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Miettes de théologie

Christianisme, écologie et pokemon

31 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Le sacré dont la nature était investie garantissait ce milieu contre les emprises escessives de l'homme. Il provoquait le respect. Maintenant, du fait de la désacralisation provoquée par le christianisme, le monde naturel est simplement composé de choses, ce qui n'entraîne aucun respect. Il n'y a dès lors plus aucune limite. L'homme est implicitement autorisé à faire n'importe quoi sur ce monde sans âme, il n'y a d'autre obstacle que celui de son imagination et ceux de ses moyens. Quand ceux-ci augmentent, les utilisation illimitées du capital nature augmentent aussi et les dilapidations.
J. ELLUL. La subversion du christianisme

L’écologie est devenue une préoccupation majeure de notre temps et c’est bien. Les Eglises en ont fait un cheval de bataille et c’est tout à leur honneur. Mais l’écologie est-elle une valeur chrétienne ? Je ne le crois pas.
En fait, je me rallie assez volontiers à l’idée qu’à l’inverse, la révélation biblique a, accidentellement, favorisé l’émergence d’un nihilisme face à la nature. En effet, le récit de création nous fait sortir de l’idée d’un univers vivant, animé (au sens de doté d’une âme). L’homme dans la nature n’est plus confronté à une multitude d’esprits et de dieux (des arbres, des rivières, du ciel, des astres, des animaux, etc.) qu’il convient de craindre et de traiter avec respect. Au contraire, il est placé dans un monde qu’il est appelé à soumettre et dominer (Genèse I, 28). Ce qu’il va faire de manière radicale, sans se fixer aucune limite…
Bien sûr, il s’agit ici d’une dérive. Dans la révélation, si l’homme est libre, placé comme gardien du jardin, il est aussi responsable devant Dieu. Mais quand la chrétienté se déchristianise, quand elle rompt sa relation à Dieu, l’homme reste seul dans un monde qu’il peut piller à l’envie.
Bref, il me paraît difficile de défendre l’idée d’un christianisme écologique (d’ailleurs il y aurait beaucoup à redire sur la relation de Jésus avec la nature).
Est ce que cela signifie qu’il nous faut rejeter l’écologie comme non chrétienne ? Bien sûr que non. Tout d’abord, une notion n’a pas besoin de trouver sa source dans l’Évangile pour être « bonne ». Et surtout, le message chrétien place l’homme comme responsable (c’est à dire celui qui répond) devant Dieu et devant ses frères et sœurs. Or, au nom de cette responsabilité, le chrétien peut s’engager dans le combat écologique. Devant Dieu, devant nos frères et sœurs, nous avons à répondre de ce que nous faisons de ce monde dans lequel nous vivons.
En revanche, en tant que chrétien nous devons nous garder d’une conception idolâtre de l’écologie. On voit en effet réapparaître, sous mains aspects, l’idée d’une nature vivante, sacrée qu’il nous faudrait respecter sous peine d’encourir sa colère. C’est le succès du New Age, du chamanisme, la résurgence du paganisme sous la forme du Wikka . C’est aussi la cosmologie asiatique de plus en plus présente dans notre culture. Les pokemon en sont un bon exemple, ces monstres de poches sont en effet étroitement liés à différents aspect de la natures (empruntés au shintoïsme). Bref, Pikachu et consorts sont une version à peine modernisée des esprits des eaux et des forêts. Je pourrais évoqué le succès (mérité) de dessins animés bien plus poétique et subtil tels que Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro. Une part non négligeable du discours écologique me paraît donc s’accompagner d’un retour à la personnification et à la vénération de la Nature.
Qu’on me comprenne bien, je ne lance pas d’accusation ni d’anathème, je n’appelle pas au boycott ni à la censure, je laisse mes enfants jouer aux pokemon, je n’affirme pas que l’antéchrist est écologiste (encore que je ne me sente, cette fois, pas si en désaccord que ça avec le Cardinal Biffi). Je me contente de rappeler que toutes les formes du discours écologistes ne sont pas compatibles avec le christianisme. Il ne s'agit pas non plus d'exclure le dialogue avec des visions du monde différente de la mienne. Bien au contraire, je crois que le refus de la confusion est une bonne base pour le dialogue.
Quoiqu'il en soit, je ne peux m’empêcher de trouver assez symptomatique de voir la responsabilisation céder progressivement la place à la sacralisation et la vénération…

La route, le GPS et le bulldozer

27 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 mars 07
Philippiens III, 8 à 14
Jean VIII, 1 à 11
Esaïe XLIII, 16 à 21

Ce matin, Esaïe nous parle d’une route qui nous est ouverte, c’est une image classique mais il m’a paru intéressant d’approfondir  un peu cette image. Ce matin, nous parlerons de route, de GPS et de bulldozer...

Quoi de plus normal, de plus prévisible pour le Dieu d’un peuple nomade que d’ouvrir une route ? Même dans sa sédentarité, le peuple hébreux, ces « traversants » n’oublie pas son passé de voyageurs, son histoire faite de passage, d’itinérance et de découverte. Après tout, cet idéal de voyage reste le notre. Si bien des images bibliques nous sont désormais difficilement compréhensible, l’appel de la route nous parle toujours autant : En route ! En marche ! sont des slogans qui font toujours recette. Rien de tel, dans une campagne électorale que d’accuser son adversaire d’immobilisme. Alors, le Dieu qui ouvre des routes n’est pas vraiment surprenant…
Pourtant, que les slogans dynamique de nos politiciens ne nous fassent pas perdre de vue notre résistance naturelle au mouvement, notre incroyable force d’inertie. N’oublions pas que l’immobilisme qu’il est de bon ton de condamner aujourd’hui n’a pas toujours été compris de façon aussi péjorative. Bien au contraire, la stabilité, le refus du changement sont apparues et apparaissent encore, dans bien des cultures humaines, comme infiniment souhaitable. Et ce désir d’immobilité transparaît à travers la Bible. Comme tous les peuples, comme tous les humains, les hébreux aspirent à la confortable certitude d’un monde immuable. Et, en réponse à ce désir, Dieu vient ouvrir des routes, renverser l’ordre établi des choses. Comment s’installer dans l’idée d’un monde qui sera toujours l même, si Dieu transforme le désert en fleuve ?Face aux certitudes humaines, le désert est définitivement sec, ce qui est sera toujours, Dieu vient ouvrir une brèche. Dans notre inertie, Dieu nous convertit au mouvement…
Et ce mouvement n’est pas seulement rupture avec l’immobilisme, il est aussi rupture avec le nomadisme. En effet, le nomade voyage en suivant une boucle. Il n’a pas de but définitif et ce sont finalement toujours les mêmes paysages qu’il arpente. Son voyage, tout comme le monde dans lequel il vit, n’est qu’un éternel recommencement. Le peuple hébreux, lui, ne suit pas une boucle, il traverse. Son but n’est pas la prochaine étape mais la terre promise. Le chemin que Dieu ouvre est aussi différent de l’itinéraire nomade que la droite l’est du cercle. On oublie en effet souvent qu’une des grandes nouveauté de la Bible, c’est la compréhension linéaire plutôt que cyclique du temps. Là où de nombreux peuples voyaient le temps comme une succession d’âge, sans cesse recommencée, à l’image du cycle des saisons, la Bible nous fait découvrir une histoire qui a un commencement et une fin, une histoire qui a un sens et un but.
Le Dieu qui ouvre des routes est un Dieu qui nous met en mouvement. En marche, nous sommes vivants. Mais notre marche n’est pas un vain activisme, une fuite en avant ou une boucle sans fin. Elle a un but. Un Dieu qui nous et en marche, c’est un Dieu qui nous délivre des situations figées, un Dieu qui donne un but, c’est un Dieu qui brise les cercles vicieux…

Mais si le voyage, l’ouverture d’une route est une promesse, c’est aussi une aventure. Tout d’abord, la terre promise est Terra incognita. Nous ne savons pas ce que nous y trouverons. Dieu promet monts et merveilles, mais c’est bien Par la confiance et non par la vue ou le savoir que nous marchons.
L’autre risque du voyage, dès que l’on parle de but à atteindre, c’est de se perdre, de se tromper de route (ou carrément de quitter la route) et de manquer le but.
Et c’est là qu’interviennent la religion. Puisque Dieu nous donne un but, puisqu’il nous ouvre une route, nous allons la baliser cette route, nous allons donner à nos frères et nos sœurs tous les panneaux indicateurs nécessaires. Et c’est ainsi que des hommes et des femmes, souvent dans les meilleures intentions du monde, se sont mis à établir tout un ensemble de règles et de prescription. Et bien sûr, les Églises se sont engouffrées dans cette idée. « nOus allons guider nos frères et nos sœurs ! Nous allons leur donner des repères, des balises ! Nous allons leur éclairer le chemin que Dieu veut pour eux ! » Et les Églises, toutes les Églises, qu’elles soient catholiques romaines, protestantes ou orthodoxes se sont transformées en GPS.
On peut d’ailleurs se poser ici la célèbre question de l’œuf ou la poule. En effet, les Églises se posent-elles comme des cartes routières parce que c’est ce que viennent leur demander ceux qui se tournent vers elles (« donnez moi des repères », « dites-moi comment mener ma vie » ? Ou bien les gens nous demandent-ils des repères parce que c’est en fournisseurs de signalisation que nous nous présentons ? Comment tout a-t-il commencé ? Avec l’œuf ou la poule ?
Finalement cela n’a pas grande importance. Le résultat est là : on attend des Églises chrétiennes ce qu’on attend de toutes les religions : des repères, des guides, un itinéraire selon lequel vivre sa vie… Et nous sommes tout heureux de nous transformer en GPS… Un de plus sur le marché… Et maintenant que nous avons perdu le monopole, nous nous étonnons et nous lamentons de voir nos anciens clients se tourner vers d’autres modèles, plus séduisant, plus souples ou au contraire plus précis…
Mais ce n’est pas là, le plus grave. Ce qui importe ce n’est pas cette baisse de demande, cette perte de clientèle ! Après tout, nous ne sommes pas un marché ni une industrie. Ce qui est grave, c’est que nous nous sommes éloignés du témoignage que nous avions à porter.
En effet, quand votre GPS vous indique que vous êtes perdu, que vous avez fait fausse route, il vous suffit de faire demi-tour, de refaire la route en sens inverse et de reprendre le bon chemin.
Mais quand l’itinéraire en question est votre vie, il est impossible de faire demi-tour. Quand votre GPS vous dit que vous vous êtes trompé, que vous êtes dans l’impasse, eh bien c’est trop tard : il n’y a plus rien à faire. Vous n’avez plus qu’à prendre votre tête entre vos mains et pleurer. A celles et ceux qui se sont perdus, le message d’une Église GPS n’est plus qu’un « Fallait pas », « T’avais qu’à pas », un « Tant pis pour toi » quand ce n’est pas carrément un « Bien fait pour toi ! ». Bref un message qui n’a plus rien à voir avec le Dieu libérateur de l’évangile…

A trop vouloir jouer au GPS, au guide, nous avons oublié que Dieu fait bien plus que nous montrer un chemin : il nous ouvre une route.
Quand son peuple s’est de lui-même jeté dans une voie sans issue, adorant d’autres dieux et se détournant de YHVH, Dieu vient percer une route. Là où le panneau indicateur ne suffit plus, là où le GPS ne fait qu’attester la fin de notre parcours, signer notre condamnation (« je te l’avais bien dit »), Dieu, quant à lui, se fait bulldozer : il renverse les obstacles, il défonce et écrase jusqu’à ce que l’impasse n’existe plus.
Affirmer que Dieu nous ouvre un chemin, c’est bien plus que jalonner ce chemin, c’est affirmer qu’il est toujours possible de repartir. « J’ouvre une route ». C’est l’action prophétiques de ceux qui se tournent vers les plus démunis. J’ouvre une route. C’est le pardon de la femme adultère : « Moi non plus, je ne te condamne pas » cela signifie : regarde, tu es sortie de ton impasse, plus aucun mur, plus aucun juge ne se dresse face à toi. Ta vie n’est pas arrêtée. « Va et ne pèche plus », n’est pas un avertissement, cela ne signifie pas « C’est ta dernière chance » mais simplement « Évite les voies sans issues, ne te rejette pas dans l’impasse ». J’ouvre une route. C’est le message de la résurrection.
Il n’y a plus d’impasse. Dieu est le bulldozer qui pour toi comme pour moi ouvre un chemin nouveau. Voilà ce que devrait être le message de nos Églises.
Bien sûr, nous avons sans doute notre mot à dire sur certaines voies qui sont manifestement sans issues (de toute façon nous ne nous tairions pas). Mais avant tout, pour nos frères et sœurs que ces GPS qui pullulent laissent dans l’impasse (quand il ne les y jette pas carrément, nous sommes appelés à témoigner du Dieu de l’entraide, du pardon et de la résurrection, le Dieu bulldozer qui met fin à toute impasse.

Mon frère, ma sœur, un chemin est ouvert pour toi aujourd’hui. Et quand tu crois être au bout de ta route, au fond de l’impasse, lève les yeux vers notre Dieu, et constate : les murs se sont effondrés, renversés par son amour. Avec lui, ta vie reprend. Avance sans craindre de te perdre. Lui, te retrouvera toujours. Pour le Dieu vivant, il n’y a pas d’impasse.
Amen.

Figures bibliques (7) Amos

25 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Je ne suis pas prophète, je ne suis pas frère prophète ; je suis bouvier et pinceur de sycomores.  Mais Yahvé m’a pris de derrière le troupeau et Yahvé m’a dit : “ Va, prophétise à mon peuple Israël. ” (Amos VII, 14-15)

D’Amos on connaît surtout la vigueur de son message, son intransigeance qui nous rappelle que l’impiété se situe moins dans la façon de rendre un culte à YHVH que dans la manière de traiter les plus petits. La religion d’Amos n’est pas le culte officiel mais la justice sociale et la violence de ses paroles contre le comportement d’Israël est impressionnante. Amos est celui qui dit non à l’injustice, non à l’écrasement du pauvre par le riche. Il est celui qui, hors des cadres institutionnels, un bouvier saisi par Dieu qui refuse de se taire.
Amos est aussi celui qui, face au prêtre Amatsia, représentant de l’autorité, refuse de se taire
Mais la compassion d’Amos est moins connue

Voici ce que me fit voir le Seigneur Yahvé : il produisait des sauterelles, au temps où le regain commence à pousser, c’est le regain après la coupe du roi. Et comme elles achevaient de dévorer l’herbe du pays, je dis : « Seigneur Yahvé, pardonne, je t’en prie ! Comment Jacob tiendra–t–il ? Il est si petit ! » Yahvé en eut du repentir : « Cela ne sera pas », dit Yahvé. Voici ce que me fit voir le Seigneur Yahvé : Le Seigneur Yahvé intentait un procès par le feu : celui–ci dévora le grand Abîme, puis il dévora la campagne. Je dis : « Seigneur Yahvé, cesse, je t’en prie ! Comment Jacob tiendra–t–il ? Il est si petit ! » Yahvé en eut du repentir : « Cela non plus ne sera pas », dit le Seigneur Yahvé.
Amos VII (1 à 6)


Voici donc que se pourfendeur d’injustice, cet annonciateur de malédiction, ce prophète de malheur, s’émeut du sort d’Israël. Ni son statut de peuple élu, ni sa piété, ni sa possible repentance ne peut protéger Israël de la colère de Dieu. Seule sa faiblesse peut lui valoir la pitié de l’Eternel. L’intransigeant Amos fond devant ce qui est sans défense. . Pour le prophète, la miséricorde reste le premier devoir du puissant face au petit, et cela s’applique à YHVH, lui-même…

Voilà, quelques lignes sur Amos parce que le nôtre fête ses 10 ans aujourd’hui. J’ignore s’il sera plein de l’ardeur de son bouillant éponyme mais je sais que déjà, il se laisse facilement désarmer par la faiblesse et la fragilité qu’il ressent chez l’autre. Une attitude dont nous ne pouvons que nous réjouir…

 

Moi, Paul !

23 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le problème de l’annonce de l’Évangile est toujours le même : je l’ai rencontré de manière aiguë en Galatie, puis ici, à Corinthe. Chacun sait ce qu’il attend d’un message religieux : un dépassement de la condition humaine, un modèle idéal auquel on puisse s’identifier pour trouver une dignité, une doctrine qui réponde aux énigmes de l’existence, console de la misère et rende supportable la maladie, la souffrance et la mort. On attend donc des porteurs de vérités religieuses qu’ils promettent des miracles et qu’ils accomplissent des prodiges. Chacun doit se mesurer à une rude concurrence sur le marché de la spiritualité, de la sagesse quotidienne et des idées. Or, j’ai acquis depuis longtemps la conviction et je sais que la vérité que j’ai été chargé d’annoncer est, à cet égard, un produit peu compétitif. Car je n’ai rien d’extraordinaire à apporter, pas de brillant système philosophique à admirer, pas de profonds mystères à sonder, pas de guérisons en chaîne. Et ma personne elle-même n’en impose pas. Malgré tout, en profondeur, l’Évangile est entré et la foi est née en Galatie. Une puissance créatrice qui donne la joie perce qu’elle suscite en chaque personne qui y met sa confiance une conscience nouvelle de sa valeur et son identité propre. Elle transmet une certitude qui transforme des gens en sujets et elle crée, à l’intérieur de la Cité, un réseau de communautés formant une société qui peut être plurielle et ouverte parce qu’elle est faite de personnes qui se reconnaissent comme responsables.
F. Vouga : Moi, Paul !

Comme s’il suivait les traces de Gerd Theissen avec son Ombre du galiléen, Vouga s’essaye au roman théologique. Bon pas tout à fait au roman, disons à l'ouvrage théologique romancé... En effet, Moi Paul ! n’est pas une biographie de l’apôtre Paul, mais le professeur de Nouveau Testament de la Kirchliche Hochschule Bethel écrit les confessions de l’apôtres. L’intérêt est double : tout d’abord un ouvrage de spécialiste est ainsi mis à la portée du grand public (je suis navré si cela peut paraître élitiste mais je suis parfois assez fatigué de voir  les lieux communs voire les stupidités que l’on peut trouver dans les best-sellers biblique) et surtout plutôt que des spéculations sur la vie de l’apôtres, Vouga nous convie à découvrir sa pensée. Il ne s’attache pas aux conceptions éthiques et sociologiques de Paul (conceptions qui ne font que rappeler à quel point Paul est un témoin de son temps) mais à la manière dont il comprend le message de Jésus Christ. Ce livre ne prétend pas nous apprendre si Paul était ou non un horrible macho esclavagiste et homophobe, l’enjeu est bien plus ambitieux, concentrer en un livre, écrit à la première personne, la théologie de Paul telle que la révèlent ses épîtres. Un projet ambitieux et un essai réussi à mon avis : à partir d’une clef de lecture « Tout est grâce », Vouga nous présente dans la façon dont Paul comprend la rupture de la croix, il nous montre ce qu’est la « création nouvelle » pour l’apôtre et comment celui-ci appréhende la sagesse et la folie, l’unité et la pluralité, la Loi et la grâce. Il nous éclaire sur les querelles de l’aube du christianisme et surtout nous fait entrer dans un message radical. Moi, Paul est un livre accessible, je crois mais ce n’est pas un livre facile. Entrer dans la théologie paulinienne, c’est aller à des lieues de l’image que l’on se fait généralement du christianisme et, écrit sur le mode des confessions, le livre ne fait pas dans la démonstration structurée mais plutôt dans l’affirmation forte, une affirmation dont il convient de peser chaque mots…
Ce parti pris d’inventer à l’apôtre des confessions est d’ailleurs à l’origine de ce qui est peut-être la principale faiblesse du livre : on aimerait savoir ce qui permet à Vouga d’interpréter ainsi tel ou tel propos, ce qui le conduit à telle ou telle hypothèse sur la vie de Paul ou sur les disputatio chrétiennes de l’époque. Bien sûr, il est toujours possible de se référer à ces ouvrages plus conventionnels Une théologie du Nouveau Testament ou Querelles fondatrices (celui là, je ne l’ai pas lu, mais je sens que je vais me le procurer bientôt), mais quelques notes de bas de page auraient été bienvenues…
Une autre faiblesse, le style parfois litanique, dont l’effet est encore renforcé par la mise en page, n’est pas toujours des plus heureux, je trouve…
Ceci dit, à celles et ceux qui s’interrogeraient sur mon admiration avouée pour l’apôtre des gentils, je recommande chaleureusement la lecture de ces confessions imaginaires de Paul

François VOUGA : Moi, Paul ! Editions Bayard

Les empêchements

22 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
Qu’est ce qui empêche que cette bonne nouvelle d’un Dieu qui nous aime et nous rejoint, soit pour moi aussi ? Qu’est ce qui empêche que je connaisse ce changement radical de perspectives ? Qu’est ce qui empêche, que je sois, moi aussi, reconnu comme membre de la communauté ?
Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
Et il s’y connaît en empêchement, celui qui pose cette question. Étranger, peut-être prosélyte, au moins craignant Dieu, son statut d’eunuque lui interdit de toute façon l’accès au Temple. Il sait donc bien à quel point il est difficile d’accéder à ce Dieu sans montrer « patte blanche », il sait bien à quel point les critères des religions sont stricts : relier à Dieu, peut-être mais présente tes papiers d’abord… Il se méfie, l’eunuque, il sait bien qu’après les beaux discours viennent les exigence, que l’Autre monde dont parle les religions prône l’immigration choisie…
Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
Et la réponse tombe, aussi limpide que les eaux du baptême. Rien (même si des témoins occidentaux insèrent ici une déclaration de foi). Philippe ne pose aucune exigence, aucune condition. Le baptême est demandé, le baptême est reçu. L’accueil est inconditionnel. C’est là, le cœur de l’Évangile :  tel que tu es, tu es reçu…
Qu’est ce qui empêche que je sois baptisé ?
En tant qu’Église, cette question nous interpelle. Nous sommes devenus avares de baptême, jaloux de la Bonne Nouvelle. Annoncer l’Évangile, certes ! Mais à condition qu’ils comprennent, à condition qu’ils le vivent, à condition qu’ils en soient dignes. Annoncer l’Évangile, bien sûr ! Mais pas à n’importe qui…

Seigneur, pardonne à ton Église d’avoir reconstruit remparts et chausse-trappes là où tu avais fait place nette ! Pardonne-nous d’avoir transformé le libre accès en parcours du combattant ! Délivre-nous de notre volonté de tri, de nos critères de sélection, replace nous dans l’audace de l’accueil sans réserve.Fais taire en nos Eglises tout ce qui empêche l'accueil de nos frères et soeurs.
Que plus rien n’empêche celui qui veut être reçu et reconnu…

Amen

D'après Actes des apôtres, VIII, 36 à 40


La bonne mort

20 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

On aimerait que ce soit plus simple. Selon le camp dans lequel on se place, on aimerait que les opposants à l’euthanasie soient d’horribles bigots revendiquant une souffrance rédemptrice ou de terrifiants médecins se prenant pour Dieu et s’acharnant thérapeutiquement sur le malade, le transformant en champs de bataille contre la mort. Ou bien, à l’opposé, on aimerait que les partisans de l’euthanasie soient d’irresponsables eugénistes, estimant que donner la mort est aussi anodin qu’administrer un vaccin, ou d’infâmes comptables, calculant le prix que le malade va coûter à sa famille et à la société… Malheureusement, les choses ne sont pas si simples. Dans chaque camp, on trouve surtout des hommes et des femmes confrontés à l’insupportable question de la souffrance et tentant de trouver une attitude acceptable face à l’inacceptable. Ceci posé, je ne jouerai pas les normands, ni la carte du « sans opinion ». Je suis, personnellement, hostile à l’euthanasie et plus encore à sa légalisation (je peux en effet être relativement hostile à quelque chose tout en étant favorable à sa légalisation)

Je suis hostile à l’euthanasie, non pas à cause du caractère sacré de la vie, et certainement pas à cause du caractère rédempteur de la souffrance (je réfute catégoriquement cette idée). Mais les plaidoyers pour la « bonne mort » sont généralement structuré en trois axes, or je suis en désaccord complet avec deux des trois.

Je suis d’accord avec le premier axe : la souffrance doit être combattue sous toutes ses formes. Mais ici, il existe une voie autre que l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie : les soins palliatifs.  Une voie encore à peine explorée, une voie sans doute dispendieuse mais la vie et la dignité ont elles un prix ?

Le deuxième axe  en revanche me pose problème : l’idée que la souffrance supprime (ou tout au moins diminue) la dignité humaine. Bien sûr l’idée n’est jamais exprimée aussi directement mais elle est bien présente dans « le droit à mourir dignement ». Or c’est une idée malsaine, voire dangereuse. La souffrance physique, la souffrance morale l’angoisse face à la mort ne diminuent en rien la dignité de l’individu, elles ne lui retirent rien de son caractère humain. Voilà ce qu’il est urgent d’affirmer. Et cette affirmation ne peut se limiter à un discours : il faut que tout soit mis en œuvre en termes d’accompagnement et d’éducation pour que dans notre regard et le sien, celui qui souffre reste entièrement un être humain digne de respect, digne de  considération et digne d’être aimé.

Le troisième axe souvent utilisé me paraît ne pas tenir la route : le droit de chaque être humain à choisir sa mort est une illusion complète. Il est d’ailleurs assez paradoxal que dans le débat sur l ‘euthanasie, on oppose euthanasie et acharnement thérapeutique, alors qu’en fin de compte ils ressortent tous deux de la même conviction, de la même illusion que l’homme peut se rendre maître de sa mort… C’est justement cette illusion qui provoque ma très forte hostilité à une légalisation de l’euthanasie. En effet, légaliser l’euthanasie équivaudrait à dire que la souffrance rend le suicide acceptable… Message désastreux quand on sait à quel point le suicide fait des ravages. Bien sûr, une loi permettant l’euthanasie fixera un cadre strict mais le message n’en sera pas moins lancé (il l’est déjà beaucoup trop à mon goût). Et puis ce cadre, qui va le fixer ? Qui va décider à partir de quel degré de souffrance la mort devient une option acceptable ? Quel juge, quel médecin, quel dieu pourra dire « Effectivement votre cas est désespéré et insupportable, vous êtes autorisé à mourir » ou bien « non, vous n’avez pas encore atteint le seuil limite, patientez encore un peu… » ?

A mon avis une légalisation de l’euthanasie donnerait un message désastreux sur la valeur de la vie et poserait des questions insolubles : à partir de quand ? qui décide ? que faire face à l’inconscience et à la démence ?

 

 

C’est pour cela que je suis assez d’accord avec le verdict rendu par la Justice lors de l’affaire du Dr Laurence Tramois et de Chantal Chanel : c’est un verdict qui punit l’acte lui-même sans pour autant détruire la vie ni la carrière de celle qui l’a accompli, un verdict qui condamne l’euthanasie sans oublier qu’elle peut partir d’un sentiment de compassion.

 

 

Post scriptum : Petit ajout après une discussion avec des collègues. Quelles que soient mes positions sur l’euthanasie, il ne me viendrait pas à l’idée de refuser un service religieux lors de l’inhumation d’une personne dont la mort aurait été médicalement assistée (en fait je n’avais même pas envisagé qu’on puisse interpréter ainsi ma position, mais c’est vrai que le cas s’est posé récemment en Italie)

Deux rappels : tout d’abord, pour les protestants, le service d’inhumation n’est pas un viatique, son but n’est pas d’ouvrir au défunt les portes du paradis mais d’accompagner les vivants dans leur deuil, de leur proposer une parole de consolation et d’espérance. Le suicide ne nous empêche certainement pas de célébrer un service (et sauf volonté de la famille nous ne cachons pas la cause de la mort), il n’y a pas davantage de raison que l’euthanasie le fasse.

De plus, l’Évangile m’appelle, non pas à juger, mais à accompagner les personnes quelles que soit mon opinion sur leurs choix. Je pense qu’en refusant un service religieux à Piergiorgio Welby, l’Église catholique romaine a perdu de vue l’Évangile en se focalisant sur un combat politique. C’est très dommage…

Isaac et Rebecca

18 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 18 mars

Culte des familles.

Franchement le patron, il exagère. Voilà que monsieur Abraham a décidé de marier son fils unique, Isaac. Jusque là, c’est plutôt une bonne nouvelle : on va faire une fête à tout casser ! huit jour de noce ! Super
Sauf que c’est pas si simple ! Parce que Isaac ne peut pas épouser une fille du pays de Canaan… Hé non ! Il faut qu’il se marie avec une fille du clan de son père, c’est la tradition. Et Abraham, il vient d’Haran, 500 kilomètres à vol de chameau. Bon, donc il va falloir qu’Isaac fasse le voyage jusque là-bas pour se trouver une femme. Donc il va falloir attendre qu’il soit revenu pour faire la fête…
Sauf que c’est pas si simple ! Parce que comme dit Abraham : « Tu comprends, Dieu nous a ordonné de venir ici, c’est pas pour rien, donc il n’est pas question que mon fils retourne là bas…
Ben voyons ! Il a bon dos, Dieu.
Et donc, qui va devoir faire le trajet jusqu’à Haran (plus de 500km à vol de chameau) pour aller demander à une fille d’épouser un gars qu’elle n’a jamais vu ? Eh oui, c’est bibi !
Ceci dit, le patron s’est montré grand prince : il m’a dit « Si tu ne trouves personnes, si aucune fille ne veut t’accompagner, tu es libéré de ta promesse »
Là, je me suis méfié : autant de largesse d’esprit alors qu’il voulait absolument marier son fils : ça cachait sûrement quelque chose.
J’avais raison. Ca cachait quelque chose, ou plutôt, ça cachait quelqu’un ; Quelqu’un qui est toujours là même quand on ne le sait pas ! Quelqu’un qui s’arrange toujours pour que les choses tournent selon ses projets ! Vous voyez qui je veux dire ?
Oui, Dieu justement !

Et pourtant, j’avais trouvé la combine idéale. Je m’étais arrangé avec Dieu. Une fois arrivé à Haran, je me suis assis à côté d’un puit et j’ai dit à Dieu : « Voilà ce qu’on va faire, la fille à qui je demanderai à boire et qui me donnera à boire et qui donnera aussi à boire à mes chameaux, ce sera elle. »
Vous saisissez l’astuce ? Comme, faut bien dire ce qui est, je suis un croulant et qu’aujourd’hui, il n’y a plus de jeunesse, que les jeunes n’ont plus aucun respect pour les vieux, aucune chance pour que je trouve quelqu’un. Aucune chance pour qu’une jeune femme réponde ainsi à ma demande. Donc je serais libéré de ma promesse et je n’aurais pas à faire le voyage retour. Je pourrais rester tranquillement au pays de mes ancêtres… Enfin c’est ce que je pensais. Mais j’avais à peine fini de poser mes conditions à Dieu qu’une jeune fille est arrivé au bord de puit. Et là, je dois dire que si j’avait eu 40 ans de moins… parce que franchement, elle était splendide!

Bon, je me ressaisis, je rentre ma langue qui pends, ,je ferme ma bouche, j’essuie la bave à mes lèvres et je lui demande à boire. Et là, vous savez ce qu’elle me répond : Bois, bois jusqu’à plus soif et quand tu auras fini de boire, je donnerai aussi à boire à tes chameaux.

C’était elle ! Et moi qui pensais que c’était impossible ! D’ailleurs je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c’est une habitude chez Dieu : on lui demande un petit truc, rien qui sorte de l’extraordinaire : « fais que je retrouve mes clefs, fais qu’il fasse beau demain, ou que mon prof soit absent ». Rien, silence radio. En revanche quand on ne veut surtout pas qu’Il vienne se mêler de nos projets, quand il n’y a pas une chance sur 1000 que tout se passe comme prévu, alors là, Le voilà qui chamboule toutes les probabilités…

Enfin, je me suis dit : « J’ai encore une chance de pouvoir rester là, maintenant, il faut que la famille accepte qu’elle parte ». Parce qu’à l’époque, les filles pouvaient pas faire comme ça ce dont elles avaient envies, c’était le bon temps…

Donc, on est allé demandé à sa famille. Et vous savez ce qu’ils m’ont répondu ? Ben, ils ont dit accepté tout de suite. Ils ont dit : « Cette histoire, c’est Dieu qui l’a voulu, donc nous, on n’a rien à dire. » Et puis, il m’ont dit : dans une dizaine de jour, elle partira avec toi.

Alors là, j’ai dit « Non ! Je dois partir tout de suite »

Vous comprenez, c’était ma dernière chance : peut-être qu’en les bousculant comme ça, en mettant autant de conditions, ils allaient s’énerver et m’envoyer promener…

Alors, ils ont dit : « demandons à Rébecca »

Et ils lui ont demandé : « Es tu prête à partir tout de suite avec cet homme ? »

Et elle a répondu « Oui »

Alors, je l’ai ramenée avec moi en Canaan. Vous savez, plus de 500 km à vol de chameau…

Et  un jour, alors qu’on se rapprochait du campement d’Abraham, elle est venue me trouver toute excitée en disant : Il y a un homme qui vient à notre rencontre, il faut que je sache qui c’est…

Croyez moi, mais j’ai tout de suite compris ce qui se passait : à mon âge, on en a vu des coups de foudre, des filles amoureuses...
C’était bien ma veine : tout ce voyage pour que juste à l’arrivée, elle tombe amoureuse d’un autre…
Alors je suis sorti, pour voir la tête qu’il avait ce briseur de ménage !
Et j’ai vu l’homme qui s’avançait vers nous et je l’ai reconnu. Alors je me suis tourné vers Rébecca et je lui dit : Cet home qui vient, c’est mon maître, c’est Isaac, ton mari !

Alors elle s’est élancée vers lui, et là, j’ai bien vu que ces deux là, Dieu les avait unis.

Et croyez-moi, même pour un vieux râleur comme moi, c’est beau une histoire d’amour qui finit bien

Parce que Rébecca et Isaac se sont mariés, ils ont vécus une vie de couple ordinaire et ils ont eu deux enfants et à ces enfants, il leur en est arrivé des choses mais ça, c’est une autre histoire…

Inspiré, pas si librement que ça de Genèse XXIV

En campagne ?

13 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Tiens ! Et si on parlait politique, un peu ! C’est vrai quoi ! La campagne présidentielle occupe de plus en plus les esprits et les pages des journaux. Il serait peut-être un peu temps que je m’y mette…

En effet, je réfute catégoriquement l’assertion « l’Église ne doit pas faire de politique ». Au contraire, toute Église doit tout faire pour rester un interlocuteur des pouvoirs politiques. Pas un laquais, ni un alibi. Certainement pas un maître ou un directeur de conscience. Mais un interlocuteur, prêt à critiquer, à proposer d’autres voies, à dire non ou au contraire à encourager. La liberté d’une Église, c’est de ne pas se poser en gouvernant potentiel. Elle peut donc s’affranchir de la nécessité de séduction électorale. De plus, se réclamant d’un message radical, d’une bonne nouvelle qui bouleverse les regards que nous portons sur notre monde, une Église peut, au risque de se faire taxer d’irréalisme, réfuter bien des prétendues « évidences ». Je ne veux pas d’une Église politicienne et encore moins d’une Église apolitique. Je rêve d’une Église qui se pose en prophète. Une Église qui ne fuit pas la scène politique mais qui y prend la parole. Une Église qui ne cherche pas le pouvoir, ni le compromis mais qui interroge, interpelle, encourage ou dénonce. Librement. Et je trouve bien souvent que les différentes Églises entrent dans cette démarche. Qu’elles montrent qu’elle peuvent être présentes mais avec du recul, militantes mais pas partisanes. Dans cette campagne, nos Églises n’ont pas à se prononcer pour tel ou tel candidat (en revanche dénoncer des idées qui vont à rebours de la bonne nouvelle me paraît légitime….) mais à les interpeller, à les questionner. Je crois qu’elle le font et j’avoue regretter que les médias se fassent davantage l’écho de prises de positions contre l’homosexualité (en oubliant de signaler que certaines Églises ont refusé de signer cette déclaration ou qu’un pasteur l’ayant signée s’est vu désavoué par sa hiérarchie) ou réclamant que Dieu soit nommé dans la constitution européennes plutôt que le défi Michée, ou bien que les 12 propositions pour une société plus juste, qui me paraissent avoir une portée bien plus forte…

Je ne suis pas non plus un fan du devoir de réserve du pasteur. D’une part je suis très attaché aux principes du libre examen et du sacerdoce universel pour accepter l’idée que ma parole ou mes prises de position engagent toute la communauté. Je ne suis pas un gourou, ni un directeur de conscience. Et, Dieu merci, les paroissiens d’Évreux ne se gênent pas pour ne pas être d’accord avec moi. D’autre part, c’est à mon avis donner trop d’importance aux convictions politiques, que de penser que celles ci viennent constituer une entrave à la fraternité d’une communauté. Si l’Évangile n’exclut pas la prise de position politique, il nous invite à prendre un peu de recule vis à vis de nos convictions. Si celui ou celle qui ne partage pas mes opinions cesse d’être mon frère ou ma sœur, alors, je suis dans l’idolâtrie : je vois un autre salut que celui de la grâce. Je ne vois donc pas pourquoi un pasteur devrait faire mystère de ses convictions (toute proportions gardées bien sûr) et afficher une mensongère neutralité.

Et pourtant, ce blog ne deviendra pas un blog de campagne. A priori, vous ne trouverez pas ici de fine analyse des discours de Sarkozy, de spéculations sur les chances de Bayrou ni de rélfexion sur la campagne de Ségolène Royale (une opposition forte aux discours du Front National, en revanche, il a plus de chance). Je m’intéresse à la campagne, je m’informe des programmes des différents candidats, j’ai mes sympathies et mes antipathies (je les crois, du reste, assez transparentes). Je ne pousse pas mon pessimisme quant à l’homme, ni mon anarchisme chrétien jusqu’au bout : je voterai et j’appelle à voter. Je vais même vous confesser que j’adore les soirées d’élections télévisées : je me comporte alors en véritable supporter : je vocifère, je râle, je conteste, j’applaudis (enfin, ça c’est plutôt rare). Mais écrire des articles politiques, franchement, je n’en ai aucune envie. Je suis un piètre analyste politique (un piètre théologien aussi, mais la théologie, ça m’amuse…). Et vous trouverez sur internet, plein de sites et de blogs de droite ou de gauche, de qualité…

Bref, ici, sauf exception, on va continuer à parler de ces choses pas sérieuses, bien plus essentielles. D’accord ?

Michée s'adresse aux candidats

12 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

La lettre que le défi Michée adresse aux candidats à la présidentielle

Monsieur, Madame,

En l’an 2000, notre pays, avec l’ensemble des Etats Membres des Nations Unies paraphait la Déclaration du Millénaire. En cela, ils déclaraient solennellement que le troisième millénaire ne serait pas celui de la faim, du VIH et de la dégradation de l’environnement. Sur la base de 8 engagements clefs, les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), la communauté internationale s’engageait à réduire de moitié l’extrême pauvreté dans le monde d’ici à 2015.

LE DÉFI MICHÉE

En écho à cette initiative, le Défi Michée1 International a été créé en 2004, sous l’impulsion de l’Alliance Evangélique Mondiale (qui représente 400 millions de protestants) et d’un réseau d’environ 300 organisations humanitaires. L’objectif du Défi Michée est de mobiliser les chrétiens dans la lutte contre la pauvreté et l’injustice et d’encourager les gouvernants à respecter les engagements pris à l’ONU.

En France, le Défi Michée a été lancé par l’Alliance Evangélique Française et le Service d’Entraide et de Liaison (S.E.L., première organisation protestante française de solidarité internationale), et est soutenu par l’immense majorité des Eglises protestantes, réformées, luthériennes et évangéliques. Au niveau international, il est également membre de la plateforme Global Call to Action against Poverty (en France : Action Mondiale Contre la
Pauvreté).

L’ÉTAT DU MONDE

Si certaines régions du monde, en particulier l’Asie du Sud-Est, ont connu un fort développement économique, le bilan global de réduction de la pauvreté reste mitigé, voire même négatif en ce qui concerne une bonne partie de l’Afrique subsaharienne. Au rythme actuel, le continent africain n’atteindra les objectifs fixés en termes de réduction de la mortalité infantile qu’en 2165 ! Pire encore, selon la F.A.O., le nombre de personnes souffrant de la faim est reparti à la hausse après une baisse sensible dans les années 1990.

D’ici à 2015,l’échec des OMD signifierait la mort, faute d’accès aux soins, à une hygiène et à une alimentation de base, de 45 millions d’enfants et l’impossibilité, pour près de 100 millions d’autres, d’aller à l’école.

La France a consenti des efforts, notamment en augmentant son aide au développement et en proposant une taxe sur les billets d’avion internationaux. Cependant, elle est encore loin de tenir ses promesses. L’Aide Publique au Développement représente aujourd’hui 0.42% de notre PNB. Pour tenir ses engagements, la France devrait porter cette contribution à 0.7% d’ici à 2012 (tout en n’y incluant qu’une aide ‘réelle’ et de qualité à destination des populations les plus pauvres). Sans la détermination de celui ou celle qui sera à la tête de notre pays pour les cinq prochaines années, il sera impossible à notre
pays d’honorer ses engagements.

NOS QUESTIONS

Les élections se rapprochant, nous souhaitons connaître et faire connaître la position des divers candidats, et la vôtre en particulier, sur les questions internationales de lutte contre la
pauvreté et les injustices.

Vos réponses et celles des autres candidats seront diffusées dans les médias, notamment
protestants, afin d’aider les croyants à prendre en compte ces problématiques lorsqu’ils se
rendront aux urnes.

· Si vous êtes choisi(e) par le peuple français le 6 mai prochain, quelles sont vos propositions pour permettre à la France d’honorer ses engagements et de contribuer à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement ?

· En tant que Président(e) de la République, vous serez amené(e) à peser sur le fonctionnement des relations internationales et pourrez porter des réformes pour rééquilibrer les relations entre le Nord et le Sud de la planète.
Quelles réformes du commerce international vous semblent souhaitables ?

· Sur 42 millions de personnes touchées par le virus du Sida, 39 millions vivent dans les pays en développement. Ainsi, au Botswana 40% des adultes sont contaminés par le VIH. La production de médicaments génériques par les pays en développement est entravée notamment pour des raisons de protection de brevets.
Comment permettre aux pays en développement d’accéder aux médicaments de base à un coût acceptable ?

· L’endettement démesuré des pays les plus pauvres bloque l’avenir de millions d’hommes et de femmes dans les pays du Sud, et contribue à la mort d’un enfant toutes les 3 secondes. Les responsabilités d’une telle situation sont partagées entre nos pays créanciers et les dirigeants (actuels ou passés) des pays endettés. Mais aujourd’hui le remboursement annuel de la dette enlève plus de 300 milliards de dollars aux budgets des pays du Sud, soit plus de dix fois l’aide qu’ils reçoivent effectivement.
Quelles mesures faut-il prendre pour éviter que les dettes des pays pauvres ne soient encore cause de souffrance ?

Comment la France pourrait-elle soutenir la mise en place de règles internationales équitables pour qu’une telle situation ne se reproduise plus ?

Ces questions sont importantes à nos yeux et aux yeux du Dieu en qui nous croyons. La Bible s’en fait largement l’écho. Elle nous invite à ne pas fermer notre main au pauvre mais aussi à « ouvrir notre bouche pour défendre ceux qui ne peuvent parler, pour défendre les droits de tous ceux qui sont délaissés... les droits des malheureux et des pauvres ! » (La Bible,livre des Proverbes, chapitre 31.8-9).

Nous ne doutons pas que les questions d’extrême pauvreté soient également au coeur de vos préoccupations. C’est pourquoi nous espérons une réponse rapide de votre part.

Dans cette attente, Monsieur, nous vous prions d’agréer nos salutations respectueuses.

Patrick Guiborat Directeur Général du S.E.L.
Thierry Seewald Coordinateur du Défi Michée France
Stéphane Lauzet Secrétaire Général de l’Alliance Evangélique Française

Sur le blog de Kiyomi, les premières réponses

Une souffrance absurde

11 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 11 mars 2007
Exode III, 1 à 15
Romains VIII
Luc XIII, 1 à 9

Persécution en Galilée, accident mortel à Siloë, deux faits divers qui viennent nous rappeler que si les temps ont passé, le monde des évangiles est bien le nôtre, avec son lot de violence quotidienne et de souffrance banale. Et, face à cette souffrance, une question se pose, toujours la même, « pourquoi ? »
En effet, il est vital de trouver des explications, des causes à ce genre de catastrophe. Il est bien trop inquiétant d’accepter qu’elles puissent se produire « comme ça », sans raison. Alors bien sûr, à des époques très croyantes, l’explication est toute trouvée : « les victimes ont offensé le(s) dieu(x) ». Cette culpabilisation des victime est d’ailleurs doublement rassurante puisque non seulement elle offre une explication mais qu’en plus, « puisque c’est de leur faute que ça leur est arrivé, moi qui vaut bien mieux, je ne risque rien ». Mais n’imaginons pas que ce raisonnement n’a lieu que dans des société superstitieuses, voyant la main de(s) dieu(x) partout. Notre société moderne, sécularisée a conservé le même réflexe : nous continuons à culpabiliser les victimes, à chercher dans leur comportement la cause de ce qui leur est arrivé : « il fumait trop », «  il exhibait trop sa richesse », « elle était trop provocante », « ils ont été imprudents »… Et voilà, en une phrase, la victime rendu e coupable de sa souffrance. Pourquoi ? Parce que cela nous rassure. Parce que si c’est sa faute, je ne risque rien ? La souffrance absurde nous terrifie parce qu’elle pourrait nous arriver à nous…
Pensez vous, parce qu’ils ont soufferts, qu’il étaient plus pêcheurs que tous les galiléen ? Non…
En une phrase Jésus réfute la culpabilisation des victimes. Non il n’ont pas mérité plus que d’autres le malheur qui s’est abattu sur eux. Non, ils ne sont pas victimes d’une juste vengeance de Dieu. Non, vous n’êtes pas à l’abri… En effet, non seulement Jésus dénonce l’explication habituelle, mais il n’en fournit pas d’autre. La souffrance, le malheur restent absurdes, vides de toute signification…Rien ne distingue les victimes de Pilate des autres galiléens. Rien ne distingue les sinistré de Siloë des autres habitants de Jérusalem. Ou plutôt une seule chose : ceux-là sont morts alors que les autres sont vivants… Pourquoi ? C’est une question qui n’a pas de réponse…

Jésus ne vient pas ici expliquer l’existence du mal, il renvoie ses auditeur, il nous renvoie à notre propre vie. Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de même. Il est bien sûr tentant d’y lire une menace. Après tout, on nous a habitué à un Dieu menaçant. Et on s’attend effectivement à ce que Jésus nous dise « Que cela vous serve de leçon. Convertissez-vous ou vous mourrez aussi…
Mais je ne crois pas que ce soit ici le propos de Jésus. Tout d’abord parce que cette interprétation viendrait contredire sa réponse : ils n’étaient pas plus pécheurs que les autres, ils ne méritaient pas plus de mourir… On pourrait bien sur rétorquer qu’il est possible de voir ici l’élection, le libre choix de Dieu : tous méritent autant de mourir mais Dieu a choisi de frapper ceux-ci… C’est oublier que dans la Bible, l’élection, le libre choix de Dieu est toujours associée à une promesse de vie et non pas de mort…
Ensuite, les premières communautés chrétiennes le savent bien, la conversion n’a jamais été une garantie contre la persécution ou contre les accidents. Si la foi chrétienne avait été considérée comme un talisman qui prémunit contre tout mal, dès les premiers martyrs, que dis-je, dès la mort de Jésus, les croyants seraient allé chercher ailleurs une protection plus efficace.
Au sujet de la protection, je voudrai ouvrir une parenthèse, j’ai rencontré dans ma vie deux personnes qui disaient avoir été protégées par Dieu et dont le témoignage m’a profondément marqué. La première a survécu au génocide khmère, le second a survécu après s’être jeté d’une falaise. Il convient d’être très prudent avec ces témoignages. En effet, nous sommes ici dans le domaine de la relation entre Dieu et l’individu. De ces deux expériences, de ces deux témoignages on ne peut tirer aucune généralisation : dire que Dieu a sauvé une personne de la mort ne signifie absolument pas qu’Il a laissé les autres mourir. L’expérience de la foi n’a rien à voir avec une expérience scientifique dont on conclurait des lois générales. Si quelqu’un dit, Dieu m’a protégé de la mort, il exprime le sens que prend pour lui sa survie et non pas une protection magique… De toute façon dans les deux cas, la foi est venue après la survie. On pourrait dire qu’ils ont cru parce qu’ils ont survécu et non qu’ils on survécu parce qu’ils ont cru…
La parabole du figuier stérile n’est pas non plus la parabole menaçante qu’on en fait souvent. Si le but de Jésus était de menacer, le figuier resté stérile aurait fini au feu l’année suivante… Les paraboles à la fin dure ne sont pas rares. Mais ici,  la fin reste ouverte, encore une année, encore un « c’est bon pour cette fois ci ». Ce n’est pas une parabole de menace, c’est une affirmation de la patience de Dieu pour l’homme et de l’espérance qu’Il place en nous.

Bref, il faut comprendre autrement ce « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de même ».Tout d’abord, un petit rappel : metanoew, que l’on traduit par se convertir ou se repentir, signifie à l’origine changer d’avis.
Et puis, deux mots viennent nous éclairer : pareillement (omoiws) et semblablement (apoleisqe)… Jésus ne dit pas « Vous périrez aussi » (kai umin apoleisqe) Mais, vous mourrez de la même manière. Bien sûr, cela ne signifie pas « vous recevrez une tour sur le coin de la figure », ni « vous serez exécutés par un procurateur romain sanguinaire ». Cela peut se comprendre comme « vous mourrez dans le même état qu’eux.
Si vous ne vous convertissez pas, vous mourrez dans le même vide de sens. Vous mourrez sans savoir, sans comprendre ce qui fait vraiment la valeur de votre vie, votre propre valeur. La conversion n’est pas un talisman qui protège de la mort. Elle ne se limite pas non plus à la promesse d’une vie meilleure après la mort. Elle est un changement radical de perspectives. Converti, je ne met plus ma valeur dans les possessions dont la mort me prive. Je ne place plus ma valeur dans mes réalisations que la mort interrompt ni dans ma potentialité que la mort fauche. Converti, je prends conscience que toute ma valeur vient de l’amour de Dieu pour moi, un amour dont rien ne peut me séparer. Converti, il se peut que je meure de façon aussi absurde, aussi cruelle que les victimes de Siloë, que les galiléens exécutés par Pilate. Et pourtant, je ne mourrai pas comme eux. Je mourrai riche de me savoir aimé, conscient que jusque dans ma mort, Dieu est avec moi. Il n’est pas besoin de parler de la résurrection pour comprendre la vie qui nous est offerte dans la conversion, il suffit de voir à quel point ce changement de perspectives illumine tout :  tu es aimé de Dieu, gratuitement. Et lorsque tu reçois pleinement cette certitude, tout est transformé, jusqu ‘à ta mort.

Frères et sœurs, il n’y a ni menace ni promesse de protection magique dans ces paroles de Jésus. Juste le refus de charger encore les victimes, juste l’affirmation de la patience et de l’amour de Dieu et l’invitation à vivre au plus vite la transformation opérée par cet amour de Dieu…
Si vous ne vous convertissez pas, vous restez captif des illusions et de l’absurdité. Ne restez pas comme le figuier stérile, voué à rien d’autre que la disparition. Prenez conscience que vous êtes le figuier pour lequel le vigneron travaille. Prenez conscience de la valeur que vous avez pour et par Dieu.

Amen