes de justice et d’égalité, le respect du Droit international peuvent faire progresser le Proche-Orient vers les solutions politiques aux différents conflits qui le déchirent. La reconnaissance entière et sincère des souffrances et des injustices subies par l’Autre est la seule voie pour sortir du cycle de la violence, de la peur et de la haine.
La résolution 1559 peut être le point de départ d’une pacification réelle du Liban. Mais seul le gouvernement d’un État libanais totalement rétabli dans sa souveraineté est en mesure d’obtenir le désarmement du Hezbollah, dans le respect du fragile équilibre de la société libanaise et de l’intégrité de son territoire. Dans le cas de la Palestine, les résolutions 242 sur le retour aux frontières de 1967, et 194 sur le droit au retour des réfugiés, non appliquées par l’État israélien, sont les bases d’une paix juste et durable. Les partenaires palestiniens existent pour une négociation qui reste l’étape obligée d’un règlement du conflit et d’une pacification de l’ensemble du Proche-Orient. Les idéologies extrémistes ne trouveront des soutiens dans la population que tant que perdureront des situations inacceptables, tant que l’instinct de guerre l’emportera sur le courage politique et la peur sur la raison.
Le Proche-Orient est à nouveau à un moment décisif de son Histoire. Seul le courage politique, une vision à long terme qui transcende les prudences diplomatiques épargneront à tous de futures tragédies. Nous appelons les dirigeants français et européens à tout faire pour inciter les uns et les autres à renoncer à la violence et à choisir la voie du Droit et de la justice.
Vous pouvez signer cet appel sur le site : www.appelprocheorient.com
Contacts :
Anne Bonnefont (Secours Catholique) 01 45 49 74 93
Véronique de la Martinière (CCFD) 01 44 82 80 64
Frédéric Carillon (Cimade) 01 44 18 72 63
Associations signataires de cet appel : ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), Cimade, Justice et Paix, Pax Christi, MIR (Mouvement international de la réconciliation), Secours Catholique / Caritas France.
Nous appelons donc l’ensemble des protagonistes à s’engager sans réserve dans un processus de négociation pour un règlement dont les termes juridiques et politiques sont déjà largement élaborés.
L'homme devant la ville est en présence d'une si parfaite séduction, qu'il ne se connaît littéralement plus lui-même, s'accepte émasculé, dépouillé de sa chair et de son esprit. Et ce faisant, il s'estime parfaitement raisonnable parce que la séduction de la ville est en effet rationnelle et qu'il faut bien obéir aux impératifs de la raison.
Loin de toute considération historico-critique, Ellul traite du thème de la ville à travers la Bible. Avec un pré-supposé de départ assez osé : il y aurait UNE théologie biblique de la grande ville. J'imagine que les spécialiste de l'exégèse auraient sans doute bien des choses à redire. Mais pour ma part, je trouve que ça fonctionne assez bien. Bien sûr, comme souvent Ellul est assez péremptoire dans ses affirmations mais de son étude de la ville il dégage une théologie du salut vraiment intéressante.
Dans la ville, l'homme cherche son salut à travers ses propres forces parce qu'il refuse Dieu. Ce faisant il s'empêtre dans une toile dont il est incapable de se sortir par lui-même. Avec le Temple de Jérusalem, les données changent puisque Dieu vient habiter à l'intérieur même de la ville, là où l'homme le refuse. Pourtant, cela n'empêche pas l'homme de continuer à se vouloir auteur de son propre salut et Jérusalem, malgré la présence de Dieu, reste la ville, oeuvre de la vanité humaine et condamnée à disparaître. En effet, la Bible annonce la destruction de toutes les villes humaines remplacées par la Jérusalem céleste : l'espace de stabilité et de sécurité que Dieu offre à l'hmme sans qu'il n'y soit pour rien.
Bien sûr, la thèse d'Ellul est bien plus profonde et riche que ce résumé maladroit et elle s'accompagne de certains excursus tout à fait intéressant : l'humour comme seule manière d'appréhender les oeuvres humaines, nécessaires et pourtant rendues inutile par la grâce est une piste de réflexion que je trouve tout à fait intéressante...
Sans jargon théologique, sans simplification extrême, un livre qui montre bien comment la Bible nous parle de nous.
J. Ellul : Sans feu ni lieu, signification biblique de la grande ville. Ed. La table ronde
P.S Mes lecteurs les plus perspicaces et attentifs auront remarqué une coïncidence entre cette note de lecture et ma trilogie de prédication sur la ville dans la Bible. Ils ont parfaitement raison...
Juin 2008
Lundi 2 20h Café le Franklin. 7 rue Franklin Roosevelt Evreux
Café Biblique : La vie après la vie

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