Miettes de théologie

Réformation... d'hier et d'aujourd'hui

31 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

En ce jour de la Réformation, quelques citations qui reflètent mon identité protestante.

La loi dit « fais cela » et cela n’est jamais fait ; la grâce dit « crois en celui-ci » et toutes choses sont déjà faites.
Martin Luther

Dieu est près de tous ceux qui ont le cœur souffrant et affligé. C’est pourquoi les pleurs passent avant les œuvres et la souffrance surpasse tous les actes.
Martin Luther

Quelle chose convient mieux à la foi que de nous reconnaître nus de toute vertu pour être vêtus par Dieu ? Vide de tout bien, pour être emplis de lui ? Serfs du péchés pour être par Lui délivré ? Aveugles pour être par Lui illuminés ? Boiteux, pour être par lui redressés ? débiles, pour être par lui soutenus ? De nous ôter toute matière de gloire afin que lui seul soit glorifié, et nous en lui ?
Jean Calvin

Si Dieu m'a Christ pour chef donné,
Faut-il que je serve autre maître ?
S'il m'a le pain vif ordonné,
Faut-il du pain de mort repaître ?

S'il me veut sauver par sa dextre,
Faut-il en mon bras me fier ?
S'il est mon salut et mon être,
Point n'en faut d'autre édifier.

S'il est mon seul et sûr espoir,
Faut-il avoir autre espérance ?
S'il est ma force et mon pouvoir
Faut-il prendre ailleurs assurance ?

Et s'il est ma persévérance,
Faut-il louer ma fermeté ?
Et pour une belle apparence,
Faut-il laisser la sûreté ?

Si ma vie est en Jésus-Christ,
Faut-il la croire en cette cendre ?
S'il m'a donné son saint écrit,
Faut-il autre doctrine prendre ?

Si tel maître me daigne apprendre,
Faut-il à autre école aller ?
S'il me fait son vouloir entendre,
Faut-il par crainte le celer ?

Si Dieu me nomme son enfant,
Faut-il craindre à l'appeler père ?
Si le monde me le défend,
Faut-il qu'à son mal j'obtempère

Si son esprit en moi opère,
Faut-il mon courage estimer ?
Non, mais Dieu, qui partout impère*,
Faut en tout voir, craindre et aimer.

Marguerite de Navarre

* impère  : règne

L’action que Dieu opère dans l’homme par sa Parole n’a certainement dans l’homme aucun point d’attache auquel Dieu devrait s’adapter. L’homme qu’elle veut faire vivre, l’action de Dieu commence par l’anéantir. L’action de dieu est opposition à l’homme y compris à l’homme religieux, qui entend par la religion s’assurer et s’affermir contre le monde qui l’oppresse et apaiser par elle ses soucis et ses angoisses. Tout abaissement de soi, tout sacrifice de soi qui sont accomplis au nom de la religion sont en réalité révolte contre Dieu – au même titre que pour Paul, l’accomplissement judaïque de la Loi n’est qu’un moyen de se glorifier soi-même. La grâce de Dieu est pour l’homme grâce dans un sens tellement radical qu’elle soutient l’existence humaine toute entière et qu’elle ne peut être comprise comme grâce que par celui qui se dessaisit totalement de sa vie et se laisse tomber dans le vide insondable et vertigineux sans chercher de point d’appui. La révélation de Dieu est l’opposition de Dieu à l’homme et à sa religion.
R. Bultman

Je pense que la Bible annonce un salut universel accordé par grâce à tous les hommes. Mais alors, la conversion et la foi ? C’est tout autre chose. Cela concerne assez peu le salut mais c’est une prise de responsabilité. A partir de la conversion, on est engagé dans un certain style de vie et d’autre part dans un certain service que Dieu demande. Ainsi l’adhésion à la foi chrétienne n’est nullement un privilège mais une charge supplémentaire, une responsabilité, un travail nouveau.
J. Ellul

La première affirmation sur laquelle l’éthique protestante repose, c’est que l’existence humaine abandonnée à elle-même échoue à trouver une juste réponse à la question du sens de la vie. L’homme laissé à ses propres forces est incapable de satisfaire aux exigences de la loi morale, égaré qu’il est, perdu par ses illusions, ses peurs ou la stratégie mortelle de ses désirs.
Seconde affirmation : Ce pessimisme radical a pour sens de libérer l’être humain de toute prétention, de toute autoaffirmation orgueilleuse, de tout enfermement dans l’univers clos de son autojustification. La liberté doit passer par une forme de deuil pour accéder à un nouveau possible. Il faut cesser de croire en soi pour mieux recevoir de Dieu la force créatrice nouvelle qui libère la liberté et appelle le croyant à une nouvelle conscience de ses responsabilités.
Eric Fuchs

L’amour ne se justifie pas par la valeur de l’être aimé. Il n’est pas un échange. Dieu aime sans raison. C’est ce qui montre qu’il aime. Son amour doit donner à ceux qu’Il aime précisément ce qu’ils n’ont pas et ce qu’ils ne pouvaient acquérir d’aucune façon, n’ayant rien à donner en retour.
Franz Leenhardt

De l'Ecriture et de l'Eglise (suite)

30 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

La disputatio sur l'autorité du pape contre la sola scriptura continue donc et voici ma réponse au dernier article de Matthieu. En préambule , je note tout de même que cette disputatio a commmencé avec une question "quel fondement biblique à l'infaillibilité pontificale ?" et que je n'ai toujours pas eu de réponse. Ce n'est pas une critique, mais c'est très révélateur sur le fait que, pour Matthieu, les dogmes de son Eglise n'ont pas besoin de s'appuyer sur les textes... C'est d'ailleurs le thème de notre débat.

A propos de ce débat, je suis à peu près aussi curieux de lire les réactions de catholiques quant aux interventions de matthieu que celles des protestants quant aux miennes.

La signification de Sola scriptura


Tout d’abord, un reproche, Matthieu, non pas sur la rugosité de votre langage (j'ai peur d'être moins courtois que vous dans mes articles ou réactions) mais sur votre refus de prendre en compte ce que je vous dis. Vous maintenez vos arguments contre la sola Scriptura non pas sur la base de ma définition mais sur celle de Jean Sébastien qui , à mon avis, est maladroitement exprimée (même si je ne suis pas sûr que, dans le fond, elle soit si différente de la mienne).
Je maintiens donc mon explication du Sola Scriptura qui ne signifie pas la Bible comme seule autorité mais la Bible comme seule autorité que nous reconnaissons parmi les trois autorités catholiques romaines.  Cela me semble assez bien s’exprimer dans cette citation célèbre de Martin Luther :

A moins d’être convaincu par le témoignage de l’Écriture et par des raisons évidentes – car je ne crois ni à l’infaillibilité du Pape, ni à celle des conciles, puisqu’il est établi qu’ils se sont souvent trompés et contredits- je suis lié par les textes bibliques que j’ai cités.

 Cette première affirmation de la sola scriptura est donc ici clairement établie contre d’autres sources d’autorité.
De plus, à ma connaissance, tous les protestants reconnaissent l’autorité du « témoignage intérieur de l’Esprit Saint ». Deux citations de Calvin, afin que vous ne disiez pas que ma position n’est pas représentative du protestantisme.

Apprends donc... qu'il n'est point moins insupportable, se vanter de l'Esprit sans la Parole qu'il est maussade de mettre en avant la Parole sans l'Esprit.
Epitre à Sadolet

C'est que la Parole ne nous est guère certaine sinon qu'elle soit approuvée par le témoignage de l'Esprit. Car le Seigneur a assemblé comme par un lien mutuel, la certitude de son Esprit et de sa Parole afin que notre entendement reçoive icelle Parole en obéissance, en y voyant reluire l'Esprit, qui lui est comme une clarté pour lui faire là contempler la face de Dieu ; afin aussi que sans crainte de tromperie ou erreur nous recevions l'Esprit de Dieu, le reconnaissant en son image, c'est-à-dire en sa Parole.

L’Institution chrétienne

Bref, c’est par l’Esprit Saint que Dieu parle aux hommes à travers les textes bibliques, c’est par l’Esprit Saint que la Bible est venu jusqu’à nous sous la forme du canon que nous connaissons maintenant et c’est par l’Esprit Saint que la Bible devient pour nous parole de Dieu. Je n’ai jamais nié que la Tradition ou le Magistère dont vous vous réclamez puissent être inspirés, ce que je nie c’est qu’ils le soient en permanence.
L’Écriture et l’Esprit Saint voici les deux sources d’autorité attestées dans l’Écriture et ces deux sources sont nécessaires l’une à l’autre. L’Esprit Saint nous permet de reconnaître à travers la Bible, la parole de Dieu. Et la Bible nous facilite le discernement quant à ce qui vient de l’Esprit Saint et ce qui se réclame mensongèrement de lui.
Effectivement l’Écriture ne dit pas qu’il n’y ait pas d’autres sources d’autorités. Mais une fois de plus vous vous appuyez sur un silence de l’Écriture : « puisque la Bible ne dit pas que ce sont les deux seules sources, c’est qu’elles ne sont pas seules » « puisque la Bible ne dit pas que Marie n’est pas l’Immaculée conception c’est qu’elle l’est ». Et face à ce raisonnement qui est le vôtre, je maintiens le mien : la Bible ne dit pas que Jésus n’avait que deux yeux, cela ne me pousse pas à croire qu’il en aie eu trois…
Nous avons donc bien une Église qui se réclame de deux autorités attestées dans l’Écriture face à une Église qui se réclame d’autorités dont l’Écriture ne parle pas.

La Bible et la tradition


Quant à la citation de II Thessaloniciens II, 15, je me contenterais de lui opposer le Nouveau Catéchisme.

Il faut distinguer (de la Tradition) les traditions théologiques, disciplinaires, liturgiques ou dévotionnelles nées au cours du temps dans les Églises locales. (83)

L’Église catholique distingue entre les traditions reçues dans les communautés locales et la Tradition. Difficile donc de défendre la Tradition avec un verset biblique qui parle des traditions, c’est à dire de ce qui se transmettait dans les différentes communautés locales (II Thessaloniciens III, 6 aurait été un brin plus convaincant malheureusement Paul décrit ensuite ce dont il parle en parlant de tradition et cela n’a pas non plus grand chose à voir avec la Tradition dont vous parlez).... Un petit rappel, alors que Paul transmettait comme « tradition » que les chrétiens pouvaient dorénavant manger avec les païens, d’autres apôtres transmettaient le contraire (Galates II, 1 à 15). Prendre la Bible comme autorité ne consiste pas à en sortir un verset de tout contexte pour appuyer son propos sinon, je vous aurai depuis longtemps asséné  Colossiens II, 8

Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie au moyen d’une philosophie trompeuse et vide, selon la tradition des humains, selon les éléments du monde, et non pas selon le Christ

(et il me serait assez facile de dresser une longue liste de tout ce qui vient des éléments du monde dans la Tradition catholique romaine) Mais l'interprétation me semblerait aussi fallacieuse que celle que vous faites du passage de théssalonicien. Je vais donc me contenter d’utiliser ce verset comme preuve que quand la Bible parle de tradition, elle ne parle pas forcément de la Tradition comme vous l’entendez. D’ailleurs sur 14 occurrences bibliques du mot « tradition », 10 sont négatives (et, détail important, Jésus oppose toujours tradition et parole de Dieu)

L’unité de l’Église


Tout d’abord, je vais vous remercier de nous avoir reconnus comme Église, c’est en effet un qualificatif que votre pape nous refuse (alors qu’il l’accorde à une autre Église séparée : l’Église orthodoxe). Ensuite, l’unité du corps consiste à ce que tous ses membres soient unis à sa tête. Mes deux mains sont distinctes l’une de l’autre, le plus souvent elles sont séparées mais ce qui les rassemble, c’est d’être reliées à la tête. Or la tête, le chef de l’Église ce n’est pas le pape ou les conciles mais bien Jésus Christ (j’espère que nous serons d’accord sur ce dernier point). C’est cette unité que demande Jésus Christ : que tous restent unis à lui. Donc, encore une fois, quelle autorité avez-vous (pas vous, Matthieu, mais vous catholiques romains) pour affirmer que les protestants sont séparés de Jésus Christ ?
Pour ma part, je dis que les Églises qui sont facteurs de divisions, de désordres dans le corps sont celles qui prétendent en mettre d’autres hors du corps. Sur ce point l’Église catholique romaine a des comptes à rendre et je sais bien qu’elle n’est pas la seule. Mais c’est elle qui par son discours hégémonique met le plus gros frein à la démarche œcuménique et donc le plus gros obstacle à une unité visibles d’Églises différentes.
C’est une différence importante entre nous : vous me voyez comme un frère égaré, je vous vois comme un frère avec lequel je ne suis pas d’accord.
Sinon, j’aime bien votre parabole mais elle s’applique assez bien au protestantisme, pour que nous ayons perduré 5 siècles malgré notre diversité, malgré nos conflits internes, malgré l’absence de toute institution nous fédérant, il faut bien que quelqu’un d’autre nous soutienne.
Quant à la « preuve » temporelle, je ne nie pas l’évidence :  le catholicisme romain est plus ancien que le protestantisme. Mais d’une part, le critère d’ancienneté me paraît assez faible : le boudhisme ou l’hindouisme sont bien plus anciens que le christianisme, alors qui les maintient ? Et d’autre part, l'affirmation que le catholicisme est conforme à l’Église telle que la vivaient les apôtres me semble très discutable. Les premiers chrétiens tels que nous les présentent les Écritures et l’histoire n’étaient pas fédérés derrière un pape ou des conciles qui détenaient une autorité infaillible. Ils n’avaient pas de ministères de prêtres ordonnés au sens de « sacrificateurs ». Ils ne vénéraient pas une foule de saints. Ils se réunissaient en des assemblées locales très différentes les unes des autres (plus encore que les protestants actuels). Ils ne liaient pas le vœu de célibat à un ministère… Bref, en bien des points , la Réforme a le droit de se lire comme un retour aux sources (c’est d’ailleurs comme cela qu’elle s’est initialement comprise) et les Eglises évangéliques peut-être plus encore que l'Eglise Réformée. Pour ma part, je préfère dire que nous avons chacun construit des édifices assez différents sur la pierre de fondation qu’est Jésus Christ (je vous renvoie à ma dernière prédication)

Une petite conclusion sur l’Esprit
Un dernier point de désaccord : vous répétez souvent « l’Esprit-Saint ne se contredit pas » comme s’il parlait toujours d’une seule voix. Cependant, de nombreux faits chrétiens ne se lisent pas dans l’affirmation  univoque mais dans la tension : à commencer  par Jésus Christ qui est pleinement Dieu et pleinement homme. Dieu est tout autre et père. Le Royaume est déjà là et pas encore là. La croix est abaissement et élévation. La résurrection est rupture et continuité. Je ne parle pas là de contradiction  mais de tension. On ne peut pas dire le christianisme dans un « ou bien… ou bien.. », il se dit dans un « à la fois ». L’Église peut donc être à la fois une et multiple. Une Église peut-être à la fois fidèle et infidèle, inspirée et faillible.

La Réforme, Paul, Apollos et les trois petits cochons

29 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 29 octobre 2006
Esaïe LV, 1 à 11
Marc XI, 15 à 18
I Corinthiens III 3 à 23


En ce dimanche de la Réformation, le passage de la première lettre aux corinthiens me paraît tomber plutôt bien. Parce qu’au moment où nous célébrons notre identité, il me paraît salutaire que la Bible nous questionne sur cette identité. En nous interrogeant sur nos divisions d’abord, en nous parlant de salaire et de perte ensuite, en nous faisant une promesse quant à notre appartenance enfin.

Paul s'adresse à la communauté de Corinthe, une communauté qu'il a manifestement fondée avant d'en partir. Après le départ de Paul, un dénommé Apollos a pris une grande influence sur la communauté. Et, au moment où Paul écrit, parmi les chrétiens de Corinthe certains se réclament de Paul, d'autres d'Apollos et manifestement, les différents clans se déchirent. C'est une situation que nous connaissons bien au sein du protestantisme : qui sont les véritables héritiers de la Réforme ? Les luthériens, les calvinistes, les baptistes ? Et tout particulièrement à l'intérieur de notre Église réformée : faut-il être barthien, bultmanien, libéral, orthodoxe ? Moi, je suis un néo-calviniste libéral à tendances charismatiques, sympathisant du Process et marqué par une théologie luthérienne de la croix (le pire, c'est que c'est vrai !) mais à mettre sur une carte de visite, ça fait un peu ridicule... Dieu merci, ces étiquettes sont moins importantes aujourd'hui dans notre Église et les frontières entre les différents clivages sont plus floues.
Eh bien puisque la situation de la communauté de Corinthe ressemble à celle du christianisme en général et du protestantisme en particulier, nous pouvons recevoir aujourd'hui les commentaires de Paul.

Premier constat, Paul ne dit pas aux corinthiens que ces étiquettes sont scandaleuses ou inacceptables. Il dit : « elles sont la preuve de votre humanité ». C'est humain de vouloir appartenir à un groupe distinct. C'est humain de se définir par rapport aux autres, en posant d'abord ce qui nous distingue, ce qui nous différencie, ce qui nous sépare même. Et nous ne sommes pas moins humains que les corinthiens…
2eme constat : Paul ne tranche pas entre  les différentes communautés. Il n'arbitre pas entre ceux qui se réclament d'Apollos et ceux qui se réclament de lui-même. C'est d'autant plus remarquable qu'on sait avec quelle virulence Paul peut défendre ses idées. Mais ici, pas d'attaques contre les disciples d'Apollos, pas de vigoureuse prise de partie pour ceux qui se réclament de ses idées. Paul  met les deux communautés à égalité en leur rappelant quelle est leur unique source : Jésus Christ. Après tout, qu'est ce que Paul ? Qu'est ce qu'Apollos ?
Ce rappel est salutaire à plus d'un titre. Tout d'abord, bien sûr, parce que se rappeler que nous venons de la même source, c'est garder à l'esprit que nous sommes frères. Ensuite, parce que regarder à la source, à la pierre de fondement, c'est prendre conscience que, nous aussi, nous avons ajouté bien des choses à ces fondations, que nous aussi, nous nous en sommes éloignés. Enfin, regarder à Jésus Christ, c'est se rappeler qu'à trop vouloir nous singulariser, nous couper des autres, nous prenons le risque de finir par nous couper de Jésus le Christ. Et ainsi de, littéralement scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Ce qui ressort donc de ce passage c'est que Paul voit dans Jésus le Christ une fondation, une assise à partir de laquelle il est possible de bâtir plusieurs édifices. D'ailleurs Paul cultive ici une ambiguïté intéressante : ces édifices sont-ils les communautés ou la vie chrétienne de chacun ? Les deux semble répondre l’apôtre. Et après tout, c’est assez cohérent : deux membres d’une même communauté ne vivent par leur foi de la même manière.
Cependant, toute les manières de construire ne se valent pas. Toutes les constructions ne subsisteront pas. Certaines s’effondreront. Alors celui dont la construction reste debout obtiendra une récompense et celui dont la construction s’effondrera sera puni… Sacrilège! Comment le pasteur peut-il prêcher sur un texte pareil ! Un texte qui parle de salaire et de perte en fonction de nos œuvres, de ce que nous construisons !  Et le dimanche de la Réformation en plus !
En fait, je suis très attaché au discours de la grâce. Mais je ne crois pas que la grâce empêche les œuvres d’avoir des conséquences. Et je ne crois pas qu’ici Paul infirme cette annonce d’un amour absolument gratuit de Dieu. Bien au contraire il la confirme.
Je vais faire ici appel à une somme théologique importante que vous connaissez tous : l’histoire des trois petits cochons. Ou plutôt l’histoire de l’histoire des trois petits cochons. En effet, nous sommes bien ici dans le même thème : construire avec de bon matériaux. Dans les plus anciennes variantes de cette histoire, les cochons qui construisent avec du bois et de la paille se font manger par le loup. Ce sont les variantes morales : les paresseux sont dévorés, le méchant est ébouillanté, le cochon industrieux est le seul survivant et tout le monde est content et édifié. Dans les nouvelles versions, les deux premiers cochons trouvent refuge cher leur frère plus courageux (dans cette même version, le loup échappe lui aussi à la mort et ne connaît qu’une cuisante humiliation). C’est la version politiquement correcte. Je me demande si on ne pourrait pas la qualifier d’immorale puisque les deux paresseux finissent par profiter du travail de leur frère. La version de Paul pose une différence radicale, ici le loup ne souffle pas sur les maisons pour dévorer leurs habitants mais Dieu passe nos édifices au feu pour qu’il n’en reste que ce qui est bon. Cette importante différence mise à part, je remarque que la comparaison de Paul est bien plus proche de la version moderne des trois petits cochons. En effet ceux qui bâtissent avec de mauvais matériaux ne sont pas perdus, mais « sauvés comme à travers le feu » ils en sont juste quittes pour une belle peur. Leur perte c’est de voir leur construction détruite, c’est de voir que ce n’est pas leurs œuvres qui ont provoqué leur salut. Quant au salaire, c’est de garder ce qui a été construit, de se voir confirmer qu’on était sur le bon chemin. Bref, cette histoire de perte et de salaire, n’enlève rien à l’affirmation du salut gratuit de Dieu mais elle nous rappelle que si ce salut nous amène tous au même endroit, il ne nous trouve pas tous dans le même état, que ce salut pourrait bien être un moins grand bouleversement pour certains que pour d’autres…
Mais je sais bien que certains ne se satisferont pas de ce constat et me demanderont des précisions sur les matériaux à utiliser et sur les plans de constructions à suivre pour bâtir un édifice solide, qui ne s’effondrera pas face à Dieu. Bref qui me rappelleront que mon devoir de pasteur est de leur dire comment ils doivent mener leur vie de chrétiens. Eh bien, la réponse sera facile. Allez donc voir dans la Bible, il y a pas mal de textes qui parlent de l’amour et de la façon dont il se vie. Avec ça , nous avons de bonnes indications.
A ces indications, il faut sans doute rajouter la mise en garde de Paul : « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » et ne pas nous fier à la solidité apparente de notre construction. Il se pourrait bien que ce que nous croyons être des briques ne soit que de la paille, que ce que nous prenons pour de l’or ne soit que du foin. Nous sommes incapable de savoir ce que sera le jugement de Dieu sur notre vie, nous ne pouvons donc qu’espérer et nous fier en son amour. Ce ne sont pas les matériaux de notre maison ni son agencement qui nous garantit sa solidité mais sa pierre de fondation : Jésus le Christ. C’est lui qui nous sauve et non pas ce que nous accomplissons par nous même.

Et c’est sur la promesse que je voudrais conclure. Nous n’appartenons pas à la Réforme, ni à Luther, ni à Calvin, ni à Zwingli. Nous ne sommes pas prisonniers de leurs idées, de leurs visions. Mais Luther, Calvin, Zwingli nous appartiennent. Ils nous sont donnés comme nous sont donné Paul, Apollos ou Céphas, nous pouvons nous appuyer sur eux mais nous sommes libres vis à vis d’eux comme nous sommes libres vis à vis du monde, de la vie ou de la mort, du présent ou de l’avenir. Ceux-là nous appartiennent et nous nous sentons prisonniers d’eux : nous voulons être fidèle à l’esprit des réformateurs, nous avons peur de la mort, peur de l’avenir. Et voilà que Paul nous le dit : « Tout cela est à nous », tout cela est à notre service pour nous permettre de mieux appartenir à Jésus Christ. Étrange non ? nous nous croyons appartenir à ce qui nous appartient et celui auquel nous appartenons, c’est celui qui se donne lui-même à nous. Dès lors, comment pourrions nous nous croire esclave ? Comment pourrions nous conserver le vocabulaire et les réflexes de l’esclave ? Comment pourrions nous appartenir à un autre homme (nous ne sommes pas de Luther ni de Calvin pas plus que les corinthiens n’étaient de Paul ou d’Apollos) ? Comment pourrions nous quêter une récompense ou trembler devant une perte ? Parce que nous appartenons à Jésus Christ, nous sommes pleinement libres.

Amen

Comprendre le culte. Introduction

27 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.
Mais avant de m'attaquer à une description de la liturgie proprement dite, quelques remarques importantes.
Est-il obligatoire d'aller au culte ? La réponse est une évidence pour les protestants : on ne va pas au culte par obligation, on y vient par envie ou besoin. C'est une évidence mais elle est parfois mal comprise. En effet, même si rien ne nous y oblige, venir au culte demande une certaine discipline. C'est un peu comme le joggeur, personne ne l'oblige à se lever à l'aube pour aller courir, il le fait pour lui mais cela lui demande un effort et une discipline.Autrement dit, il ne faut pas confondre "je n'en ai pas envie ni besoin" avec "j'ai un peu la flemme"... Il n'est pas obligatoire d'aller au culte, mais des fois, ça ne fait pas de mal de se forcer un peu...
Peut-on être un membre actif de la communauté sans jamais aller au culte ? En théorie, je dirai "oui". On peut tout à fait imaginer quelqu'un qui fréquenterait assidument les partages bibliques, groupe de prière et autres manifestations d'Église sans jamais mettre les pieds au culte. Cette personne serait, à mes yeux, un(e) chrétien(ne) pratiquant(e) et même engagé(e). En théorie. Parce qu'en pratique, je n'ai jamais rencontré de telle personne. Même ceux qui affirment être plus à l'aise dans les groupes de discussion ou de prière, ressentent, de temps à autres, le besoin de venir au culte.
Va-t-on au culte pour Dieu ? Là, les réponses peuvent différer énormément d'un protestant à l'autre. Pour ma part, je dirais non. Dieu n'a pas besoin que nous venions au culte, il ne se nourrit pas de nos louanges ni de notre foi. Je vais au culte pour moi et pourtant ce n'est pas un acte égoïste. En effet, le  culte a ceci de particulier qu'on y vient pour recevoir et que tout en recevant, on donne. En effet, si pour les protestants, le culte est d'abord un lieu d'écoute de la parole (la lecture de la Bible et la prédication sont le cœur du culte), c'est aussi le lieu ou la communauté devient visible et palpable, où elle prends corps. Or, en venant au culte pour prendre conscience de cette communauté, je prends activement part à celle-ci. Le soutien que mon voisin me donne par sa présence, je le lui retourne par la mienne. En venant dans l'assemblée pour y rencontrer des frères et des sœurs, j'y deviens moi-même un frère à rencontrer. Ainsi le culte devient vraiment lieu de communauté et de partage.
Peut-on assister à un culte par curiosité ou par soif de parole de Dieu, même si l'on n'est pas protestant ? Oui bien sûr. Le culte est ouvert à tous.

Une lecture théologique de Tantrix

26 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien : conserver la vie à un peuple nombreux comme cela se réalise aujourd’hui

Genèse L, 20

Le principe de Tantrix est simple, il s'agit en posant des tuile hexagonale de construire la plus longue route dans sa couleur. Les choses se compliquent parce que les chemins doivent être monocolores, que certains coups sont forcés et surtout parce que vos adversaires essayent d'en faire autant avec d'autres couleurs.
En évoquant l'action de Dieu dans l'histoire humaine, je me disais qu'on pouvait comparer Dieu à un très bon joueur de Tantrix.
En effet, si Dieu a un but, un projet pour l'humanité, la Bible ne nous dit pas que le chemin parcouru par l'humanité pour atteindre ce but est fixé par avance. Elle ne nous montre pas non plus un Dieu qui impose ses voies aux hommes. Au contraire, elle nous raconte un Dieu qui toujours compose avec les décisions de l'humanité, qui déborde d'invention pour ouvrir des brêches même dans nos pires impasses. Ainsi dans l'histoire de Joseph, il ne nous est pas dit que c'est Dieu qui a inspiré à aux fils de Jacob la jalousie et le désir de se débarrasser de leur encombrant cadet. Il ne les a pas non plus empêchés de mener à bien leur terrible projet mais, des mésaventures de Joseph, Il a fait un chemin de vie pour Joseph, pour ses frères et pour les Egyptiens. Comme un joueur de Tantrix qui, constament surmonterait les embûches volontaire ou non de ses adversaires pour établir au prix de bien des détours la ligne la plus longue.
Note pour les joueurs : en fait, je suis persuadé que d'autres jeux de connexion se prêteraient bien mieux à cette comparaison (ne serait-ce que parce qu'il n'y a pas de but à atteindre dans Tantrix). Mais je ne suis pas un expert en jeu de connexion (Twixt me parle moins :il est moins joyeusement biscornu) Si vous avez des idées...

Ancien catholique, un héritage ?

25 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Bon, maintenant que j'ai parlé de mon parcours, il n'est peut-être pas inutile de toucher quelques mots de ce que je crois en retirer.
Est ce que je vis ma situation de transfuge comme une souffrance, portant comme une écharde dans ma chair les exactions de mes ancêtres dragons du roi contre mon peuple d'adoption, les parpaillots ? En fait je crois que j'en tire surtout une défiance vis à vis de la grande tentation du protestantisme français à s'enfermer dans son histoire de héros et de martyrs... La légende dorée protestante existe malheureusement et elle m'agace bien plus  que le culte des saints catholiques...
Suis-je un anti-catholique convaincu, conscient de m'être extirpé des ténèbres papistes pour atteindre les lumières de la Réforme ?
Je ne crois pas. Bien sûr, j'ai eu comme tout prosélyte, le sentiment que tout catholique normalement constitué devrait faire comme moi... Mais je crois que ça m'est passé aujourd'hui.
Je ne suis pas toujours d'accord avec l'Eglise catholique romaine mais à part son désir d'hégémonie qui m'énerve toujours autant, je n'ai rien contre elle. C'est en son sein que j'ai rencontré mes premiers témoignages sur Jésus le Christ et il n'est pas question pour moi de l'oublier ou de renier ce passé. Et puis je sais bien que l'Eglise Réformée est loin d'être exempte de toute critique
De plus, ce parcours me permet d'établir une nette distinction entre les catholiques et l'Eglise de Rome. Je sais bien que de nombreux catholiques très engagés ne partagent pas forcément tous les points de vue de Vatican... Même lorsque je critique l'ecclésiologie vaticane, je n'oublie pas que les catholiques ne sont pas des moutons ou des automates prêtant un assentiment aveugle à tout ce que les conciles leur dictent...
Et surtout mon parcours me conduit à une forte espérance en l'oecuménisme. Pas l'oecuménisme réducteur qui vise à rassembler les protestants dans le giron de l'Eglise catholique romaine ou à gagner celle-ci aux idées de la Réforme mais l'oecuménisme qui permet à chacun de mieux connaître les autres Eglises et, pourquoi pas, de choisir celle dont le langage lui correspond le mieux.
Un oecuménisme qui nous invite à sortir vraiment de l'esprit de compétition et de clocher et de reconnaître, à travers sa diversité l'unicité de l'Eglise. Il est une question que je pose parfois : "Préférons-nous un protestants qui ne met jamais les pieds au culte, n'ouvre jamais sa Bible, ne prie jamais parce que le langage (discours, rites, fonctionnement) protestant ne lui parle pas ou bien un membre d'une famille protestante qui a découvert dans l'Eglise catholique une structure, un discours, des rites qui lui parlent du Christ vivant, qui lui annoncent la Bonne Nouvelle..." (bien sûr pour les catholiques, les termes de la question doivent s'inverser...). Attention, il n'est pas si simple d'accorder notre réponse en théorie et en pratique....

De l'Eglise catholique à l'Eglise réformée de France : mon parcours

24 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

J'voulais t'parler d'ma vie...

J.J. Goldman

Je ne me suis pas converti au protestantisme, j'ai découvert que j'étais protestant.
Eric George

Au détour d'un commentaire, Matthieu m'invitait à en dire plus sur mon parcours et comme après tout, un blog c'est aussi un exercice quelque peu narcissique, voilà quelques indications sur mon chemin entre deux Eglises...

Vers 16 ans, sans cesser de croire, j'ai quitté l'Église catholique romaine parce que j'y trouvais trop de contradictions avec le message de Jésus Christ. Plusieurs années après, au hasard (?) d'un cours en Culture et Communication, je découvre Luther et sa volonté de réformé l'Église m'intéresse. Du coup, je pousse la porte d'un temple et très vite, je m'y sens chez moi. Une véritable soif de théologie me pousse à m'inscrire à la faculté de théologie et c'est là que la vocation pastorale me prendra.

Bon, ça c'est la version courte, celle que je sers quand, dans une discussion on me demande comment il se fait que je sois le seul protestant d'une famille catholique romaine. Mais comme ici, ni mon épouse, ni mes frères ne sont là pour prévenir mon interlocuteur que je risque d'être intarissable, je vais développer un peu (mais si vous voulez, vous pouvez vous arrêter là, hein !)
"Sans cesser de croire" et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé, ce n'est pas faute de m'être poser des questions, de m'être dit que ce Dieu n'était qu'une jolie construction mentale. Et, vous me croirez si vous voudrez mais ces questions, cette résistance m'accompagnent toujours. Mais bon, c'est plus fort que moi, je crois en Dieu. Avant que certains ne condamnent mes parents pour le lavage de cerveau qu'ils m'ont fait subir, je précise immédiatement que mes 2 frères ont reçu la même éducation que moi et que l'un est athée et l'autre agnostique (enfin, c'est comme ça que je le qualifierai). C'est vrai aussi qu'ils sont tous les deux plus intelligents que moi (soit dit sans aucune ironie ni fausse modestie aucune). Disons que pour ma part, j’ai perdu ma lutte au Yabboq (Genèse XXXII, 23-33) et que j'en rend grâce à Dieu chaque jour (même si le combat continue)
"j'ai quitté l'Église catholique romaine" Alors là, il faut être bien clair, je disais clairement que je ne partageais plus les convictions de cette Église mais dans les faits, j'étais bien plus pratiquant que la plupart des catholiques de mon âge, fréquentant régulièrement le groupe de jeune de mon Église, discutant souvent avec le prêtre sur Dieu, la Bible, l'Église, la Foi et, si ma mémoire est bonne, continuant d'aller de temps à autre à la messe.
"parce que j'y trouvais trop de contradictions avec le message de Jésus Christ" Un élément décisif fut le tollé autours du Je vous salue Marie" de Godard. Certaines déclarations pontificales et la prétention de l'Église romaine a juger me gênaient aussi. Mais ces prétextes importent finalement assez peu. La vérité c'est que le langage, les rites de l'Église romaine ne me parlaient pas (plus tard, je découvrirai aussi combien sa structure m'est étrangère).
Plusieurs années après : Toutes ces questions ont continué à mûrir dans ma tête, mais bon n’allez pas croire que j’étais un fou de Dieu, non plus, j’avais plein d’autres préoccupations bien plus importantes à mes yeux (filles, copains, soirées bière, études)
au hasard (?) Il m’est difficile de ne pas y voir la providence et l’humour de Dieu
d'un cours en Culture et Communication Qui portait sur l’imprimerie et ses effets (la diffusion des idées de la réforme en fut un et pas des moindres)
"Je découvre Luther" En fait, il y avait eu plusieurs contacts ratés : un dossier Okapi sur Martin Luther sur lequel je m'étais précipité pour découvrir avec horreur qu'il ne s'agissait pas de Martin Luther King mais d'un moine allemand complètement inconnu au bataillon ; un séjour linguistique dans la famille d'un pasteur anglican très sympa mais dont le culte m'avait paru horriblement traditionaliste. Bref, ce que je savais alors des protestants se résumait à "ils ne croient pas à la vierge ni aux saints et ils sont austères". Vu que mes parents n'ont jamais eu un culte des saints ni de la vierge très développé et que l'austérité n'a jamais été mon truc, il y avait peu de chance que le protestantisme résumé á cela m'interpelle.
je pousse la porte d'un temple et très vite, je m'y sens chez moi. Je me souviens d'un culte sans apparat aucun (exceptionnellement il se déroulait non pas dans le temple de Nancy mais dans une salle paroissiale) présidé par un laïc en civil. Pourtant ce qui m'a le plus dépaysé, c'était la prédication, si je suis incapable de m'en rappeler le thème, je me souviens qu'elle portait sur le texte biblique et qu'elle s'adressait à mon intelligence, qu'elle me parlait sans me donner de leçon. Le second culte était plus traditionnel (temple, robe pastorale) mais la prédication restait.

Une véritable soif de théologie me pousse à m'inscrire à la faculté de théologie. Ce qui est amusant, c’est que ma théologie a beaucoup changé depuis et qu’elle est, aujourd’hui, bien plus conventionnelle qu’elle ne l’était (avec maintenant une très grande place à l’Incarnation et à la croix). Mais c’est un aspect pour moi très important de l’Église réformée, la liberté laissée à chacun de dire sa foi selon ses termes et la communion réelle que je puis avoir avec, par exemple, celui qui attache plus d’importance à l’enseignement du Christ qu’à sa personne…

Pour la vocation pastorale, on verra plus tard. Déjà, vous comprenez pourquoi mes proches s’inquiètent quand je me lance sur ce sujet… Demain, je parlerais un peu de ce que je retire de ce parcours…

Et son visage, qui réchauffait mes heures...

J.J. Goldman

Qui sont les évangéliques ?

23 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Je ne suis pas évangélique. C'est un fait. Ne serait-ce que parce que ne crois pas que la conversion soit une décision personnelle. Je ne suis pas évangélique mais ce n'est pas une condamnation, ni pour moi, ni pour les évangéliques. En fait ce petit préambule vise à faire de la publicité à l'excellente brochure "Ce que croient les évangéliques" éditée par la Fédération Evangélique de France. Excellente par sa clarté (elle permet très vite de savoir où on se situe par rapport à ce courant du protestantisme)et nécessaire pour sortir un peu des idées reçues et des images diffusées par les médias (non les télévangélistes américains ne sont pas forcément représentatif de la galaxie évangélique)...
Je ne suis pas évangélique et je ne suis pas toujours d'accord avec les prises de positions de leurs Eglises mais je n'ai aucune raison d'avoir peur de frères et soeurs en Christ et je me réjouis de leur action et de la portée de leur témoignage...
Une brochure ausi claire pour le protestantisme réformé, c'est pour quand ?

L'Eglise et les Eglises

22 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 22 octobre 2006
Baptême de Marise Hoogterp
Jean XV 11 à 17
I Corinthiens XII, 12 à 27

« Ce sera notre joie qu’elle reconnaisse un jour que Jésus est le Seigneur ». C’est sur ces mots que nous avons terminé le baptême de Marise, c’est donc une espérance, pas une certitude. Et plus tard si Marise reconnaît en Jésus Christ le seigneur et le sauveur, elle rejoindra une communauté.
En effet, on ne peut pas être chrétien tout seul, ce sera le premier point de ma prédication. Ensuite je parlerais de la communauté (l'Eglise comme rassemblement de tous les chrétiens) puis des assemblées (nos Eglises catholique, orthodoxe ou protestantes).

Aujourd’hui, nous le savons, les réformés s’en réjouissent parfois, la mode est à l’individualisme. Chacun veut être capitaine de sa vie : seul maître à bord après Dieu (et encore, quand Dieu est lui-même accepté sur le bateau). C’est mon choix, c’est ma vie, ça me regarde, c’est mon problème, mes affaires, etc. Quoi de plus normal donc que d’estimer qu’il devrait en aller de même pour la foi, qui est tout de même un sentiment très intime. Mais être chrétien, ce n’est pas seulement croire que Dieu existe ou croire qu’il est venu à nous en Jésus Christ, c’est aussi vivre de cette conviction et la vivre pratiquement.
«Vous êtes mes amis si vous faites ce que je commande. Ce que je vous commande c’est de vous aimer les uns les autres ».Être ami de Jésus Christ consiste donc en un « aimer » . Difficile dès lors de vivre sa foi comme une traversée en solitaire. Aimer tout seul, ça s’appelle du narcissisme. On ne peut pas à la fois se placer dans une optique d’amour et refuser la vie avec les autres.
Et comment se traduit cet amour ? Eh bien l’évangile selon Matthieu nous en donne un bon exemple « Vous avez reçus gratuitement, donnez gratuitement » Mat. X, 8. Recevoir et donner, voilà les mamelles de l’amours. Comment serait-il possible de faire ça tout seul ? Je me lance la balle et je la reçois. (Si vous avez plusieurs balles et que vous êtes plus doués que moi, c’est du jonglage et ça peut être amusant mais ça n’a rien à voir avec le christianisme).
On ne peut donc pas être chrétien tout seul, on ne peut pas vivre sa foi en jésus Christ uniquement dans la sphère privée.

 « Je vous appelle mes amis » Reconnaître en Jésus le Seigneur c’est déjà être pris dans une communauté, c’est déjà être arraché à soi. Oui, je dis bien arraché car n’est pas un choix personnel. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai chois » rappelle Jésus à ses disciples.
Mais quel est donc cette communauté qui nous saisit malgré nous ?
« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». C’est un peu bizarre non ? En tout cas, je suis sûr que si demain je dis ça à mes amis, ils ne vont pas le rester longtemps, mes amis… Et puis ça continue : Ce que je vous commande c’est de vous aimer les uns les autres… Comment peut on commander d’aimer ? C’est une règle de grammaire qu’il faudrait ajouter : le verbe aimer ne supporte pas l’impératif… Il est donc impossible de comprendre l’obéissance comme une condition à l’amitié de Jésus. Et il est impossible de comprendre « aimez vous les uns les autres » comme un ordre. Donc il nous faut continuer à creuser le texte :  Je ne vous appelle plus esclaves, parce que l’esclave ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père. Ici, les choses sont très claires, il n’est plus question d’obéissance (je ne vous appelle plus esclaves) mais bien de connaissance. Voilà le principal avantage d’appartenir à la communauté chrétienne, c’est de savoir ce que le Père a fait. Euh oui, mais nous savons quoi, au juste ? Dans les textes Jésus est souvent très énigmatique… C’est vrai que nous ne savons pas tout, que nous ne comprenons pas tout. Mais nous savons l’essentiel : Par amour pour nous, Dieu nous a rejoint en Jésus Christ pour nous délivrer de nos esclavages et de nos morts… Et cela nous permet de mieux comprendre le reste, dès l’ancien testament, la loi est comprise comme une prescription, comme une ordonnance médicale, fais ceci et tu vivras, ça ne veut pas dire fais ceci ou sinon je te tue mais fais ceci parce que c’est bon pour toi. « Vous êtes mes amis si vous faite ce que je vous commande », ça ne veut pas dire « si vous ne le faites pas, vous n’êtes plus mes copains et je vous parle plus » Cela veut dire « en vous aimant les uns les autres, vous retirez vraiment le bénéfice de mon amitié », qu’est ce que nous apporte l’amitié de Jésus Christ ? C’est de pouvoir aimer ceux qui nous entoure. Se savoir aimer et pouvoir aimer, c’est cela, le gain du chrétien. Et c'est un gain énorme, nous préférons tous aimer à haïr, nous apprécions tous être entourés apr ceux que nous aimons, alors imaginez un peu si nous aimions tout le monde... Jésus nous le rend possible. Voilà ce que nous gagnons à être pris dans la communauté, l'Eglise de Jésus, le Christ.

Cette vaste communauté prends corps pour nous dans nos assemblées.
En effet, je crois que l’image que Paul utilise pour expliquer la diversité des dons peut aussi s’appliquer pour expliquer la diversités des Eglises, des assemblées. La création, la Bible nous montrent que Dieu n’aime pas ce qui est monolithique, uniforme, il préfère la diversité, la variété, la vie quoi
Cette diversité est tout d’abord géographique forcément. Il est assez pratique qu’il existe des Églises en Normandie et d’autres dans la Frise (les parents d’Aafke qui ont fait le voyage ne me contrediront pas je pense). Contre cette diversité géographique, personne n’a rien à dire. La diversité confessionnelle en revanche, nous pose plus de problèmes. Pourtant, elle ne me semble pas si différente de la diversité géographique.
Je crois que nous nous méprenons souvent , la diversité, la différence n’est pas synonyme de division. Ce n’est pas mauvais qu’il existe différentes Églises, ce qui est mauvais c’est quand ces Églises se déchirent, ce qui est mauvais c’est quand une Église prétend dominer les autres ou les absorber, ce qui est mauvais c’est quand des chrétiens condamnent la foi d’autres chrétiens. Les différentes Églises doivent apprendre à dialoguer de façon constructive les unes avec les autres (cela signifie de façon franche et critique), elles doivent apprendre à s’enrichir les unes des autres et à travailler ensemble mais je ne crois pas qu’elles doivent travailler à fusionner en une seule institution, je ne vois pas pourquoi le corps devrait devenir un gigantesque fémur… En revanche, il serait bon que ce corps que nous formons tous ensembles, se rappelle qu’il a une seule tête : Jésus Christ et que quand les Églises se tirent dans les pattes, c’est dans les pattes de ce corps qu’elles tirent…
Encore une fois, l’existence de plusieurs Églises me semble tout à fait conforme au projet de Dieu, d’ailleurs cette diversité se manifeste dès les premiers temps du christianisme. A mon avis, c’est une question de langage au sens large, pas seulement de mots mais aussi de gestes, de coutumes,  de fonctionnements. Il existe différentes assemblées parce que nous ne parlons pas tous la même langue. Il existe différentes assemblées afin que chacun puisse trouver un lieu, une assemblée dont le langage lui correspond. Et c’est ici qu’intervient le choix. Je vous l’ai dit, on en choisit pas de devenir chrétien, c’est Christ qui nous appelle. En revanche être protestant réformé, évangélique ou luthérien, être catholique romain, être orthodoxe, ce sont des choix. On n’est pas protestant parce qu’on est né dans le protestantisme, on est protestant parce qu’on a choisi d’y rester ou d’y venir. On n’est pas catholique romain parce qu’on est né dans le catholicisme, on est catholique parce qu’on a choisi d’y rester ou d’y venir.
Ce choix, cette décision montrent bien que nos assemblées ne sont pas des lieux d’emprisonnement mais bien des lieux de liberté. En effet, si les réformés, par exemple, parlent tous le même langage, cela ne signifie pas qu’ils soient tous d’accord. De même nos assemblées ne sont pas des lieux de contraintes, on n’y vient pas par devoir, on y vient par besoin, par envie, on y vient pour recevoir et donner, on y vient pour partager nos convictions, les confronter à celles des autres, pour les renforcer et les enrichir aussi. On y vient pour le plaisir d’être ensembles, dans la convivialité et dans la prière. Mais nos assemblées ne sont pas non plus des lieux de replis sur soi, la liturgie un peu bousculée d’aujourd’hui en est une preuve. Si nous nous rassemblons, ce n’est pas seulement pour le plaisir d’être entre gens qui parlent la même langue, c’est aussi pour unir nos forces, associer nos talents, nos compétences, nos charismes pour être témoins de cette Bonne Nouvelle, de cet amour de Dieu.

Oui, frères et sœurs, ce sera notre joie qu’un jour Marise reconnaisse en Jésus Christ le Seigneur, qu’elle vive de cet amour qui lui est donné et qu’elle rejoigne une de ses assemblées, parce que c’est notre joie d’appartenir tous à l’Église de Jésus le Christ et de vivre cette appartenance à travers les richesses et les faiblesses de nos assemblées.

L'Eglise dans la Toile ?

21 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Gilles Boucomont, un collègue et un ami me signale qu'il a parlé de Miettes de théologie lors d'une interview sur Pointblog. C'est très gentil de sa part et je suis très intimidé à l'idée de participer à l'invention d'un nouveau mode de présence pastorale dans la cité (c'est fou ce que les choses deviennent impressionantes quand on utilise le vocabulaire ecclesial adéquat). Mais Gilles n'est pas seulement un collègue et un ami, c'est aussi quelqu'un de brillant qui réfléchit depuis longtemps à la relation Eglises-Internet et ça se sent dans l'interview dont je vous recommande vivement l'écoute si le phénomène blog et web vous intéresse. De nombreuses pistes de réfléxion y sont lancées.
Et puis sa conclusion me pousse à mesurer la chance (la grâce ?) que j'ai. En lançant ce blog, je m'inquiétais justement de la gestion des commentaires injurieux auxquels j'aurais droit et finalement, j'ai, jusqu'ici, eu très peu de commentaires que j'ai jugé nécessaire de supprimer (un droit que je me réserve). C'est sans doute dû au très modeste rayonnement de ce blog mais ça me fait une raison de plus de vous remercier...

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