Présentation

Texte biblique

Je vous encourage, mes frères, par le nom de notre Seigneur Jésus–Christ, à tenir tous le même discours : qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis, dans la même intelligence et dans la même pensée. En effet, mes frères, les gens de Chloé m’ont appris qu’il y a des disputes parmi vous. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul ! » –– « Et moi, à Apollos ! » –– « Et moi, à Céphas ! » – Et moi, au Christ !  Le Christ est–il divisé ? Est–ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est–ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ?  Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, excepté Crispos et Gaïos. Ainsi personne ne peut dire que vous avez reçu le baptême pour mon nom. Si, j’ai encore baptisé la maison de Stéphanas ; au reste, je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre. Car le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ; non pas dans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas vidée de son sens. En effet, le discours de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut, elle est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, j’anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le débatteur de ce monde ? Dieu n’a–t–il pas frappé de folie la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la proclamation qu’il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient. Les Juifs, en effet, demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse. Or nous, nous proclamons un Christ crucifié, cause de chute pour les Juifs et folie pour les non–Juifs ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, un Christ qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les humains, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains.
I Corinthiens I, 10 à 25 (d'après la Nouvelle Bible Segond)

Un commentaire ici

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mardi 31 octobre 2006

En ce jour de la Réformation, quelques citations qui reflètent mon identité protestante.

La loi dit « fais cela » et cela n’est jamais fait ; la grâce dit « crois en celui-ci » et toutes choses sont déjà faites.
Martin Luther

Dieu est près de tous ceux qui ont le cœur souffrant et affligé. C’est pourquoi les pleurs passent avant les œuvres et la souffrance surpasse tous les actes.
Martin Luther

Quelle chose convient mieux à la foi que de nous reconnaître nus de toute vertu pour être vêtus par Dieu ? Vide de tout bien, pour être emplis de lui ? Serfs du péchés pour être par Lui délivré ? Aveugles pour être par Lui illuminés ? Boiteux, pour être par lui redressés ? débiles, pour être par lui soutenus ? De nous ôter toute matière de gloire afin que lui seul soit glorifié, et nous en lui ?
Jean Calvin

Si Dieu m'a Christ pour chef donné,
Faut-il que je serve autre maître ?
S'il m'a le pain vif ordonné,
Faut-il du pain de mort repaître ?

S'il me veut sauver par sa dextre,
Faut-il en mon bras me fier ?
S'il est mon salut et mon être,
Point n'en faut d'autre édifier.

S'il est mon seul et sûr espoir,
Faut-il avoir autre espérance ?
S'il est ma force et mon pouvoir
Faut-il prendre ailleurs assurance ?

Et s'il est ma persévérance,
Faut-il louer ma fermeté ?
Et pour une belle apparence,
Faut-il laisser la sûreté ?

Si ma vie est en Jésus-Christ,
Faut-il la croire en cette cendre ?
S'il m'a donné son saint écrit,
Faut-il autre doctrine prendre ?

Si tel maître me daigne apprendre,
Faut-il à autre école aller ?
S'il me fait son vouloir entendre,
Faut-il par crainte le celer ?

Si Dieu me nomme son enfant,
Faut-il craindre à l'appeler père ?
Si le monde me le défend,
Faut-il qu'à son mal j'obtempère

Si son esprit en moi opère,
Faut-il mon courage estimer ?
Non, mais Dieu, qui partout impère*,
Faut en tout voir, craindre et aimer.

Marguerite de Navarre

* impère  : règne

L’action que Dieu opère dans l’homme par sa Parole n’a certainement dans l’homme aucun point d’attache auquel Dieu devrait s’adapter. L’homme qu’elle veut faire vivre, l’action de Dieu commence par l’anéantir. L’action de dieu est opposition à l’homme y compris à l’homme religieux, qui entend par la religion s’assurer et s’affermir contre le monde qui l’oppresse et apaiser par elle ses soucis et ses angoisses. Tout abaissement de soi, tout sacrifice de soi qui sont accomplis au nom de la religion sont en réalité révolte contre Dieu – au même titre que pour Paul, l’accomplissement judaïque de la Loi n’est qu’un moyen de se glorifier soi-même. La grâce de Dieu est pour l’homme grâce dans un sens tellement radical qu’elle soutient l’existence humaine toute entière et qu’elle ne peut être comprise comme grâce que par celui qui se dessaisit totalement de sa vie et se laisse tomber dans le vide insondable et vertigineux sans chercher de point d’appui. La révélation de Dieu est l’opposition de Dieu à l’homme et à sa religion.
R. Bultman

Je pense que la Bible annonce un salut universel accordé par grâce à tous les hommes. Mais alors, la conversion et la foi ? C’est tout autre chose. Cela concerne assez peu le salut mais c’est une prise de responsabilité. A partir de la conversion, on est engagé dans un certain style de vie et d’autre part dans un certain service que Dieu demande. Ainsi l’adhésion à la foi chrétienne n’est nullement un privilège mais une charge supplémentaire, une responsabilité, un travail nouveau.
J. Ellul

La première affirmation sur laquelle l’éthique protestante repose, c’est que l’existence humaine abandonnée à elle-même échoue à trouver une juste réponse à la question du sens de la vie. L’homme laissé à ses propres forces est incapable de satisfaire aux exigences de la loi morale, égaré qu’il est, perdu par ses illusions, ses peurs ou la stratégie mortelle de ses désirs.
Seconde affirmation : Ce pessimisme radical a pour sens de libérer l’être humain de toute prétention, de toute autoaffirmation orgueilleuse, de tout enfermement dans l’univers clos de son autojustification. La liberté doit passer par une forme de deuil pour accéder à un nouveau possible. Il faut cesser de croire en soi pour mieux recevoir de Dieu la force créatrice nouvelle qui libère la liberté et appelle le croyant à une nouvelle conscience de ses responsabilités.
Eric Fuchs

L’amour ne se justifie pas par la valeur de l’être aimé. Il n’est pas un échange. Dieu aime sans raison. C’est ce qui montre qu’il aime. Son amour doit donner à ceux qu’Il aime précisément ce qu’ils n’ont pas et ce qu’ils ne pouvaient acquérir d’aucune façon, n’ayant rien à donner en retour.
Franz Leenhardt

ajouter un commentaire commentaires (1)   
créer un trackback recommander
Lundi 30 octobre 2006

La disputatio sur l'autorité du pape contre la sola scriptura continue donc et voici ma réponse au dernier article de Matthieu. En préambule , je note tout de même que cette disputatio a commmencé avec une question "quel fondement biblique à l'infaillibilité pontificale ?" et que je n'ai toujours pas eu de réponse. Ce n'est pas une critique, mais c'est très révélateur sur le fait que, pour Matthieu, les dogmes de son Eglise n'ont pas besoin de s'appuyer sur les textes... C'est d'ailleurs le thème de notre débat.

A propos de ce débat, je suis à peu près aussi curieux de lire les réactions de catholiques quant aux interventions de matthieu que celles des protestants quant aux miennes.

La signification de Sola scriptura


Tout d’abord, un reproche, Matthieu, non pas sur la rugosité de votre langage (j'ai peur d'être moins courtois que vous dans mes articles ou réactions) mais sur votre refus de prendre en compte ce que je vous dis. Vous maintenez vos arguments contre la sola Scriptura non pas sur la base de ma définition mais sur celle de Jean Sébastien qui , à mon avis, est maladroitement exprimée (même si je ne suis pas sûr que, dans le fond, elle soit si différente de la mienne).
Je maintiens donc mon explication du Sola Scriptura qui ne signifie pas la Bible comme seule autorité mais la Bible comme seule autorité que nous reconnaissons parmi les trois autorités catholiques romaines.  Cela me semble assez bien s’exprimer dans cette citation célèbre de Martin Luther :

A moins d’être convaincu par le témoignage de l’Écriture et par des raisons évidentes – car je ne crois ni à l’infaillibilité du Pape, ni à celle des conciles, puisqu’il est établi qu’ils se sont souvent trompés et contredits- je suis lié par les textes bibliques que j’ai cités.

 Cette première affirmation de la sola scriptura est donc ici clairement établie contre d’autres sources d’autorité.
De plus, à ma connaissance, tous les protestants reconnaissent l’autorité du « témoignage intérieur de l’Esprit Saint ». Deux citations de Calvin, afin que vous ne disiez pas que ma position n’est pas représentative du protestantisme.

Apprends donc... qu'il n'est point moins insupportable, se vanter de l'Esprit sans la Parole qu'il est maussade de mettre en avant la Parole sans l'Esprit.
Epitre à Sadolet

C'est que la Parole ne nous est guère certaine sinon qu'elle soit approuvée par le témoignage de l'Esprit. Car le Seigneur a assemblé comme par un lien mutuel, la certitude de son Esprit et de sa Parole afin que notre entendement reçoive icelle Parole en obéissance, en y voyant reluire l'Esprit, qui lui est comme une clarté pour lui faire là contempler la face de Dieu ; afin aussi que sans crainte de tromperie ou erreur nous recevions l'Esprit de Dieu, le reconnaissant en son image, c'est-à-dire en sa Parole.

L’Institution chrétienne

Bref, c’est par l’Esprit Saint que Dieu parle aux hommes à travers les textes bibliques, c’est par l’Esprit Saint que la Bible est venu jusqu’à nous sous la forme du canon que nous connaissons maintenant et c’est par l’Esprit Saint que la Bible devient pour nous parole de Dieu. Je n’ai jamais nié que la Tradition ou le Magistère dont vous vous réclamez puissent être inspirés, ce que je nie c’est qu’ils le soient en permanence.
L’Écriture et l’Esprit Saint voici les deux sources d’autorité attestées dans l’Écriture et ces deux sources sont nécessaires l’une à l’autre. L’Esprit Saint nous permet de reconnaître à travers la Bible, la parole de Dieu. Et la Bible nous facilite le discernement quant à ce qui vient de l’Esprit Saint et ce qui se réclame mensongèrement de lui.
Effectivement l’Écriture ne dit pas qu’il n’y ait pas d’autres sources d’autorités. Mais une fois de plus vous vous appuyez sur un silence de l’Écriture : « puisque la Bible ne dit pas que ce sont les deux seules sources, c’est qu’elles ne sont pas seules » « puisque la Bible ne dit pas que Marie n’est pas l’Immaculée conception c’est qu’elle l’est ». Et face à ce raisonnement qui est le vôtre, je maintiens le mien : la Bible ne dit pas que Jésus n’avait que deux yeux, cela ne me pousse pas à croire qu’il en aie eu trois…
Nous avons donc bien une Église qui se réclame de deux autorités attestées dans l’Écriture face à une Église qui se réclame d’autorités dont l’Écriture ne parle pas.

La Bible et la tradition


Quant à la citation de II Thessaloniciens II, 15, je me contenterais de lui opposer le Nouveau Catéchisme.

Il faut distinguer (de la Tradition) les traditions théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. (83)

L’Église catholique distingue entre les traditions reçues dans les communautés locales et la Tradition. Difficile donc de défendre la Tradition avec un verset biblique qui parle des traditions, c’est à dire de ce qui se transmettait dans les différentes communautés locales (II Thessaloniciens III, 6 aurait été un brin plus convaincant malheureusement Paul décrit ensuite ce dont il parle en parlant de tradition et cela n’a pas non plus grand chose à voir avec la Tradition dont vous parlez).... Un petit rappel, alors que Paul transmettait comme « tradition » que les chrétiens pouvaient dorénavant manger avec les païens, d’autres apôtres transmettaient le contraire (Galates II, 1 à 15). Prendre la Bible comme autorité ne consiste pas à en sortir un verset de tout contexte pour appuyer son propos sinon, je vous aurai depuis longtemps asséné  Colossiens II, 8

Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie au moyen d’une philosophie trompeuse et vide, selon la tradition des humains, selon les éléments du monde, et non pas selon le Christ

(et il me serait assez facile de dresser une longue liste de tout ce qui vient des éléments du monde dans la Tradition catholique romaine) Mais l'interprétation me semblerait aussi fallacieuse que celle que vous faites du passage de théssalonicien. Je vais donc me contenter d’utiliser ce verset comme preuve que quand la Bible parle de tradition, elle ne parle pas forcément de la Tradition comme vous l’entendez. D’ailleurs sur 14 occurrences bibliques du mot « tradition », 10 sont négatives (et, détail important, Jésus oppose toujours tradition et parole de Dieu)

L’unité de l’Église


Tout d’abord, je vais vous remercier de nous avoir reconnus comme Église, c’est en effet un qualificatif que votre pape nous refuse (alors qu’il l’accorde à une autre Église séparée : l’Église orthodoxe). Ensuite, l’unité du corps consiste à ce que tous ses membres soient unis à sa tête. Mes deux mains sont distinctes l’une de l’autre, le plus souvent elles sont séparées mais ce qui les rassemble, c’est d’être reliées à la tête. Or la tête, le chef de l’Église ce n’est pas le pape ou les conciles mais bien Jésus Christ (j’espère que nous serons d’accord sur ce dernier point). C’est cette unité que demande Jésus Christ : que tous restent unis à lui. Donc, encore une fois, quelle autorité avez-vous (pas vous, Matthieu, mais vous catholiques romains) pour affirmer que les protestants sont séparés de Jésus Christ ?
Pour ma part, je dis que les Églises qui sont facteurs de divisions, de désordres dans le corps sont celles qui prétendent en mettre d’autres hors du corps. Sur ce point l’Église catholique romaine a des comptes à rendre et je sais bien qu’elle n’est pas la seule. Mais c’est elle qui par son discours hégémonique met le plus gros frein à la démarche œcuménique et donc le plus gros obstacle à une unité visibles d’Églises différentes.
C’est une différence importante entre nous : vous me voyez comme un frère égaré, je vous vois comme un frère avec lequel je ne suis pas d’accord.
Sinon, j’aime bien votre parabole mais elle s’applique assez bien au protestantisme, pour que nous ayons perduré 5 siècles malgré notre diversité, malgré nos conflits internes, malgré l’absence de toute institution nous fédérant, il faut bien que quelqu’un d’autre nous soutienne.
Quant à la « preuve » temporelle, je ne nie pas l’évidence :  le catholicisme romain est plus ancien que le protestantisme. Mais d’une part, le critère d’ancienneté me paraît assez faible : le boudhisme ou l’hindouisme sont bien plus anciens que le christianisme, alors qui les maintient ? Et d’autre part, l'affirmation que le catholicisme est conforme à l’Église telle que la vivaient les apôtres me semble très discutable. Les premiers chrétiens tels que nous les présentent les Écritures et l’histoire n’étaient pas fédérés derrière un pape ou des conciles qui détenaient une autorité infaillible. Ils n’avaient pas de ministères de prêtres ordonnés au sens de « sacrificateurs ». Ils ne vénéraient pas une foule de saints. Ils se réunissaient en des assemblées locales très différentes les unes des autres (plus encore que les protestants actuels). Ils ne liaient pas le vœu de célibat à un ministère… Bref, en bien des points , la Réforme a le droit de se lire comme un retour aux sources (c’est d’ailleurs comme cela qu’elle s’est initialement comprise) et les Eglises évangéliques peut-être plus encore que l'Eglise Réformée. Pour ma part, je préfère dire que nous avons chacun construit des édifices assez différents sur la pierre de fondation qu’est Jésus Christ (je vous renvoie à ma dernière prédication)

Une petite conclusion sur l’Esprit
Un dernier point de désaccord : vous répétez souvent « l’Esprit-Saint ne se contredit pas » comme s’il parlait toujours d’une seule voix. Cependant, de nombreux faits chrétiens ne se lisent pas dans l’affirmation  univoque mais dans la tension : à commencer  par Jésus Christ qui est pleinement Dieu et pleinement homme. Dieu est tout autre et père. Le Royaume est déjà là et pas encore là. La croix est abaissement et élévation. La résurrection est rupture et continuité. Je ne parle pas là de contradiction  mais de tension. On ne peut pas dire le christianisme dans un « ou bien… ou bien.. », il se dit dans un « à la fois ». L’Église peut donc être à la fois une et multiple. Une Église peut-être à la fois fidèle et infidèle, inspirée et faillible.

ajouter un commentaire commentaires (11)   
créer un trackback recommander
Dimanche 29 octobre 2006

Prédication du 29 octobre 2006
Esaïe LV, 1 à 11
Marc XI, 15 à 18
I Corinthiens III 3 à 23


En ce dimanche de la Réformation, le passage de la première lettre aux corinthiens me paraît tomber plutôt bien. Parce qu’au moment où nous célébrons notre identité, il me paraît salutaire que la Bible nous questionne sur cette identité. En nous interrogeant sur nos divisions d’abord, en nous parlant de salaire et de perte ensuite, en nous faisant une promesse quant à notre appartenance enfin.

Paul s'adresse à la communauté de Corinthe, une communauté qu'il a manifestement fondée avant d'en partir. Après le départ de Paul, un dénommé Apollos a pris une grande influence sur la communauté. Et, au moment où Paul écrit, parmi les chrétiens de Corinthe certains se réclament de Paul, d'autres d'Apollos et manifestement, les différents clans se déchirent. C'est une situation que nous connaissons bien au sein du protestantisme : qui sont les véritables héritiers de la Réforme ? Les luthériens, les calvinistes, les baptistes ? Et tout particulièrement à l'intérieur de notre Église réformée : faut-il être barthien, bultmanien, libéral, orthodoxe ? Moi, je suis un néo-calviniste libéral à tendances charismatiques, sympathisant du Process et marqué par une théologie luthérienne de la croix (le pire, c'est que c'est vrai !) mais à mettre sur une carte de visite, ça fait un peu ridicule... Dieu merci, ces étiquettes sont moins importantes aujourd'hui dans notre Église et les frontières entre les différents clivages sont plus floues.
Eh bien puisque la situation de la communauté de Corinthe ressemble à celle du christianisme en général et du protestantisme en particulier, nous pouvons recevoir aujourd'hui les commentaires de Paul.

Premier constat, Paul ne dit pas aux corinthiens que ces étiquettes sont scandaleuses ou inacceptables. Il dit : « elles sont la preuve de votre humanité ». C'est humain de vouloir appartenir à un groupe distinct. C'est humain de se définir par rapport aux autres, en posant d'abord ce qui nous distingue, ce qui nous différencie, ce qui nous sépare même. Et nous ne sommes pas moins humains que les corinthiens…
2eme constat : Paul ne tranche pas entre  les différentes communautés. Il n'arbitre pas entre ceux qui se réclament d'Apollos et ceux qui se réclament de lui-même. C'est d'autant plus remarquable qu'on sait avec quelle virulence Paul peut défendre ses idées. Mais ici, pas d'attaques contre les disciples d'Apollos, pas de vigoureuse prise de partie pour ceux qui se réclament de ses idées. Paul  met les deux communautés à égalité en leur rappelant quelle est leur unique source : Jésus Christ. Après tout, qu'est ce que Paul ? Qu'est ce qu'Apollos ?
Ce rappel est salutaire à plus d'un titre. Tout d'abord, bien sûr, parce que se rappeler que nous venons de la même source, c'est garder à l'esprit que nous sommes frères. Ensuite, parce que regarder à la source, à la pierre de fondement, c'est prendre conscience que, nous aussi, nous avons ajouté bien des choses à ces fondations, que nous aussi, nous nous en sommes éloignés. Enfin, regarder à Jésus Christ, c'est se rappeler qu'à trop vouloir nous singulariser, nous couper des autres, nous prenons le risque de finir par nous couper de Jésus le Christ. Et ainsi de, littéralement scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Ce qui ressort donc de ce passage c'est que Paul voit dans Jésus le Christ une fondation, une assise à partir de laquelle il est possible de bâtir plusieurs édifices. D'ailleurs Paul cultive ici une ambiguïté intéressante : ces édifices sont-ils les communautés ou la vie chrétienne de chacun ? Les deux semble répondre l’apôtre. Et après tout, c’est assez cohérent : deux membres d’une même communauté ne vivent par leur foi de la même manière.
Cependant, toute les manières de construire ne se valent pas. Toutes les constructions ne subsisteront pas. Certaines s’effondreront. Alors celui dont la construction reste debout obtiendra une récompense et celui dont la construction s’effondrera sera puni… Sacrilège! Comment le pasteur peut-il prêcher sur un texte pareil ! Un texte qui parle de salaire et de perte en fonction de nos œuvres, de ce que nous construisons !  Et le dimanche de la Réformation en plus !
En fait, je suis très attaché au discours de la grâce. Mais je ne crois pas que la grâce empêche les œuvres d’avoir des conséquences. Et je ne crois pas qu’ici Paul infirme cette annonce d’un amour absolument gratuit de Dieu. Bien au contraire il la confirme.
Je vais faire ici appel à une somme théologique importante que vous connaissez tous : l’histoire des trois petits cochons. Ou plutôt l’histoire de l’histoire des trois petits cochons. En effet, nous sommes bien ici dans le même thème : construire avec de bon matériaux. Dans les plus anciennes variantes de cette histoire, les cochons qui construisent avec du bois et de la paille se font manger par le loup. Ce sont les variantes morales : les paresseux sont dévorés, le méchant est ébouillanté, le cochon industrieux est le seul survivant et tout le monde est content et édifié. Dans les nouvelles versions, les deux premiers cochons trouvent refuge cher leur frère plus courageux (dans cette même version, le loup échappe lui aussi à la mort et ne connaît qu’une cuisante humiliation). C’est la version politiquement correcte. Je me demande si on ne pourrait pas la qualifier d’immorale puisque les deux paresseux finissent par profiter du travail de leur frère. La version de Paul pose une différence radicale, ici le loup ne souffle pas sur les maisons pour dévorer leurs habitants mais Dieu passe nos édifices au feu pour qu’il n’en reste que ce qui est bon. Cette importante différence mise à part, je remarque que la comparaison de Paul est bien plus proche de la version moderne des trois petits cochons. En effet ceux qui bâtissent avec de mauvais matériaux ne sont pas perdus, mais « sauvés comme à travers le feu » ils en sont juste quittes pour une belle peur. Leur perte c’est de voir leur construction détruite, c’est de voir que ce n’est pas leurs œuvres qui ont provoqué leur salut. Quant au salaire, c’est de garder ce qui a été construit, de se voir confirmer qu’on était sur le bon chemin. Bref, cette histoire de perte et de salaire, n’enlève rien à l’affirmation du salut gratuit de Dieu mais elle nous rappelle que si ce salut nous amène tous au même endroit, il ne nous trouve pas tous dans le même état, que ce salut pourrait bien être un moins grand bouleversement pour certains que pour d’autres…
Mais je sais bien que certains ne se satisferont pas de ce constat et me demanderont des précisions sur les matériaux à utiliser et sur les plans de constructions à suivre pour bâtir un édifice solide, qui ne s’effondrera pas face à Dieu. Bref qui me rappelleront que mon devoir de pasteur est de leur dire comment ils doivent mener leur vie de chrétiens. Eh bien, la réponse sera facile. Allez donc voir dans la Bible, il y a pas mal de textes qui parlent de l’amour et de la façon dont il se vie. Avec ça , nous avons de bonnes indications.
A ces indications, il faut sans doute rajouter la mise en garde de Paul : « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » et ne pas nous fier à la solidité apparente de notre construction. Il se pourrait bien que ce que nous croyons être des briques ne soit que de la paille, que ce que nous prenons pour de l’or ne soit que du foin. Nous sommes incapable de savoir ce que sera le jugement de Dieu sur notre vie, nous ne pouvons donc qu’espérer et nous fier en son amour. Ce ne sont pas les matériaux de notre maison ni son agencement qui nous garantit sa solidité mais sa pierre de fondation : Jésus le Christ. C’est lui qui nous sauve et non pas ce que nous accomplissons par nous même.

Et c’est sur la promesse que je voudrais conclure. Nous n’appartenons pas à la Réforme, ni à Luther, ni à Calvin, ni à Zwingli. Nous ne sommes pas prisonniers de leurs idées, de leurs visions. Mais Luther, Calvin, Zwingli nous appartiennent. Ils nous sont donnés comme nous sont donné Paul, Apollos ou Céphas, nous pouvons nous appuyer sur eux mais nous sommes libres vis à vis d’eux comme nous sommes libres vis à vis du monde, de la vie ou de la mort, du présent ou de l’avenir. Ceux-là nous appartiennent et nous nous sentons prisonniers d’eux : nous voulons être fidèle à l’esprit des réformateurs, nous avons peur de la mort, peur de l’avenir. Et voilà que Paul nous le dit : « Tout cela est à nous », tout cela est à notre service pour nous permettre de mieux appartenir à Jésus Christ. Étrange non ? nous nous croyons appartenir à ce qui nous appartient et celui auquel nous appartenons, c’est celui qui se donne lui-même à nous. Dès lors, comment pourrions nous nous croire esclave ? Comment pourrions nous conserver le vocabulaire et les réflexes de l’esclave ? Comment pourrions nous appartenir à un autre homme (nous ne sommes pas de Luther ni de Calvin pas plus que les corinthiens n’étaient de Paul ou d’Apollos) ? Comment pourrions nous quêter une récompense ou trembler devant une perte ? Parce que nous appartenons à Jésus Christ, nous sommes pleinement libres.

Amen

ajouter un commentaire commentaires (1)   
créer un trackback recommander
Vendredi 27 octobre 2006

Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.
Mais avant de m'attaquer à une description de la liturgie proprement dite, quelques remarques importantes.
Est-il obligatoire d'aller au culte ? La réponse est une évidence pour les protestants : on ne va pas au culte par obligation, on y vient par envie ou besoin. C'est une évidence mais elle est parfois mal comprise. En effet, même si rien ne nous y oblige, venir au culte demande une certaine discipline. C'est un peu comme le joggeur, personne ne l'oblige à se lever à l'aube pour aller courir, il le fait pour lui mais cela lui demande un effort et une discipline.Autrement dit, il ne faut pas confondre "je n'en ai pas envie ni besoin" avec "j'ai un peu la flemme"... Il n'est pas obligatoire d'aller au culte, mais des fois, ça ne fait pas de mal de se forcer un peu...
Peut-on être un membre actif de la communauté sans jamais aller au culte ? En théorie, je dirai "oui". On peut tout à fait imaginer quelqu'un qui fréquenterait assidument les partages bibliques, groupe de prière et autres manifestations d'Église sans jamais mettre les pieds au culte. Cette personne serait, à mes yeux, un(e) chrétien(ne) pratiquant(e) et même engagé(e). En théorie. Parce qu'en pratique, je n'ai jamais rencontré de telle personne. Même ceux qui affirment être plus à l'aise dans les groupes de discussion ou de prière, ressentent, de temps à autres, le besoin de venir au culte.
Va-t-on au culte pour Dieu ? Là, les réponses peuvent différer énormément d'un protestant à l'autre. Pour ma part, je dirais non. Dieu n'a pas besoin que nous venions au culte, il ne se nourrit pas de nos louanges ni de notre foi. Je vais au culte pour moi et pourtant ce n'est pas un acte égoïste. En effet, le  culte a ceci de particulier qu'on y vient pour recevoir et que tout en recevant, on donne. En effet, si pour les protestants, le culte est d'abord un lieu d'écoute de la parole (la lecture de la Bible et la prédication sont le cœur du culte), c'est aussi le lieu ou la communauté devient visible et palpable, où elle prends corps. Or, en venant au culte pour prendre conscience de cette communauté, je prends activement part à celle-ci. Le soutien que mon voisin me donne par sa présence, je le lui retourne par la mienne. En venant dans l'assemblée pour y rencontrer des frères et des sœurs, j'y deviens moi-même un frère à rencontrer. Ainsi le culte devient vraiment lieu de communauté et de partage.
Peut-on assister à un culte par curiosité ou par soif de parole de Dieu, même si l'on n'est pas protestant ? Oui bien sûr. Le culte est ouvert à tous.

ajouter un commentaire commentaires (0)   
créer un trackback recommander
Jeudi 26 octobre 2006

Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien : conserver la vie à un peuple nombreux comme cela se réalise aujourd’hui

Genèse L, 20

Le principe de Tantrix est simple, il s'agit en posant des tuile hexagonale de construire la plus longue route dans sa couleur. Les choses se compliquent parce que les chemins doivent être monocolores, que certains coups sont forcés et surtout parce que vos adversaires essayent d'en faire autant avec d'autres couleurs.
En évoquant l'action de Dieu dans l'histoire humaine, je me disais qu'on pouvait comparer Dieu à un très bon joueur de Tantrix.
En effet, si Dieu a un but, un projet pour l'humanité, la Bible ne nous dit pas que le chemin parcouru par l'humanité pour atteindre ce but est fixé par avance. Elle ne nous montre pas non plus un Dieu qui impose ses voies aux hommes. Au contraire, elle nous raconte un Dieu qui toujours compose avec les décisions de l'humanité, qui déborde d'invention pour ouvrir des brêches même dans nos pires impasses. Ainsi dans l'histoire de Joseph, il ne nous est pas dit que c'est Dieu qui a inspiré à aux fils de Jacob la jalousie et le désir de se débarrasser de leur encombrant cadet. Il ne les a pas non plus empêchés de mener à bien leur terrible projet mais, des mésaventures de Joseph, Il a fait un chemin de vie pour Joseph, pour ses frères et pour les Egyptiens. Comme un joueur de Tantrix qui, constament surmonterait les embûches volontaire ou non de ses adversaires pour établir au prix de bien des détours la ligne la plus longue.
Note pour les joueurs : en fait, je suis persuadé que d'autres jeux de connexion se prêteraient bien mieux à cette comparaison (ne serait-ce que parce qu'il n'y a pas de but à atteindre dans Tantrix). Mais je ne suis pas un expert en jeu de connexion (Twixt me parle moins :il est moins joyeusement biscornu) Si vous avez des idées...

ajouter un commentaire commentaires (7)   
créer un trackback recommander

Agenda

  Juin 2008

Lundi 2 20h Café le Franklin. 7 rue Franklin Roosevelt Evreux
Café Biblique : La vie après la vie

Discussion libre et éclairage biblique sur le thème de l'au delà.

Samedi 28 Dimanche 29
Nuit des veilleurs organisée par l'ACAT


Temps d'ouverture au temple
5 rue du chantier, Evreux
de 20h à 21h

Temps de prière à Vernon
Eglise St Jean Baptiste
de 21h à 22h



Commentaires

Calendrier

Octobre 2006
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Recherche

Communautés

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
hebergement siteweb gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus