Présentation

Texte biblique

Je vous encourage, mes frères, par le nom de notre Seigneur Jésus–Christ, à tenir tous le même discours : qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis, dans la même intelligence et dans la même pensée. En effet, mes frères, les gens de Chloé m’ont appris qu’il y a des disputes parmi vous. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul ! » –– « Et moi, à Apollos ! » –– « Et moi, à Céphas ! » – Et moi, au Christ !  Le Christ est–il divisé ? Est–ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est–ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ?  Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, excepté Crispos et Gaïos. Ainsi personne ne peut dire que vous avez reçu le baptême pour mon nom. Si, j’ai encore baptisé la maison de Stéphanas ; au reste, je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre. Car le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ; non pas dans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas vidée de son sens. En effet, le discours de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut, elle est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, j’anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le débatteur de ce monde ? Dieu n’a–t–il pas frappé de folie la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la proclamation qu’il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient. Les Juifs, en effet, demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse. Or nous, nous proclamons un Christ crucifié, cause de chute pour les Juifs et folie pour les non–Juifs ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, un Christ qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les humains, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains.
I Corinthiens I, 10 à 25 (d'après la Nouvelle Bible Segond)

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Dimanche 28 octobre 2007

Prédication du dimanche 28 octobre
Réformation
Job XIII, 1 à 19
Luc XVIII, 1 à 8

C’est une parabole un peu étrange que celle du juge injuste. En effet, la comparaison est à la foi surprenante et dangereuse, une comparaison qui nous conduit à la protestation. Parce qu'elle est surprenante, elle nous interpelle sur notre langage et nos images. parce qu'elel parle de la prière elle est dangereuse. Parce qu'elle nous invite à la persévérance, elle nous conduit à la protestation.

En premier lieu, la parabole est surprenante parce que comparer Dieu à un juge injuste qui fini par céder pour qu’on lui fiche la paix est pour le moins inattendu. Un bon berger, un père aimant, un créancier généreux mais exigeant, un propriétaire excentrique, un roi sévère mais juste, un semeur zélé, toutes ces images sont cohérentes, mais un juge inique ?
Alors bien sûr, il s’agit ici d’une comparaison a fortiori : si même le juge inique finit par entendre la veuve alors, à plus forte raison, Dieu entendra ses enfants qui crient vers lui…
Il n’en reste pas moins que la comparaison est audacieuse et devrait nous donner un peu plus d’audace pour parler de Dieu, elle devrait nous conduire à sortir des sentiers battus, des images pieuses, à redoubler d’imagination, à ne pas avoir peur de la provocation intelligente, celle qui cherche à faire réfléchir plus qu’à simplement choquer. Témoins de Jésus Christ, porteurs de son message, nous devrions, comme lui, toujours renouveler notre langage… Pour sortir des images taillées, n’ayons pas peur des images vivantes, toujours nouvelles, n’ayons pas peur des comparaisons les plus inattendues : Jésus lui-même a pu comparer Dieu à un juge inique !

Mais c’est aussi une comparaison dangereuse, a fortiori parce qu’elle parle de la prière : parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me casser la tête Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Eh bien, pour ma part, je connais un bon nombre de gens qui pourraient dire «  eh bien moi, Dieu ne m’a pas entendu » « moi, Dieu est resté sourd à ma prière ». Oh bien sûr, peut-être mon statut de pasteur, de théologien devrait-il me permettre de répondre, d’expliquer que la réponse de Dieu n’est pas forcément celle que nous attendons, que Dieu n’est pas un grand magicien ni un talisman contre les malheurs de la vie. Mais franchement, ces réponses théoriques me paraissent peser très peu face aux souffrances concrètes, et Job a finalement raison d’appeler ceux qui les brandissent « plâtriers du mensonge ». En effet, brandir ces réponses, c’est masquer des trous sans vraiment les réparer…
 Si, en revanche, j’entend la plainte de Job, si j’entend le cri de souffrance des innocents,  je suis bien obligé d’admettre que, souvent, Dieu ne sort pas vraiment grandi de cette comparaison avec le juge inique. Notre Dieu ne serait-il finalement pas plus sourd, plus endurci que ce juge ?
                                                                                                                    ***
Je ne sais pas si Dieu est un juge inique. Je ne le crois pas et pour dire la vérité, je suis incapable d’expliquer réellement son silence… Mais ce que je sais, c’est que nous sommes bien dans la situation de cette veuve.
En effet, qu’est ce qu’une veuve en Israël à cette époque ? C’est quelqu’un qui, sans le secours d’autrui, ne peut survivre. C’est quelqu’un qui ne peut compter que sur la justice de ses pairs. C’est quelqu’un qui, frappé par l’injustice, ne peut que crier « non » ou se taire et mourir. Or la veuve de la parabole refuse de se taire. Elle est certes impuissante, mais il y a une chose qu’elle peut faire, c’est protester.
Je crois que l’homme reçoit son salut de Dieu seul et je ne suis même pas certain que cette « réception » soit, elle-même, un geste volontaire, une participation de l’homme à la grâce de Dieu. Mais pourtant, cette affirmation de la grâce, de la gloire qui revient à Dieu seul n’est pas pour autant un fatalisme. Il reste à l’homme une place, une liberté, celle du cri, celle de la protestation face au monde, face aux hommes et face à Dieu lui même. C’est Job qui refuse de se laisser museler par les pieuses paroles de ses amis et qui réclame un procès face à Dieu lui-même. C’est le psalmiste qui ne craint pas de dire à Dieu : « Tu m’as abandonné ». C’est cette veuve que Jésus nous peint réclamant la justice sans jamais se lasser. C’est Martin Luther à la diète de Worms je suis lié par les textes scripturaires que j’ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu ; je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Je ne puis autrement, me voici, que Dieu me soit en aide.
Actuellement, nous rappelons souvent que protester n’implique pas forcément la notion de « contre » mais que notre protestation est une protestation « pour ». En fait, je crois qu’il nous faut tenir les deux ensembles. Comme le cri de Job, comme la plainte de la veuve, notre protestation est « contre », contre l’injustice, contre la souffrance, contre les fausses images de Dieu, contre les obscurantismes de toutes formes, contre tout ce qui prétendrait nous séparer de la grâce… Mais, comme la révolte de Job, comme la supplique de la veuve, notre protestation est aussi l’affirmation d’une grande espérance. Si avec Job, avec la veuve, nous refusons de nous taire c’est que nous croyons que Dieu nous entend, c’est que nous croyons en l’avènement de la justice. Ainsi, dans les psaumes, la complainte et le chant de louange s’unissent-ils souvent en une même prière… Mais qu’elle soit « contre » ou « pour », notre protestation est toujours un refus, le refus de se taire, le refus de nous laisser imposer le silence, le refus de nous laisser décourager.

Je ne sais pas si Dieu est un juge inique. Je ne sais pas si toute prière est toujours exaucée. La parabole de la veuve ne répond pas à toutes mes questions, loin de là mais elle m’invite à la persévérance. Persévérance dans la prière, certes, mais aussi persévérance dans mon action.
En effet, mon action me semble parfois bien vaine, deux fois inutile, pour tout dire. Inutile parce que je suis trop faible, trop petit pour prétendre changer le monde. Inutile également parce que je ne crois pas que Dieu m’aime pour mes bonnes œuvres. Alors à quoi bon ? En effet, à quoi bon ? Et à quoi bon la plainte de la veuve face à un juge qui ne craint ni Dieu, ni les hommes ?
Mais voilà la plainte, le refus, l’action sont les seuls lieux que je peux habiter en tant qu’homme, en tant que femme. Qu’importe si cela ne change pas le monde, tant mieux si la grâce de Dieu m’est déjà acquise, de toute façon, aujourd’hui, par mes actes, par mes paroles, je veux me tenir debout et , libre vis à vis de toute autorité religieuse et humaine, proclamer que Dieu est juste et aimant et lui réclamer son amour et sa justice.

Frères et sœurs, que la plainte de la veuve nous fasse renoncer au silence et à la résignation, que la certitude de la grâce nous conduise à la protestation. Que chacun de nos actes, chacune de nos paroles disent non à la souffrance, non à l’injustice, à l’oppression et à la mort et oui au Dieu vivant et aimant que nous proclamons et appelons. Aujourd’hui plus que jamais, refusons de nous taire et devant les hommes et le monde, proclamons et protestons que notre Sauveur est vivant

Amen

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Jeudi 25 octobre 2007

Il n'est jamais très facile d'annoncer la grâce tout en rappelant à ceux qui se tournent vers notre Eglise que celle-ci ne vit que des dons de ses membres...

Voici le texte que notre paroisse a composé pour expliquer ce paradoxe, j'espère avoir de la part en particulier des non chrétiens (ou plutôt de ceux qui ne fréquentent pas assidûment une paroisse ou une Eglise) qui me lisent quelques commentaires quant à la clarté de ce texte.
Ce texte est un extrait d'un dépliant qui donnera également quelques explications sur la manière dont sont utilisés et répartis les dons...

Pourquoi donner ?

Le don est une nécessité pratique…

L’Église Réformée de France est une association cultuelle : sous le régime de la loi de 1905, elle ne reçoit aucune aide de l’état.

C’est gratuitement qu’elle veut annoncer la Bonne Nouvelle à travers ses cultes, ses partages bibliques, l’accompagnement des événements familiaux, les rencontres avec un pasteur

Ce sont donc vos dons  qui lui permettent de
- rémunérer ses pasteurs
- entretenir ses locaux (temples, salles paroissiales et presbytères)
- couvrir ses frais de fonctionnements tant au niveau local que national (déplacements, frais de bureau, etc.)
- lancer de nouveaux projets.

Par vos dons vous permettez à notre Église de rester un espace de gratuité

…c’est aussi un geste de foi

Je donne pour sortir de moi-même et me tourner vers l’autre. Je donne parce que je crois que Dieu donne le premier, pour le remercier. Je donne pour dire ma confiance et mon engagement.

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Mercredi 24 octobre 2007

v-7-1039627.jpg

Vous connaissez l'histoire de Jesse James
Comment il a vécu, comment il est mort ?
Ca vous a plu ? Vous en voulez encore ?
S. Gainsbourg

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est un film aussi lent que son titre est long, non pas d'une lenteur ennuyeuse mais de celle qui convient à la mélancolie. On nous y raconte la fin d'une histoire et le début d'une légende le délabrement d'une bande, une trahison et une rédemption manquée. Brad Pitt campe un Jesse James christique. Cependant malgré un goût prononcé pour la provoc' je n'irais pas très loin dans la comparaison entre Jésus de Nazareth et ce tueur revanchard et paranoïaque dont la légende de l'ouest a cru bon de faire un Robin des Bois. Mais quand même, Andrew Dominik nous dépeint un Jesse James parfaitement conscient de la trahison de Robert Ford et acceptant une mort filmée comme un sacrifice. Une trahison et une mort qui suivent le dernier repas familial. Et un verset me trottera dans la tête pendant le reste du film

 "Judas, c'est par un baiser que tu livres le fils de l'homme."
Luc XXII, 48.

Je ne vois pas dans ce baiser une circonstance aggravante pour Judas mais plutôt l'expression de la réalité de la trahison. En effet, celui qui nous trahit ce n'est pas le fourbe de théâtre mais c'est l'ami, celui que nous accueillons à notre table. Et c'est bien pour cela que la trahison nous blesse. Tout comme le film de A. Dominik l'évangile de Luc nous redit l'intimité et la profondeur de cette blessure. En Jésus Christ, Dieu nous rejoint dans nos souffrances : l'impuissance, l'injustice, la peur, le désespoir, la révolte, l'abandon, la douleur et la mort. La trahison aurait manqué à ce tableau terrible. Et c'est peut-être Luc qui en rend le mieux compte : c'est par un baiser, un geste d'amour que vient le coup mortel.
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Mardi 16 octobre 2007

pharaon-copie-1.jpgIl y a quelques temps, (Matthieu, mon petit frère, pas le webmestre de Totus Tuus) me demandait si, selon moi, toute la Bible était inspirée. J'ai vraisemblablement répondu que si l'inspiration traversait toute la Bible, tous les textes bibliques ne me parlaient pas forcément (que tous les textes soientinspirés ne signifie pas forcément que je le sois moi-même toujours). Si certains demeurent silencieux, d'autres me gênent profondément, me blessent dans ma foi, même. Plutôt qu'écarter ceux-là, je crois nécessaire de s'y arrêter et d'essayer de voir ce qu'ils peuvent nous dire.

L’Eternel dit à Moïse: Va vers Pharaon, car j’ai endurci son coeur et le coeur de ses serviteurs, pour faire éclater mes signes au milieu d’eux.C’est aussi pour que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils comment j’ai traité les Egyptiens, et quels signes j’ai fait éclater au milieu d’eux. Et vous saurez que je suis l’Eternel. (Exode X, 1-2)

Le récit des plaies d'Egypte fait partie de ces textes. Pas tant à cause de sa dimension catastrophique qu'à cause d'une petite ritournelle : "et l'Eternel endurcit le coeur de Pharaon". En effet, si tout le monde sait que l'Exode  raconte  comment Dieu frappa l'Egypte jusqu'à ce que Pharaon laisse partir son peuple, on oublie souvent que ce même texte montre aussi Dieu endurcissant le coeur de Pharaon afin qu'il ne libère pas les hébreux avant que l'Egypte pleure ses premiers nés... Cette idée d'un Dieu qui endurcit le coeur de ses ennemis n'est d'ailleurs pas propre à l'exode, on la trouve à d'autres endroits, comme par exemple le livre de Samuel : c'est Dieu qui envoie à Saûl un souffle mauvais...
Que les choses soient claires, je ne crois pas en un Dieu qui endurcit le coeur d'un homme pour pouvoir frapper son peuple, histoire de se faire mousser. Je n'y crois pas car ce n'est pas le Dieu que me révèle Jésus, le Christ. Je n'y crois pas car je ne vois pas comment je pourrais placer ma confiance en ce Dieu-là. Pourtant, si je récuse l'image de Dieu que véhicule ce texte, il me paraît un peu facile de me contenter de l'écarter en évocant la barbarie superstitieuse d'un rédacteur mal inspiré. Un peu facile également d'arguer de l'inaccessibilité des voies du Seigneur.
En fait, si ce texte ne me parle pas de Dieu, il pose, avec beaucoup d'acuité, le problème du mal remettant en question les deux réponses chrétiennes les plus courantes.
Tout d'abord ici, pas d'intervention du diable. Ce ne sont pas des esprits rebelles qui endurcissent le coeur de Pharaon, on ne trouve dans ce texte que Dieu et l'homme. Ni démon, ni ange déchu ne viennent commodément expliquer le mal en dédouanant un Dieu à la fois bon et tout puissant.
Il est également difficile d'évoquer le libre arbitre de Pharaon puisque le texte nous dit précisément que le Pharaon n'a pas le choix. S'il agissait de son propre chef face au 5 premières plaies, dorénavant Pharaon n'est plus maître de lui même, il est dominé par un mal plus fort que lui. Si j'en crois ce texte, l'homme n'est pas toujours l'auteur du mal qu'il fait.

Mes lecteurs habituels savent que, personnellement,  j'ai ma propre explication face à ce mal qui nosu anime et ne dépend ni d'un adversaire personnalmisé de Dieu ni de notre propre libre-arbitre mais je ne la rappelerai pas dans cet article car je reconnais l'inspiration de ce texte non dans les réponses qu'il m'apporte mais dans la question qu'il me pose et les réponses qu'il m'interdit d'estimer définitive.  Je en crois pas en un Dieu pervers qui endurcit le coeur, mais ce texte m'empêche de me réfugier derrière des réponses toutes faites face à l'atroce absurdité du mal.

Je ne sais pas d'où vient l'endurcissement du coeur de Pharaon pas plus que l'endurcissement de mon propre coeur, mais je crois à cette promesse :

Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair.
Ezechiel XXVI, 26
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Dimanche 14 octobre 2007

Prédication du dimanche 14 octobre
II Rois V, 14 à 17
Romains VII, 7 à 25
Luc XVII, 11 à 19

Plus qu’une guérison miraculeuse, Luc nous dépeint l’irruption de la grâce dans une scène de vie quotidienne. Une irruption de grâce qui nous met en marche.

Tout d’abord, il y a la lèpre. Pour nous la lèpre c’est une maladie, une maladie que l’on sait soigner et qui, pourtant, fait encore rage dans le tiers monde. Mais à l’époque de Jésus, la lèpre est encore pire qu’une maladie. Le lépreux est réellement mis au ban de la société, il est considéré comme souillé, impur et source d’impureté. Et à cause de cette impureté, il est exclu aussi bien religieusement que socialement. La scène que Luc nous dépeint est d’ailleurs une scène de vie courante, à la limite d’un village, le voyageur est hélé, à distance, par des lépreux qui vivent là, nombreux (le nombre 10 signifie sans doute « beaucoup ») à la frontière de la vie humaine, en marge de la société qui les rejette.
Et Jésus les voit. Je pense que nous avons tous fait l’expérience de moments où l’on préfère ne pas voir le malheureux, l’exclus même quand celui ci nous hèle. Peut-être aussi avons-nous fait l’expérience d’être celui ou celle qu’on refuse de voir. En tout cas, je pense que nous en savons assez pour comprendre l’importance de ce regard. En entendant leur appel, en regardant les lépreux, Jésus les réintègre déjà au tissus social.
Un regard d’abord puis une parole Ici, il n’y a pas de geste magique, pas d’imposition des mains, pas d’autres manifestations que cette parole : « Allez vous montrer aux prêtres ». Et cette parole sonne comme une promesse.
En effet, c’est la règle dans le judaïsme : le prêtre est celui qui peut déclarer purs le lépreux (une preuve de plus que nous sommes ici bien plus dans le domaine de l’impureté que dans le domaine de la médecine). Jésus ici, reste donc strictement, dans le cadre de la société de son époque : contrairement à ce qui se passe dans d’autres récits de guérison de lépreux, il ne touche pas les lépreux ni ne les déclare guéris.  Une scène de la vie quotidienne…

Mais voilà qu’un des lépreux revient sur ses pas en louant Dieu et en se jetant aux pieds de Jésus : il a vu qu’il était guéri et il rend grâce. Et Jésus répond à cette action de grâce : Ta foi t’a sauvé…
Quel est ce salut dont il est question ici ? De quoi le lépreux samaritain est-il sauvé ? Il est évident que ce n’est pas de sa lèpre. Les autres en ont été guéri aussi, affirme Jésus. Mais je ne pense pas que Jésus parle ici du salut eschatologique pour éviter le patois de Canaan, je ne crois pas qu’il soit ici question de la damnation éternelle, des flammes de l’enfer. Pourquoi ? Parce que cette parole de salut s’adresse au samaritain seul et que si il était ici question du jugement dernier, cela signifierait que c’est leur non-reconnaissance qui a perd les 9 autres. Or, les guérisons de Jésus ne sont pas des épreuves en vue du salut, ce sont des actes de pure compassion de pur amour. Je me refuse à croire qu’une guérison opérée par Jésus puisse entraîner, même indirectement, la perdition de celui qui est guéri.
Alors pourquoi Jésus dit-il au samaritain qu’il est sauvé ? Eh bien rappelons-nous de la précision de cette scène, rappelons-nous que Jésus respecte ici scrupuleusement les prescriptions de la Loi juive et qu’il envoie les lépreux voir le prêtre. Et c’est sur le chemin qui le conduit au prêtre que le Samaritain découvre qu’il est guéri, c’est avant de voir le prêtre qu’il fait demi-tour. Sans doute les autres lépreux ont-ils été guéris, sans doute ont-ils été déclarés purs, mais ils sont finalement restés dans cette notion de pureté/impureté, resté captifs de cette loi qui peut déclarer l’impureté mais sans la guérir, qui peut montrer le péché mais sans en préserver l’homme. Car c’est bien là, l’échec de la loi dont parle Paul : si elle peut montrer à l’homme ce qu’est le péché, si elle peut lui montrer qu’il est pécheur elle ne peut pas le guérir de ce péché. Pour Paul, la loi se contente de montrer ce qui est sans pouvoir le changer, elle dit à l’homme « tu es fichu » sans lui donner le moyen réel d’échapper à ce verdict. Et les 9 autres lépreux sont restés dans cette vision des choses, maintenant ils sont guéris, ils sont purs mais ils restent captifs. Captifs de l’image d’un Dieu qui distribue des bons et mauvais points, qui exclut et qui rejette. Captifs du sentiment de n’être jamais assez parfaits, assez purs pour Dieu. De cette captivité, le samaritain est dorénavant libéré. Il sait qu’il est guéri et d’où lui vient cette guérison,  il sait qu’il n’a pas besoin qu’un prêtre le déclare pur pour être rétabli dans sa relation à Dieu et aux autres. Il sait quand dans son impureté même, Dieu lui a manifesté son amour. Et, sans doute parce qu’il est étranger, il est plus en situation de mesurer l’immensité de ce donc que tous les autres. En effet, pour les juifs un guérisseurs juifs qui les soulage, cela peut apparaître quelque peu normal, voire être un dû. Il n’en va pas de même pour le samaritain qui était sans doute celui qui avait le moins à attendre… C’est pourquoi il déborde de reconnaissance.

La salut dont parle Jésus ici ne renvoie ni à l’au-delà, ni à la fin des temps, il se vit dès à présent, pour le samaritain et pour nous qui reconnaissons en Jésus, la seule source de notre guérison et de notre purification. Dieu dispense à tous ses bienfaits, son soutien, mais beaucoup y voient la preuve de leur propre habileté, de leur propre valeur, d’autres y voient une récompense pour leur moralité ou leur observance de la loi et tant que les choses vont bien, tous se glorifient, tous rendent grâce à eux-même ou se félicitent de leur chance. Mais quand les choses vont moins bien, c’est l’heure de la culpabilisation, un sentiment de culpabilité qui se transforme souvent en accusation… Quant à nous avec le lépreux samaritain, nous découvrons qu’indépendamment de notre naissance ou de nos mérites, Dieu est avec nous et que même dans les moments les plus durs, il ne se détourne pas de nous.
Nous sommes le dixième reconnaissant, ce qui ne signifie pas que nous sommes meilleurs ou plus clairvoyant que les autres. Mais ce salut que Dieu veut pour les hommes nous est manifesté dès aujourd’hui. Notre action de grâce même est une grâce.
Mon frère, ma sœur, témoignons de ce salut qui nous est révélé, de cette grâce qui nous est faite. Ta foi t’as sauvé ? Alors lève-toi et va témoigner de ton salut pour les 9 dixièmes qui l’ignorent encore…

Amen

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Agenda

  Juin 2008

Lundi 2 20h Café le Franklin. 7 rue Franklin Roosevelt Evreux
Café Biblique : La vie après la vie

Discussion libre et éclairage biblique sur le thème de l'au delà.

Samedi 28 Dimanche 29
Nuit des veilleurs organisée par l'ACAT


Temps d'ouverture au temple
5 rue du chantier, Evreux
de 20h à 21h

Temps de prière à Vernon
Eglise St Jean Baptiste
de 21h à 22h



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