Mais je préfère amorcer une petite réflexion sur la pédagogie en général (je ne suis absolument pas pédagogue et je compte sur les enseignants et autres personnes autorisées pour me reprendre si je dis des énormités)
Lorsque j'étais à l'école primaire, on m'a appris que 5-7, c'était impossible. On m'a fait apprendre par coeur que le lundi est le premier jour de la semaine. On m'a présenté un Moyen-Age mythique. On m'a parlé de la révolution française sans me raconter la Terreur. On m'a dit que l'univers était né du Big Bang sans me dire qu'il existait d'autres théories. On m'a présenté l'évolution comme une échelle plutôt que comme un buissonnement. On m'a représenté l'atome comme un système solaire miniature avec les planètes électrons tournant autour du soleil-noyaux sans me dire que c'était une représentation symbolique (là j'exagère, ce n'était pas à l'école primaire, c'était au collège). Etc. (je ne parle même pas du traitement réservé aux religions)
Et tout cet enseignement simplificateur (quand il n'était pas purement faux) était présenté comme un savoir bien plus absolu que ne l'a jamais été aucun point de foi : d'une part il m'était donné dans le même cadre et par les même personnes que 2+2 =4 et d'autre part, il ne prenait pas en compte ce petit verbe de la foi qui change tout, le verbe "croire" qui laisse la porte ouverte à tous les questionnements à tous les doutes.
Pourtant, cela ne m'a pas empêché de me faire mes propres opinions, de me poser mes propres questions, de me lancer dans mes propres recherches, simplement, cela m'a donné le cadre à partir duquel partir...
Lors de mes premières années de ministère, j'ai pensé, un peu comme toi, qu'il fallait que je relativise mes propos devant des enfants, par soucis d'honnêteté. A présent, je crois que c'était une ânerie de ma part. En effet, je ne pense pas qu'il soit pédagogique de toujours tout relativiser pour les enfants. Il me semble que l'enfant a suffisament de choses à découvrir pour avoir besoin de cadres, cadres qu'il se fera un plaisir de briser et de réaménager pendant son adolescence.
De même, face à l'adolescent, je ne crois pas que le rôle de l'enseignant soit de venir lui-même remettre l'enseignement en question. Agir ainsi c'est imposer ses propres questions à l'adolescent au lieu de le laisser poser les siennes, à son rythme. En revanche, quand les questions sont posées, il me paraît crucial d'accepter qu'elles le soient et de ne chercher ni à les esquiver, ni à les museler, en acceptant parfois de répondre "Je ne sais pas". En fait, en tant que pasteur, les seuls cadres que je me plaise à remettre en question sont ceux des adultes.
Bref un parcours catéchétique se fait sur une vie entière : donner des cadres à l'enfants, laisser l'adolescent briser ces cadres par lui-même, pousser l'adulte à questionner ses cadres. Mais toujours se rappeler l'adage (de Françoise Dolto, je crois) "Les enfants ne sont pas des adultes miniatures".
Du coup, effectivement, lorsque je fais du catéchisme, lorsque je parle de Dieu avec mes enfants, je ne dis pas d'emblée : "Je n'ai pas de preuve. D'autres ne croient pas comme moi" Et pourtant, vois-tu, ils s'en rendent compte par eux-même. Parce que tu omets un petit détail dans ta critique de la catéchèse : les enfants ne vivent pas en vase clos. Ils ne passent pas leur temps enfermés au catéchisme et à l'église. Du coup, des questions leurs viennent de l'extérieur. J'attends avec impatience (et un peu d'appréhension) le moment où mes enfants remettront en question ma foi et mon ministère. Je sais et j'espère bien que ce moment viendra même si j'ignore tout de la forme que cela prendra...Et je reste persuadé qu'aujourd'hui, un enfant qui reçoit une éducation religieuse sera plus confronté à des gens qui ne croient pas comme lui qu'un enfant qui n'en reçoit aucune. En effet, le contenu de la foi est quelque chose dont on parle très peu dans notre société laïque (ça fait partie de la fameuse "sphère privée"). Du coup, l'enfant qui n'a jamais reçu d'instruction religieuse aura très peu d'occasion de voir son "incroyance" confrontée à la croyance d'autrui... Compare seulement sur le nombre de gens élevés dans un cadre religieux qui sont devenus non croyants, théistes ou agnostiques et compare-le avec le nombre de gens élevés sans aucune religion qui se sont convertis à une religion... Il me semble que la liberté de choix et de remise en question est clairement du côté de l'instruction religieuse...
Enfin, ce serait un curieux témoignage de foi que de présenter Dieu comme une hypothèse philosophique. Je te rappelle que la foi est de l'ordre de l'existentiel et du relationel autant que de l'intellectuel. Il ne s'agit pas de convaincre l'enfant ou l'adolescent d'adhérer à notre philosophie, il s'agit de lui présenter quelqu'un avec qui nous sommes en relations afin que le jour où il vivra cette rencontre, il puisse le reconnaître.
Bref, sans vouloir m'immiscer dans un débat entre toi et ta fiancée, je ne peux que vous encourager à donner à vos enfants la chance que tu as eu, celle de recevoir une instruction qui leur permettra un jour de dire en toute connaissance de cause "J'y crois" ou "Je n'y crois pas". Il me semble que nous sommes chacun à notre façon des preuves que la catéchèse n'est pas un lavage de cerveau transformant le catéchète en adepte de l'Eglise de ses parents...
En ce moment, j’use d’un de mes droits imprescriptibles de lecteur (selon Pennac) : celui de relire. Et je me replonge dans les Réflexions sur l’histoire naturelle de Stephen Jay Gould.
Canevas détaillé de la prédication du dimanche 26 novembre 2006




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