Laisse les morts enterrer leurs morts (Luc IX, 60)
En répétant ses vœux de mariage, Viktor passe son alliance à ce qu'il croit être une branche morte. Mais cette branche s'avère être la main d'Emily, assassinée depuis des années. Ce simple geste entraîne le malheureux Viktor dans de véritables "Noces funèbres"...
Funèbres, sans doute mais certainement pas morbides... En effet, les morts s'avèrent bon vivants, en tout cas, meilleurs dans ce domaine que les vivants et surtout, au bout du compte, ce sont eux qui invitent les vivants à vivre leur vie (on trouvait déjà cette inversion dans Beetlejuice, du même Tim Burton). Je force un peu le trait, c'est vrai, mais cet appel à revenir à notre monde, à ne pas sans cesse se préoccuper de l'Au-delà, à ne pas chercher toujours un autre monde se retrouve dans l’évangile. L’exemple le plus flagrant se trouve lors de l’Ascension : c’est un ange qui vient dire aux apôtres scrutant le ciel : « Vous, galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel… » Cet appel à « revenir sur terre » s’inscrit parfaitement dans la logique de l’Incarnation. Si Dieu se fait en homme en Jésus Christ, alors la foi chrétienne ne peut pas consister à essayer de s’élever au-dessus de notre monde mais au contraire à y être présent et à y être témoin du projet de Dieu
Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… (Matthieu XXV, 40)
Aujourd’hui, première célébration d’incinération. Eh oui, je suis devenu pasteur de ville… Alors c’est très bien réglé, bien organisé… Peut-être un peu trop même. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au premier épisode de 6 feet under avec ses enterrements à l’américaine où l’image de la mort est complètement lissée, asseptisée. Encore heureux, on n’en est pas encore à amener les gens qui pleurent dans une salle à part. Jusqu’ici, j’étais plutôt favorable à l’incinération mais à présent j’avoue préférer le caractère plus physique, plus charnel de l’enterrement. Au moins, la mort n’y est pas vue seulement comme un passage, une porte mais aussi comme un déchirement pour ceux qui restent aussi concrètes. Le tas de terre à côté de la tombe, l’effort physique des responsables de la descente du cercueil dans la tombe, tout cela vient dire la réalité douloureuse, intenable de la mort, et je pense que c’est important…
Dans le même ordre d’idée, si je me rallie complètement à l’explication théologique de nos services d’action de grâce sans cercueil : le service funèbre protestant n’est pas un viatique pour le défunt mais un service d’accompagnement pour ceux qui sont dans le deuil, je me demande quand même si finalement le cercueil dans le temple ne pourrait pas être lu aussi comme un rappel de la réalité de la mort et du coup, s’avérer souhaitable dans une société qui occulte de plus en plus la mort. Après tout croire en la résurrection, ce n’est pas nier la mort, bien au contraire…
Bon, mais peut-être que je me trompe complètement en voyant tout cela de l’extérieur mais quand même vouloir tout aseptiser, tout masquer de la mort, est-ce vraiment aider les familles à faire leur deuil ?
Puisque nous sommes tous prêtres, les critiques faites par Malachie aux prêtres, c’est pour nous qu’il faut les recevoir. C’est nous-même qu’il faut examiner, c’est notre témoignage qu’il nous faut regarder. Pourquoi témoignons-nous : pour être vu comme quelqu’un de bien ? pour que nos églises se remplissent ? ou bien avons nous simplement envie de proclamer autour de nous ce que Dieu a fait pour nous ? Rendons nous témoignage de nous-même ou de Dieu ?
Voulons-nous promouvoir nos valeurs, notre morale ou bien la Parole de Dieu ? La question n’est pas facile… Mais je crois que tant que nous chercherons à indiquer une loi, une nécessité de faire, nous serons dans le registre de l’hypocrisie, du « faites ce que je dis, pas ce que je fais… » Nous lierons pour les autres des charges que nous même ne voulons pas toucher du doigt. Parce que la loi de Dieu est trop radicale, trop exigeante et que nous ne pouvons que lui désobéir ou l’édulcorer. Alors plutôt que de nous poser en juges hypocrites, plutôt qu’annoncer une loi dont nous sommes de piètres exemples, annonçons la grâce, annonçons l’amour immense de Dieu qui nous pardonne sans cesse et osons croire en cette bonne nouvelle, osons croire en sa puissance. Osons croire que l’amour de Dieu peut transformer notre vie, notre façon d’être et d’agir et qu’il peut également transformer celle de nos frères et de nos sœurs.
Croyons nous vraiment que la grâce de Dieu aie le pouvoir de changer une vie ? C’est là la question que nous devons nous poser…
Extrait de la prédication du 30 octobre 2005 (pour la prédication complète, n'hésitez pas à demander...
Lettre d’un rabbin d’aujourd’hui au rabbi de Nazareth
Il est capital de nous rappeler que Jésus était juif et que tout son enseignement ne peut être compris qu’à la lumière du judaïsme. Sur ce point, ce livre est une véritable mine d’enseignements.
Bien sûr, je regrette que Jacquot Grunewald ne connaisse pas le nouveau testament aussi bien que le premier. Cela lui éviterait sans doute le raccourci un peu raide qui consiste à opposer les véritables paroles de Jésus à la volonté anti-juive des évangélistes (si vraiment c’était le cas, si vraiment les auteurs du Nouveau Testament avait voulu nier le judaïsme, comment se fait-il qu’il reste aussi présent tant à travers les évangile qu’à travers les épîtres…). Bien sûr cette idée de la Loi à laquelle Dieu lui même finit par être soumis m’est aussi étrangère et étrange que l’idée de la croix rédemptrice l’est à Jacquot Grunewald. Mais le désaccord n’est-il pas normal lorsque les tenants de deux religions différentes se parlent librement ? (là je me laisse emporter, c’est lui qui me parle, je doute fort que le rabbin Grunewald surfe par ici)
Et puis au-delà de mes désaccords il y a la beauté du style (le genre épistolaire sied décidément très bien à la théologie (on le savait depuis Paul de Tarse)), il y a l’enseignement déjà évoqué, et surtout il y a cette ouverture finale absolument remarquable et inattendue. Une ouverture qui prouve que nous sommes à un tournant des relation judéo-chrétiennes. Espérons que nous ne raterons pas le virage…
Jacquot Grunewald :
Chalom, Jésus ! Ed. Albin Michel Spiritualités
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