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Miettes de théologie

Absent

31 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Je prends quelques jours de congés en laissant plusieurs afaire blogistiques en suspens : une réponse à Anna et à Kiyomi sur le statut des textes bibliques et notre tendance à les tordres, une réflexion sur la théologie naturelle demandée par Micky, une lecture théologique de Pirates de Caraïbes 2 pour Julie et une de La colline a des yeux pour Valentin, et puis quelques autres projets...

A bientôt

La ville dans la Bible (3) De Jérusalem à Jérusalem

30 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 30 juillet 06

I rois IX 1 à 9

Luc XIX, 41 à 45

Apocalypse XXI, 9 à 27

 

Petit résumé des épisodes précédents : Avec Caïn, fondateur de la première ville, nous avons vu une humanité errante essayer  de se donner des repères et une stabilité au lieu de s’en remettre à Dieu seul. Avec Babylone, qui dans la Bible devient figure de toutes les villes, nous avons vu comment la ville, merveille de réalisation humaine asservit l’homme au lieu de lui donner l’autonomie dont il rêve. Aujourd’hui, c’est avec Jérusalem que nous allons clore cette trilogie. Jérusalem la ville sainte, fait-elle exception à cette condamnation biblique sur la ville ? Ou Dieu veut-il une humanité perpétuellement nomade ?

 

Cela avait été refusé à David mais Salomon, lui,  va bâtir dans Jérusalem le Temple, la maison du Seigneur. Jusque-là, Dieu résidait sous la tente, résistant à la sédentarisation et voici qu’Il accepte de répondre à la demande de Salomon, de venir habiter une maison de pierres. En effet, je rappelle, à toutes fins utiles que le Temple de Jérusalem n’a rien à voir avec nos temples, qu’avant d’être un lieu de rassemblement et de prière, il est la demeure de Dieu sur terre. C’est pour cela qu’il est unique. (C’est aussi pour cela que nos temples devraient s’appeler des églises (ils ne sont que des lieux de rassemblement) et que les églises catholiques devraient s’appeler des temples (dans une certaine mesure, avec l’hostie consacrée, elles représentent la demeure de la divinité))

         Mais ce qui est intéressant, c’est que le Temple que va bâtir Salomon vient de sa volonté propre. David avait fait part de sa volonté de bâtir un temple et cela lui avait été refusé. Dieu avait alors répondu que c’est le fils de David qui bâtirait ce Temple. Mais la construction du Temple reste une initiative propre de Salomon, Dieu ne lui a rien demandé. Salomon a construit le Temple puis Dieu a accepté d’en faire sa demeure. Or, Salomon est un roi ambigu dans la Bible, on se rappelle sa sagesse et sa richesse mais il est aussi pour les auteurs bibliques le roi idolâtres qui, à trop admirer les autres peuples, a succombé à leur idolâtrie. Salomon ressemble à bien des égards aux hommes de Babel avec leur réalisations prodigieuses mais aussi perdu par leur orgueil.

         Et pourtant, dans Jérusalem, Dieu va accepter de venir habiter. Mais pas à cause de la fidélité de Salomon, pas à cause des mérites de Jérusalem. C’est par amour que Dieu accepte de venir dans le temple, c’est par amour qu’Il accepte de se laisser enfermer dans la ville de son peuple. En évoquant Caïn qui refusait l’errance, je comparais la ville que l’homme se bâtit pour se donner stabilité, à tous ces dogmes, ces idéologies, ces institutions que nous établissons pour nous donner une illusion de solidité. Eh bien, même dans ces dogmes, dans ces institutions et religions, Dieu accepte d’être présent.. Mais ce n’est pas pour nous surveiller ou restreindre notre liberté (la présence de Dieu n’empêchera pas l’errance et l’idolâtrie de Salomon).  Si Dieu fait ce choix, c’est pour être présent à nos côtés dans l’adversité et la détresse. Parce qu’il nous aime, Dieu reste avec nous même là où nous croyons pouvoir nous établir sans lui, même là où nous voulons prendre un pouvoir sur lui.

 

Le problème, c’est que l’homme perçoit bien souvent cette présence comme une preuve de sa propre valeur. « Puisque Dieu est avec nous, c’est que nous le méritons ». Pourtant, ce n’est pas pour donner à Salomon et à son peuple une quelconque validité, une caution morale. Dieu ne donne pas carte blanche à Jérusalem et à Israël en entrant dans le Temple. Au contraire, il avertit « si tu te détourne de mes voies, toute ton œuvre sera anéantie ». Dieu consent à rester à nos côtés mais il ne devient pas notre instrument pour autant. Nous pouvons inscrire God mit uns sur des ceintures ou In God we trust sur des billets, nous réclamer tant que nous le voulons de la volonté divine » cela ne signifiera jamais que nos actes ont l’aval de Dieu. Jérusalem et Israël ne font pas exception.

L’actualité le démontre, la présence de Dieu à Jérusalem n’empêche pas Israël d’oublier Dieu et  de compter sur sa propre force. J'aimerai rappeler un texte relativement connu 

Dieu est toujours du côté du persécuté. Si un juste est persécuté par un méchant, Dieu est avec le juste persécuté. Si un méchant est persécuté par un méchant, Dieu est avec le persécuté. Et si un méchant est persécuté par un juste, Dieu est au côté du méchant persécuté contre le juste persécuteur.

L’auteur de cette affirmation n’est pas un théologien chrétien (j’aimerai bien !), mais cela vient du Talmud. On parle parfois de guerres de religions mais si en l’occurrence Israël se comportait comme un état fidèle à la foi juive, je suis persuadé que la situation serait très différente. (Le constat est valable aussi très souvent pour les Églises ou les états dits « chrétiens »).

. L’auteur de cette affirmation n’est pas un théologien chrétien (j’aimerai bien !), mais cela vient du Talmud. On parle parfois de guerres de religions mais si en l’occurrence Israël se comportait comme un état fidèle à la foi juive, je suis persuadé que la situation serait très différente. (Le constat est valable aussi très souvent pour les Églises ou les états dits « chrétiens »).

La lamentation de Jésus sur Jérusalem n’est pas une originalité chrétienne, de nombreux prophètes s’en sont pris à Jérusalem, annonçant sa condamnation et sa ruine bien plus violemment que Jésus ne l’a fait. Pourquoi ? Parce que Jérusalem reste une ville. C’est à dire un lieu ou en se croyant puissant, en se croyant fort, l’homme se forge des chaînes. Parce qu’au lieu de remercier Dieu pour l’amour qu’il manifeste par sa présence, l’homme croit que cette présence est due à ses propres mérites. parce qu’elle est une ville comme les autres, un lieu où l’humain finit prisonnier de ses propres réalisations, de sa propre force, de ses propres capacités, Jérusalem doit être détruite. Non pas par châtiment mais parce que c’est nécessaire à la libération de l’homme. La destruction de Jérusalem annoncée par les prophètes est aussi nécessaire et libératrice pour Israël que l’est celle de Babylone.

 

Pourquoi nécessaire ? C’est l’apocalypse qui répond. Après la chute des villes humaines (Jérusalem incluse), l’apocalypse nous annonce la venue de la Jérusalem nouvelle.

Ainsi le royaume promis par Dieu n’est pas le jardin dessiné par les peintres mais une ville. Le « vert paradis », le jardin des peintres ne vient pas de la Bible mais de la mythologie grecque. Quand Dieu promet son Royaume, ce n’est pas un retour en Eden qu’il annonce, ce serait un retour au point de départ ! Or Diue ne nous promet pas un retour à un mythique âge d’or, « C’était mieux avant » n’est pas une affirmation biblique. Dieu ne nous fait pas faire marche arrière, il nous promet un ciel nouveau et une terre nouvelle. L’avènement du Royaume, ce n’est pas le retour à la campagne mais bel est bien l’arrivée en ville.

Une ville qui est dépeinte comme une place forte. Bien sûr les matériaux et les nombres indiqués (12 et son carré) sont éminemment symboliques et une longue explication serait fastidieuse. Mais un point toutefois suscite mon intérêt. La Jérusalem céleste se présente comme une place forte avec ses remparts et ses portes… Quel intérêt alors que de toute façon il n’y aura plus d’ennemis et que les portes seront toujours ouvertes ? Eh bien je crois que là Dieu répond à notre demande. Condamné à l’errance, le premier réflexe de Caïn est de construire une ville. L’humanité a toujours soif de cadre, de points de repères, elle ne veut pas être sans arrêt nomade, lancée sur une route interminable. Eh bien, cette soif n’est pas condamnable et Dieu y répond. Il est normal que nous demandions des normes et de la stabilité, le problème commence lorsque nous voulons les établir par nous mêmes. En effet la Jérusalem céleste n’est pas bâtie de mains d’homme, mais elle vient du ciel. L’humanité n’est pas condamnée à une errance définitive, un lieu où s’arrêter lui est promis. Mais ce lieu ce n’est pas nous qui le bâtirons mais Dieu qui l’établira pour nous.

 

Frères et sœurs, même lorsque nous nous réfugions dans nos propres forces, Dieu reste à nos côtés. Et pourtant, il nous appelle à abandonner nos illusions de puissances et de contrôles. Cette errance, cette fragilité qui nous font si peur, Il nous assure qu’Il nous en délivrera. Ce repos vrai auquel nous aspirons, Il nous le promet. Alors, cessons de nous agiter en vain, cessons de toujours vouloir obtenir les choses par nous mêmes, par notre avoir, par nos mérites, par notre volonté. Mais, avec confiance, remettons nous à Dieu qui, seul, fait toutes choses nouvelles.

 

 Amen

Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique.

29 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le protestantisme libéral n’admet pas de dogmes, par quoi il faut entendre des définitions intangibles qui exprimeraient une fois pour toute et de manière pleinement satisfaisante la vérité. Il accepte des doctrines, autrement dit, des essais approximatifs et révisables qui tentent de formuler pour un temps et dans un lieu donné la manière dont on reçoit et perçoit la vérité.

 

 

Je déplore souvent qu’il n’y ait pas, dans le protestantisme, de bon vulgarisateurs, de ces gens qui savent expliquer clairement des concepts pas faciles, sans simplifier à l’extrême mais sans utiliser de jargon. André Gounelle est de ceux-là. J’appréciais déjà son esprit de synthèse quand je faisais partie de ses étudiants et je vois qu’il n’en a rien perdu.

Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique est un recueil d’articles qu’il a publiés dans Évangile et Liberté. La première partie « Repères : Approche sur le protestantisme libéral » est intéressante mais peut-être un peu trop cuisine interne pour un lecteur non-protestant. En tout cas, elle me confirme dans l’idée que je suis libéral même si certains libéraux m’agacent par leur vision un peu trop humaniste du christianisme. Et puis sa distinction entre le dogme (objet de la foi) et les doctrines (expression de la foi) va m’obliger à corriger mon vocabulaire. Promis, j’arrête de tout mettre dans le même sac et si je continue à refuser tout dogme, je continue à exposer mes doctrines.

La seconde partie « Pistes : démarches et perspectives d’un théologien libéral » est, à mon avis, plus riche. Surtout pour un lecteur extérieur. En effet, elle offre des approches nouvelles de thèmes bien connus du christianisme : le salut, la prière, les miracles, les sacrements… Et là, c’est le professeur Gounelle qui parle, capable en une page de résumer 3 ou 4 perspectives différentes d’un thème selon les époques, en en montrant les forces et les limites, mais évitant parfois de donner sa propre vision des choses…

Penser la foi est aussi un livre avec lequel on est content de tomber en désaccord. C’est mon cas par moment, tantôt je suis plus orthodoxe qu’André Gounelle (dans ma christologie par exemple), à d’autres moments, il me semble aller plus loin que lui. Or, ce genre de réaction est tout à fait dans l’esprit du livre et du libéralisme : une foi qui ne fait pas l’impasse sur l’intelligence et qui se construit dans la réflexion et le dialogue.

En tout cas, que vous soyez protestants ou non, chrétiens ou non, je vous recommande vraiment ce livre, à moins que vous ne connaissiez tous les numéros d’Evangile et liberté par cœur, je suis persuadé que vous allez apprendre des choses et trouver des pistes de réflexion dans 150 pages. Un de ces livres qui rendent intelligents quoi…

 

 

André Gounelle. Penser la foi. Pour un libéralisme évangélique. Van Dieben éditeur.

 

Proche-Orient : des associations chrétiennes appellent à sortir de la violence, de la peur et de la haine

28 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Recourir à la violence pour obtenir la sécurité et la paix est une illusion et une grave erreur. La guerre n’ajoute que la violence à la violence. Depuis le début de la crise à Gaza et au Liban on compte déjà les morts par centaines, les blessés par milliers, les déplacés par centaines de milliers. À ce bilan tragique, dont les civils sont les principales victimes, il faut ajouter la rancœur qu’éprouvent les millions de personnes plongées dans les affres de la guerre. Et le germe de la haine déposé dans le cœur des combattants de demain…

Le choix de la guerre est une option, rarement la seule possible. Dès lors, opter pour la guerre c’est endosser une lourde responsabilité. Se défendre, résister… sont des justifications recevables. Mais porter la mort et la destruction au cœur de zones densément peuplées de civils, détruire des infrastructures économiques, punir collectivement une population parce qu’un mouvement hostile se trouve sur son territoire, est non seulement une erreur tragique, ce sont autant de crimes de guerre dont sont complices les pays qui soutiennent les forces d’agression.
La peur, la haine, le ressentiment minent le Proche-Orient. Nombre d’Israéliens vivent dans la peur des attentats, des enlèvements et d’un environnement régional hostile. Les Palestiniens sont révoltés contre l’occupation, contre l’enfermement. Les réfugiés palestiniens vivent dans la souffrance d’un exil forcé et dans des conditions souvent sordides. Les Libanais subissent de plein fouet une offensive brutale et disproportionnée. Mais la violence n’est pas la réponse adéquate. Ni moralement, ni politiquement.

Les calculs froids de l’efficacité militaire, le cynisme du rapport de forces, la déshumanisation de l’Autre sont des régressions. Seuls des principes de justice et d’égalité, le respect du Droit international peuvent faire progresser le Proche-Orient vers les solutions politiques aux différents conflits qui le déchirent. La reconnaissance entière et sincère des souffrances et des injustices subies par l’Autre est la seule voie pour sortir du cycle de la violence, de la peur et de la haine.

La résolution 1559 peut être le point de départ d’une pacification réelle du Liban. Mais seul le gouvernement d’un État libanais totalement rétabli dans sa souveraineté est en mesure d’obtenir le désarmement du Hezbollah, dans le respect du fragile équilibre de la société libanaise et de l’intégrité de son territoire. Dans le cas de la Palestine, les résolutions 242 sur le retour aux frontières de 1967, et 194 sur le droit au retour des réfugiés, non appliquées par l’État israélien, sont les bases d’une paix juste et durable. Les partenaires palestiniens existent pour une négociation qui reste l’étape obligée d’un règlement du conflit et d’une pacification de l’ensemble du Proche-Orient. Les idéologies extrémistes ne trouveront des soutiens dans la population que tant que perdureront des situations inacceptables, tant que l’instinct de guerre l’emportera sur le courage politique et la peur sur la raison.
Nous appelons donc l’ensemble des protagonistes à s’engager sans réserve dans un processus de négociation pour un règlement dont les termes juridiques et politiques sont déjà largement élaborés.  

Le Proche-Orient est à nouveau à un moment décisif de son Histoire. Seul le courage politique, une vision à long terme qui transcende les prudences diplomatiques épargneront à tous de futures tragédies.   Nous appelons les dirigeants français et européens à tout faire pour inciter les uns et les autres à renoncer à la violence et à choisir la voie du Droit et de la justice.


Vous pouvez signer cet appel sur le site : www.appelprocheorient.com 

Contacts :  

Anne Bonnefont (Secours Catholique) 01 45 49 74 93

Véronique de la Martinière (CCFD) 01 44 82 80 64

Frédéric Carillon (Cimade) 01 44 18 72 63

 

Associations signataires de cet appel : ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), Cimade, Justice et Paix, Pax Christi, MIR (Mouvement international de la réconciliation), Secours Catholique / Caritas France.  

 

Sans feu ni lieu, signification biblique de la Grande Ville

26 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

L'homme devant la ville est en présence d'une si parfaite séduction, qu'il ne se connaît littéralement plus lui-même, s'accepte émasculé, dépouillé de sa chair et de son esprit. Et ce faisant, il s'estime parfaitement raisonnable parce que la séduction de la ville est en effet rationnelle et qu'il faut bien obéir aux impératifs de la raison.

Loin de toute considération historico-critique, Ellul traite du thème de la ville à travers la Bible. Avec un pré-supposé de départ assez osé : il y aurait UNE théologie biblique de la grande ville. J'imagine que les spécialiste de l'exégèse auraient sans doute bien des choses à redire. Mais pour ma part, je trouve que ça fonctionne assez bien. Bien sûr, comme souvent Ellul est assez péremptoire dans ses affirmations mais de son étude de la ville il dégage une théologie du salut vraiment intéressante.

Dans la ville, l'homme cherche son salut à travers ses propres forces parce qu'il refuse Dieu. Ce faisant il s'empêtre dans une toile dont il est incapable de se sortir par lui-même. Avec le Temple de Jérusalem, les données changent puisque Dieu vient habiter à l'intérieur même de la ville, là où l'homme le refuse. Pourtant, cela n'empêche pas l'homme de continuer à se vouloir auteur de son propre salut et Jérusalem, malgré la présence de Dieu, reste la ville, oeuvre de la vanité humaine et condamnée à disparaître. En effet, la Bible annonce la destruction de toutes les villes humaines remplacées par la Jérusalem céleste : l'espace de stabilité et de sécurité que Dieu offre à l'hmme sans qu'il n'y soit pour rien.

Bien sûr, la thèse d'Ellul est bien plus profonde et riche que ce résumé maladroit et elle s'accompagne de certains excursus tout à fait intéressant : l'humour comme seule manière d'appréhender les oeuvres humaines, nécessaires et pourtant rendues inutile par la grâce est une piste de réflexion que je trouve tout à fait intéressante...

Sans jargon théologique, sans simplification extrême, un livre qui montre bien comment la Bible nous parle de nous.

J. Ellul : Sans feu ni lieu, signification biblique de la grande ville. Ed. La table ronde

P.S Mes lecteurs les plus perspicaces et attentifs auront remarqué une coïncidence entre cette note de lecture et ma trilogie de prédication sur la ville dans la Bible. Ils ont parfaitement raison...

La ville dans la Bible (2) Babylone, la grande ville.

23 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 23 juillet 06

 Genèse XI

 Jérémie LI, 1 à 24

 Apocalypse XVIII

En ouvrant ce cycle avec Caïn, bâtisseur de la première ville, nous avons vu comment pourquoi l’humanité se construisait des villes, pour refuser son errance et sa vulnérabilité, pour refuser d’être à la merci de Dieu. Aujourd’hui, après la question du pourquoi : « pourquoi la ville ? »nous allons passer au « quoi ? », « qu’est ce que la ville ? » Et c’est Babylone, la grande ville, qui va nous permettre de répondre à cette question.

Nous passons donc de Caïn, archétype de l’humanité qui fuit l’errance en se bâtissant une ville à Babylone. Mais alors nous quittons le mythe pour entrer dans l’histoire ! En effet, Babylone n’est pas seulement une ville biblique, nous la connaissons, nous en étudions les vestiges et l’histoire. C’est vrai, d’ailleurs les textes bibliques s’enracinent profondément dans l’histoire humaine. Ils ne sont pas purement symboliques et désincarnés. Babylone a existé et nous la connaissons. Mais, par son histoire, elle a tellement marqué le peuple hébreux, que la Babylone historique est devenue un symbole : la Grande ville. De la Genèse avec le récit de la tour de Babel à l’Apocalypse, Babylone n’est plus une ville mais LA ville, celle qui rassemble toutes les villes de l’humanité : « La grande ville fut divisée en trois partie. Les villes des nations tombèrent et Dieu se souvint de Babylone la grande pour lui donner la coupe du vin de son ardente colère » (Apocalypse XVI, 19). Babylone n’est plus seulement Babylone ou Rome, elle est LA ville, toutes les villes.

 

Sixième siècle avant Jésus Christ, l’élite des deux royaumes d’Israël est arrachée à sa terre pour être amenée en captivité à dans l’empire Babylonien. Et pendant cet Exil, ils découvrent Babylone, cité colossale, aux murailles impressionnantes, aux palais et aux temples nombreux et surtout aux ziggourat dont la plus haute atteignait peut-être 90m de hauteur, Babylone ville cosmopolite dont les habitants viennent de tous les côtés de l’empire. C’est sans doute ici que naît le mythe de la tour de Babel.

« Fabriquons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne le ciel ». Si Enock fondée par Caïn est la première ville biblique, toujours au regard biblique, nous sommes sans doute ici devant la première prouesse technique de l’humanité, la première merveille du monde. C’est d’abord cela que raconte la tour de Babel, l’incroyable capacité de l’homme à bâtir et à inventer, sa prodigieuse créativité. C’est vrai, en se rassemblant, en joignant ses forces, l’homme peut atteindre le ciel. C’est assez curieux, si la Bible fustige l’orgueil de l’homme, elle admet qu’il y a de quoi être orgueilleux. Et la ville est le lieu de ces grandes réalisations humaines. Lorsque une ville marque notre imaginaire, c’est par sa démesure que ce soit sur un plan technique (la modernité de New York, de Singapour ou Tokyo), culturel (Paris, Rome, Vienne et la plupart des capitales européennes) ou religieux (Jérusalem, La Mecque). Et la plupart de ces réalisations sont véritablement admirables. Et même ce qui est moins spectaculaires, les milliers de réalisations qui visent à augmenter le confort des villes, du tout à l’égout et les transports communs, l’électricité et l’eau courante, le travail des urbanistes, tout ce qui nous facilite tellement la vie et qui nous vient de la ville ! Il est impossible de ne pas s’émerveiller devant ce que l’homme peut réaliser. Et c’est sans doute ainsi qu’il se fait un nom, c’est ainsi qu’il se sépare des autres animaux, c’est ainsi qu’il acquiert son autonomie et sa puissance : il est faux de croire que c’est par son esprit ou son intelligence : c’est par ses réalisations que l’homme impose sa marque à notre monde.

Mais voilà que Dieu met un terme à ce prodige qu’est la tour de Babel : « Maintenant, rien ne les empêchera de réaliser tous leurs projets ! Descendons donc, et là, brouillons leur langue ». Mais, de quoi se mêle-t-Il ? La tour de Babel serait donc le même mythe que celui de Prométhée, puni par les dieux pour avoir donner le feu aux hommes ? Notre Dieu est-il un Dieu jaloux des capacités humaines ? Pour être fidèle à la Bible,  nous faudrait-il refuser toute technique et mettre un holà aux réalisations humaines ? Ils auraient donc raison ceux qui assimilent systématiquement la religion à l’obscurantisme ? Mais il y a bien d’autres textes ou les réalisations et connaissances humaines sont célébrées. L’habileté de l’artisan est louée comme sagesse autant que la connaissance du savant ! Non, la Bible ne refuse ni la technique ni la science (qui sont d’ailleurs deux choses très différentes, on a un peu tendance à l’oublier dans nos débats sur l’éthiques)

En revanche, le récit de Babel nous rappelle indubitablement qu’il y a une limite à ces réalisations humaines. Mais de quel nature est cette limite ? On a souvent tendance à penser que Dieu établit une zone tabou, qu’il se garde un domaine réservé. C’est là, le mythe de Prométhée ou sa révision moderne, celui de Frankenstein : l’homme est puni pour s’être élevé au rang de créateur. Mais bibliquement parlant, cela n’a pas de sens. Une tour élevée par l’homme pourrait-elle vraiment faire de l’ombre au Dieu qui a tissé le ciel et la terre ? La technique de l’homme menacerait-elle la puissance de Dieu ? C’est absolument impensable pour les auteurs bibliques. Nous n’avons donc pas à faire à un Dieu jaloux de ses privilèges qui poserait des limites à l’humanité pour empêcher celle-ci de venir marcher sur ses plates-bandes. Il y a une limite à nos réalisations, mais cette limite n’est pas arbitrairement posée par Dieu, elle est inhérente à ce que nous sommes. Cette limite, c’est que nous ne pouvons pas, par nos réalisation faire le bonheur de l’humanité. Le récit de Babel vient nous rappeler que nos réalisations, si merveilleuses soient-elles ont toujours un prix.

Il faut se rappeler que dans la culture hébraïque, la construction d’une ville ainsi évoquée, rappelle fatalement l’esclavage en Égypte. En lisant ce texte, le lecteur hébreux n’oublie vraisemblablement pas que cette tour glorieuse qui s’élève vers le ciel, écrase en même temps ceux qui la bâtissent. Peut-être devrions-nous, de la même manière, nous souvenir du prix de nos prouesses techniques, de ce qu’elles signifient en terme d’esclavage et d’oppression. Bien sûr nos villes ne sont plus construites par des esclaves. Mais la prostitution, les ateliers clandestins, les cités dortoir ne sont ils pas des visages de l’esclavage. Ce slogan « métro-boulot-dodo » n’exprime-t-il pas à quel point la ville semble nous écraser parfois, quel que soit le confort qu’elle nous donne.

Le récit de la tour de Babel n’évoque pas bien sur le coût écologique que nous devons payer. Nous ou plutôt la terre sur laquelle nous vivons. En revanche il évoque un autre aspect dont nous commençons tout juste à parler. « Briquetons des briques et flambons les à la flambées, cette traduction de Chouraqui nous permet d’entendre un aspect de cette langue unique sur laquelle nous fantasmons tellement. Elle est terriblement monotone, tous disant la même chose. La ville est souvent aussi le lieu de l’uniformisation au dépend de l’individualité. Parler la même langue, porter la même tenue, penser tous de la même façon, voilà une des tentations perpétuelles de la ville.

Et si nous gardons à l’esprit cette face sombre de la ville, alors nous pouvons entendre différemment les menaces proférées contre Babylone la ville éternelle. Ces menaces dont nous n’entendons souvent que la dureté et la violence sont aussi promesse de libération.

La prophétie de Jérémie Babylone sera détruite est évidemment une promesse de libération pour le peuple en exil. Et il en va de même pour le récit de la tour de Babel : en captivité à Babylone, le récit de la dispersion des peuples à travers le monde ne peut qu’être lue comme une promesse de retour au pays et à la langue ancestrale.

Et je crois que, nous aussi nous pouvons entendre ces textes comme des promesses de libération. Parce que lorsque nous ouvrons les yeux, nous voyons bien que par bien des aspects nous sommes captifs, dépendants de cette technologie dont nous sommes si fier., dépendants des pouvoirs politiques et économiques (les rois et les marchands de la terre) qui nous dépassent et dont nous subissons les conséquences. Nous voyons bien que ces progrès qui ont améliorés nos vies, nous ont également imposé de nouvelles chaînes. Et nous ne savons pas vraiment comment sortir de cette spirale de dépendance. Eh bien, après les prophètes, l’apocalypse nous le promet : elle est tombée Babylone, la grande ! Dieu nous délivre de ces prisons que nous avons construit pour nous mêmes. Et ce n’est pas pour nous faire repartir à zéro ou pour nous renvoyer à l’âge des cavernes ! Dans l’Apocalypse, après la chute de Babylone vient l’avènement d’une ville nouvelle, non pas dressée par l’homme contre Dieu mais par  Dieu pour l’homme : la Jérusalem céleste…

Frères et sœurs, la tour de Babel n’a pas été détruite ! Dieu ne condamne pas la technologie ! Mais il nous invite à la lucidité, Il nous appelle à reconnaître nos limites : nos prouesses techniques peuvent améliorer notre vie, mais ce n’est pas en elles que nous trouverons notre salut ni notre liberté. Cependant, ne désespérons pas, ce salut, cette liberté nous est promise. Ne craignons pas la chute de notre Babylone mais espérons-la ! La chute de notre orgueil, de notre Babylone sonnera l’heure de notre libération !

 

 


Amen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort de Dieu ?

22 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

"Vous avez cru tuer Dieu ? Vraiment ? Parce que votre effort technique vous permet d'aller plus vite que le son ? Parce que vous avez pu mesurer l'âge de la terre grâce à l'uranium ? Parce que vous constatez que la matière fuit entre vos appareil comme le sable entre les doigts ? Parce que vous désintégrez l'atome et que vous pouvez maintenant anéantir le monde ? Parce que vous savez maintenant que l'espace est courbe et que les méthodes de police vous permettent d'arrêter n'importe qui n'importe où ? Et, dans tout cela, dites-vous, vous n'avez rencontré Dieu nulle part ! E parce que le bien n'est pas récompensé, ni le mal puni, parce qe vous pouvez exclure Dieu de votre organisation politique, parce que les Eglises ont échoué, et se dépeuplent, parce que vous organisez le monde à votre fantaisie et que les masses vous suivent et ne croient plus en Dieu, vous dites que l'ère de religions est finie (et je suis bien d'accord !) mais vous ajoutez, par une confusion facheuse pour des cerveaux si bien organisés, que Dieu est mort.  Ma foi, comme si Dieu dépendait de votre décision. Vous dressez son acte de décès, comme vous avez dressé son acte de naissance : mais celui qui est mort, c'est celui que vous avez fabriqué et pas celui qui vous a, vous, créés. Et toute cette prodigieuse aventure, c'est bien ennuyeux, mais elle s'insère dans cette ligne de l'histoire que Dieu lui-même a tracée. Et toute votre énorme accumulation d'oeuvres et de puissance, tout cela Dieu l'assimile ; et ce que vous avez fait contre Lui, Dieu ne le supprime pas,Il se borne a y être pésent. Dieu ne lutte pas contre l'homme. Il ne cherche pas à lui enlever ses conquêtes. Bien au contraire, Dieu accepte ses conquêtes. Il entre dans le jeu que croit mener l'homme, Il suit patiemment les règles que l'homme se fixe, et Il marche dans les sentiers que l'hommes s'ouvre. C'est déjà ce que veut dire la simple rédaction de la Bible. Dieu n'a pas pris pour se révéler une forme originale. Non, il a exprimé sa révélation dans les formes, selon les modes que l'homme inventiat pour ses propres affaires. "

J. Ellul. . Sans feu ni lieu.

Un texte sans doute un peu dépassé en ce qui concerne l'échec du religieux et  le triomphe de l'athéisme mais qui garde tout son intérêt...

Et pendant ce temps au Liban...

21 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

...des bombes explosent, des villages sont rasés et des civils meurent.

Certain parlent de guerre de religion, mais je ne reconnais ni le judaïsme, ni l'Islam dans tout se gâchis. Ou sont la fois, la piété, la religion dans les frappes aveugles du terrorisme et dans les représailles miliraires ? Je ne vois que la haine, la peur, l'avidité et la volonté de puissance. Ces fléaux qui gangrènent le coeur de l'homme et qu'aucune religion ni aucune idéologie ne peut éradiquer.

Je sais, ce n'est qu'une reaction viscérale, celle que beaucoup entre nous ont, nous qui ne pouvons que nous indigner et/ou prier.

Pour aller (un peu) plus loin , vous trouverez les premières réactions de la fédération protestante de France,  ici

Jésus revient.. ah non, c'est Superman

19 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

 

Est ce un avion ? est-ce un oiseau ? Non c'est Jésus Christ.

D'après un récit apocryphe de l'ascension.

Bon, je reconnais que ce trait d'humour potache n'est ni drôle ni de  bon goût. Mais c'est de la faute de Bryan Singer. Il construit tout son film, Le retour de Superman (oui, j'aime bien les super-héros), sur la question "L'humanité a-t-elle besoin d'un sauveur ?" et pour y répondre, il charge son Superman de toute une panoplie messianique. Eh oui, de la mort les bras en croix (je n'ai pas trouvé de photo mais je vous donne une pieta à la place) pour sauver l'humanité à l'ascension, en passant par le tombeau vide (ici c'est un lit d'hopital) et à l'apparition à quelques "disciples", tout y est, à part la Cène.

C’est vrai qu’à la base il y a une différence importante entre Superman et les autres super-héros : il passe plus de temps à combattre des catastrophes naturelles qu'à lutter contre des méchants. Il  y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur lex luthor, l'ennemi juré de superman qui n'est qu'un humain sans autre pouvoir qu'une intelligence démesurée et une soif de pouvoir immodéré. Ainsi Superman, l'extraterrrestre descendu sur terre combat ce que l'humanité a de plus autodestructeur.

Mais en soulignant cette dimension christique de Superman, Singer rend la différence essentielle encore plus évidente. En effet, même dans sa « passion », Superman reste un sauveur tel que l’humanité se le fantasme : un être surpuissant et indestructible, dont le seul point faible répond à un besoin scénaristique, un être capable d’arrêter toute catastrophe . Bref un surhomme en tout point spectaculaire et invincible. Tout ce que n’est pas Jésus de Nazareth, obscur charpentier de l’obscure Galilée, prêcheur marginal et condamné à mort misérable (certains me feront remarquer que , quand même Jésus accomplissaient des miracles, c'est vrai mais Superman, il vole, lance une navette dans l'espace, dépose un avion de ligne sur un terrain de base ball, arrête un tremblement de terre, soulève un petit continent entier et il peut même retrouver votre dictaphone dans votre sac, alors marcher sur l'eau et apaiser une tempête, à côté, ça fait vraiment minable) Et pourtant, c’est en ce Jésus et en sa faiblesse plus encore qu'en ses miracles que je reconnais mon sauveur.

La ville dans la bible (1) Caïn : le fondateur.

18 Juillet 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 16 juillet 06

Genèse IV, 9 à 17

Matthieu VIII, 18 à 20

 

Lorsqu'on parle de Caïn, c'est avant tout le meurtre d'Abel qui nous vient à l'esprit. Et puis, si vous êtes un peu bibliste viendront les questions du choix de Dieu et celle du sceau de protection dont est marqué Caïn. Mais ce qu'on ignore habituellement, c'est que, au regard de la Bible, Caïn est le fondateur de la première ville. C'est donc tout naturellement que j'ouvre, avec Enoch fondée par Caïn, ce court cycle de prédications sur la ville à travers la Bible.l

 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il me faut faire deux remarques. La première concerne la femme de Caïn. Sa simple mention montre bien que l'auteur ou le compilateur de ces récits du commencement lui-même les voit comme des mythes. Inutile de se demander si Caïn a épousé sa sœur (et pourquoi elle n'a pas été mentionnée avant) ou s'il a rencontré sa femme pendant son exil (et d'où elle venait). Cela n'a aucune espèce d'importance. Caïn n'est pas un des premiers hommes, il est un archétype, une figure de l'humanité. Nous sommes ici dans le domaine du mythe. Ce qui ne signifie pas le mensonge ou l'invention mais une vérité bien plus essentielle que notre réalité. Ce texte ne nous raconte pas notre passé mais il nous parle de nous. Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant.

Ma deuxième remarque sera pour corriger l'aberration de certaines traductions qui nous parlent du pays de Nod comme si c'était un pays donné et contribuent ainsi à nous présenter l'histoire de Caïn comme un récit historique et géographiquement localisable. Le pays de Nod n'existe à aucun autre endroit de la bible. En revanche, nod ou nad, en hébreux, c'est le vagabondage, l'errance. Bref le pays de Nod c'est la terre de l'errance, du vagabondage,  une sorte de « non-pays ».

 

Caïn est donc condamné à l'errance. Une errance qui dans la Bible est la marque de l'humanité toute entière. De l'exode à l'exil, Dieu rappelle à son peuple que son ancêtre était un nomade araméen. Et cela ne s'applique pas seulement à la Première Alliance : avec le vagabondage de Jésus et les voyages de Paul, la Nouvelle Alliance elle aussi s'inscrit sous le signe du voyage. "Le fils de l'homme n'a pas de lieu ou reposer sa tête" dit Jésus. Le fils de l'homme, c'est à dire l'humain. C'est parce qu'il est complètement homme que Jésus est ce voyageur perpétuel. La Bible nous le rappelle : la terre ne nous appartient pas, pas plus que nous ne lui appartenons. L'errance de Caïn est donc notre propre errance. Alors s'agit-il d'une condamnation ? de la conséquence d'un acte ? ou simplement d'une relecture biblique pour expliquer une situation donnée. On pourrait sans doute spéculer à l'infini. Ce qui est certain c'est que nous vivons cette errance comme une souffrance. Elle est ici le châtiment pour le plus terrible des gestes et c'est un châtiment que Caïn ne veut pas supporter, un châtiment qui lui semble trop dur. Et tout comme lui, nous trouvons l'errance insupportable et terrifiante. Insupportable parce qu'elle nous oblige à l'incertitude, à l'instabilité constante et à la recherche perpétuelle. Terrifiante parce qu'elle nous rappelle notre vulnérabilité et notre impuissance. L'errance c'est le lieu où nous ne contrôlons pas notre entourage. Je voudrai à ce sujet ouvrir une parenthèse pour que nous nous rappelions que nous ne choisissons jamais l’exil et l’errance. Nous pouvons certes partir une semaine en vacances mais nos voyages n’ont du charme que parce que le retour est prévu. Il serait bon que nous nous rappelions de ce fait lorsque nous parlons d’immigration. Ces étrangers qui se pressent à nos frontières ne le font pas par plaisir mais par nécessité. Ils ne viennent pas piller nos richesses mais ils fuient des conditions sans issues. Fin de la parenthèse

 Oh bien sûr !Dieu ne nous laisse pas seuls dans cette errance, il nous accompagne : c’est l’arche de l’alliance qui sans cesse se déplace avec le peuple, c'est la promesse de protection faite à Caïn (Caïn sera vengé 7 fois)

 

Mais Caïn ne se satisfait pas de cette promesse et la première chose qu'il fait dans son errance, c'est de construire une ville. Construire une ville, c'est à dire justement refuser l'errance. Construire une ville, c'est à dire vouloir savoir de quoi demain sera fait. Construire une ville, c'est à dire s'installer, dominer et surtout, ne plus avoir peur.

Le confort, le contrôle et la sécurité, c'est bien le projet de l'humanité quand elle construit ses villes, du premier village de huttes à la métropole futuriste.

Et si, en construisant nos villes, nous refusons d'assumer notre condition d'errant, nous refusons également la promesse de Dieu. La protection qu'il nous offre, nous voulons la trouver en nos propres forces. C'est notre autonomie que nous voulons et non d'un Dieu qui nous accompagne dans nos errances ! Et pour trouver cette autonomie nous nous bâtissons des villes qui deviennent autant d'idoles, de lieux d’esclavage (je développerai ce point dans un autre volet de ce cycle mais il suffit de voir à quel point nous personnifions nos villes).

 

Alors bien sûr, je ne suis pas en train de prêcher un exode urbain, une "déssédentarisation" et un retour au nomadisme (vous savez à quel point je suis citadin). Mais d'une part, il est bon que nous nous interrogions un peu sur notre soif de confort et sur ce que nous offrent réellement nos villes.

D'autre part, il me semble que cette remise en question de la ville  ne concerne pas que notre urbanisme. Nous ne recherchons pas seulement un confort physique mais également un confort intellectuel. Que ce soit en matière de science ou en matière de foi, nous voulons avoir des réponses simples, claires et solides. Nous voulons qu'on nous dise ce qu'il faut croire, penser et faire. Nous voulons des dogmes aussi stables et confortables que les villes dans lesquelles nous habitons pour nous y installer et n’en plus bouger. Or, sur ce point aussi, la Bible (tout comme la science à mon avis, mais c'est un autre débat) nous invite au voyage, au cheminement. En effet, si nous prenons la Bible au sérieux, c’est à dire dans son intégralité, il nous est impossible d'en avoir une lecture dogmatique, une lecture qui nous dirait Dieu est comme ci et comme ça. Bien sûr nous pouvons (et nous le faisons tous) choisir nos textes et dresser ainsi notre portrait de Dieu. Mais à chaque article de foi que nous établirons sur un texte biblique, un autre passage viendra nous bousculer et nous remettre en marche. Le refus du dogme ne consiste pas en une démarche qui consisterait à laisser chacun décider de ce qu’il croit et ne croit pas et faire sa religion à sa sauce, une idole individuelle est une idole autant qu’une idole de masse. Non le refus du dogme consiste pour chacun comme pour chaque communauté a accepter de se laisser bousculer dans ses convictions. Nous ne sommes pas sans repère sur notre chemin mais le repère que Dieu nous a donné n’est pas un bloc monolithique mais un foisonnement de témoignage humain. L'attitude du lecteur croyant de la Bible n'est donc pas l'adhésion aveugle a un dogme, ni à un bricolage personnel (vous savez, ce Dieu de bric et de broc que nous avons souvent tendance à construire en empruntant un morceau par ci, un morceau par là) mais une recherche constante, une continuelle remise en question.

Frères et soeurs, nous aspirons à la stabilité et à la certitude. Et c'est normal ! Cela fait partie de ce que nous sommes ! Mais Dieu, lui, nous invite sans cesse à nous remettre en route, à abandonner nos sécurités illusoire. Dieu nous rappelle que la vie, c'est le mouvement, la recherche. C'est vrai que cette errance à de quoi nous effrayer mais sur quel que soit ce chemin  qui est le notre, Dieu nous promet qu'il reste avec nous, toujours présent à nos côté.

 

Amen