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Miettes de théologie

Mana : contraintes et liberté, valeur et grâce

30 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Deux daïmyo s'affrontent, chacun escorté  par un groupe de ronins… Derrière ce thème complètement artificiel se cache un jeu abstrait, semblable aux dames ou aux échecs. Un jeu à deux que je n'utiliserai donc pas au catéchisme mais dont plusieurs aspects m'interpellent.

 

Les 2 caractéristiques essentielles de mana sont les suivantes :

 

- le mouvement d'une pièce ne dépend pas de la valeur de celle ci mais de sa case de départ

 

- la case d'arrivée de la pièce déplacée par mon adversaire détermine la case de départ de la pièce que je pourrai bouger

 

Mana induit d'abord une réflexion intéressante sur la liberté. La liberté absolue n'existe pas. Dans tous les jeux (comme dans la vie) des contraintes extérieures (les règles) viennent limiter mes options. Dans mana, plus que dans aucun jeu de ma connaissance, aux contraintes extérieure vient s'ajouter une contrainte relationnelle. Le coup joué par mon adversaire pèse directement sur les possibilités qui me sont ouvertes. Et bien sûr, ce coup de mon adversaire a été limité de la même manière par mon propre déplacement. Ainsi à l'illusion d'un droit de faire ce qu'on veut, Mana vient opposer l'image d'une liberté qui se vit dans le cadre restreint d'interactions complexes. Or ce n'est qu'à partir de cette compréhension de la liberté qu'on peut saisir l'aspect libérateur de l'Évangile.

La portée (la valeur, donc) d'une pièce ne dépend pas de sa nature mais de l'endroit où elle se trouve. Là encore, s'ouvre une réflexion intéressante. Et si mes actions ne dépendaient pas de mes qualités intrinsèques mais seulement du contexte dans lequel je me trouve ? Il ne s'agit pas de professer un quelconque destin ou de nier le libre-arbitre. Mais simplement de proposer un regard où la valeur d'un individu ne se mesure ni à ses qualités ni à ses œuvres. Un changement de regard nécessaire pour appréhender le concept de la grâce

 Bien sûr, je ne pense pas que le concepteur ait eu de telles ambitions théologiques et philosophiques (quoique le connaissant, je suis sûr qu'il a une lecture philosophique de son jeu pas piquée des hannetons). Mana reste un jeu (et un bon jeu). Du coup, je m'abstiendrai de souligner que les cases 1 et 3 sont plus avantageuses que les cases 2, on pourrait trouver mes interprétations quelque peu capilotractées.

La réaction du CECEF à la loi sur l'immigration

28 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Le Conseil d'Églises chrétiennes en France rend publique la lettre qu'il a adressée ce mardi 25 avril 2006 à M. Dominique de Villepin, Premier Ministre.

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Les questions que soulèvent les migrations ne cessent d’interroger nos sociétés européennes depuis de nombreuses années. Elles constituent un véritable défi pour notre avenir et mériteraient d’être situées dans le cadre d’une politique globale de développement des pays du sud. Une nouvelle fois, la législation est soumise à un projet de modification. Un projet de loi, adopté au Conseil des ministres le 29 mars, sera débattu au Parlement dans les premiers jours de mai.

 

Le Gouvernement a bien entendu l’entière légitimité pour proposer de nouvelles dispositions tendant à mieux définir les conditions d’entrée et d’installation des personnes étrangères sur le territoire français. Mais ces mesures ayant de sérieuses conséquences sur le sort qui sera réservé à tant d’hommes et de femmes à la situation fragile, vous comprendrez que le Conseil d’Églises Chrétiennes en France, alerté par nos Églises et par les associations (Secours catholique, CIMADE…) qui œuvrent pour l’accueil des migrants, tient à vous faire part des réelles inquiétudes que soulève ce projet.

 

Du côté catholique, nous nous en sommes déjà ouverts au Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, lors d’une rencontre le 10 avril dernier. Une rencontre technique a eu lieu le 13 avril entre des collaborateurs du ministre et un groupe de travail œcuménique qui a permis une écoute mutuelle. Nous avons pris note des points d’attention à propos desquels des précisions pourraient être apportées au projet de loi (maintien de la carte de séjour en cas de rupture du contrat de travail, délais de recours juridictionnels et protection des femmes victimes de violences conjugales).

 

L’existence des « sans-papiers » est une réalité incontournable, estimée aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers de personnes. Peut-on uniquement leur proposer de repartir dans leur pays d’origine, de gré ou de force ? Cela nous paraît tout à la fois irréaliste d’un point de vue pratique que problématique sur le plan humain. Nous regrettons donc que le projet de loi ne contienne que des mesures qui auront pour effet de restreindre encore les possibilités de régularisation de ces étrangers. Ce signal restrictif nous inquiète dans la mesure où il ne pourra que maintenir dans la précarité administrative et sociale de trop nombreuses personnes. Il serait regrettable que tous ceux qui aspirent à poursuivre légalement et paisiblement leur vie en France en soient empêchés du fait d’une trop grande rigueur des textes et des conditions posées.

 

Nous attachons une attention toute particulière au respect du droit à la vie privée et familiale. Guidées principalement par le souci d’éviter les fraudes, les mesures contenues dans le projet de loi auraient pour conséquences, si elles sont adoptées, de fragiliser ou de retarder le regroupement de familles étrangères ou de couples mixtes, et de laisser des familles entières dans une longue incertitude quant à leur possibilité de s’établir durablement en France. Cette fragilité accrue déstabiliserait nombre de familles et irait à l’encontre de l’intérêt des plus faibles, parmi lesquels les enfants.

 

 

 

La réalisation d’une bonne insertion dans notre société requiert, pour les personnes concernées, une stabilité et une sécurité quant à leur situation administrative.

 

En ce qui concerne les demandeurs d’asile, la protection que nous leur devons risque d’être affaiblie par l’extension de la liste des pays dits « d’origine sûrs ». Par ailleurs, le statut particulier qui sera désormais celui des CADA (centre d’accueil pour demandeurs d’asile) pourrait conduire à

 

une diminution des actions d’accompagnement social et d’aide à l’insertion de ces personnes, et maintiendrait dans l’extrême précarité toutes celles faisant l’objet d’une procédure de réadmission dans le cadre des accords européens. Parallèlement au projet de loi, nous avons été alertés sur les

 

dangers importants que comporte le projet de décret tendant à réduire le délai de recours contre une décision négative de l’OFPRA.

 

Le projet de loi tend à généraliser l’exigence du visa de long séjour pour qu’une personne puisse obtenir une carte de séjour en France, notamment au titre des liens familiaux. Or les conditions actuelles d’examen et de délivrance des visas, dans les consulats de France à l’étranger, souffrent d’une trop grande opacité et ne permettent pas aux personnes qui les sollicitent de s’appuyer sur des procédures encadrées dans le temps. Le renforcement du rôle des consulats supposerait la mise en œuvre de moyens humains et financiers considérables ainsi que de procédures précises et fiables : il y va de l’image même de notre pays à l’étranger. En matière d’éloignement du territoire des étrangers en situation irrégulière, le projet de loi fusionne l'invitation à quitter le territoire et la reconduite à la frontière afin de simplifier la procédure actuelle et de désengorger les tribunaux.

 

Pour ce sujet également très sensible, le délai prévu pour un recours contentieux nous semble beaucoup trop court pour qu’un étranger puisse élaborer un recours efficace.

 

Enfin, la création de la carte « compétences et talents » risque d’entraîner une inégalité forte suivant les catégories de personnes : que penser de cet encouragement à la venue de migrants diplômés ou de haut niveau alors que la situation des autres est rendue encore plus difficile ?

 

Telles sont, Monsieur le Premier Ministre, les principales remarques que le projet prochainement débattu soulèvent dans nos Eglises.

 

Nous savons bien la complexité de légiférer en cette matière. Nous vous serons d’autant plus reconnaissants de l’attention que vous pourrez porter aux différents sujets évoqués par ce courrier.

 

Nous vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, à l’assurance de notre considération dévouée.

 

Cardinal Jean-Pierre RICARD Archevêque de Bordeaux Président de l’Assemblée des évêques de France

 

Pasteur Jean-Arnold de CLERMONT Président de la Fédération protestante de France

 

Monseigneur EMMANUEL Président de la Conférence des évêques orthodoxes de France

La branche officielle du protestantisme ?

27 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

L'interview avait été agréable, détendue et intéressante. L'article est bon, fidèle à ce que nous vous voulions faire passer. Fidèle aussi je crois à l'état d'esprit du journaliste, volontier ironique ou provocateur,  relativement anticlérical mais ouvert au débat. Et puis, l'article me souffle un slogan qui pourrait bien devenir la devise du café biblique : "découvrir la Bible autrement et sans dogme"

Malheureusement, dans l'article une petite phrase risuqe de faire bondir : "l'église réformée (...) que l'on peut qualifier pour faire court de branche officielle du protestantisme en France". Ouch !!!

Je sais bien que c'est difficile à appréhender tant la religion, les églises sont habituellement perçues comme pronant une pensée unique, une ligne claire hors de laquelle il n'y a pas de salut mais il n'y a pas un protestantisme officiel et un protestantisme officieux. Il y a un protestantisme multiple, divers tant dans sa théologie que dans son ecclesiologie, Dans cette nébuleuse, les différences sont parfois extrêmes, les incompréhensions encore fréquentes et l'entente malheureusement pas toujours fraternelle. Ce qui nous rassemble c'est sans doute de ne pas chercher notre unité dans un cadre institutionnel mais en Jésus Christ notre seul chef. Quoiqu'il en soit,  l'Eglise réformée n'est pas plus officielle ou respectable ou protestante que les autres Eglises protestantes. Et en France, elle n'est même plus majoritaire.

Bien sûr, le raccourcis du journaliste est compréhensible et excusable mais il me paraissait important de m'en désolidariser...

L'oecuménisme comme je l'aime

25 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

PARIS (Reuters) - Le Conseil d'Eglises chrétiennes en France a écrit au Premier ministre, Dominique de Villepin, pour lui faire part de son "inquiétude" sur le nouveau projet de loi sur l'immigration de Nicolas Sarkozy.

Parallèlement, le collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable" a décliné une offre de dialogue du ministre de l'Intérieur, estimant qu'elle devenait inutile alors que le projet de loi est déjà "bouclé".

Nicolas Sarkozy doit défendre la semaine prochaine au Parlement un texte censé privilégier "l'immigration choisie" par rapport à "l'immigration subie" et qui durcit les conditions d'entrée et de séjour en France.

"Nous sommes toujours prêts à en débattre, mais pas dans de telles conditions. Ces questions requièrent un débat public, que seul le retrait (du texte) permettra", explique le collectif rassemblant des associations de défense des droits de l'homme.

Dans leur lettre au Premier ministre, le cardinal Jean-Pierre Ricard, président de la conférence des évêques de France, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la fédération protestante de France, et Mgr Emmanuel, de l'Assemblée des évêques orthodoxes, s'alarment du sort réservé à "tant d'hommes et de femmes à la situation fragile".

Concernant les sans-papiers, estimés à "plusieurs centaines de milliers de personnes", les responsables regrettent que le projet ne contienne que des dispositions visant à "restreindre encore les possibilités de régularisation".

"Ce signal restrictif nous inquiète dans la mesure où il ne pourra que maintenir dans la précarité administrative et sociale de trop nombreuses personnes", écrivent-ils.

Autre sujet d'inquiétude : les mesures visant à retarder le regroupement de familles étrangères et à laisser "des familles entières dans l'incertitude quant à leur possibilité de s'établir durablement en France".

Les responsables chrétiens déplorent également l'affaiblissement de la protection que la France doit, selon eux, aux demandeurs d'asile par l'établissement d'une liste des "pays d'origine dits sûrs".

De même, la généralisation du visa de long séjour ne trouve pas grâce à leurs yeux en raison de la "trop grande opacité" de sa délivrance dans les consulats de France à l'étranger.

Enfin, "la création de la carte de 'compétences et talents' risque d'entraîner une inégalité forte suivant les catégories de personnes", souligne la lettre au Premier ministre.

Un appel lancé lundi à l'initiative du Secours catholique, de la Cimade, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) et du Service national de la pastorale des migrants, invite les chrétiens à "rappeler que l'homme doit toujours être au coeur de nos choix et la loi toujours viser à protéger les plus faibles".

Il dénonce notamment la suppression de la régularisation après dix ans de présence habituelle en France et le durcissement des conditions du regroupement familial.

C'est dans ces moment là que l'oecuménisme me remplit d'espoir. Et dire que j'en connais certains qui hurlaient à l'idée que les instances religieuses puissent être consultées en Europe, peut-être que ce genre de réaction leur fera  changer d'avis...

Les gens l'appellent l'idole...

21 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Fabrice, fan de Johnny Halliday  se réveille dans un monde dans lequel Jean Philippe Smet n’est pas devenu Johnny. C’est sur cette intrigue que se construit Jean Philippe, un film assez convenu. Luchini fait du Luchini (et il le fait bien), Johnny en revanche donne plutôt dans la sobriété. N’étant pas fan de l’idole des jeunes moi-même, j’avoue que le film ne m’a pas vraiment marqué ni dans un sens ni dans un autre. Agréable à regarder, plutôt drôle mais sans grandes surprises.

Pourtant l’histoire de ce fan qui cherche absolument à reconstruire « sa » star, n’est pas sans m’évoquer un passage d’Esaïe (44, 14 à 20)

 

 

L’homme s’en sert pour faire du feu, il les prend pour se chauffer. D’une part, il en allume pour cuire du pain, d’autre part il fabrique un dieu, il se prosterne ; il en fait une statue, devant laquelle il fait des révérences. Il jette au feu la moitié de son bois, avec cette moitié il va pouvoir manger de la viande, il cuit un rôti et se rassasie ; il se chauffe aussi et dit : Ah ! ah ! je me chauffe, je vois les flammes ! Et avec le reste il fait un dieu, sa statue, il fait des révérences devant elle, il se prosterne, il l’invoque et s’écrie : Délivre–moi, car tu es mon dieu ! Ils n’ont ni connaissance ni intelligence ; leurs yeux sont bouchés, de sorte qu’ils ne voient pas, et leur cœur, de sorte qu’ils n’ont pas de bon sens. Il ne réfléchit pas et il n’a ni connaissance ni d’intelligence pour dire : J’en ai jeté une moitié au feu, j’ai cuit du pain sur les braises, j’ai rôti de la viande et je l’ai mangée ; et avec le reste je ferais une abomination ! Je ferais des révérences devant un morceau de bois ! Il se repaît de cendres ; son cœur abusé l’égare, il ne le délivrera pas ; il ne dira pas : N’y a–t–il pas un mensonge dans ma main droite ?

Toute une réflexion sur notre inextinguible soif d'idoles...

Pâques : voir au tombeau vide

16 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication de Pâques 2006

Actes X, 34 à 43

Colossiens III 1 à 4

Jean XX 1 à 18

Fête étrange que la fête de Pâques… Pas seulement à cause de ses lapins ovipares, de ses poissons chocolatiers et de ses cloches baladeuses… Non, c’est bien comme fête chrétienne que la fête de Pâques est étrange. Nous célébrons aujourd’hui l’événement essentiel, fondateur du christianisme. C’est notre fête la plus importante, la plus joyeuse mais si on regarde de l’extérieur ce qui est à l’origine de cette fête, ce qui cause cette joie, les choses deviennent bizarre. Que célèbrent les chrétiens au matin de Pâques ? Du rien… Une absence, un néant, un vide...A Noël, nous célébrons une naissance : et même si les récits de Noël sont bien plus théologiques qu’historiques, aujourd’hui peu d’historiens nient l’existence de Jésus, il a donc bien fallu qu’il naisse. Le vendredi saint : nous célébrons la crucifixion, la mort de Jésus, là encore, ils sont peu nombreux à nier cet événement. Mais le dimanche de Pâque, ce premier jour de la semaine, quel événement biblique célébrons nous ? La résurrection me direz-vous… C’est aller un peu vite : aucun évangile ne raconte la résurrection, celle-ci échappe à nos regards : ce que nous célébrons, c’est un tombeau vide… Et ce tombeau, c’est apparemment le mystère de la chambre jaune, on ne voit personne en sortit… Eh oui, notre fête la plus joyeuse célèbre une absence, une disparition. Etrange non ? Et plus étrange encore, l’évangile selon Jean pour nous raconter ce qui ne se voit pas, nous présente des témoins, des témoins qui, justement, ne font que voir où il n'y a rien à voir...

 

Voir… c’est en tout cas comme cela que beaucoup de nos traductions rendent par un seul verbe 4 verbes grec différents. Bien sur nous avons nous aussi beaucoup de verbes pour indiquer le regard malheureusement nos termes et les termes grecs ne coïncident pas complètement quant à leur sens…

Je commencerais par le verbe qui se rapporte à Jean dans le tombeau, eidw, qui signifie à la fois voir et savoir, voir et comprendre. Un peu comme nous lorsque nous disons « Vois-tu ce que je veux dire ? ». Et ici, c’est bien comme « savoir » qu’il faut le comprendre. Ce n’est pas avec ses yeux que Jean voit ici, ce n’est pas par son regard qu’il saisit l’essentiel mais bien avec son cœur. Si j’ai commencé par cette façon de voir, au mépris de toute chronologie, c’est parce que c’est la manière idéale de voir. Or, celui que j’appelle Jean par habitude et convention est anonyme dans l’évangile de Jean, il est le « disciple que Jésus aimait… » Et cet anonymat en fait une sorte de modèle ou plutôt d’idéal. Le disciple que Jésus aimait, cela sonne parfois à mes oreilles comme « Le disciple que Jésus aurait aimé avoir ». Avec ce voir qui est aussi un savoir, nous sommes immédiatement devant l’idéal, j’ai envie de dire l’asymptote, de la foi. Ce vers quoi nous tendons sans jamais l’atteindre… Mais lisons un peu comment voient ces deux autres disciples que Jésus n’aime pas moins que Jean : Marie de Magdala et Pierre…

 

Marie de Magdala regarde le tombeau ouvert. C’est ainsi que j’ai choisi de traduire blepw. Parce qu’en français nous disons qu’on peut regarder sans voir. Nous envions souvent ceux qui ont eu Jésus sous les yeux, ceux qui ont pu voir en oubliant que, justement, Jésus n’offrait pas grand chose à voir. Quand Marie de Magdala voit la pierre roulée, elle pleure : ses yeux la conduisent à une conclusion logique « ils ont enlevé le corps du Seigneur ». C’est ce que n’importe qui aurait pensé et cela nous montre bien que contrairement à ce que nous pensons encore trop souvent, voir ce n’est pas forcément croire… Laissons quelques instant Marie à ses larmes et passons à Pierre.

 Pierre lui mène l’enquête, le texte nous dit qu’il observe, examine, analyse. C’est ainsi qu’on peut traduire le verbe qeorew , qui a donné le français « théorie ». Si Pierre observe, analyse, c’est bien parce qu’il croit, parce qu’il ne peut se satisfaire de la conclusion évidente : « ils ont enlevé le corps du Seigneur ». Ainsi, la démarche du chercheur, de l’analyste n’est en rien contradictoire avec la foi. La foi ne nous demande pas de renoncer à notre intelligence ou à notre raisonnement. Mais si cette enquête vient approfondir le regard, si elle peut révéler des indices, elle ne prouve rien. Notre réflexion n’est pas opposée à notre foi, mais elle n’est pas non plus source de notre foi. Nous ne croyons pas parce que nous avons pesé et analysé, ce n’est pas la logique qui nous pousse à croire. 

 

Mais alors comment Marie et Pierre vont-ils passer du regard et de l’observation à la foi. Comment vont-ils arriver à dire enfin : J’ai vu (oraw) le Seigneur.

 

Eh bien, ce n’est pas par leur regard ni par leur réflexion mais par une rencontre avec le ressuscité. Celle de Pierre nous sera racontée plus tard mais voyons un peu comment les choses se passent pour Marie. Tout d’abord Marie ne reste pas comme une potiche à se morfondre. Selon la coutume de son époque, elle a laissé priorité aux hommes, mais elle aussi, elle mène son enquête : elle se penche vers le tombeau et à son tour, elle observe. Eh non, la démarche logique et analytique n’est pas réservée aux hommes dans la Bible ! Mais comme pour Pierre, cette démarche ne sera pas fructueuse : ce ne sont pas ses observations qui amèneront Marie à croire. Regardez son mouvement. Elle observe les messagers, parlent avec eux même puis elle se retourne une première fois, observe Jésus mais sans le reconnaître. Et c’est lorsqu’il l’appelle par son nom, c’est à dire lorsqu’il vient à son contact, qu’elle se retourne encore. Bien sûr qu’elle ne lui tourne pas le dos, alors qu’elle vient juste de le reconnaître mais cette fois, le retournement est intérieur. C’est une conversion provoquée par la rencontre dont Jésus a pris l’initiative. De la même manière, il vient nous rencontrer. Oh bien sur ce n’est pas frocément de la façon dont il a rencontré Marie de Magdala, c’est souvent une rencontre intérieure : contre toute raison, contre toute logique nous avons le sentiment profond qu’il est vivant et qu’il se tient à nos côtés. Contre tout ce que nous voyons, nous savons que l’espérance n’est pas morte. Jésus a appelé Marie et à présent, libérée de son regard, elle a compris.

 

 

Et maintenant, elle peut sortir du tombeau. J’ai dit tout à l’heure qu’on ne voyait personne sortir de ce tombeau vide, c’est faux. En fait, on voit beaucoup de monde sortir du tombeau. Sortent du tombeau Pierre, Marie et le disciple que Jésus aimait. Et nous même. En effet, quelle que soit notre perception que tout nous paraisse limpide comme pour Jean, que nous regardions sans voir comme Marie de Magdala ou que nous enquêtions sans comprendre comme Pierre, l’essentiel n’est plus dans ce que nous percevons. L’essentiel c’est qu’aujourd’hui Jésus, vivant, nous fait sortir du tombeau… Alors sortons de nos peurs et de nos tombes ; échappons à nos désespoirs et à nos prisons. Nul ne nous a enlevé notre Seigneur et nul ne nous l’enlèvera jamais, il est vivant et nous appelle à la vie.

Frères et sœurs, dans le tombeau vide, il n’y a rien à voir pour ce monde qui réclame des signes. Alors c’est à nous de lui donner à voir. Non pas des yeux désespérés et vide mais des regard brillants d’amour et d’espérance, non pas des mines de déterrés mais des visages de ressuscités. C’est par notre joie et notre amour que nous serons témoins du ressuscité.

Amen

 

Apprends le Christ

14 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Apprends le Christ, mon frère, ma soeur
le Christ crucifié.
Apprends à le chanter.
Apprends à lui dire, toi qui doutes de toi-même :

Toi, Seigneur Jésus, tu es ma justice,
et moi, mon péché.
Toi, Seigneur Jésus, tu as pris sur toi ce qui est mien,
Et tu m’as donné ce qui est tien.
Tu as consenti à devenir celui que tu n’étais pas,
et tu m’as accordé d’être ce que, jusque-là, je n’étais point

Apprends le Christ

Il t'a pris, il a fait sien ton péché pour faire tienne sa justice

D'après Martin Luther

Les monstres et le péché 4) Le fantôme

11 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

On retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?

Le fantôme prend des formes tellement différentes selon les cultures et les récits que, dans le cadre de cette série, je suis bien obligé de le limiter à un seul de ses aspects. Dans les légendes, la littérature et le cinéma, le fantôme est souvent un esprit désincarné, incapable de rejoindre l'au-delà parce qu'attaché à un lieu (les maisons hantées), à une personne (amants ou protecteurs spectraux, à un événement (esprits vengeurs). De la même façon, les caractéristiques physiques du fantôme varient mais il y a des constantes : impalpable, souvent translucide voire invisible, le fantôme est là sans y être.

Plutôt qu'une image de l'au-delà, j'y vois une réflexion  sur l'idolâtrie. En effet, comme le fantôme, l'idolâtre est obnubilé, comme lié à l'objet (la personne ou l'événement) de son adoration à tel point que le reste du monde l'affecte moins. Comme le fantôme, il vit dans un "à côté".

Il me semble que la condamnation biblique de l'idolâtrie vise moins à défendre une revendication divine d'exclusivité qu'à lutter contre cette évaporation, cette fascination qui est toujours une fuite hors du monde. La Bible au contraire nous invite toujours à rester sur terre, à vivre pleinement dans ce monde. Si bien que  même certaines formes d'adoration de Dieu peuvent devenir idolâtres. La tentation la plus redoutable prend toujours l'aspect de la foi : c'est à coup de citations bibliques que le diable tente Jésus au désert.

Être un fantôme est sans doute une des plus grandes tentation du chrétien. Nous voudrions être invisibles et transparent, vivre notre foi à l'écart de tous, protégés des moqueries et des interrogation. Et Dieu nous appelle à être ces témoins, constamment. Nous voudrions que notre foi nous rende impalpable, insensible aux coups et blessures. Et Dieu nous rappelle que rien ne nous sera épargné. Nous voudrions que notre foi nous déconnecte du réel et de sa cruelle absurdité. Et Dieu nous appelle à être présent complètement dans ce monde. Nous voudrions pouvoir nous plonger dans la contemplation de la seule gloire de Dieu. Et c'est dans les plus petits, dans les moins glorieux des humains qu'Il nous appelle à le reconnaître.

Comme le vampire, comme le zombie, les mythes nous rappellent que les fantômes sont morts… Ainsi, c’est être morts que se perdre dans l’idolâtrie, c’est être mort que refuser de vivre dans le monde présent. Or, Dieu nous appelle à la vie…

Les rameaux

10 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 9 avril 2006

Esaïe 50 4 à 7

Philippiens II 5 à 11

Jean XII 12 à 19

Un roi entre à Jérusalem, célébré, acclamé par la foule et monté sur un ânon. Qu'est ce que cela veut dire ? Bien sûr c'est une réalisation de l'écriture, l'accomplissement d'une prophétie. Mais cette prophétie est-elle vraiment connue. Est-elle à ce point célèbre que tous reconnaissent immédiatement l'allusion ? Après tout, d'après Jean, ce jour là, les témoins pensent moins à la vieille prophétie de Zacharie qu'à la toute récente résurrection de Lazare Et d'ailleurs, qui sont-ils ces témoins ? Comment comprennent-ils l'évènement ? La question est légitime puisque contrairement aux autre évangiles c'est sur eux que Jean se concentre plus que sur le déroulement de cette journée des rameaux.

Jean nous montre trois groupes qui assistent à l'entrée de Jésus en Jérusalem. Trois groupes clairement définis. Trois groupes et 3 lectures différentes de ce qui se passe. Auquel de ces groupes appartenons-nous ? Comment reconnaissons nous la royauté de Jésus, le Christ ?

Commençons par ceux qui sont les plus visibles. Ils essayent de se faire discret mais on ne voit qu'eux, là bas en retrait de la foule. Ils ne chantent pas, ils ne crient pas avec les autres, ils murmurent entre eux et dans la joyeuse cacophonie, leurs murmures deviennent assourdissants. Eux, ce sont les pharisiens. Les opposants à Jésus dans l'évangile de Jean. Et depuis la résurrection de Lazare, ce sont des opposants mortels. Ils sont sans doute les plus à même de comprendre la référence à Zacharie mais ils n’en disent rien. Peut-être voient-ils cela comme un « coup » de leur adversaire, une habile mise en scène, un procédé spectaculaire visant à se donner encore plus de pouvoirs. En effet, si les pharisiens sont dans ce texte les adversaires, ils sont aussi ceux qui calculent, qui jaugent le succès au nombre de personne acclamant Jésus. Ils se comportent un peu comme nos Ifos, Soffres ou Ipop mesurant la renommée de Jésus, comptabilisant chaque Hosanna comme une intention de vote. Et comme nos instituts de sondage, ils se trompent d’ailleurs… Ou plutôt, comme pour les instituts de sondage, les conclusions tirées de leurs observations, entraînent des mesure radicale pour empêcher leur prévision de se réaliser. C’est parce qu’ils ont peur de son succès grandissant, de sa puissance que les pharisiens vont faire éliminer Jésus. Mais assez d’anachronisme, nous le savons bien, la grande erreur des pharisiens n’est pas de croire que les rameaux sont la marque de son succès et que dorénavant ils ne peuvent plus rien contre lui. Leur erreur, c’est justement de compter les voix, de mesurer le succès de Jésus en terme de popularité. Et si, bien sûr, nous ne pouvons pas nous reconnaître en ces pharisiens qui complotent, peut-être devrions nous interroger un peu plus certaines de nos habitudes. Que nous nous lamentions sur le peu de personne dans nos assemblées ou que nous réjouissions du succès de telle ou telle manifestation. Ne sommes nous pas à nouveau en train de réduire le christianisme à un mouvement social ou tout ce qui compterait, c’est le nombre et la force… Or si cette légitimation par le nombre me paraît être un bon système en vie politique (en tout cas, le moins mauvais…), en matière de foi, il nous faut bien admettre qu’il va à l’encontre de tout un discours biblique, la théologie du reste, du petit nombre. Ce qui compte, ce n’est pas que le plus grand nombre se réclame de Jésus., c’est la réalité de la conversion, la vie nouvelle offert à chacun et non pas à la foule. La foi n’est pas une adhésion de masse, c’est une rencontre personnelle. Comment pourrions-nous donc juger du succès de l’évangile à l’applaudimètre ? Quand les Beatles était « plus connus que le Christ », sont-ils devenus sauveurs pour autant ?

Le deuxième groupe, c'est bien sûr cette foule dont les pharisiens redoutent le nombre. Reconnaissent-ils en Jésus le roi annoncé par Zacharie ? Impossible à savoir... Mais Jean le dit clairement : ce qui motive la foule, c'est la résurrection de Lazare. Celui qu'ils viennent acclamer, c'est le vainqueur de la mort. Une acclamation légitime certes, mais qui montre bien que la foule est composées de ceux qui demandent à voir et de ceux qui croient parce qu'ils ont vu. Il est, bien entendu, tout à fait légitime de louer Dieu en voyant la grandeur de ses oeuvres. Pourtant, croire parce qu'on voit n'est pas la meilleure façon de croire, Thomas en fera l'expérience... Croire parce qu'on voit, c'est "constater". Or il y a une différence énorme entre croire et constater. Lorsque je constate, ce n'est pas Dieu que je crois, ce sont mes yeux, mes autres sens (Thomas ne fit pas que voir : il voulut toucher aussi) ou ma logique (en effet, vouloir prouver Dieu ou démontrer son existence, c'est passer de la foi au constat). La foi, la confiance en Dieu, elle, est un don complet, elle ne s'appuie sur aucune preuve, elle est juste l'expérience d'une relation. Pourquoi cette foi plutôt que le constat ? Eh bien l'expérience de la foule des rameaux répond assez bien à cette question. Cette même foule qui a vu la résurrection de Lazare, qui célèbre Jésus comme roi qui va ensuite demander sa crucifixion. Lorsque je constate, je ne fais pas confiance, il est donc facile de se détourner au moindre événement plus spectaculaire. A la première démonstration logique plus probante. Comment pourrait-on croire en Dieu "parce qu'on voit" alors que, de la brise légère d'Élie au secret du tombeau vide,  Dieu se révèle dans ce qui est sans éclat, sans apparence ? Comment pourrait-on croire     "parce que c'est logique" alors que Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ? La foule acclame Jésus certes, mais  parce qu'elle a vu et non parce qu'elle a cru. Or choisir de voir, réclamer des signes, chercher des preuves, c'est précisément refuser de croire. La foule en sera un bon témoignage puisque ce qu'elle a vu ne l'empêchera pas de se détourner de son sauveur.

Le troisième groupe présent ne pense pas à la résurrection de Lazare. Ils ont fait tout cela, nous dis Jean, sans vraiment comprendre. Fait quoi ? Eh bien, les évangiles synoptiques sont plus précis : ils ont cherché et préparé l'ânon, ils ont coupé des branches. Eux ce sont les disciples, ceux qui suivent Jésus, ceux qui écoutent son enseignement, ceux qui sont les mieux placés pour comprendre le sens de cette journée. Et pourtant, l'évangile nous le précise : ils n'y comprennent rien. Ils ne comprendront qu’après coup : une fois que le fils de l’homme aura été glorifié. Glorifié, c’est à dire crucifié dans le vocabulaire de Jean…  En effet, pour Jean, la gloire de Jésus le Christ, son élévation, l’accomplissement de sa mission c’est la croix. C’est le grand paradoxe de l’évangile de Jean : c’est dans la mort que Jésus se révèle comme source de vie. C’est dans l’infamie, l’humiliation la plus complète qu’il se révèle victorieux. C’est quand tout est perdu que s’ouvre l’espérance. Et le texte est très clair, il est impossible de vraiment comprendre la royauté de Jésus sans se référer à la croix. Nous nous trompons lorsque nous voulons mesurer le succès de la Bonne Nouvelle en comptant le nombre de fidèles. Nous nous trompons lorsque nous prétendons prouver Dieu par la pertinence de notre logique ou même par les signes qui nous sont donnés. Être disciple du Christ c’est toujours regarder à la croix, ce renversement inouï : Dieu se donne complètement. Mon Roi vient à moi comme un serviteur et même plus bas qu’un serviteur, un condamné, rejeté de tous. Il n’y a plus de force, il n’y a plus d’éclat mais seulement l’amour. Un amour immense qui vient transformer ma vie toute entière, qui me pousse à mon tour à abdiquer tout orgueil. Reconnaître Jésus comme roi, c’est renoncer à toute logique de puissance.

 Frères et sœurs, c’est dans l’humilité, dans l’abandon le plus total que notre Dieu vient à nous. Alors plutôt que de compter et recompter sans cesse nos effectifs, plutôt que de rester captifs de notre soif de signes et de démonstrations, regardons à la croix. Car c’est là que Dieu nous donne tout. C’est de cet échec qu’a jailli la victoire, c’est dans ce désespoir que s’ouvre l’Espérance. Réjouis toi, car ton Roi vient à toi. Il est juste et victorieux. Il est humble et monté sur un ânon, le petit d'une ânesse.

Les reliques, Calvin et la science

8 Avril 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Les reliques et la science titre Science et Avenir de ce mois d'avril. Chic ! Juste ce qu'il me fallait pour agrémenter un trajet en train. Hélas, on frise l'escroquerie : l'article en question évoque juste l'analyse même pas achevée d'une relique de Jeanne d'Arc et s'accompagne d'un petit encart critiquant la démarche dite scientifique de Gérard Lucotte et d'André Marion dans Le linceul de Turin et la tunique d'Argenteuil. Rien de bien passionnant pour l'athée ou le protestant en mal de polémique ou même pour le catholique qui voudrait en savoir plus. A ces deux pages, on préfèrera donc Le traité des reliques de Calvin, bien plus fondamental. Le réformateur va au fond des choses. Sous un angle théologique d'abord :
le premier vice et comme la racine du mal a été qu'au lieu de chercher Jésus Christ en ses sacrements et en ses grâces spirituelles, le monde selon sa coutume, s'est amusé à ses robes, chemises et drapeaux ; et ce faisant a laissé le principal pour suivre l'accessoire...
.Une bonne réponse à la déclaration du père Rosier dans Science et vie : "Que ces reliques soient vraies me semble secondaire. L'important est que ces objets nous aident à vivre une démarche de foi". Après cette mise au point théologique Calvin s'amuse (c'est le mot) à démontrer l'escroquerie des reliques (suaire de Turin compris). Et il n'a aucun besoin d'analyse génétique ou de carbone 14. Ces armes sont le bon sens et la bible. Le traité des reliques, écrit au vitriol (on est très loin de l'œcuméniquement correct)montre aussi que malgré sa réputation d'austérité, Calvin était capable d'un humour féroce :
Quant à la Vierge Marie, pour ce qu'ils tiennent que son corps n'est plus en terre, le moyen leur est ôté de se vanter d'en avoir les os. Autrement, je pense qu'ils eussent fait accroire qu'elle avait un corps pour remplir un grand charnier. Au reste, ils se sont vengés sur ses cheveux et sur son lait (...) Tant il y en que si la Sainte Vierge eut été une vache et qu'elle eût été nourrice toute sa vie, à grand'peine en eût-elle pu rendre telle quantité. D'autre part, je demanderais volontiers comment ce lait qu'on montre aujourd'hui partout s'est recueilli pour le réserver en notre temps.

 

Jean Calvin : Le traité des reliques in Oeuvres choisies. Folio classique