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Miettes de théologie

La mort du Messie

31 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Bon, celui là, je devrais attendre de l'avoir terminé pour faire le malin mais c'est pas gagné (j'en ai lu à peine le quart et c'est plutôt une encyclopédie qu'un traité). De toute façon hormis les pasteurs et quelques férus d'exégèse, je ne suis pas certain que beaucoup de gens se ruent desus. Pourtant, je voudrais conseiller aux gens qui se demandent ce que c'est que l'éxégèse, quelles sont ces méthodes, ces buts, à tous ceux qui se demandent comment travail un spécialiste de la Bible de lire le chapitre 1 : La perspective de ce commentaire. Raymond E Brown explique tout celà très bien en décomposant cette simple phrase introductive :
Il s'agit d'expliquer en détail ce que les évangélistes ont voulu dire et ont transmis à leur auditoire par leurs récits de la Passion et de la mort de Jésus.
Après avoir énoncé en une phrase le but de son livre, Raymond E Brown décompose celle-ci point par point  (les évangéliste/ ont voulu dire et ont transmis/ leur auditoire/ les récits de la passion et de la mort du Messie) et nous fait ainsi entrer dans les perspectives, les méthodes et les enjeux d'une approche exégétique du texte biblique. Bref, vous n'êtes pas obligés de lire tout le livre (encore qu'il promet d'être passionant, mais, pour moi, à petites doses) mais la trentaine de pages de ce chapitre me paraît vraiment une belle présentation...

L'invention du monothéisme

30 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

 

Se reposant uniquement sur les textes bibliques, Jean Soler montre comment le peuple hébreux est passé du polythéisme à la monolâtrie (adoration d'un seul dieu choisi parmi plusieurs) avant d'arriver au monothéisme (foi en un Dieu unique). L'idée n'est pas nouvelle, mais elle est ici bien expliquée et argumentée. L'auteur montre très bien comment les textes portent encore la marque de cette évolution. De plus, Soler refuse le sensationnalisme, il sait très bien que cette progression du polythéisme au monothéisme en passant par la monolâtrie peut être lue de deux manières. Les athées y verront la preuve que l'idée de Dieu n'est qu'une construction mentale. Les croyants eux y verront le signe que Dieu est un autre que nous avons à découvrir chaque jour davantage. Soler souligne d'ailleurs que l'invention (à prendre au sens de découverte) du monothéisme se déroule selon les mêmes mécanismes que les grandes innovations scientifiques (selon Thomas Kuhn) : 1) anomalies apparaissant dans le paradigme qui faisait le consensus général 2) les anomalies s’accumulant le paradigme entre en crise 3) un nouveau paradigme est proposé 4) qui finit par faire l’objet d’un consensus général.

En revanche la deuxième partie (les anomalies du monothéisme) me laisse plus sceptique. Soler n’y évoque pas du tout la signification, pourtant intéressante, du nom YHVH. Son chapitre sur la femme absente passe presque complètement sous silence les attributs féminins du Dieu découvert unique (attributs pourtant bien présents dans les textes bibliques), oubliant que le Dieu Un n'est pas un mâle (pas plus qu'il n'est femelle d'ailleurs). Et surtout sa finale me laisse perplexe, je ne sais pas trop quoi penser de cet appel à retrouver le Dieu national du judaïsme et je m'insurge contre l'idée que le christianisme soit nécessairement une religion occidentale. C'est faire injure aux chrétiens d'Afrique, d'Asie, d'Inde qui de plus en plus disent leur foi dans leur culture de la même manière que les chrétiens occidentaux ont appris à le faire...

Malgré cette deuxième partie plus faible, le livre est facile d'accès et riche en informations pour tous ceux, croyants ou non, que la naissance du monothéisme

 

 

 

Jean Soler : L’invention du monothéisme. Tome 1 : Aux origine du Dieu unique. Ed . Pluriel

La mort de la religion

29 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 29 janvier 2006

Malachie III 1 à 5

Hébreux  II 14à 18

Luc II 22 à 40

Le retour du religieux ! On voit parfois des titres de ce genre dans les journaux. On la croyait vaincue, repoussée dans la tourmente des idées fausses vaincues par la raison mais voilà que la religion revient et qu’elle n’est pas contente. Et cela fait frémir d’horreur les athées qui nous entourent. Eh bien c’est dommage qu’ils ne connaissent pas l’évangile ou qu’ils n’y croient pas, cela les rassurerait. En effet, non la religion ne reviendra pas. Tout au plus assistons nous actuellement à un soubressaut d'agonie. Mais la religion est appelée à disparaître, c'est en tout cas la promesse que nous adressent les textes que nous avons entendus ce matin…

 

Le Temple est sans doute le point commun entre les trois textes que les Lectures pour tous nous indiquent pour ce matin. Malachie annonce le retour de Dieu dans son Temple, la lettre aux Hébreux nous présente Jésus Christ comme souverain sacrificateur ou grand prêtre, la fonction la plus étroitement liée au Temple, Temple qui sert enfin de décors au passage de Luc que nous venons d’entendre. Il n’est pas inutile de rappeler en quelque mots que le Temple est, à l’époque, le lieu par excellence de la religion. Le judaïsme n’a qu’un temple : celui de Jérusalem et pour cause, le Temple étant censé être la demeure de Dieu, vu qu’il n’y a qu’un Dieu, il ne peut y avoir qu’une demeure. (Je rappelle au passage que les protestants français ont fait le pire choix qui soit en appelant leurs église « temple ». En effet, étymologiquement parlant l’église est le lieu où l’on se rassemble, le temple est le lieu où Dieu réside.) Ainsi, le Temple de Jérusalem est le lieu ou le croyant vient se présenter devant son Dieu lui offrir des sacrifices de louange ou de repentance. Les prêtres, attachés au Temple, jouent le rôle d’intermédiaire. Et cet ensemble, lieu, rites, et prêtres est ce qu’il est coutume d’appeler la religion. La religion en effet c’est, d’après le dictionnaire, un ensemble d’actes rituels liés à la conception d’un domaine sacré distinct du profane, et destinés à mettre l’âme humaine en relation avec Dieu (le petit Robert). La religion donc relie l’humain à Dieu (l’étymologie est douteuse mais elle a le mérite d’être claire. Mais elle met aussi de l’ordre, elle sépare le profane du sacré, elle établit une frontière. Or, le Temple avec ses différents niveaux d’accès illustre très bien cette frontière entre profane et sacré. Dans la Bible, la religion est donc étroitement liée au Temple puisque c’est là qu’on lieu les rites les plus importants…  En fait, le véritable point commun entre ces trois textes, ce n’est pas le Temple, c’est justement la religion que le temple représente. Et ces trois textes nous montrent justement la mort de la religion.

 Malachie est, d’après la tradition juive, le dernier des prophètes, après lui, dit le Talmud, le Saint Esprit se retire d’Israël. Le livre de Malachie est sans doute l’un des livres prophétiques les plus religieux de la Bible. Son projet est en effet de restaurer en Israël le bon culte, des rituels justes et un clergé droit. Bref, un livre essentiellement religieux et voilà qu’au milieu de ce projet survient cette annonce. Le Seigneur reviendra dans son temple et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle : en effet, devant lui, nul ne pourra se tenir debout, c’est à dire, nul ne pourra se dire juste. Et Dieu dira ce qu’il condamne, il témoignera dit le texte contre les sorciers et les adultères, contre ceux qui font de faux serments, contre ceux qui oppriment le salarié, la veuve et l’orphelin, qui lèsent l’immigré. Ce ne sont donc pas les mauvaises pratiques religieuses qui sont ici en cause mais bien les relations viciées au prochain et tout particulièrement au plus faible. J’insiste ici sur la défense de l’immigré, mis sur le même plan que la veuve et l’orphelin.  De quoi nous faire revoir l’idée que la Première Alliance est horriblement nationaliste, non ? La vraie relation à Dieu ne se joue donc pas à travers les rituels et prescriptions religieuses mais bien dans les relations quotidiennes à l’autre. En cela, Malachie ne détonne pas par rapport aux autres prophètes. S’il fustige la mauvaise tenue des prêtres, des cultes, des rituels c’est tout simplement parce que cette « mauvaise religion » est la manifestation d’une relation polluée aux autres, mais l’essentiel est bien non pas dans le rituel mais dans le comportement vis à vis du prochain. 

De plus, la religion perd ici une de ses prérogatives, elle échoue à rétablir la relation entre l’homme et son Dieu, à corriger les comportements déviants et c’est Dieu qui vient lui même faire le travail. En effet, ce qui commence par se présenter comme un jugement, ce feu qui vient brûler les pécheurs s’avèrent non pas un feu de châtiment mais un feu purificateur. La menace devient promesse. Ici, le feu ne détruit pas :  il purifie et renouvelle. Ce n’est pas l’humain qui est anéanti mais ce qui l’oppose à Dieu. Bref, le plus religieux des prophète l’annonce déjà, Dieu ne sous traite plus, il ne prend plus d’intermédiaire, il intervient lui-même.

 C’est l’idée reprise par la lettre aux hébreux qui va donner à Jésus ce titre très particulier de « souverain sacrificateur ». Là encore, on est en plein dans le langage religieux : sacrificateur, service de Dieu, expiation. Et pourtant, quel renversement dans ce langage ! Tout d’abord, je vous rappelle qu’en Israël, les sacrificateurs sont une lignée, on est prêtre de père en fils. Or Jésus n’est absolument un membre de cette lignée, c’est donc une remarquablement nouveau de lui donner ce titre. Mais ce n’est pas la plus grande surprise de ce texte. Dans la Première Alliance, le grand prêtre reçoit son titre par sa naissance, c’est parce qu’il est membre de la tribu de Levi qu’il a ce rôle d’intermédiaire entre l’homme et Dieu. Mais ce rôle, il doit s’en montrer digne. Quand le grand prêtre défaille, il attire sur lui et souvent sur tout le peuple la colère de Dieu. C’est souvent le rôle des prophètes de dénoncer la défaillance du grand prêtre. Bref, pour être l’intermédiaire entre Dieu et l’homme, le grand prêtre doit s’élever au dessus des hommes. Il est, par excellence, l’homme qui doit monter vers Dieu. Et voilà que dans la lettre aux Hébreux, le nouveau grande prêtre descend de Dieu vers l’homme. Le nouveau grand prêtre n’est pas celui qui est inaccessible à la tentation, c’est celui qui, alors qu’il n’aurait jamais dû connaître la tentation va souffrir de la tentation. Pour être comme nous ! Encore une fois, c’est un fameux coup porté à la religion en général. L’idée religieuse consiste à élever l’homme vers Dieu et voilà que Dieu s’abaisse complètement vers l’homme pour éliminer tout ce qui nous sépare de lui. Et bien sûr, puisque Dieu a rejoint l’humanité, il n’y a plus besoin d’intermédiaires, de grands prêtres autre que Jésus Christ.

 

Ces notions sans doute très abstraites sont rendues tout à fait concrètes dans le récit de Luc. Au beau milieu de la pratique religieuse classique (les sacrifices ordonnés, le Temple) voilà qu’un événement inattendu se produit. Un événement qui fait passer tout le décorum religieux au second plan, et l’estompe même complètement : un vieillard prend un bébé dans ses bras. Quoi de plus naturel, de plus quotidien que cette scène ? Quoi de plus profane que ce geste ? Et pourtant Siméon le sait : cet enfant, c’est le salut promis à Israël. Dieu a rejoint son peuple, il est entré dans son Temple comme il l’avait promis mais pas dans la toute-puissance, pas dans une manifestation glorieuse qui ne laisserait à l’homme d’autres solutions que de s’incliner. Non, Dieu choisit la faiblesse et la simplicité d’un nouveau né. Un signe si facile à contester. Un signe qui nous demande non une religion, un rituel compliqué mais juste la confiance. A l’intérieur  du Temple même, les atours de la religion tombent, plus besoin de rituels pour rencontrer Dieu, plus de sacré à tenir à l’écart du profane, Dieu vient à nous dans la fragilité d’une naissance, dans la simplicité d’une rencontre. Un vieillard prend un enfant dans ses bras et c’est toute la religion qui s’effondre pour laisser place à la foi, à la rencontre avec le Dieu vivant…

Non, frères et sœurs, la religion ne revient pas. Aucun rite ne nous est utile pour accéder à Dieu. C’est Lui qui est venu à nous. Il a abolit la séparation entre profane et sacré, il a détruit ce qui nous séparait de lui et il appelle aujourd’hui chacun de nous à le reconnaître à sentir sa présence. C’est dans cette rencontre que nos cœurs seront transformés, que toutes nos relations aux autres seront restaurées. La religion peut mourir, la foi demeure et c'est elle qui nous conduit

Amen

Illustrations from the Bible

28 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Simon Bisley, illustrateur américain qui travaille habituellement sur l'heroïc fantasy ou les super héros illustre la Bible. Le moins qu'on puisse dire et que le résultat est surprenant... Je ne sais pas si la version qui est sortie récemment en français est identique à la version américaine "Illustration from the Bible, a work in progress" qui est en ma possession...

C'est amusant de voir la Bible lue d'une manière très orientée "heroïc fantasy" : on commence par la prophétie d'Esaïe contre le roi de Babylonne (Esaïe 14, 12-15) lue comme le récit de la chute de Lucifer (une lecture plus qu'orientée, ma foi), on continue avec les scènes épiques les plus connues de l'Ancien Tetsament. Le Nouveau Testament commence avec une vision très surprenante de l'Annonciation puis se résume malheureusement à la tentation et à la passion. La résurrection n' est bien sûr représentée que d'après le récit le plus spectaculaire (Matthieu. 27, 2-4) et je le regrette, je suis certain que l'artiste aurait pu nous faire un tombeau vide plein de mystère... Quant à l'ascencion, alors là, je me demande si Bisley a seulement lu le texte qu'il a illustré. On termine avec les 4 cavaliers de l'apocalypse, puis on sort de la Bible avec quelques saints (sans grande surprise Sébastien (criblé de flèches) , Antoine (et sa tentation) et George (et le dragon) et des combats de gladiateurs (??? (une allusion sans doute aux premières persécussions))

Au bout du compte, ce n'est pas la violence de ce travail qui me gêne, (la Bible est un livre violent, c'est indéniable) mais le côté super-héroïque de l'ensemble qui a tendance à gommer  le quotidien le plus banal,  l'humanité la plus simple dans laquelle s'inscrivent la plupart des textes bibliques. Curieusement cette omission, a pour effet de me rappeler à quel points la simplicité, le manque d'héroïsme  sont importants dans la Bible. En fait, pour celui qui se plaît à représenter la puissance et la force, la bible n'est pas forcément le meilleur thème... Restent quelques surprises, des images très fortes de la croix et la petite espérance que sous cette forme, la Bible attirera la curiosité du public habituel de l'artiste. J'essaierai quand même de voir si l'édition française est plus achevée que le work in progress...

Simon Bisley : Illustration from the Bible, a work in progress.Ed Heavy Metal

La Bible est elle entièrement inspirée ?

27 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Je sais que tu considere la bible comme le plus beau des livres (pour ma part je n'ai pas garde de ce que j'en ai lu un souvenir inoubliable, mais bon pour etre tout à fait honnete, il faudrait d'abord que je lui redonne une chance...) . generalement tu cites des extraits de la bible en expliquant comment cela alimente ta perception du message de Dieu.  Attention voila la question : Est-ce que tu considere que toute la bible est "message d'evangile"? Est-ce qu'il ya pour toi des rates, des bouts que tu trouves moins bons, que tu ne comprends pas ou qui te semble ratés?

 

 

Je vais commencer en pinaillant un petit peu. Je ne crois pas avoir dit que la Bible était le plus beau livre (ou alors j'étais dans un état de fatigue avancé...) D'abord parce que la Bible est une bibliothèque plus qu'un livre. Ensuite parce que d'un point de vue littéraire, il y a beaucoup de livres que je juge plus "beaux". En revanche la Bible (en tant qu'unité) est pour moi le livre, sans doute le plus riche et assurément  le plus important et  le plus porteur de sens. Cette digression pinailleuse terminée, il va me falloir répondre à ta question : "Est ce que toute la Bible est inspirée ou est-ce qu'il y a des textes "ratés "?". Pour éviter le normandisme "oui et non", je dirai "oui mais..."

 

Oui, pour moi, toute la Bible est inspirée. Rien de plus dangereux que l'attitude qui consiste à sélectionner les textes qui nous plaisent (et donc sont inspirés) et à rejeter ceux qui nous déplaisent (et donc, non inspirés). Rien de plus dangereux, et pourtant cette attitude, je l'ai, comme tout les lecteurs croyants de la Bible. Mais bon, au moins j'essaye de lutter contre cette tendance.

 

De plus, le terme "inspiré" est très significatif. C'est dire que dans toute la Bible à mes yeux, il y a de la parole divine et de la parole humaine mêlée. Ce qui me place dans une position de responsabilité, celle de reconnaître, à travers les mots humains, la parole de Dieu. Pour celà, il me faut user des outils qui m'ont été donnés (par la recherche éxégétique mais aussi par les autres textes bibliques), de mon intelligence propre et surtout être inspiré à mon tour. En effet, l'Esprit Saint ne travaille pas que sur l'émetteur, il doit aussi souffler sur ce récepteur...

 

J'ajoute qu'il me paraît bien souvent évident que le texte parle au delà de ce que son auteur voulait dire (un phénomène qu'on trouve pour bien des oeuvres mais qui est particulièrement important dans le cadre d'une lecture chrétienne de la Bible)

 

Donc oui, je crois que toute la Bible est inspirée mais celà ne signifie pas que toute la Bible m'inspire. En revanche, même les textes que je ne comprends pas encore (ou que je ne comprends plus), qui heurtent profondément ma foi, me sont absolument nécéssaires. Ils me rappellent que ma recherche ne sera jamais terminée, que Dieu ne laissera jamais enfermer dans les images que je peux avoir de lui.

 

Voilà, je suis bien conscient que tout ça peut susciter de nouvelles questions, mais j'espère n'avoir pas répondu trop à côté de la question

 

La perfection et le témoignage

26 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

"Pourquoi les pasteurs ne sont-ils pas parfaits ?" m'interroge une paroissienne... Je fais taire ma paranoïa ("C'est pour moi qu'elle dit ça ?" (ben oui forcément, entre autre)) et mon premier réflexe est de répondre par un lieu commun : "Parce que ce sont des hommes et des femmes comme les autres". Heureusement, je me retiens et prends le temps de réfléchir quelques secondes (c'est, hélas, assez rare chez moi), est-ce que ce n'est pas précisément la question qui m'est posée : "pourquoi les pasteurs sont-ils des hommes et des femmes comme les autres ?". Alors, je modifie ma réponse : "Parce quelqu'un de parfait ne peut pas être un témoin de l'amour inconditionnel de Dieu". En effet, si quelqu'un de parfait vient me donner son témoignage, la façon dont il reçoit l'amour de Dieu, je ne pourrais m'empêcher de penser : "Bien sûr, toi, Dieu t'aime : tu es irréprochable. Mais, pour moi, c'est loin d'être le cas". Alors que si celui qui me dit l'amour de Dieu qu'il reçoit, me ressemble, s'il me montre  les perspectives nouvelles que lui ouvre cet amour malgré ses propres faiblesses, je peux comprendre que cet amour ne se mérite pas, il ne se gagne pas, il nous est offert tout simplement, je peux être véritablement touché par ce qu'il dit. C'est aussi le témoignage biblique : on ne trouve pas dans l'Écriture de personnages exemplaires, parfaits. Tous les témoins rencontrés dans la Bible sont profondément humains et faillibles, ils sont souvent très peu recommandables. Leur témoignage de la grâce, l'amour gratuit de Dieu, n'en a que plus de valeur.

Pardon

25 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Semaine de l'unité

Méditation à Bernay

Le pardon n'est pas vraiment un thème à la mode dans nos sociétés : on parle volontier de tolérance, de respect, on trouve des explications, voire des excuses. Mais le pardon est rarement évoqué. C'est un peu comme si cette idée restait l'apanage des religions.

Mais même dans nos Églises, le pardon n'est pas toujour un sujet facile à aborder. Nous parlons volontier du pardon qui nous vient de Dieu mais sur le pardon entre frères, nous sommes plus mal à l'aise. Et ce, pour deux raisons. Par modestie tout d'abord "qui suis-je pour pardonner ?". Et puis aussi, reconnaissons le, parce que pardonner, c'est difficile. Pardonner, tout comme aimer, est un verbe qui supporte mal l'impératif... Ces deux réticence vis à vis de l'exigence du pardon sont tout à fait valables : nous ne sommes pas Dieu pour pardonner les péchés et nous ne pouvons pas pardonner sur commande...

Alors, voyons d'un peu plus près cet enseignement sur le pardon...

Premier constat : il n'est question nulle part dans ce texte d'exigence. "Combien de fois pardonnerai-je" demande Pierre. Nous avons pris l'habitude de comprendre "Combien de fois dois-je pardonner" mais on peut lire également "Combien de fois puis-je pardonner" Dès lors la réponse de Jésus : "Non pas 7 fois mais 70 fois cette fois" (c'est à dire à chaque fois) prend un tout autre éclairage. Nous passons d'une exigence insurmontable (il faut que tu pardonnes) à une promesse (Tu pourras pardonner.) Et cette promesse est une promesse de guérison. En effet, lorsque je pardonne, je me libère du mal qui m'a été infligé. Tant que je ne pardonne pas, je ressasse ma blessure, comme une croûte qu'on arracherait sans cesse sans jamais la laisser sécher. Jésus nous le promet, nous pouvons dorénavant laisser cicatriser nos blessures. Le pardon ne nous est pas ordonné, il nous est donné comme un moyen de guérison.

Ce pardon qui nous guérit m'amène à un deuxième constat : nous ne pouvons pardonner que les blessures que nous avons subies. « Quand mon frère aura péché contre moi » dit Pierre… Bref, notre pardon ne se confond pas avec celui de Dieu, il ne nous appartient pas de pardonner tous les péchés. C’est bien les blessures qui m’ont été faites personnellement que je peux pardonner. Certes, cela n’empêche pas la compassion, le fait de souffrir de la souffrance de l’autre mais en n’aucun cas je ne peux pardonner à la place de la victime. C’est important à rappeler dans notre semaine de l’unité. Il ne m’appartient pas de pardonner à l’Église catholique romaine les exactions de la Saint Barthélemy. Il n’appartient pas à l’Église catholique romaine de pardonner ou de ne pas pardonner certaines décisions prises par les Églises protestantes. Ne volons pas aux victimes le droit de pardonner, d’être libérées du mal qu’elles sont subit. Et surtout ne leur présentons pas ce pardon comme une exigence qui les culpabiliserait. Le pardon, notre pardon est un acte de libération, de guérison.

Enfin, un dernier constat : le pardon ici n’implique pas le repentir. Pierre ne pose pas de condition quant à l’attitude du frère. C’est doublement normal. D’abord puisque le pardon est ici une question de guérison, heureusement que je puis pardonner à celui ou celle qui m’a fait du mal sans être pour autant à la merci de son éventuelle repentance… Et puis la plus célèbre phrase de pardon chrétien n’est-elle pas : « Père, pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font ». En pardonnant à celui qui ne se repent pas, je montre mon absolue liberté vis à vis de lui. Cette liberté, cette guérison c’est le cadeau que Christ nous fait en nous donnant la force de pardonner non pas seulement 7 fois mais 70 fois 7 fois. C’est à dire systématiquement…

Bible et nombres

24 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

C'est bien connu, la plupart des nombres donnés dans la Bible sont symboliques. Le plus célèbre de ces nombres est bien sûr le 7. Les nombres 3, 12 et 40 figurent également en bonne place. Ces nombres sont à connaître, afin de ces repérer dans les textes bibliques. Ce sont en effet des références culturelles, des clefs qui permettent de mieux comprendre un texte.  En revanche, il me paraît assez vain de chercher une signification à ces nombres dès qu'on les rencontres dans la vie courante. Le 7 ne révèle Dieu que dans les textes bibliques et dans certaines oeuvres à caractère religieux et/ou théologique (le chandelier à 7 branches ou les 7 jours de la semaine par exemple). Il peut parfois montrer l'influence que la Bible exerce encore sur notre culture (les 7 nains de Blanche Neige peut-être). Mais le fait de trouver 7 oeufs dans votre réfrigérateur ou 7 lettre dans votre prénom n'est certainement pas un signe de la main de Dieu. Si vous êtes né le 7 juillet 1977, n'y voyez rien d'extraordinaire. La tendance à survaloriser les nombres est non seulement oiseuse mais elle peut devenir néfaste. En effet, elle se teinte souvent de magisme ou de théologie naturelle. Or, c'est à travers la Bible et pas à travers les nombres que Dieu se révèle à l'homme.

La chaîne des 7

23 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Veka n’a pas osé me le transmettre, mais Tom s’en est chargé… Je vais donc faire comme tout le monde, dire que je ne réponds jamais ce genre de chaîne, mais qu’après tout, on ne tient pas un blog, fût-il théologique, si on n’aime pas un tant soit peu parler de soi… Merci donc à Veka d’y avoir pensé et à Tom d’avoir insisté…

Ami lecteur, toi qui vient ici à l’affût d’une réflexion un tant soit peu intéressante, tu peux passer ton chemin : ici, il ne sera question que de moi…

7 choses que je veux faire avant de mourir

-          Discuter avec les adultes que deviendront mes enfants

 

-          Jouer avec mes petits enfants

-          Voir mes arrière-petits-enfants

-          Retourner au Cambodge

 -          Voyager

 -          Ecrire un roman biblique ou théologique

 -          Finir d’écrire cette saleté de comédie musicale sur la Genèse

7 choses que je fais bien

-          être aimé par des gens extraordinaire

 -          me rendre compte de la grâce qui m’est faite

 -          perdre

 -          m’enthousiasmer

 -          transformer une pièce rangée en foutoir invraisemblable

 -          donner un sens théologique à à peu près n’importe quoi

 -          simplifier à l’excès une pensée profonde et subtile

 7 choses que je ne sais/peux pas faire

-          ne pas zapper quand le fantôme de Ring sort du téléviseur

 -          regarder la télé sans faire autre chose

 -          ranger derrière moi

 -          être à jour dans mes démarches administratives

 -          passer un long moment sans lire

 -          réussir du premier coup à obtenir la mise en page que je veux sur mon blog

 -          répondre honnêtement à ce genre de questionnaire

 7 choses que je dis souvent

-          Amen

 -          Hey !

 -          Alors…

 -          Ceci dit…

 -          C’est simple (surtout quand j’explique les règles d’un jeu)

 -          Wow

 -          Formez le cercle !

 7 choses qui vous attirent chez votre partenaire

 -          son regard

 -          son sourire

 -          elle pleure devant La petite maison dans la prairie

 -          elle est jalouse des actrices que je trouve jolies

 -          elle arrive à être raisonnable sans être complètement adulte

 -          elle a toujours raison encore plus que moi

 -          elle est patiente à l’infini sans pour autant se laisser faire…

 7 béguins pour des célébrités

Aucun intérêt que je fasse part des actrices que je trouve jolies, et comme je ne les connais pas assez pour apprécier autre chose que leur physique, allons y pour les personnages imaginaires par ordre chronologique

 -          Annie (du club des 5)

 -          Fantomette

 -          Marie Ingalls

 -          Phenicia (Goldorak)

 -          Jo Marsh

 -          Audrey Horne

 -          Rachel Green (non, pas Jennifer Aniston)

7 personnes que vous voudriez voir répondre à ces questions

La plupart des blogueurs que je connais ont déjà répondu mais si ça amuse Valentin et Julie ou n’importe qui d’autre, allez-y...

L'oecuménisme ? Oui mais pourquoi ?

21 Janvier 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

On mesure souvent mal les progrès accomplis par l'œcuménisme après les guerres de religions et des siècles d'hostilité plus ou moins larvée. Aujourd'hui, les mariages célébrés de façon oecuménique sont monnaie courante, ainsi que les échanges de chaire, sans même parler des nombreux groupes de partage et d'étude biblique qui réunissent protestants et catholiques. Le rideau de fer qui séparait les membres des deux confessions est tombé. C'est le grand succès de la démarche œcuménique. Et maintenant ?

 

"Il faut aller plus loin, affirment certains. Il faut effacer les pratiques, les doctrines qui séparent encore nos communautés et arriver enfin à une véritable Église universelle" J'avoue que cet objectif me laisse perplexe : cette Église universelle sera-t-elle de type protestant, de type orthodoxe ou de type romain ? Tout dépend généralement de la sensibilité de celui qui parle (mais cette idée de l'Église universelle qui pourrait se réduire à une institution, quelle qu'elle soit, me paraît très catholicisante)

 

Faut-il alors considérer que le but est atteint et nous arrêter là sur le chemin œcuménique ? Ce serait nous exposer à voir renaître très vite l'hostilité et le rejet : à l'instar de la liberté de la presse, l'œcuménisme s'use si l'on ne s'en sert pas.

 

Notre Église Réformée ne fera pas l'impasse sur l’entente interconfessionnelle tout d'abord parce que la fraternité est une manière essentielle de vivre notre foi. Ensuite parce que le dialogue avec l'autre (qu'il soit catholique romain, évangélique ou orthodoxe) nourrit et stimule notre réflexion.

 

L'unité des chrétiens n'est pas un projet, ni une promesse. C'est une réalité que nous sommes appelés à vivre dès maintenant. L'œcuménisme  n'est pas la recherche d'une uniformité aliénante. Ce n'est pas non plus une démarche diplomatique. C'est l'occasion de faire de nos différences un témoignage et une richesse. C'est pourquoi, ce n'est pas dans un esprit consensuel qu'il nous faut vivre nos relations avec les autres Église mais dans l'affirmation nette et fraternelle de ce que nous sommes.