Miettes de théologie

L'ouverture, l'intransigeance et la confiance

29 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

daniel.jpgPrédication du dimanche 29 avril 2007
Psaume 100
Daniel VI

 « Le protestant est un anarchiste qui traverse dans les clous ». Je ne sais pas de qui est cette citation, mais élargie à tous les croyants, elle pourrait être la conclusion de la partie narrative de Daniel.
 En effet, par le chapitre VI que nous venons d’entendre, se terminent les légendes ayant Daniel et ses compagnons pour héros. Or, on retrouve dans ce sixième chapitre les principaux thèmes abordés à travers les aventures de Daniel. Le récit de Daniel nous parle lui aussi de respect de la l’autorité (le fait de traverser dans les clous), d’intransigeance (l’anarchisme), et de la foi et de la confiance qui animent cette intransigeance…
L’ouverture et le respect, l’intransigeance et la confiance. Voici trois grands thèmes que nous pouvons retenir du livre de Daniel pour alimenter notre vie chrétienne.

Le récit fait de Daniel, l’interlocuteur de trois rois : Nabuchodonosor tout d’abord puis Belshatsar (son fils selon le récit) et, enfin un certain Darius le mède. Et, il est important de le noter, ces rois sont plutôt bien disposés à l’égard de Daniel, à part Belshatsar, ils font plutôt figure de « gentils » dès le départ. Malheureusement, ces rois sont mal conseillés. Je ne m’étendrais pas sur le mauvais rôle des conseillers, je crois que cet élément du récit est simplement dû au fait que dans toute histoire il faut des méchants vraiment méchants…
En revanche, le respect manifesté à ces rois me semble tout à fait éloquent. Ainsi, dans des légendes juives visant à édifier le peuple, des rois non seulement païens mais des rois qui furent les ennemis d’Israël, peuvent avoir le bon rôle. Dans le chapitre VI par exemple Darius est montré non seulement comme l’allié de Daniel mais comme celui qui confesse YHVH comme Dieu.
Daniel est présenté comme un citoyen modèle, dans un pays et une culture qui ne sont pas les siens. Ainsi, ces récits peuvent être lus comme un appel pour les juifs vivant à l’extérieur d’Israël à respecter les autorités des pays dans lesquels ils vivent.
 Il est intéressant de constater que Paul a lancé le même appel au respect de l’autorité. Et qu’avant que le christianisme devienne religion officielle de l’Empire romain, les chrétiens se sont acharnés à démontrer que les empereurs qui avaient persécuté leur religion étaient des empereurs qui avaient été néfastes pour Rome (Caligula, Néron…)
 Pour nous, chrétiens d’aujourd’hui en France, la situation n’est pas la même. La société dans laquelle nous vivons repose sur des idées issues de notre religion et nous ne pouvons pas vraiment nous dire persécutés…
 En revanche, nous savons aussi que la société se déchristianise. Eh ! bien peut-être le livre de Daniel nous invite-t-il à reconnaître que tout ce qui ne vient pas du christianisme n’est pas forcément mauvais. Il est impératif que nous ne cédions pas à la tentation de diaboliser le monde extérieur. Nous pouvons vivre notre foi en respectant les autorités, même si elles ne partagent pas cette foi.
 Vivre notre foi en respectant les autorités signifie d’ailleurs aussi ne pas essayer de leur inculquer notre foi. Daniel n’essaye pas de convertir Darius, si le psaume 100 est un appel à la terre entière à venir adorer Dieu dans sa maison, il est difficile d’y lire un appel à imposer le judaïsme et cela a été une faute grave pour les chrétiens de passer d’un témoignage à la face du monde à une tentative de conversion forcée (ou au moins vivement incitée).
 Enfin, dans l’invitation à respecter les autorités, je envie de prendre ici le terme « autorité » dans son sens large, il englobe bien sûr le gouvernement, mais également, dirais-je, tout ce qui fait autorité aujourd’hui, les mœurs, les idées et les connaissances nouvelles. Nous pouvons tout à fait vivre notre foi tout en acceptant de vivre en accord avec la société qui nous entoure. J’irais même plus loin, nous pouvons (et devons sans doute) tenir compte de ces changements dans l’expression de notre foi.

 Il y a pourtant une limite à cette ouverture. Daniel est reconnu comme un « bon citoyen », par les rois auxquels il a affaire. Ils ne trouvent rien à lui reprocher. Pourtant, il se met toujours hors la loi lorsque son respect de la culture dans laquelle il vit devient un obstacle à l’essentiel de sa foi. Daniel est juif, l’essentiel de sa foi, c’est la Loi transmise par Dieu à Moïse, cette loi qui est le chemin de la vie. Aussi quand il devra choisir entre obéir aux ordres du roi et obéir à la Loi de Dieu, c’est toujours à la Loi de Dieu qu’il choisira d’obéir, quel qu’en soit le prix.
 Pour nous chrétiens, l’essentiel de notre foi est dans cette parole de Jésus Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé. » Nous sommes aimés par dieu, tels que nous sommes et cet amour que nous recevons nous appelle à aimer à notre tour nos frères.
 Tout comme Daniel, nous pouvons être parfaitement intégrés à la société dans laquelle nous vivons. Mais, lorsque celle-ci veut nous enseigner autre chose que la grâce de Dieu qui nous aime, sans conditions ni distinctions. Lorsque la société veut nous faire croire que les humains n’ont pas tous la même valeur, lorsqu’elle prône le racisme, le sexisme, le rejet des malades et des handicapés, des jeunes ou des vieux, ou n’importe quelle forme de rejet, parce que nous nous disons chrétiens, disciples du Christ, nous avons le devoir de dire « non » à cette société, de refuser ses valeurs et de lui désobéir.
 Ce devoir de désobéissance s’applique également lorsque la société fonde les relations humaines sur la force et la domination plutôt que sur l’amour. Oui, je sais bien, c’est impossible aujourd’hui d’appliquer l’amour aussi radicalement que Jésus nous l’a enseigné. Aimer ses ennemis, ne pas résister à celui qui nous vole ou qui nous veut du mal, dans le monde dans lequel nous vivons, c’est de la folie.
Autant se jeter dans la fosse aux lions… 
Précisément.

Daniel est jeté dans la fosse aux lions et il en sort indemne.
Daniel savait ce qui l’attendait lorsqu’il a passé outre la proclamation de Darius, il savait qu’il serait jeté dans la fosse aux lions mais cela ne l’a pas empêché d’adorer son Dieu malgré l’interdiction qui lui en avait été faite. Alors Daniel est-il un héros d’un courage exemplaire, peut être… Mais la vraie question est d’où lui vient ce courage ? Et ici, la réponse est, sans aucun doute, de la confiance qu’il place en Dieu.
Ce constat nous amène au troisième message du livre de Daniel, la confiance en Dieu : la foi est source de tout courage
C’est la foi qui nous donne le courage de nous adapter à la société dans laquelle nous vivons. En effet, refuser toute évolution, tout changement est une forme de peur. Accepter que le monde change, accepter, comme le fait Daniel, une autorité nouvelle imprévue, choquante, apparemment contraire à ce qu’on nous avait enseigné jusque là, c’est croire que Dieu agit dans notre histoire, que son action ne se limite pas à ce que nous connaissons, à ce qu’on nous a inculqué, à ce qui, pour nous est acquis… Si nous pouvons vivre en conformité avec le monde moderne, c’est que nous croyons que Dieu y est toujours présent.
C’est également la foi qui nous donne le courage de la patience. Je dénonçais tout à l’heure le passage de l’évangélisation aux tentatives de conversion. Je crois que c’était là l’expression d’un manque de patience et finalement d’un manque de confiance en Dieu. Or, on l’oublie souvent mais la patience demande du courage : les enfants savent bien qu’on peut ne pas avoir le courage d’attendre.
Mais si la foi nous donne le courage de l’adaptation et de la patience, elle nous donne aussi le courage de l’intransigeance.
En effet, la confiance que nous avons en Dieu peut nous donner la force, le courage de dire « non » face à la grande majorité de nos semblables, le courage d’agir selon un modèle radicalement opposé à celui de notre société. Et quel modèle est plus opposé à la loi de la jungle qui sévit actuellement que le modèle d’amour que nous a enseigné Jésus Christ ?
Lorsque nous la vivons pleinement, dans ces moments où nous sommes animés par elle, notre foi terrasse notre lâcheté et nous pousse à refuser ce qui est contraire à la volonté de Dieu pour nous.
Si la foi nous donne le courage du refus, de la désobéissance, c’est pour deux raisons. Tout d’abord, nous croyons que la volonté de Dieu pour nous n’est pas la volonté arbitraire d’un despote tout puissant mais que Dieu nous aime et veut notre bonheur, ainsi, ses commandements sont dans notre intérêt, il nous indique le chemin qui est bon pour nous et il nous donne la force de le suivre.
De plus, comme Daniel, nous recevons la promesse que nous ne serons pas seuls dans notre fosse aux lions et que les lions auront la gueule fermée. Ici, en occident, nos lions s’appellent moquerie, incompréhension, accusation de folie, de manque de réalisme… Eh ! bien ces lions ne nous blesseront pas…

Frères et sœurs, que la confiance que nous plaçons en Dieu, la foi, soit pour nous source de courage. Courage d’accepter des idées nouvelles. Courage de dire non à ce qui est contraire à la Bonne Nouvelle que nous a transmise Jésus Christ notre seigneur.

Amen

King Kong : l'humour et la rencontre

26 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

king-kong.jpgPour tut vous dire, c'est  un visionnage du King-Kong de Peter Jackson qui m'a inspiré ma récente note surle géant. D'ailleurs King-Kong est, je crois, une fable sur la relation entre l'homme est la nature tour à tour effrayante, impossible à maîtriser puis détruite.
Malgré sa fidélité à  l’œuvre originale, Peter Jackson ajoute à cette icône cinématographique une idée que j’aime bien. Je ne parle pas bien sur de l'improbable combat contre des tyrannosaures en tombant dans les lianes mais de la rencontre entre Kong et Ann Darrow. Jackson remplace à ce moment l'effeuillage de Faye Wray par un numéro de spectacle burlesque très joliment jouée par Naomi Watts. Je trouve l'idée excellente.  Ainsi, l'érotisme classique (la blonde diaphane livrée au désir bestial de la brute velue) laisse place à la poésie et à une vision intéressante de l'humour. En effet l'humour devient ce qui permet la rencontre... Bien sûr, l'humour ne signifie pas ici le sarcasme ou la moquerie mais plutôt la légèreté et la capacité à rire de soi, pas un humour qui agresse mais un humour qui rassemble...
Et cet humour, je le retrouve dans l'Évangile. A travers l'ironie couramment utilisée, le décalage des situation. Et surtout, l'Evangile m'invite à ne pas être une idole à mes propres yeux, à pouvoir prendre du recul par rapport à moi-même. Or rire de soi et faire rire de soi est très souvent l'expression de ce recul. Un recul qui n'est pas renoncement :  la comédienne peut dire "Ca suffit !" au grand singe, je peux dire à mon frère qu'il me blesse. Mais parce que je reconnais mon imperfection, parce que j'en suis libre au point d'en rire (Ann offre un spectacle de fragilité et de maladresse à Kong dont on ne pourra qu'admirer la puissance et l'agilité), alors j’ouvre à l’autre un espace de rencontre au-delà de la peur ou de l’affrontement.

Politique

23 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Nous intercédons pour la politique, afin que tous et chacun, nous y prenions part, au lieu de nous replier sur nos incompétences, nos désillusions et nos soupçons. Toi qui es le Dieu de toute la terre, enlève nos clôtures privées, élargis nos vies indifférentes, passe par-dessus nos tranquillité et brasse-nous avec les peuples du monde.

Nous intercédons pour la politique, car elle avance comme un rouleau compresseur qui transforme la foule en masse, l’homme en tribun, l’idée en slogan, la vérité en propagande. Toi qui es le Dieu de l’attention personnelle, balaie nos fanatismes collectifs, arrête nos jugements péremptoires, détruis notre capacité de détruire.

Nous intercédons pour la politique, car seule elle peut renverser la force établie des injustices oubliées, seule elle peut contraindre les puissances satisfaites, seule elle peut répondre aux cris étouffés, seule, puisqu’elle seule change les lois et modifie la place des classes. Toi qui es le Dieu de l’indignation, démasque nos privilèges, réponds à nos souffrances, reconnais notre droit.

Nous intercédons pour la politique, car elle sème le mépris et la haine, elle récolte la violence et la vengeance. Avec son grand couteau, elle installe la colère et elle taillade dans les familles, les tribus, les Églises, les races et les nations. Toi qui es le Dieu de la compassion rappelle-nous que celui qui prend l’épée sera tué par l’épée, que nous serons soupesés, examinés et jugés à la mesure dont nous aurons critiqué, condamné et jugé.

Nous intercédons pour la politique, car elle est en notre pouvoir. Elle est l’exercice de notre participation à la conduite de notre histoire. Elle est notre joie quand une foule s’applaudit elle-même, quand le ciel bascule de l’oppression à la liberté, de la terreur à la pacification ou plus simplement de l’opposition écartée à la responsabilité acceptée. Toi qui es un Dieu actif, enflamme nos convictions, si bien que nous marchions avec tant d’autres vers un changement qu’indifféremment nous appelons réforme ou révolution, espoir ou espérance, pourvu qu’il nous mette debout.

Nous intercédons pour la politique, car elle est notre impuissance. Plus fortes que les déclarations sont les situations. Plus sournoises que les droits sont les revendications. Plus lourdes que les révolutions sont les restaurations. Plus enflammée a été la proclamation, plus désenchantée devient la constatation.

Oh Dieu, nous intercédons pour la politique, car elle nous ressemble et c’est nous même que nous te demandons de garder dans la flamme et la lucidité.

Amen

André Dumas. Cent prières possibles

Déblocage

22 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 22 avril 2007
Apocalypse V, 11 à 14
Jean XXI, 1 à 25

Comme bien souvent les récits de rencontre avec Jésus dans l’évangile selon Jean, cette troisième apparition du ressuscité est riche d’enseignements. Ce matin j’en retiendrai trois. Un drôle d’endroit pour une rencontre, une relation rétablie et j’aurai une petite réflexion très protestante sur le ministère pétrinien.

Drôle d’endroit pour une rencontre. En effet, ce n’est pas au tombeau vide qu’apparaît le ressuscité. Ce n’est pas non plus au milieu du cortège des apôtres rassemblés dans la prière ou le questionnement mais à 7 de ses disciples qui ont manifestement décidé de reprendre leur vie courante. Bref, ce n’est pas vraiment dans un cadre religieux ou spirituel, dans un temps mis à part que le ressuscité les rejoint mais bien dans la vie quotidienne. Le décors est planté, des barques de pêches en expédition nocturne, à l’aube, un petit déjeuner composé de poisson cuit, des filets… Nous sommes bien dans la banalité d’une journée de travail. Et non seulement, c’est dans ce cadre qu’il intervient mais c’est aussi dans ce cadre qu’il agit : « déplacez vos filets ». Je ne suis pas certain qu’il faille y voir trop de symbolisme. Pour moi, il s’agit surtout de refuser de mettre d’un côté notre rencontre avec le ressuscité et de l’autre notre vie professionnelle, quotidienne. Il n’y a pas deux temps à part (le dimanche et le reste de la semaine, le temps de la prière et du recueillement et le temps du travail) mais une rencontre qui peut se produire à chaque instant de notre vie et qui change tout.
Peut-être certains se disent-ils, facile à dire pour lui, son travail, c’est d’être pasteur, donc forcément, la rencontre avec le Christ, il la vit au quotidien, dans son travail. Je vais vous faire un aveu, il est très facile pour un pasteur d’oublier que Dieu agit aussi à travers l’Église et, quand nous voyons indubitablement son action, sa présence, comme tout un chacun, nous ne pouvons que nous émerveiller…
Peut-être avez vous repéré une scène presque burlesque du texte : Pierre en reconnaissant Jésus se rhabille avant de se jeter à l’eau. Bien sûr, il ne s’agit pas de montrer ici un Pierre qui perd la tête mais plutôt une marque de respect, on ne se précipite pas vers le Seigneur a moitié nu. Mais, dans le cadre de son travail, cette marque de respect, ce geste religieux devient complètement décalé : un homme s’habille avant de se jeter à l’eau. N’importe quoi !
Pourtant, c’est peut être ce décalage qui donne tout son sens au geste religieux. Plutôt que d’être une habitude, une convention, il manifeste une rupture au milieu de ma vie.

En quoi consiste cette rupture, cette rencontre ? Difficile à dire, parce que la réponse sera différente pour chacun de nous. En effet, nous sommes des individus et nous ne vivons donc pas nos relations sur le même moule. Néanmoins, la rencontre de Pierre avec le ressuscité me semble porteuse de bien des échos.
Jeudi dernier, dans mon rôle de parent d’élève, j’enregistrais un conte musical (en tant que lecteur, pas en tant que chanteur, rassurez vous). Je ne sais pas si vous avez déjà fait une expérience similaire, mais c’est merveilleux : au moindre bégaiement, au moindre lapsus, on s’arrête, on repart en arrière et on recommence. Et mieux encore, une fois la lecture terminée, on réécoute tout et on peut recommencer les passages ratés. Si seulement on pouvait en faire autant avec notre vie : revenir en arrière et modifier ce qu’on a raté, pouvoir effacer nos maladresses, nos négligences, nos trahisons, nos reniements.
Je suis certain que Pierre partageait ce même rêve. Si seulement, il pouvait revenir et effacer son reniement, lors de cette nuit terrible. Mais il ne peut pas, pas plus qu’il ne peut réparer. Nous connaissons tous ces situations de blocages, ou nous ne pouvons ni effacer, ni réparer ce que nous avons fait. Bien souvent, nous ne parvenons même pas à demander pardon, en partie par orgueil, en partie aussi parce que nous craignons que notre demande de pardon ne fasse que raviver la colère de l’autre. Alors nous restons dans l’impasse, la blessure reste vivante profonde, la relation reste brisée.
Pierre m’aimes-tu ? Cette supplique vient par trois fois permettre à Pierre de dire son amour. Ce que montre bien l’éclat final « Tu sais toute chose, tu connais mon amitié pour toi». Cela dit bien ce que veut Pierre : ne pas être réduit à sa faute, ne pas être enfermé dans son échec, ne pas simplement être vu comme un renégat, être aussi reconnu dans son amitié pour Jésus, être sorti de l’impasse. « Pierre m’aimes tu » « Tu sais que je suis ton ami », et le reniement est non pas oublié, non pas effacé mais annulé. Il n’a plus d’effet
Ainsi, peut venir de l’autre, de celui ou celle-là même que nous avons trahis, renié ou blessé, une parole. Cette parole peut prendre des formes diverses, elle peut être un mot d’excuse ou même une demande de pardon, tant il est vrai que dans les relations humaines les torts sont toujours partagés, les blessures toujours réciproques. Et, comme la supplique de Jésus « M’aimes-tu ? », cette parole exprime souvent un abaissement de celui que nous avions blessé et grâce à cela, la relation peut ressusciter, le cercle vicieux de la rancœur est rompu.
Cela n’arrive malheureusement pas toujours… Mais à chaque fois que cela arrive, nous pouvons y voir la trace de l’Esprit, la main du Ressuscité. En effet, chacune de ces réconciliations est, à l’image de la réhabilitation de Pierre, une véritable résurrection. Dans chaque parole de pardon, nous pouvons redécouvrir que le Christ vient bien à notre rencontre à travers notre prochain. Surtout quand nous oublions que notre prochain est aussi notre frère, dirai-je…

- Pierre m’aimes tu
- Tu sais que je suis ton ami
- Pierre m’aimes tu
- Tu sais que je suis ton ami
- Pierre es tu mon ami ?
- Tu sais tout, tu connais que je suis ton ami

Il est difficile de ne pas repérer dans ce texte une opposition entre deux formes d’amour, opposition que j’ai essayé de rendre en traduisant philo par être l’ami de. Je ne ferais pas de long développement ce matin sur la différence entre philo et agape. C’est une question de sémantique bien trop complexe pour être résumée en une phrase. En revanche, sans même analyser en profondeur la distinction entre agape et philo, il me semble que Pierre rate quelque chose, qu’il manque le coche : m’aimes-tu ? Je suis ton ami ». Mais pour Jésus ce là, finalement importe peu. En effet, ce qui compte ce n’est pas tant que Pierre comprenne de quel amour il faut aimer Jésus, mais plutôt qu’il puisse se délivrer de son reniement en exprimant son amour. Du coup, ce n’est pas Pierre qui finit par comprendre et par dire « je t’aime », mais Jésus qui rejoint Pierre, là où il se trouve « Es tu mon ami »

Quelques mots enfin sur le ministère de Pierre puisque ce texte est parfois revendiqué pour justifier bibliquement le pontificat. C’est vrai qu’on ne peut pas complètement passé sous silence ce « Pais mes brebis » qui donne manifestement une responsabilité à Pierre.
Premièrement, Pierre ne prend pas la place de Jésus. Il ne devient pas le berger du troupeau. « Sois le berger de mes brebis » est une traduction quelque peu maladroite puisque le grec n’utilise pas ici le nom berger, mais un verbe. Le bon berger reste définitivement Jésus Christ, et puisqu’il est vivant et présent, je ne vois pas très bien pourquoi il devrait être remplacé… (j’ouvre d’ailleurs ici, une parenthèse pour dire que cette reconnaissance de Jésus comme seul bon berger me conduit à une certaine réticence vis à vis du terme de pasteur)
Deuxièmement, si effectivement un ministère particulier est donné à Pierre, il n’est pas du tout question ici d’une succession dans ce ministère. Je crois dangereux de vouloir mettre trop d’institutionnel dans une histoire qui est avant tout individuelle.
Enfin, je trouve très intéressant que aussi important soit le ministère de guide de Pierre, le disciple que Jésus aimait échappe au contrôle, à la curiosité de celui-ci. Bien au contraire, c’est même le disciple bien aimé qui permet à Pierre de reconnaître Jésus, c’est lui qui guide Pierre.Or, le disciple que Jésus aimait est présenté ensuite comme le rédacteur de l’Évangile. Bref, j’y vois un rappel fort, qu’en matière de discours sur Dieu, le texte biblique prévaudra toujours sur une autorité humaine. C’est donc à ce texte que nous sommes tous renvoyé afin de mieux comprendre notre rencontre personnelle avec Jésus le Christ,.

Frères et sœurs, le Ressuscité vient à nous, dans notre vie de chaque jour et il nous délivre de nos impasses, il vient relever nos relations blessées, il vient nous appeler à l’amour qui seul produit du fruit.

Amen

Jesus camp : danger amalgame

19 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Jesus Camp sort en France (peut-être passera-t-il à Évreux) et ce documentaire sur l’embrigadements de jeunes américains par les évangélistes radicaux est, d’après plusieurs critiques, tout à fait intéressant. J’en reparlerai sans doute quand je l’aurais vu. Cependant, j’appréhende quelque peu l’amalgame que ne va pas manquer de se faire au visionnage de ce film. Amalgame dans lequel Cécile Mury de Télérama saute à pied joint, lors de sa critique du documentaire :

Car il ne s’agit pas seulement d’une poignée d’hurluberlus isolés. Reborn christians (« chrétiens nés de nouveau »), pentecôtistes, charismatiques : les mouvements évangéliques, composés d’une nuée de sous-groupes concerneraient à différents degrés environ cent millions d’américains.


Or les évangéliques américains sont plutôt entre 70 et 80 millions et ces camps de Jésus ne concernent qu’une toute petite frange d’entre eux, la grande majorité des évangéliques américains n’étant pas pentecôtistes ou charismatiques, et les pentecôtistes ou charismatiques ne se retrouvant pas tous dans des tendances aussi radicale que celle du Jésus Camp.
Et en France, il faudra en plus rappeler que tous les protestants ne sont pas évangéliques….
Bref, les Jésus camps et autres dérives de ce type, ne concerne qu’une petite partie des pentecôtistes, qui ne sont qu’une partie des évangéliques qui ne sont qu’une partie du protestantisme. Alors si ! ça reste un phénomène minoritaire (ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas dangereux et qu’il ne faille pas rester vigilant) Et la petite phrase de Télérama résonne de manière à peu près aussi pertinente que si, dans une critique sur un documentaire sur les camps d’entraînement de terroristes musulmans, on trouvait une phrase disant "… il y a plus d’un milliard de musulmans dans le monde". Oui, ça m’aurait fait bondir aussi…
Parce que je ne suis pas musulman, ni même évangélique (je suis d'ailleurs rarement d'accord avec leurs points de vue) mais bon, quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif…

Tiens, je crois que je vais écrire à Télérama, moi…

Oh, et pour en savoir un peu plus sur les évangéliques, au lieu de vous faire peur, allez donc faire un tour sur le site de Sébastien Fath… Lui aussi parle de Jesus Camp.

Etrange étranger, canevas

17 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Voici le canevas que je compte utiliser (sauf pistes inattendues et lumineuses lors de la première partie) lors de notre café biblique de ce soir

L’étranger, hier et aujourd’hui…

Tu ne contracteras pas de mariage avec ces peuples, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fils, car cela détournerait ton fils de me suivre et il servirait d’autres dieux ; la colère du SEIGNEUR s’enflammerait contre vous et il t’exterminerait aussitôt.
Deutéronome VII, 3 et 4


De quelle nature est le rejet de l’étranger manifesté dans ce texte ?

Alors Miriam et Aaron parlèrent contre Moïse au sujet de la Koushite qu’il avait prise –– c’est une Koushite qu’il avait prise pour femme. Ils dirent : Est–ce seulement par Moïse que le SEIGNEUR parle ? N’est–ce pas aussi par nous qu’il parle ? Le SEIGNEUR l’entendit. Or Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun être humain sur la terre. Soudain le SEIGNEUR dit à Moïse, à Aaron et à Miriam : Sortez tous les trois vers la tente de la Rencontre. Ils sortirent tous les trois. Le SEIGNEUR descendit dans une colonne de nuée et se tint à l’entrée de la tente. Il appela Aaron et Miriam, qui s’avancèrent tous les deux. Il dit : Ecoutez mes paroles, je vous prie ! S’il y a parmi vous un prophète du SEIGNEUR, c’est dans une vision que je me ferai connaître à lui, c’est dans un rêve que je lui parlerai. Il n’en est pas ainsi de Moïse, mon serviteur. Il est l’homme de confiance pour toute ma maison. Je lui parle de vive voix, en vision, mais sans énigmes, et il contemple la forme même du SEIGNEUR. Pourquoi donc n’avez–vous pas craint de parler contre Moïse, mon serviteur ? Le SEIGNEUR se mit en colère contre eux ; il s’en alla.
Nombres XII 1 à 9

 

A la lumière de ces deux épisodes, que peut on dire du commandement du Deutéronome ?
Pensez vous que le métissage soit à proscrire, comme une perte d’identité ?
Ou au contraire pensez vous qu’il soit une richesse pour une société ?

Et maintenant, Israël, qu’est–ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd’hui, pour ton bonheur. Oui, au SEIGNEUR ton Dieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve. Or c’est à tes pères seulement que le SEIGNEUR s’est attaché pour les aimer ; et après eux, c’est leur descendance, c’est–à–dire vous, qu’il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd’hui. Vous circoncirez donc votre coeur, vous ne raidirez plus votre nuque, car c’est le SEIGNEUR votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez le migrant, car au pays d’Égypte vous étiez des migrants. C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment. Il est ta louange, il est ton Dieu, lui qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tu as vues de tes yeux.
Deutéronome X 12 à 22

A la lumière de cet autre commandement du Deutéronome, peut on dresser une vision biblique de l’étranger ?
Cette vision est-elle si différente de la notre ?
Voir aussi le livre de Ruth

D’un Dieu national à un Dieu universel

J’évoque Rahav et Babylone parmi ceux qui me connaissent ; le pays des Philistins, Tyr, avec Koush : c’est là qu’un tel est né. Mais de Sion il est dit : Tous y sont nés, et c’est lui, le Très–Haut, qui l’affermit.
Psaume LXXXVII, 4 et 5

Que signifie « Tous sont nés à Sion ? »
Vous retrouvez vous dans cette affirmation ?

Souvenez–vous donc de ceci : vous qui étiez autrefois les non–Juifs dans la chair, qui étiez traités d’incirconcis par ceux qui se disent circoncis et qui le sont dans la chair et par des mains humaines, vous étiez en ce temps–là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Jésus–Christ, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches, par le sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait que les deux soient un, en détruisant le mur de séparation, l’hostilité. Il a, dans sa chair, réduit à rien la loi avec ses commandements et leurs prescriptions, pour créer en lui, avec les deux, un seul homme nouveau, en faisant la paix, et pour réconcilier avec Dieu les deux en un seul corps, par la croix, en tuant par elle l’hostilité. Il est venu annoncer, comme une bonne nouvelle, la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches ;par lui, en effet, nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des exilés ; mais vous êtes concitoyens des saints, membres de la maison de Dieu. Vous avez été construits sur les fondations constituées par les apôtres et prophètes, Jésus–Christ lui–même étant la pierre de l’angle. C’est en lui que toute construction bien coordonnée s’élève pour être, dans le Seigneur, un sanctuaire saint.
Éphésiens II, 11 à 22

Christ a-t-il vraiment détruit le mur de séparation et d’hostilité ?
Que signifie ce passage pour vous et comment le rapprocher de


 Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus–Christ

 

Galates III, 28

Paul parle ici de la communion des étrangers dans la mesure ou ils ont adhéré à la foi chrétienne. Devons-nous, pouvons nous aller plus loin ?

La surprise de la rencontre

Une Cananéenne venue de ce territoire se mit à crier : Aie compassion de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par un démon. Il ne lui répondit pas un mot ; ses disciples vinrent lui demander : Renvoie–la, car elle crie derrière nous. Il répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux moutons perdus de la maison d’Israël. Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : Seigneur, viens à mon secours ! Il répondit : Ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens.–– C’est vrai, Seigneur, dit–elle ; d’ailleurs les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres… Alors Jésus lui dit : O femme, grande est ta foi ; qu’il t’advienne ce que tu veux. Et dès ce moment même sa fille fut guérie.
Matthieu XV, 22-26

Que pensez vous de la réaction de Jésus ?
Et de la réponse de la femme ?

L'égoïste, le superstitieux et la prostituée

15 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

juda-et-tamar.jpgPrédication du 15 avril 2007
Genèse XXXVIII
Deutéronome XXV ; 5 à 10

Ce texte oppose à deux hommes, un patriarche et son fils, une femme rusée, on pourrait même dire perverse. Et pourtant, la justice n’est pas là où on l’attend. Ce matin, si nous évoquerons, un peu, la sexualité, nous parlerons surtout d’égoïsme et de superstition.

Avant de voir ce dont il est question dans ce texte, je voudrais m’arrêter tout de suite sur un hors-sujet possible. En dépit des apparences, ce texte ne parle pas de sexualité.
Ca commence fort, non seulement le pasteur nous lit en chaire une histoire de coucherie et de prostitution, mais c’est pour nous affirmer ensuite que ce texte ne parle pas de sexualité…
Eh non ! Les pratiques évoquées ici ne sont pas commentées. Ce n’est pas pour avoir répandu sa semence sur le sol qu’Onan est condamné et si Juda commet une injustice, ce n’est pas en couchant avec une prostituée.
Je le répète, la sexualité n’est pas le thème central de ce récit, elle n’est en fait qu’un élément du décors. En effet, puisque la sexualité n’est pas tabou dans la bible, elle peut donc être prise pour ce qu’elle est : un aspect de la vie.
En fait ce texte s’articule essentiellement autour d’un autre aspect de la vie courante des hébreux, mais un aspect bien moins croustillant, si bien qu’on l’oublie un peu : le devoir de rachat dans la tradition du lévirat.
Le devoir de rachat c’est à dire le devoir qu’avait un homme de prendre sa belle-sœur pour femme si son frère venait à mourir sans laisser de descendance (Dt. XXV ; 10)… Ce devoir permettait premièrement d’assurer une postérité à un homme mort sans enfant (je vous rappelle que pendant longtemps, pour les hébreux, sa postérité était tout ce qu’un homme laissait derrière lui lors de sa mort), il permettait également de ne pas laisser une veuve sans enfant complètement démunie… Et ici, c’est bien ce dont il est question. Le premier époux de Tamar meurt sans enfant, elle est donc donnée à son frère qui refuse de remplir ce droit de rachat et va donc en mourir à son tour. Elle devrait donc être donnée au troisième fils de Juda mais celui-ci prend peur et va lui aussi ruser afin de ne pas obéir à ce devoir…
Il n’est donc pas ici question de sexualité mais du refus de deux hommes de remplir leur devoir et de la ruse d’une femme pour faire reconnaître son droit.

« Onân laissait sa semence se perdre à terre lorsqu’il allait vers la femme de son frère ». Pourquoi Onân agissait-il ainsi ? Parce que, nous dit le texte, il savait que cette postérité ne serait pas à lui. Ma semence est à moi, se dit Onân, et je préfère la perdre plutôt que de la donner à un autre.
Cette attitude d’Onân nous rappelle qu’obéir à Dieu nous coûte. Ici, c’est le devoir de rachat mais on pourrait parler de l’amour du prochain, un amour qui n’est pas seulement en parole mais aussi en acte. Régulièrement à travers la Bible, Dieu nous demande de nous séparer de ce qui nous appartient et ici, c’est précisément le problème d’Onân, il refuse de donner ce qui est à lui, juste par obéissance à Dieu.
Il faut reconnaître, à la décharge d’Onân, que ce qui lui est demandé n’est pas rien. Il doit accepter d’engendrer un enfant qui ne sera pas sa postérité. En fait, la faute d’Onân, n’est pas seulement de refuser de donner, c’est aussi de croire que sa postérité lui appartient. Or, c’est une constante dans l’Ancien Testament, Le prophète de Khalil Gibran n’a rien inventé : « vos enfants ne sont pas vos enfants ». Bien sûr sa postérité est la seule chose qui reste d’un homme après sa disparition mais cette postérité lui est donnée par Dieu, elle est et doit être comprise non comme une possession mais comme un don et une bénédiction. C’est très important pour nous aujourd’hui, à l’heure du clonage et de la manipulation génétique, car cela nous rappelle que nos enfants ne sont pas une continuation de nous même, mais qu’ils sont des individus à part entière, que leur chemin est le leur et pas forcément celui que nous avons tracé pour eux. Or, ce qui détruit Onân, c’est justement son refus d’engendrer une postérité qui lui échappera… Je me demande du reste si cela ne devrait pas nous conduire à réfléchir aussi à cet argument souvent entendu : « Moi je ne veux pas faire d’enfant dans ce monde là ». Après tout, est-ce que cet argument n’est pas encore une façon de prendre le pouvoir sur le destin de ses enfants ? Attention, je ne prétend pas ici plaider contre le contrôle des naissances ou accuser celles et ceux qui ne souhaitent pas avoir d’enfants. Faire des enfants parce que c’est d’eux que dépend l’avenir est aussi une manière de vouloir prendre le pouvoir sur leur destin… Il s’agit simplement de rappeler qu’effectivement avoir des enfants, s’est laisser quelque chose nous échapper.

Nous sommes entre adulte je peux donc me permettre également ce commentaire : en travaillant sur ce texte, j’ai pris mon dictionnaire pour vérifier la signification du terme onanisme et j’ai pesté contre la langue française puisque la pratique d’Onân pour ne pas avoir d’enfant avec Tamar n’a rien à voir avec la masturbation. Mais en voyant Onân à ce point enfermé en lui-même, je pense que finalement il n’est pas complètement en contradiction avec le texte d’appeler onanisme un plaisir centré uniquement sur soi (le fait que ce soit un plaisir et que ça se passe en dessous de la ceinture n’aggrave en rien les choses. C’est à mon avis usurper le texte que d’y voir un interdit de la masturbation ou de la contraception. Nous sommes ici dans un contexte bien trop particulier, le devoir de rachat, pour faire de grandes généralisations.
Quoiqu’il en soit, ce qui détruit Onân, c’est son égoïsme, son refus de se tourner vers un monde qui n’est pas centré sur lui-même. En refusant de donner une postérité à son frère, c’est son propre avenir que détruit Onân.

Un autre homme s’oppose au droit de Tamar, c’est Juda, son beau père. Juda, contrairement à Onân, n’est pas poussé par l’égoïsme. Au contraire, c’est dans l’intérêt de son dernier fils qu’il agit.
Juda tient en effet le raisonnement suivant : mon premier fils s’est marié avec Tamar, il est mort, mon deuxième fils est allé vers Tamar et il est mort aussi… Au bout du compte, est-ce que ce n’est pas Tamar qui porte malheur ? Ce mode de raisonnement porte un nom : c’est la superstition.
En effet, à la base de la superstition, on trouve l’affirmation que tout ce qui se produit a forcément une cause (et de préférence une cause simple). Or, cette idée est universellement répandue, dans toutes les cultures de tous les temps, on trouve la superstition. Il faut dire que c’est très rassurant : si tout effet a forcément une cause, il suffit de trouver quelle cause produit tel effet et on peut contrôler sa vie : éviter les catastrophe et accumuler les bonheurs.
La désobéissance de Juda est donc due à la superstition : il cherche une cause à la mort de ses deux premiers fils pour éviter la mort du troisième. Par son observation, il cherche à contrôler sa vie, celle de ses proches, quitte à désobéir à son Dieu.
Ce qui est amusant, c’est que l’auteur du texte qui dénonce cette attitude de Juda, n’évite pas non plus cette superstition : si Er, fils de Juda, meurt, c’est forcément qu’il a fait ce qui est mal aux yeux de Dieu. Oui, je vois dans cette remarque nullement indispensable du texte, une superstition de l’auteur. Certains me reprocheront ici ce prétendu cartésianisme qui me pousse à réfuter des passages bibliques. Mais ce n’est pas une pensée cartésienne qui me pousse à réagir ainsi (Descartes pensait qu’il n’y a pas d’effets sans cause) mais bien mon christianisme. Personnellement je ne crois pas en un Dieu qui fait mourir, je crois en Dieu qui est la vie et qui a vaincu la mort. C’est au nom de cette foi que je veux rejeter toute superstition. Car toute superstition n’est que désir de contrôle. Pour ma part, je veux accepter l’idée que le mal et de la mort soient absurdes, qu’ils n’aient pas de cause, pas de signification, pas d’explication et je veux face à cette absurdité m’en remettre au seul Jésus Christ.
Ce n’est pas par sectarisme que la foi chrétienne s’oppose à la superstition mais parce que la superstition ne laisse aucune place à la seule grâce de Dieu. Dans ce texte, Juda s’en remet à son observation et son analyse plutôt qu’à Dieu. Il devra reconnaître par la suite que celle qui s’est prostituée est plus juste que lui.

A l’égocentrisme d’Onan, à la superstition et au désir de contrôle de Juda s’oppose la ruse de Tamar. Une ruse un peu « limite » dirions nous aujourd’hui, Tamar se fait tout de même passer pour une prostituée pour coucher avec son beau père, ce qui est, rappelons-le un inceste caractérisé. Et pourtant, elle est reconnue comme plus juste que le patriarche Juda.
Aujourd’hui, nous avons l’habitude de voir des femmes s’opposer aux capacités de destruction des hommes, que ce soit l’action des femmes dans les pays musulmans, les femmes corses contre la violence, les siciliennes qui lutte contre la mafia.
Nous savons à présent, ou nous sommes obligés de le constater, nous avons besoin d’une approche féminine face à nos problèmes. (A une semaine des élections, je m’aperçois que cette phrase peut résonner de manière quelque peu électoraliste mais j’espère que nous éviterons le procès d’intention, ma démarche n’est pas politicienne, elle est simplement résolument féministe ). Les femmes tout autant que les hommes sont appelées à participer à notre histoire, si nous voulons que celle ci avance. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point, ce récit de la ruse de Tamar et la conclusion de Juda : « Elle est plus juste que moi » (plus juste c’est à dire plus conforme au plan de Dieu) sont révolutionnaires dans le monde hébraïque bien avant Jésus Christ. Et pourtant, à l’injustice d’Onân et de Juda, Tamar s’oppose courageusement avec les seules armes qui lui restent : sa ruse et son bon droit.

Une question demeure cependant : et Dieu dans tout ça ?
Si on excepte l’épouvantail qui fait mourir Er et Onân, il semble bien absent de ce récit…
Détrompez-vous, Dieu est présent et à l’œuvre dans ce texte. Rappelez vous du récit de l’accouchement de Tamar. Alors que l’aîné, Zerach avait déjà sorti sa main, c’est Perets, le second qui sortira en premier.
Or, on retrouve Tamar et Pérets bien plus loin dans la bible :
Juda engendra de Tamar Pérets et Zerach : Perets engendra Esrom, etc.
Cet extrait est tiré de la généalogie de Jésus le Christ dans l’évangile selon Matthieu
Le second sort avant le premier
La femme qui ruse est plus juste que le patriarche
C’est par un condamné à mort, un maudit, que Dieu sauve le monde en libérant l’homme de son égoïsme et de son désir de puissance

Frères et sœurs, c’est dans cette brèche (c’est ce que signifie pérets) à l’ordre établi qu’il nous faut guetter le surgissement de Dieu. Acceptons de nous laisser malmener dans nos habitudes, renonçons à nos égoïsme, à nos désirs de contrôle… Sachons reconnaître celui qui s’est montré plus juste que nous et laissons nous saisir par le Christ, brèche que Dieu creuse dans nos certitudes.

Amen

Petit aveu en passant

13 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Qu'il est dur parfois de résister à la tentation. L'Institut de Formation en Soins Infirmiers de Dieppe m'appelle ce matin. "Bonjour Mr le pasteur, avant de demander à votre collègue d'interevenir dans le cadre du module soin interculturel, nous voulions vous demander si vous souhaitiez intervenir cette année encore". J'ai toujours beaucoup aimé intervenir à l'IFSID. Du coup, la tentation est forte d'accepter la proposition. Mais bon, ce n'est pas tout à fait comme cela que je conçois le ministère alors "Ecoutez, cela me ferait très plaisir mais je crois préférable que vous demandiez d'abord au nouveau pasteur de Dieppe s'il souhaite intervenir. Si cela lui était impossible, surtout, n'hésitez pas à me recontacter..."
Et voilà que j'ai l'impression d'avoir héroïquement resisté à la tentation alors qu'en fait je laisse surtout un collègue se taper le boulot...

Les monstres et le péché (5) : Le géant

11 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

femme-50pied-aff.jpgOn retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?
Il en manquait un à ma galerie de monstres (inaugurée ici) : le géant. Pas forcément humanoïde d’ailleurs. En effet, à travers les âges et les cultures, des titans à Godzilla, les créatures gigantesques hantent les légendes humaines, évoquant, a priori, la peur de l’homme face à la puissance de la nature.
En effet, si le loup-garou nous renvoyait à notre propre animalité, le géant nous renvoie l’image d’une nature qui nous paraît extérieure, terrifiante parce qu’hostile et incontrôlable.
Il est d’ailleurs intéressant de voir que la place du géant dans nos légendes évolue en même temps que notre rapport à la nature.
Au départ, la créature gigantesque est force brute que l’homme ne peut vaincre que par son intelligence ou sa piété. D’ailleurs, plutôt que de victoire, on devrait parler de fuite : Ulysse échappe à Polyphème, Charybde et Scylla, il ne les détruit pas. De même, le vaillant petit tailleurs impressionne son premier géant mais ne le supprime pas.
Nos géants modernes, quant à eux sont souvent créés (Them !), réveillés, (Godzilla) ou libérés (King Kong) par l’homme. Après la peur de la nature sauvage, nous affrontons la peur de la nature déréglées par nos comportements. Mais finalement, c’est toujours la même peur qui s’exprime : ce n’est pas tant le gigantisme de Polyphème ou de King Kong qui nous terrfie mais notre propre nanisme.
Or, nous pourrons développer notre intelligence, notre technologie, notre puissance autant que nous voudrons, nous pourrons terrasser tous les titans qui se dresseront devant nous, nous trouverons toujours plus grand, plus fort que nous. Nous nous sentirons toujours trop petit, trop faibles…
Ici, contrairement aux autres figures de cette série, le monstre n’est pas l’expression de notre péché, mais c’est la peur devant monstre qui est péché. Ce n’est pas en surmontant nos faiblesses que nous échapperons à la peur mais c’est en les assumant.  Or, puis-je vraiment accepter ma faiblesse (qui est aussi de ne pas savoir assumer ma faiblesse), si je ne me sens pas d’abord accepté dans ma petitesse ?

La prophétie du Vatican

10 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

proph--tie-vatician.jpgUn pape en fuite à travers l’Italie et la France. Telle est la trame du dernier tome, des aventures de la trinité De Fully après Le manuscrit du Saint Sépulcre et La révélation de l’ange. Une conclusion qui reste dans le ton des précédents romans : un thriller biblique (ou plutôt ecclésiologique) astucieux, bien documenté (ça reste de la fiction quand même, tout n’est pas à prendre au pied de la lettre), bien écrit et plein d’humour.
C’est peut-être même cet humour qui peut faire problème par moment.
Neyrinck trempe sa plume dans le vitriol et il dresse un tel portrait de l’Église catholique Romaine que je me suis pris à craindre qu’il soit protestant. En effet, si sa critique radicale de la structure vaticane n’est pas pour me déplaire (soyons honnête) et me paraît assez fondée, de la part d’un protestant, je trouverai plus sain et plus évangélique de balayer devant sa porte et d’utiliser ce talent pour critiquer notre propre institution. En refermant le roman, je suis persuadé que l’auteur est catholique romain (en tout cas de culture). Tout d’abord, l’apparition, en guest star, de Lytta Basset dresse du protestantisme un portrait naïf et idéalisé où les protestants apparaissent comme une sorte d’Église primitive (fantasmée) au XXIème siècle… Et puis, Neyrinck semble rester dans l’idée, toute romaine, que l’Église universelle doit forcément se rassembler dans une institution unique et parfaite…
Un autre aspect de l’humour sarcastique m’a gêné, de façon plus viscérale. Je ne suis pas un grand passionné de l’Italie mais le portrait qui en est dressé ici me met franchement mal à l’aise : Neyrinck n’en pointe que les défauts (je le trouve bien plus dur qu’il ne l’était pour les suisses et les français).
Sinon, le roman est sans doute le plus rythmé de la série mais peut-être aussi est-il un peu plus pauvre que les autres quant à la réflexion. Bref, plus de romanesque, moins de théologique mais un peu plus d’histoire. Mais les admirateurs des De Fully auraient tort de bouder leur plaisir. C’est un peu décalé, non, de finir sur une formule de réclame pour un bouquin qui est sorti depuis un bon moment déjà ?
Je vais donc plutôt finir sur un spoiler (ça veut dire que si vous ne l’avez pas lu, je risque de vous gâcher une révélation finale, donc il vaudrait mieux que vous ne surligniez pas ce qui va suivre)

Jusqu’à preuve du contraire la source Q n’est pas une source écrite mais juste le nom donné à une hypothétique compilation (pas forcément écrite) de paroles de Jésus !!!

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