Miettes de théologie

Comprendre le culte (4) L'annonce du pardon

27 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.

Les articles de cette séries s'accompagneront sans doute d'exemple de textes liturgiques. Je précise donc que ces textes, donnés à titre d'exemple, ne sont en rien obligatoire et varient énormément selon les cultes..

A celui qui a soif, dit Dieu, je donnerai de l'eau de la source de vie et je la donnerai gratuitement.(Esaïe LV, 1)
 Dans notre monde où tout s'achète et tout se vend, où l'homme s'étonne et suspecte lorsqu'il reçoit gratuitement, j'annonce aujourd'hui l'Evangile de Jésus-Christ, qui nous délivre de nos servitudes, de nos fatalités, de nos craintes et nous appelle à une vie nouvelle. Que Dieu nous mette au coeur l'assurance de son pardon et qu'Il nous donne de marcher vers son Royaume.

Il peut paraitre étrange de parler de pardon après avoir expliqué que le péché n'était pas forcément associé à la faute. Le pardon rejoint ici la notion paulinienne de justification, un terme moins évocateur et peut-être même encore plus ambigü que celui de pardon. Lorsque Paul affirme que Dieu nous justifie, cela ne veut absolument pas dire qu'il nous cherche des excuses, mais plutôt qu'il nous déclare justes (c'est à dire conformes à sa volonté) alors même que nous ne le sommes pas.
L'annonce du pardon ou de la justification est une étape très audacieuse de notre liturgie, peut-être même est-ce le principal moment de confession de foi. En effet, nous n'implorons pas que Dieu nous pardonne ou qu'il nous déclare juste, nous osons affirmer qu'Il nous pardonne. Certains pourraient dès lors nous accuser d'asservir Dieu  à  nos désirs. Pourtant en annonçant ce pardon inconditionnel, nous affirmons la confiance que nous plaçons dans l'Evangile : Tous, en effet, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et sont,  gratuitement, justifiés par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est en Jésus–Christ (Romains III, 23-24)

La tentation de Jésus

25 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 février 2007

Deutéronome XXVI, 4 à 10

Romains X, 8 à 13
Luc IV, 1 à 14

Du Jourdain au désert, de la déclaration du baptême à la tentation, le moins qu’on puisse dire, c’est que le ministère de Jésus commence en passant d’un extrême à l’autre. Du récit de la tentation, je voudrai tirer ce matin deux bonnes nouvelles et une interpellation… Les deux bonnes nouvelles nous touchent en tant qu’individus parce qu’elles sont destinées à l’humanité toute entière, l’interpellation quant à elle est plus spécifiquement destinée aux chrétiens et tout particulièrement aux Églises…

La tentation n’est pas un accident de parcours, elle fait partie du programme, c’est « rempli d’Esprit Saint » que Jésus revient du Jourdain et c’est « conduit » par ce même Esprit qu’il part dans le désert. Il ne s’agit pas non plus d’une ascèse purificatrice, le baptême donné par Jean est un rite de purification et Luc nous dit bien que ce baptême, Jésus l’a reçu pleinement. Il n’est donc pas besoin de le parfaire, d’y rajouter quoique ce soit. Le séjour dans le désert n’a pas grand chose à voir avec l’attitude des ermites qui se retiraient pour se purifier et prier… En fait, si l’on regarde bien le texte, il ressort clairement que le but du séjour de Jésus dans le désert, c’est la tentation : Luc est sans doute moins explicite que Matthieu pour qui Jésus est conduit au désert pour y être tenté mais l’idée est tout de même implicite : la seule chose que l’évangéliste nous dit du séjour de Jésus, c’est la tentation. Il ne nous parle ni de prière ni même de jeûne : Luc nous dit que Jésus ne mangea rien mais il ne dit pas, contrairement à Matthieu, que Jésus jeûna… Bref, le séjour de Jésus dans le désert n’a absolument rien de religieux, de rituel, la seule raison de cet épisode, c’est la tentation. D’ailleurs quand le diable a épuisé toutes ses tentations et se retire, Jésus revient en Galilée…
Mais pourquoi cette tentation fait elle partie du programme ? Eh bien je crois que la réponse est simple. Au début de son ministère, le baptême vient dire la divinité de Jésus, notamment avec cette proclamation « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré », il fallait donc affirmer avec la même force, avec le même témoignage extra-humain, la complète humanité de Jésus. C’est le rôle de la tentation. Je souligne d’ailleurs qu’une fois de plus la Bible prend les récits mythologiques classiques à contre-courant : généralement dans ceux-ci, un mortel emporte des épreuves titanesques et accède à la divinité. Ici, on commence par l’affirmation de la divinité, une manifestation inconditionnelle puis à travers une série d’épreuve, on affirme l’humanité. Ce n’est plus l’humain qui, à travers une série d’épreuve devient dieu, mais Dieu qui rejoint l’humanité dans ses épreuves… La première bonne nouvelle de la tentation de Jésus est une nouvelle de mouvement, nous sommes rejoints par Dieu dans nos déserts, dans nos moments de famine et de tentation…
 
La deuxième bonne nouvelle, c’est que si Jésus lui-même connaît la tentation, alors, je n’ai plus à me culpabiliser de mes propres tentations… Or, c’est bien souvent ce qui arrive, même lorsque je résiste à la tentation je me sens coupable de l’avoir éprouvée. Et bien, dans ces moments, rappelons-nous simplement que Jésus lui-même fut tenté… Si celui-là même que Paul affirme « sans pêché » est tenté au moment même où il est reconnu par Dieu comme son Fils, comment me sentirai-je, moi, coupable d’être tenté ? Est ce que je crois que je suis plus grand, plus parfait que Jésus, le Christ. Certes non. Si donc lui même a été tenté, je n’ai aps à me culpabilisé de connaître moi aussi la tentation.
Ceci établi, regardons d’un peu plus près ces tentations. Elles sont surprenantes parce que finalement, à aucun moment le diable ne propose à Jésus d’enfreindre une règle morale ou éthique. Tout au plus, une seule fois, lui suggère-t-il d’enfreindre un commandement religieux et de se livrer à l’idolâtrie : si tu te prosternes devant moi, déclare-t-il. Mais à part cela (qui n’entre pas dans le domaine de la morale), aucune des choses qu’il propose à Jésus n’est moralement condamnable. J’avoue volontiers que je suis gourmand mais je trouve qu’il faut être bien sévère pour considérer, comme le fit Ambroise, que la tentation de se nourrir de pain après 40 jours de jeûne relève de la gloutonnerie… En fait les trois tentations que connaît Jésus ne relèvent pas de la morale mais sont des envies caractéristiques de l’humanité : le désir de voir nos manques comblés, le désir de protection et le désir de contrôle. Trois envies qui sont l’expression de nos limites : le manque, la fragilité et la faiblesse. Or ces limites, nous les refusons. Notre tentation perpétuelle c’est de vouloir les supprimer, y remédier. Il n’est pas question de dire que c’est mal de refuser nos limites. En fait le problème n’est pas ici d’ordre moral ou éthique : le problème, c’est qu’il nous est impossible d’échapper à ces limites, et que notre refus de ces limites entraîne finalement plus de souffrance que de libération. La tentation de Jésus nous apprend d’une part que ces limites sont notre condition humaine, elles sont ce qui nous définit, elles sont ce que nous sommes mais, tour de force du texte, elle nous apprend également que refuser nos limites fait aussi partie de ce que nous sommes.
Bref, la deuxième bonne nouvelle est une nouvelle de libération et de guérison de ma souffrance et de mon mal être : je n’ai pas à vivre mal mes limites (Jésus pleinement homme les a lui même connues) mais je n’ai pas non plus à me sentir coupable parce que je vis mal mes limites (Jésus, pleinement homme a lui aussi connu cette frustration)…

Mais je vois aussi dans ce texte une interpellation forte pour nos Églises. En effet, ce diable qui promet monts et merveilles à grand renfort de versets bibliques, ne nous semble-t-il pas quelque peu familier ? Oh, pas la peine de scruter nos mémoires, de dévisager nos voisins, ou de pointer le comportement d’autres Églises… Peut-être devrions nous plutôt interroger nos propres attitudes… Sous le noble prétexte d’annoncer la bonne nouvelle, n’avons nous pas tendance à enjoliver un peu les choses pour la rendre plus attractive ? N’avons nous pas tendance à proposer à nos frères et à nos sœurs de combler leurs manques, de les protéger dans leur fragilité, de leur donner plus de contrôle dans leur faiblesse ? Je sais bien que Jésus étanche la soif et donne le repos, je sais bien que Dieu est une forteresse, je sais bien que Christ nous promet la victoire sur la souffrance et la mort. Mais la vérité de cette soif étanchée, la sécurité de ce roc, la certitude de cette victoire sur le mal ne se vivent que dans la rencontre personnelles avec le Christ vivant et nous ne sommes pas pourvoyeurs, garants de cette rencontre.
Sans doute plutôt que de promettre une faim assouvie, une protection dans les coups dur, un meilleur contrôle dans nos vie devrions nous revoir notre ambition à la baisse. Peut-être cette bonne nouvelle dont nous sommes porteurs peut-elle s’annoncer sans fausse promesse.

Ici, mon frère, ma sœur, tu ne trouveras pas la réponse à toutes tes questions, et peut-être même en susciterons-nous de nouvelles. Ici, tu ne trouveras pas le confort et la sécurité, et peut-être ébranlerons nous certaines de tes certitudes. Ici, nous ne te dirons pas comment tu dois mener ta vie et comment tu peux l’emporter sur ce qui t’oppresse. Ici, en revanche, tu trouveras des sœurs et des frères aussi faibles, fragiles et affamés que toi. Ici tu entendras qu’indépendamment de ce que tu fais, indépendamment de ce que tu as, quelqu’un t’aime et te reçois tel que tu es et que pour toi, pour que tu vives, il a tout donné. Et nous te parlerons de celui-là et nous prierons pour que tu le rencontres à ton tour.

Amen

Carême protestant ?

23 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Mais d’une manière générale, le protestantisme est beaucoup moins directif que les autres confessions (quant à la manière de vivre le Carême). Il part du principe que chacun est libre de vivre ce temps de préparation de Pâques selon ses convictions car aucune consigne particulière n’a été laissée par les apôtres...
Astrid Vogler sur
protestants.com


Pourtant, même en lui enlevant sa dimension ascétique et pénitentielle, le Carême me laisse perplexe.
Peut-on vraiment se préparer à Pâques ? Peut-on vraiment se préparer au scandale de la passion, de la mort de l’innocent, du Dieu maudit et crucifié ? Peut-on vraiment se préparer à la nouvelle inouïe de la résurrection ? Le temps pascal ne devrait-il pas toujours être vécu comme un temps complètement à part, un temps d’effondrement des valeurs et des certitudes, un temps auquel aucun Carême ne pourra jamais nous préparer…
S’il fallait vraiment associer le Carême à Pâques, je pense que ce devrait être un temps post pascal, comme les quarante années d’errance du peuple hébreux dans le désert suivirent la libération au lieu de la précéder… Un temps durant lequel méditer cet évènement et voir en quoi il transforme notre vie. Il me paraîtrait plus « protestant » de vivre le Carême après Pâques, comme un rappel qu’avant toute œuvre humaine, il y a la grâce de Dieu…
Mais sans aller jusqu’à modifier nos calendriers liturgiques, peut-être faut-il simplement dissocier le Carême de Pâques et vivre ce temps comme un des jalons dont nous avons besoin. Parce que nous sommes des êtres intensément temporels, parce que nous avons besoin que notre calendrier soit rythmé. Que ce temps de Carême, si loin des lumières de Noël et des chocolats de Pâques, reste une marque de notre identité chrétienne. Et puisque nous sommes protestants, que ce temps soit marqué par la l’étude de la Bible et la méditation…

Le programme radiophonique du Carême protestant

L'affaire de la rue de Lourcine

21 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Vu à Evreux, vendredi dernier, Labiche mis en scène par Deschamps et Makeïeff. Je découvre la proximité de mise en scène entre la farce et la comédie de boulevard. J'avoue ne pas savoir si le burlesque est une initiative de Deschamps ou si c'est une interprétation fidèle et traditionnelle. (si un connaisseur en histoire du théatre veut bien m'éclairer sur ce point, je lui en serais reconnaissant). En tout cas, c'est une réussite...
Pourtant, cette histoire qui nous a fait tant rire est tout à fait terrifiante.
Rentier, Lenglumé se réveille avec une gueule de bois carabinée et sans le moindre souvenir de ce qu'il a fait durant la nuit. Et, par un concour de circonstance, il se persuade rapidement d'avoir commis un meurtre. Conviction qui le conduit a envisager la supression de 3 autres personnes. Bref, un burlesque finalement trés sombre.
Bien sûr. pour Labiche, il s'agit avant tout d'une satire de la bourgeoisie du second Empire, mais, j'y vois aussi une réflexion sur la culpabilité. Je ne m'étendrai pas ici, sur le refus de Lenglumé à assumer son crime mais plutôt sur la rapidité et la facilité avec lesquelles il se croit coupable. En effet, je crois que c'est ici une vision assez juste de l'humanité : il est très facile d'enfermer l'humain dans un sentiment de culpabilité. Certains pointeront ici l'influence du christianisme mais je ne suis pas certain que cette caractéristique soit exclusivement occidentale. Je me souviens par exemple avoir été frappé par la gigantesque entreprise de culpabilisation de leurs victimes par les Khmèrs rouges et par son succès. Il me paraît être dans la nature humaine de se sentir coupable.
Et j'attribue cette culpabilité à notre incapacité à accepter nos limites. Nous nous culpabilisons facilement parce que nous ne parvenons pas à nous assumer comme imparfait. Peut être les tenants de la psychanalyse me reprendront-ils mais le sentiment de culpabilité me paraît être le revers de la médaille de notre soif d'amélioration.
Alors faudrait-il pour être heureux renoncer à tout progrès humain, nous vautrer dans l'autosatisfaction ? Non bien sûr. Mais tout en repoussant nos limites, il nous faut simplement rester conscient qu'elles sont ce que nous sommes et que ce n'est pas dans une hypothétique perfection que réside notre bonheur
.

La grâce de l'Evangile

18 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Voici que la grâce de l'Evangile, si difficile à comprendre aux gens pieux nous met en face de la vérité et nous dit : "Tu es un pécheur, un très grand pécheur, incurablement, mais tu peux aller, tel que tu es à Dieu qui t'aime. Il te veut tel que tu es sans que tu fasses rien, sans que tu donnes rien, il te veut toi même. Toi seul... Dieu est venu jusqu'à toi, pécheur, pour te sauver. Réjouis-toi ! En te disant la vérité ce message te libère. Devant Dieu, tu ne peux pas te cacher. Le masque que tu portes devant les hommes ne sert à rien devant Lui. Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce. Tu n'a plus besoin de te mentir à toi-même et de mentir aux autres en te faisant passer pour sans péché ; non, ici, il t'es permi d'être un pécheur, remercie Dieu.

D. Bonhoeffer in De la vie communautaire

Mariage égal ?

16 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

C'est un article (déjà ancien) d'un Parpaillot au Québec qui me fait réagir, ou plutôt un terme de cet article : "mariage égal".
Quoique tout à fait favorable à une reconnaissance sociologique et ecclésiale des couples homosexuels, je n'aime pas beaucoup l'idée de mariage gay ou lesbien qui me paraît encourager à la confusion des genres. En effet, au risque de choquer les partisans de l'indifférenciation (les défenseurs de l'ordre moral, quant à eux, fulminent déjà), je ne pense pas qu'un couple homosexuel soit la même chose qu'un couple hétérosexuel. Attention ! Je ne parle pas de superiorité ou d'inferiorité, seulement de différence. Parce que je suis un horrible conservateur, je crois qu'une histoire d'amour se construit dans la stabilité, la fidelité et le projet. Et si je suis intimement convaincu que les homos qui s'engagent dans cette stabilité, cette fidélité ont besoin, tout comme les hétéros, d'une reconnaissance de leur couple, je suis également convaincu que le projet d'un couple homo n'est pas le même que celui d'un couple hétéro. Tout simplement parce que la différence des sexes fait que 2 hommes ou 2 femmes qui s'aiment et construisent ensemble ne construisent pas la même chose qu'un homme et une femme.
Je ne crois pas une seconde que la reconnaissance de l'homosexualité puisse conduire notre société à sa perte mais je ne crois pas non plus que l'indifférenciation soit une bonne réponse à l'inégalité : c'est simplement une injustice qui répond à une autre. Alors, soyons témoins et réjouissons nous du projet de 2 hommes ou 2 femmes mais gardons à ce projet sa spécificité.

Laïcarderies

15 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

J'ai déjà dû dire ici ou là, qu'à mes yeux, l'éducation nationale est moins laïque qu'anti-religieuse. Encore un bel exemple tout récemment...

Une des enseignantes de l’École de musique d’Évreux a le projet d’enregistrer une ouvre à partir de conte et de chants (j'ai failli appeler ça un oratorio, mais après vérification, ça ne me semble pas correspondre) avec des enfants de son cours de chant mais aussi des classes des écoles publiques dans lesquelles elle intervient. Et, pour des raisons d’acoustique et de proximité, elle nous demande si l’enregistrement pourrait avoir lieu au temple. De notre côté, pas de soucis, le temple est avant tout une salle de réunion et nous ne voyons aucune objection à ce que s’y passent des évènements culturels ou artistiques… Seulement voilà les enseignants, eux, voient les choses d’un autre œil et préfèrent se couvrir en demandant son avis à l’inspection académique, une prudence dont je ne saurais les blâmer. Le contexte est clair, un conte tout ce qu’il y a de plus profane, des chants du même métal, tout ça supervisé non pas par l’Église réformée mais bien par l’École de musique, un accord des parents sera demandé. Si l’inspection académique laisse faire, c’est toutefois, selon elle, « une mauvaise idée »…
Et là, forcément, je m’interroge, de quoi ont-ils si peur. Pensent-il qu’à la seule vue d’un édifice religieux, les enfants comme de nouveaux Claudel vont se convertir ? (on devrait peut être leur dire qu’il n’y a même pas de pilier dans le temple) Ou bien que le fait que des enfants s’approchent d’un édifice protestant est propre à raviver les guerres de religions ? Peut-être s’imaginent-ils que nous diffusons dans nos bâtiments, drogues et images subliminales afin de rendre les cerveaux plus réceptifs ?
Du coup, je me demande si les salles municipales parfois prêtées pour le culte protestant sont bien nettoyées au karsher après usage, afin d’être sûr qu’aucune bribe d’Évangile ou de foi ne subsiste…
Bon, je vais redire à quel point je suis attaché à la laïcité, à quel point je pense que celle-ci est indispensable à un bon vivre ensemble. Mais cette attitude de défiance, de peur, et finalement d’ignorance n’a rien à voir avec la laïcité dont elle se réclame et ne facilitera jamais le vivre ensemble. Bien au contraire, elle contribue à dresser des cloisonnements, à enfermer les enfants dans une ignorance de l’autre qui ne pourra être à la longue que dommageable…

Tiens, et puis pour continuer à râler sur le même thème. Le prof de français de mon fils a raconté à sa classe, la guérison de la femme à la perte de sang (Marc V, 25 à 34 et Luc VIII, 43 à 48) en leur disant que Jésus ne voulait pas que la femme le touche alors qu’il le permettait aux autres, sans plus d’explication, manifestement… Bien sûr qu’il est nécessaire que les enfants connaissent notre patrimoine helleno-chrétien, mais est-ce vraiment une bonne chose que de le leur présenter n’importe comment ? Je maintiens donc mon idée, et si on laissait les religions se présenter elles-mêmes…
Allez, dans le doute, je jetterai un œil au bouquin, histoire de voir si ce n’est pas Madian qui a mal écouté…

L'acacia et le pommier de Sodome

14 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Extrait de la prédication de dimanche dernier sur Jérémie XVII , 5 à 8

Ainsi parle le SEIGNEUR : Maudit soit l’homme qui met sa confiance dans un être humain, qui prend la chair pour appui, et dont le cœur se détourne du SEIGNEUR ! Il est comme un genévrier dans la plaine aride, et ne voit pas arriver le bonheur ; il demeure dans les lieux brûlés du désert, sur une terre salée et sans habitants. Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le SEIGNEUR, celui dont le SEIGNEUR est l’assurance ! Il est comme un arbre planté près des eaux, qui étend ses racines vers le cours d’eau : il ne voit pas venir la chaleur et son feuillage reste verdoyant ; dans l’année de la sécheresse, il est sans inquiétude et il ne cesse de porter du fruit.

La comparaison de Jérémie me renvoie en Mauritanie. Deux arbres sauvages ont marqué notre marche dans le désert : l’acacia et le pommier de Sodome
Le premier s’est présenté à nous comme un arbre sec, un arbre qui paraît pouvoir pousser partout : tout à coup, au milieu des dunes, un acacia. Cet arbre qui croît en milieu hostile évoque d’abord une force immense. Mais l’acacia est aussi un arbre sec, couvert d’épines redoutables, comme s’il avait dû s’endurcir pour vivre ainsi au milieu du désert. Alors, bien sûr, l’idée n’est pas de faire de ceux qui se confient en l’homme des modèles d’aigreur et de dureté. Mais tout de même, avec Jérémie, je crois que celui, athée, agnostique, chrétien ou croyant de n’importe quelle religion, qui veut placer sa confiance en l’homme encourt deux malédictions. Tout d’abord, il prend le risque de la déception qui conduit ua cynisme voire au nihilisme. Non pas parce que l’homme est mauvais mais tout simplement parce que l’homme est fragile et surtout limité. Ensuite il encourt le risque du jugement de l’autre. En effet placer sa confiance en l’humain revient fatalement à voir que certains sont plus dignes de confiance que d’autres, à établir des catégories. Ce discernement est nécessaire dans toute société humaine, bien sûr, mais il suscite toujours de la mise à l’écart, du rabaissement.
Placer sa confiance dans l’humain c’est prendre le risque de la déception qui dessèche et du jugement qui charge d’épine.
A côté de l’acacia, le pommier de Sodome, qui est moins un arbre qu’une plante grasse (les plus hauts que nous avons vu n’excédaient pas 1,5 ou 2 mètres. Le pommier de Sodome pousse essentiellement autour des oueds dont il marque d’ailleurs l’emplacement, ou plus exactement le rivage. Même lorsque que l’oued est sec, le pommier de Sodome reste vert, indiquant qu’ici, même si elle n’est pas visible, il y a de l’eau. Pas loin sous le sable.
Si j’ai préféré le pommier de Sodome au palmier par exemple, c’est pour éviter une comparaison manichéenne entre le bon croyant en Dieu et le mauvais croyant en l’homme. Le pommier de Sodome n’est pas beaucoup plus accueillant que l’acacia, ses feuilles secrétant un liquide urticant, il est moins répandu, moins haut, moins utile que l’acacia. Tout ce qu’il fait, c’est savoir qu’il a de l’eau là, facile d’accès.
Bien sûr, il y a des croyants qui, comme des palmiers, non seulement sont verdoyants mais sont aussi utiles que l’acacia. Mais je crois que ce qui  distingue celui qui croit en Dieu de celui qui croit en l’humain, ce n’est pas l’utilité, c’est l’espérance et peut-être la facilité. C’est le témoignage aussi : il y a ici de l’eau et elle est accessible à tous…

L'esprit de l'athéisme

13 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? les athées sont-ils condamnés à vivre sans spiritualité ? Voilà les questions auxquelles André Comte-Sponville propose des réponse « loin des ressentiments et des haines cristallisées par certains » affirme la quatrième de couverture. Je me demande bien à, qui elle fait allusion ;o)
Ce livre m’a donc paru un bon choix pour tenir ma promesse de lire un autre penseur de l’athéisme. De plus le sous-titre me laissait rêveur Introduction à une spiritualité sans Dieu»…  Intéressant pour moi qui plaide pour un Dieu sans spiritualité (promis, j’écris bientôt au moins un article sur la question)…
Eh bien, je n’ai pas été déçu, voilà un vrai traité d’athéologie développant une vraie réflexions et posant de vraies question. La preuve qu’on peut écrire un livre riche et accessible sur un sujet profond sans sombrer dans la démagogie et l’accumulation d’images d’Épinal…
La première partie est remarquable sur plusieurs points. D'une part Comte-Sponville montre bien que ce qui distingue le croyant de l'athée n'est ni la connaissance ni la morale mais l'espérance et en bon connaisseur du christianisme, il sait aussi que selon le message évangélique, l'espérance n'est pas ce qui importe le plus et que le moment présent compte plus qu'une spéculation sur l'Au-delà. Son plaidoyer pour un gai désespoir me convainc moins. J'ai quand même l'impression que l'humanisme qu'il revendique est un autre lieu de l'espoir. En revanche, je le rejoins complètement, quoique pas tout à fait dans le sens où il s'y attendrait, sur un point essentiel. Un christianisme de morale, de valeur (y compris l'amour) peut tout à fait faire l'économie de Dieu. Si c'est dans la morale, dans les valeurs chrétiennes que se joue le christianisme, alors, il peut y avoir des chrétiens athées. Si Jésus de Nazareth est un maître de sagesse, alors il n'a pas besoin d'être Dieu. Je dirais d'ailleurs la même chose d'un christianisme rituel. C'est bien pourquoi je réfute l'appellation "chrétien" ou "protestants" a ceux qui se revendiquent de valeurs, d'une morale ou de pratique) En revanche, Comte-Sponville passe sous silence ce qui est au cœur de la foi chrétienne : la grâce qui relativise même la morale (si votre cœur vous condamne...) et qui sans limiter la liberté s'oppose au nihilisme (Tout est permis mais tout n'est pas utile)
La deuxième partie est la plus pauvre : sans prétendre prouver l'inexistence de Dieu, Comte-Sponville entend démontrer qu'il est plus raisonnable de ne pas croire que de croire. C'est peut-être vrai. Pour les besoins de cette démonstration, il donne une définition de Dieu. "

J'entends par Dieu un être éternel, spirituel et transcendant (à la fois extérieur et supérieur à la nature), qui aurait consciemment et volontairement créé l'univers. Il est supposé parfait et bienheureux, omniscient et omnipotent. C'est l'être suprême, créateur et incréé (il est cause de soi), infiniment bon et juste, dont tout dépend et qui ne dépend de rien. C'est l'absolu en acte et en personne

C'est là que le bas blesse puisque cette définition (qui doit sans doute beaucoup au catholicisme passé de Comte-Sponville) ne correspond pas au Dieu dont la Bible rend témoignage. (Avec un brin de perfidie, j'ajoute que l'athéisme d'André Comte-Sponville n'exclut pas les dieux des religions polythéistes ou les esprits des animistes). Du coup, c'est assez froidement que je reçois ses arguments contre un Dieu auquel je ne crois pas.
Comme je le disais en introduction, la 3ème et dernière partie, une spiritualité athée, était celle qui éveillait le plus ma curiosité. Et, c’était à prévoir, la spiritualité revendiquée par le philosophe est parfaitement opposée à ma compréhension de la grâce. Ici, ce n’est pas un conflit de pensées mais bien une opposition d’expériences. Tout d’abord, la spiritualité de Comte-Sponville s’inscrit dans la droite ligne des religions orientales ou de la mystique : elle est disparition de l’Ego, fusion dans le tout. Alors que la grâce est avant tout relation, et se vit donc dans l’altérité et la subjectivité. Dans l’expérience de la grâce, JE reste bien présent, je ne suis ni sublimé ni anéanti et JE prends conscience aussi bien de mes limites que de l’importance qui m’est donnée. Pourtant, je valide tout à fait l’expérience spirituelle décrite par A. Comte-Sponville, pour avoir fait moi-même, parfois, cette expérience, je comprend ce qu’il veut dire, de quoi il parle. Mais, me semble-t-il la bonne nouvelle de la grâce va plus loin. En effet l’expérience spirituelle est éphémère, fugace. Elle ne semble être là que pour donner soif, pour montrer les barreaux de la prison qu’est l’Ego. Faire l’expérience de la grâce, c’est s’apercevoir que ce n’est pas dans cette spiritualité éphémère que se joue notre salut ou notre liberté.Croire en cette grâce, c’est se savoir aimé alors même qu’on ne ressent plus cet amour, c’est être libéré quand bien même nous ne vivions plus cette liberté. Et, parce que la grâce se vit au quotidien, elle me semble offrir une ouverture d’esprit plus grande encore que la spiritualité, fut elle athée.
Je rejoins parfaitement André Comté-Sponville, lorsqu’il écrit que ce qui sépare l’athée du croyant, c’est que l’athée aime la vérité sans se croire aimé d’elle. Le point central du christianisme est en effet de croire que la vérité nous aime même lorsque nous ne l’aimons pas. L’important et dans cet amour bien plus que dans celui que nous éprouvons ou ressentons. Mon salut, notre salut, n’est pas d’aimer, ni même de se sentir aimé, mais d’être aimé.

 

André Comte-Sponville : L'esprit de l'athéisme. Ed Albin Michel

Quand l'Eglise réformée de Lyon refuse de signer...

12 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Juste un petit mot pour applaudir celà. En effet, sans même rentrer dans le débat, cette attitude me semble plus saine que celles qui consistent à déjà distribuer des bénédiction plus ou moins à la sauvette ou à menacer de démissionner si le débat de prend pas la tournure désirée...
Le débat pris au sérieux est, à mes yeux, une des qualité de notre Eglise. Puissions nous y rester fidèle...
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