Miettes de théologie

Incinération...

31 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Aujourd’hui, première célébration d’incinération. Eh oui, je suis devenu pasteur de ville… Alors c’est très bien réglé, bien organisé… Peut-être un peu trop même. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au premier épisode de 6 feet under avec ses enterrements à l’américaine où l’image de la mort est complètement lissée, asseptisée. Encore heureux, on n’en est pas encore à amener les gens qui pleurent dans une salle à part. Jusqu’ici, j’étais plutôt favorable à l’incinération mais à présent j’avoue préférer le caractère plus physique, plus charnel de l’enterrement. Au moins, la mort n’y est pas vue seulement comme un passage, une porte mais aussi comme un déchirement pour ceux qui restent aussi concrètes. Le tas de terre à côté de la tombe, l’effort physique des responsables de la descente du cercueil dans la tombe, tout cela vient dire la réalité douloureuse, intenable de la mort, et je pense que c’est important…

Dans le même ordre d’idée, si je me rallie complètement à l’explication théologique de nos services d’action de grâce sans cercueil : le service funèbre protestant n’est pas un viatique pour le défunt mais un service d’accompagnement pour ceux qui sont dans le deuil, je me demande quand même si finalement le cercueil dans le temple ne pourrait pas être lu aussi comme un rappel de la réalité de la mort et du coup, s’avérer souhaitable dans une société qui occulte de plus en plus la mort. Après tout croire en la résurrection, ce n’est pas nier la mort, bien au contraire…

Bon, mais peut-être que je me trompe complètement en voyant tout cela de l’extérieur mais quand même vouloir tout aseptiser, tout masquer de la mort, est-ce vraiment aider les familles à faire leur deuil ?

le sacerdoce universel et ses conséquences...

30 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Puisque nous sommes tous prêtres, les critiques faites par Malachie  aux prêtres, c’est pour nous qu’il faut les recevoir. C’est nous-même qu’il faut examiner, c’est notre témoignage qu’il nous faut regarder. Pourquoi témoignons-nous : pour être vu comme quelqu’un de bien ? pour que nos églises se remplissent ? ou bien avons nous simplement envie de proclamer autour de nous ce que Dieu a fait pour nous ? Rendons nous témoignage de nous-même ou de Dieu ?

 

Voulons-nous promouvoir nos valeurs, notre morale ou bien la Parole de Dieu ? La question n’est pas facile… Mais je crois que tant que nous chercherons à indiquer une loi, une nécessité de faire, nous serons dans le registre de l’hypocrisie, du « faites ce que je dis, pas ce que je fais… » Nous lierons pour les autres des charges que nous même ne voulons pas toucher du doigt. Parce que la loi de Dieu est trop radicale, trop exigeante et que nous ne pouvons que lui désobéir ou l’édulcorer. Alors plutôt que de nous poser en juges hypocrites, plutôt qu’annoncer une loi dont nous sommes de piètres exemples, annonçons la grâce, annonçons l’amour immense de Dieu qui nous pardonne sans cesse et osons croire en cette bonne nouvelle, osons croire en sa puissance. Osons croire que l’amour de Dieu peut transformer notre vie, notre façon d’être et d’agir et qu’il peut également transformer celle de nos frères et de nos sœurs.

 

Croyons nous vraiment que la grâce de Dieu aie le pouvoir de changer une vie ? C’est là la question que nous devons nous poser…

Extrait de la prédication du 30 octobre 2005 (pour la prédication complète, n'hésitez pas à demander...

Présentation

30 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Qui suis je ?

 

 

Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…

 

Pourquoi un blog ?

Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…

Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…

Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…

Chalom, Jésus !

29 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Lettre d’un rabbin d’aujourd’hui au rabbi de Nazareth
Il est capital de nous rappeler que Jésus était juif et que tout son enseignement ne peut être compris qu’à la lumière du judaïsme. Sur ce point, ce livre est une véritable mine d’enseignements.
Bien sûr, je regrette que Jacquot Grunewald ne connaisse pas le nouveau testament aussi bien que le premier. Cela lui éviterait sans doute le raccourci un peu raide qui consiste à opposer les véritables paroles de Jésus à la volonté anti-juive des évangélistes (si vraiment c’était le cas, si vraiment les auteurs du Nouveau Testament avait voulu nier le judaïsme, comment se fait-il qu’il reste aussi présent tant à travers les évangile qu’à travers les épîtres…). Bien sûr cette idée de la Loi à laquelle Dieu lui même finit par être soumis m’est aussi étrangère et étrange que l’idée de la croix rédemptrice l’est à Jacquot Grunewald. Mais le désaccord n’est-il pas normal lorsque les tenants de deux religions différentes se parlent librement ? (là je me laisse emporter, c’est lui qui me parle, je doute fort que le rabbin Grunewald surfe par ici)
Et puis au-delà de mes désaccords il y a la beauté du style (le genre épistolaire sied décidément très bien à la théologie (on le savait depuis Paul de Tarse)), il y a l’enseignement déjà évoqué, et surtout il y a cette ouverture finale absolument remarquable et inattendue. Une ouverture qui prouve que nous sommes à un tournant des relation judéo-chrétiennes. Espérons que nous ne raterons pas le virage…
 
Jacquot Grunewald : Chalom, Jésus ! Ed. Albin Michel Spiritualités

Ô dieux, religions et idoles...

29 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Non, pas toi Obélix, toi tu es tombé dedans quand tu étais petit. J’espère que personne n’y verra d’anti-catholicisme primaire, mais, personnellement, ce gag me fait hurler de rire… Un fluide glacial hors série spécial religion, c’est le genre de chose que je ne rate pas. J’ai pas encore tout lu, mais d’ores et déjà, je peux dire que ça ne sent pas vraiment le souffre, qu’il n’y a rien de bien nouveau et que le catholicisme surtout en prend pour son grade (c’est presque politiquement correct de taper sur les cathos maintenant…) et que, scandale des scandales, on n’y voit pas Marie Thérèse des Batignoles.

Mais bon, Le Bernard Buffet Code est excellent (forcément, moi, j’aime pas le Da Vinci Code alors ça m'amuse…), le « Guerres de religions revival » me fait rire aussi, et vu un de mes premiers articles ici, il serait mal venu de ne pas remarquer le Jésus Skywalker.

Bien sur, si rire à propos de Dieu ou des religions est pour vous un blasphème, mieux vaut s’abstenir… Personnellement, je suis un peu naïf, j’ai tendance à penser que tuer ou même condamner et rejeter des gens au nom d’un Dieu d’amour est infiniment plus blasphématoire qu’une plaisanterie…

Fête de la Réformation

29 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

A moins qu’on ne me convainque par des attestations de l’Ecriture ou par d’évidentes raisons – car je n’ajoute foi ni au pape ni aux conciles seuls, puisqu’il est clair qu’ils se sont souvent trompés et qu’ils se sont contredits eux-même – je suis lié par les textes scripturaires que j’ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu ; je ne puis ni ne veux me retracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Je ne puis autrement, me voici, que me soit en aide.

Réponse de Martin Luther devant la Diète de Worms, lorsque l’empereur lui demanda s’il voulait rétracter ses écrits. (1521)

 

Demain, c’est la fête de la Réformation. Et comme toujours, j’ai un sentiment un peu mitigé vis à vis de cette fête. D’une part, j’aime beaucoup lire les réformateur Luther, Calvin (je ne cite pas Zwingli parce que si j’ai pas mal lu sur lui, je n’ai rien lu de lui). J’aime beaucoup retrouver à travers leurs textes cet élan qui a été celui de la réforme, cet élan qui, je l’espère, est encore le nôtre aujourd’hui.

Mais justement, le protestantisme me semble parfois un peu trop accroché à son passé, à son histoire, pour se laisser porter par l’élan réformateur. J’aime Luther et Calvin mais l’esprit camisard, je ne connais pas. A force d’être rabâché le martyrologue protestant m’ennuie. Quant à cette espèce de prétention de minorité à revendiquer sans cesse une « culture protestante » (de droiture, d’intelligence et d’exigence morale (sans doute par opposition à une culture catholique de fourberie, de bêtise et de laxisme)), elle m’insupporte.

Réflexe de converti dont les ancêtres étaient plutôt du côté des dragons du roi que des galériens, direz-vous… Certainement. Mais aussi, attachement profond à des convictions telles que  « semper reformanda » et « à Dieu seul la gloire », attachement à une volonté de donner à l’Evangile la priorité sur toute tradition humaine, attachement à ce qui donna au protestantisme son identité dès l’origine.

C’est toutefois avec conviction, reconnaissance et un profond sentiment d'appartenance que je rappellerais demain la Réformation, l’histoire du protestantisme ne sera jamais la mienne mais je me retrouve parfaitement dans ses convictions les plus profondes.

Dieu est-il intolérant ?

28 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Tu n'auras pas d'autre dieux devant moi (Exode XX, 3)

Projet d'exposé introductif pour le prochain café biblique

N’hésitez pas à intervenir, vu que le but c’est de voir quel genre de questions ou réactions (de chrétiens ou de non chrétiens), ma présentation provoquera… Donc, comme disait l'autre : lâchez vos com (ça y est, c'est officiel Miettes de théo est un blog djeunz ;o))

 

 

I)                   Un Dieu jaloux

 

Dans la Bible, Dieu se présente comme un Dieu jaloux, un Dieu qui ne réclame une totale exclusivité. Bien sûr cela reflète le passage des hébreux du polythéisme, à la monolâtrie puis au monothéisme. Mais on n’aurait tort de croire que cette exclusivisme, cette intolérance ne se retrouve que dans la Première Alliance, elle est bien présente dans les évangiles (Matthieu X, 5 ; XXIII, 13 à 33) ou dans les lettres de Paul (Galates V, 19-21)

Cependant, il y apparaît également que si Dieu est jaloux, ce n’est pas simplement par refus de la concurrence.  Dieu condamne l’idolâtrie sous toutes ses formes ce n’est pas pour le plaisir d’être le seul mais bien parce que le Dieu libérateur ne veut pas voir l’homme retomber dans quelque esclavage que ce soit.

 

II)                 Les dangers de la tolérance

 

Ce qui amène une question classique quant à la tolérance. Faut-il tout tolérer ? Peut-on tout tolérer ? Dieu devrait-il tolérer que nous nous perdions dans ce qui nous fait mourir ?

Il y a un autre aspect de « l’intolérance » dans la Bible, c’est la distinction, le tri, le classement. Dans la Bible tout ne se vaut pas. Or dans notre recherche actuelle de la tolérance, on finit par dire que tout se vaut et par refuser, justement la distinction. Mais finalement le pire manque de respect que je puisse avoir envers autrui n’est ce pas lui dénier le droit d’être différent de moi ? Y a-t-il pire négation de la liberté et du respect de l’autre que cette affirmation « Tout se vaut… » ?

 

III)              Intolérance et amour

 

Il faut aussi remarquer que si Dieu se montre à mainte reprise intolérant dans les textes bibliques, il est aussi un Dieu patient, un Dieu qui pardonne, un Dieu dont l’amour a bien souvent le dernier mot sur la colère.

De plus si Dieu part en guerre contre nos idoles, nos chaînes, il ne nous en appelle pas moins à la tolérance. Non pas une tolérance qui confine à l’indifférence mais une tolérance qui repose dans le respect vrai de l’autre (Exode XXIII, 9 ; II Rois V, 15 à 19, au moment ou Esdras interdit le mariage avec une étrangère, le livre de Ruth nous rappelle que l’arrière-grand-mère du roi David fut moabite) et qui va jusqu’à l’amour de l’ennemi  (Matthieu V, 43 à 48)

Ainsi tout en refusant catégoriquement ce qui nous conduit à l’esclavage et à la mort, Dieu nous appelle néanmoins à reconnaître l’autre comme un frère à aimer.

Si vous êtes dans l'Eure le 1er décembre et que ça vous intéresse de participer en "live" au débat qui suivra, rendez vous au Café des arts à 20h

Bavardage, théologie et philosophie...

27 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Salut... Dur, dur de faire un commentaire quand tu es si bavard... Mais bon je vais de mon cote tacher d'etre bref... Pouvant etre considere comme un scientifique, j'ai eu recemment avec des copains tres "anti-religion", une discussion sur le rapport entre science ("dure") et théologie. pour moi il y avait une complementarite essentielle dans le sens ou la science s'attache a repondre a un "comment?" quand la theologie s'interesse plutot au "pourquoi?"... Cela dit, certains amis preferaient voir dans ce dernier cas le role de la philosophie... Ceci m'amene a te poser une question : quel lien fais tu entre philosophie et theologie?

C'est donc à mon petit frère que je dois ma première question et ma première critique...

 

Ceci dit, dire que je suis bavard relève d'avantage du constat que de la critique ;o) Mais quand même, je suis toujours un peu surpris quand c'est un scientifique qui me reproche de trop développer mon raisonnement : la seule chose qu'aient réussi à m'enseigner mes profs de science et de math, c'est que le raisonnement comptait autant, voire plus que la réponse...

 

En fait si je relève, c'est que, justement, pour répondre à la question de Matthieu, je vais rester plus ouvert que d'habitude. Jusque là mes articles ne sont que la formulation d'idées que je rumine depuis un certain temps, mais la  question du rapport théologie-philosophie, je ne me l'étais jamais posée dans ces termes. Alors juste une évidence et peut-être une piste pour une réflexion de plus longue haleine. Une évidence : la théologie ne peut pas faire davantage l'économie de la philosophie que de la science.

 

Une piste (à prendre avec beaucoup de pincettes) : il me semble que sur un point au moins la théologie est plus proche de la science que de la philo. Alors que le philosophe cherche à construire un système par sa propre pensée, le théologien,  comme le scientifique, cherche à parler le mieux possible de ce qui lui est extérieur (quelqu'un pour le théologien, quelque chose pour le philosophe). Voilà un nouveau champs à explorer (comme si j'avais fini avec les autres)... Chic  !

Je ne crois pas en l'homme

25 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

-         Comment peux tu croire en Dieu, malgré tout ce que tu vois ? Moi je crois en l’homme !

-         Ah bon ? Malgré ce que tu vois ?

 

Je suis toujours un peu surpris que ceux qui démontrent l’inexistence de Dieu par les guerres, les massacres, les épidémies et les catastrophes, affirment souvent juste après leur foi en l’homme.

Je reconnais humblement que je crois en Dieu bien souvent malgré ce que je ne vois pas mais croire en l’homme malgré ce que j’en vois, cela me semble bien au dessus de ma capacité à croire et à espérer.

Je ne dis pas comme tant de chrétiens l’affirment encore parfois que c’est l’homme qui est responsable du mal qui se fait sur la terre. Il y a bien des souffrances qui échappent à nos compétences et qui nous interdisent de répondre aussi simplement au problème du mal. Mais de la même façon qu’on me demande « Si Dieu existe pourquoi le mal ? » J’avoue avoir souvent tendance à me demander « Comment peut-on croire en l’homme malgré les guerres, les génocides, la pollution et même tout simplement notre égoïsme, notre incivilité quotidienne ? » J’admire réellement ceux qui croient que l’homme est seul et ne sombrent pas dans un cynisme désespéré.

Mais c’est ici un dialogue de sourd : le chrétien et l’humaniste se renvoyant indéfiniment la balle « Comment peux tu espérer malgré ce que tu vois ? »

 

J’ai une autre réticence, plus forte, plus fondamentale à la foi en l’homme. Si je crois en l’homme, si je crois que c’est l’homme qui construira lui-même une société meilleure, alors je ne peux que constater qu’il y a des hommes (et des femmes, bien sûr, je ne suis pas un grand fan du langage inclusif mais cela me semble aller de soi…) qui participent plus que d’autres à cette construction. Je dois reconnaître également que certains participeraient plutôt à une régression de l’humanité. Bref l’humanisme me conduit me semble-t-il, fatalement à établir une échelle de valeur entre les hommes et donc un jugement avec tout ce que cela comporte de danger et de prétention. Bien sûr les religions en général et le christianisme en particulier ne sont pas exempts de cette tendance au jugement mais le message premier de Jésus Christ est très clair : ne jugez pas afin de n’être pas jugé.

 En affirmant que, par lui-même, l’homme ne vaut rien, je m’interdis tout jugement sur mon prochain, je m’interdis de me croire de quelque manière supérieur à lui. Ainsi, contrairement à ce qu’il pourrait sembler, à ce que j’entend trop souvent le pessimisme anthropologique n’est pas une vaste entreprise de culpabilisation de l’humanité mais au contraire une interdiction formelle à tout homme de poser un jugement sur son frère.

 

Et puis à l’anthropologie pessimiste qui est la mienne, il faut ajouter immédiatement l’idée de la grâce de Dieu (rappelez-vous, c’est ici ).L’homme n’est pas digne d’être aimé et pourtant Dieu l’aime au point de tout donner pour lui. Cette Bonne Nouvelle ne concerne pas une poignée d’élus qui en recevraient le droit de se placer au dessus de leurs frères, mais elle concerne et appelle chacun.

Le pessimisme anthropologique et la grâce sont dans un même élan vers l'autre : le premier m'empêche de me considérer comme meilleur que mon frère, la deuxième me dit que mon frère bénéficie comme moi de l'amour de Dieu

 

« Or que notre iniquité et condamnation soit convaincue et signée par le témoignage de la loi, cela ne se fait pas afin que nous tombions en désespoir et, qu’ayant perdu tout courage, nous nous abandonnions en ruine (…) mais il faut entendre ce que dit Saint Paul qui confesse bien que nous sommes tous condamnés par la loi afin que toute bouche soit fermée et le monde entier soit rendu redevable à Dieu (Romains III ; 19) mais cependant, en un autre lieu il enseigne que Dieu a tout enclos sous l’incrédulité non pas pour tout perdre, ou même pour laisser périr mais afin de faire miséricorde à tous. (Romains XI, 32) »

Jean CALVIN L’institution chrétienne Livre II Chapitre VII

 

 « La première affirmation sur laquelle l’éthique protestante repose, c’est que l’existence humaine abandonnée à elle-même échoue à trouver une juste réponse à la question du sens de la vie. L’homme laissé à ses propres forces est incapable de satisfaire aux exigences de la loi morale, égaré qu’il est, perdu par ses illusions, ses peurs ou la stratégie mortelle de ses désirs.

Seconde affirmation : ce pessimisme radical a pour sens de libérer l’être humain de toute prétention, de toute autoaffirmation orgueilleuse, de tout enfermement dans l’univers clos de l’autojustification. La liberté doit passer par une forme de deuil pour accéder à un nouveau possible. Il faut cesser de croire en soi, pour mieux recevoir de Dieu la force créatrice nouvelle qui libère la liberté et appelle le croyant à une nouvelle conscience de ses responsabilités. »

 

Eric FUCHS : Tout est donné, tout est à faire

La prière de malédiction

25 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Vieux réflexe marcionite nous avons tendance à gommer les aspects les plus violents des psaumes. Il est vrai que des prières telles que Brise-leur les dents dans la bouche, ps 58, 7 ou  Heureux qui saisira tes enfants et les écrasera contre le roc !, (ps 137, 9)ont de quoi nous mettre mal à l’aise et semblent s’opposer profondément à l’enseignement de Jésus. A-t-on le droit de demander à Dieu de faire souffrir voire mourir nos ennemis ? Nos prières peuvent-elles exprimer la colère, la rancune, la haine ?

Forcément, si nous comprenons nos prières comme des formules magiques que Dieu n’aurait d’autre choix qu’exaucer, demander Poursuis les par ta tempête, épouvante-les par ton ouragan (ps 83, 16)serait l’équivalent de braquer un revolver chargé sur la tempe de quelqu’un. Difficilement compatible avec le massage d’amour du prochain (oui, je sais, la compatibilité avec le message d’amour du prochain n’a pas toujours été le soucis numéro 1 des chrétiens)

Mais la prière n’est pas une formule magique. Prier c’est avant tout parler à Dieu lui exprimer notre louange, notre demande, notre repentance, notre souffrance et même notre colère.

Prier pour maudire, c’est dire, crier à Dieu notre colère, notre blessure profonde.

Eh oui, la pulsion de meurtre existe en nous, l’envie de nuire voire de détruire celui qui nous a blessé est bien présente. Nous pensons souvent que cette pulsion, il nous faut la cacher, l’étouffer. Et, au bout du compte, la plupart du temps elle nous ronge tellement que nous ne parvenons pas à la contenir, lorsque quelqu’un nous a blessé, soit nous cherchons à prendre notre revanche, soit nous cultivons notre rancœur, soit nous allons en prendre d’autres à témoins, nous allons chercher un soutien chez ceux qui nous entourent quitte à les forcer à prendre part à un conflit. De tout cela, il ne ressort que violence et culpabilisation.

Le psaume de violence nous ouvre une autre voie. Puisque le psalmiste lui-même peut déverser sa colère dans sa prière, pourquoi n’en ferions-nous pas autant. Puisque Dieu connaît le fond de notre cœur, pourquoi chercherions nous à lui cacher nos aspects les plus sombres. Au contraire, sans peur aucune, nous pouvons lui confier nos colères, nos haines. « A quoi bon les dire à quelqu’un qui les sait déjà ? » pourrions-nous nous demander… Eh bien exprimer, c’est faire sortir. La prière nous offre un lieu ou nous pouvons faire sortir notre colère, notre violence sans qu’elles blessent personne. Pouvoir dire notre colère dans toute sa spontanéité, dans toute sa brutalité, dans toute sa rage, c’est s’en libérer et c’est le premier pas vers un pardon possible.

En effet, lorsque nous disons notre colère à quelqu’un d’autre, souvent ce lui-ci attise cette colère, soit en essayant maladroitement de nous en détourner, soit au contraire en nous appuyant et en nous donnant raison. En revanche, lorsque c’est à Dieu que je dis ma colère ma rancœur, c’est tout autre chose qui se passe, je peux littéralement « vider mon sac »…

 

 

 

Etrange, non ?

Le psaume de malédiction nous met mal à l’aise, pourtant il nous rappelle que Dieu nous reçoit tel que nous sommes, sans nous condamner.

Nous pensons que notre foi chrétienne nous interdit le psaume de malédiction et celui-ci s’avère finalement être un premier pas sur le chemin du pardon…
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