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Miettes de théologie

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street

30 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

sweeney-todd-affiche.jpgThere's a hole in the world like a great black pit
And it's filled with people who are filled with shit
And the vermin of the world inhabit it.
But not for long...
They all deserve to die.
Tell you why, Mrs. Lovett, tell you why.
Because in all of the whole human race
Mrs Lovett, there are two kinds of men and only two
There's the one they put in his proper place
And the one with his foot in the other one's face
Look at me, Mrs Lovett, look at you.
Now we all deserve to die
Tell you why, Mrs. Lovett, tell you why.
Because the lives of the wicked should be made brief
For the rest of us death will be a relief
We all deserve to die.


Après La graine et le mulet et Andromaque, j'hésite un peu à vous faire, encore une fois, le coup de l'anthropologie pessimiste. Et pourtant, elle n'est pas belle l'humanité dépeinte dans cette opéra sanglant : la justice est luxurieuse, l'autorité civile, bête et brutale, l'amoureuse cynique et manipulatrice, le naïf se transforme en tueur en série... D'un autre côté, tout est tellement outrancier (opéra horrifique et Tim Burton obligent) que le message ne serait pas vraiment convaincant.
Je pourrais aussi parler du pessimisme du cinéaste. Sweeney Todd, c'est un peu le retour d'Edward aux mains d'argent. "Mon bras est à nouveau complet" chante le barbier en retrouvant ses rasoirs.Mais Edward qui rêvait de s'intégrer, de faire partie de cette humanité, Edward qui faisait de ses rasoirs un outil de création, a vieilli, il est plein d'amertume, de haine et bien décidé d'anéantir à anéantir cette humanité qui l'a condamné... Mais ça c'est le travail du critique de cinéma ou du psychanalyste...
Je m'en tiendrais donc à souligner ce moment ou le désir de vengeance de Sweeney Todd se transforme en folie meurtrière, ou puisqu'il ne peut tuer le juge Turpin, le barbier diabolique décide de passer toute l'humanité au fil de sa lame. J'aime assez cette idée de montrer qu'entre la vengeance et le meurtre en série, il n'y a pas de différence. Cela m'évoque une des idées évoquées par Nouis dans L'aujourd'hui de la création. En hébreux, le mot adam est le nom du premier homme, il signifie aussi l'humain. Ainsi chaque homme représente l'humanité toute entière et donc tuer un homme, ce n'est pas faire justice, ce n'est pas se venger mais c'est tuer l'humanité toute entière... Après m'être fait cette réflexion, le fauteuil sur lequel Sweeney Todd fait asseoir ses victimes m'a beaucoup rappelé la chaise électrique. Je ne sais pas si le but de Tim Burton était de condamner la vengeance et la peine capitale. Mais en nous dépeignant un homme dont on ne peut que comprendre la colère comme un fou sanguinaire et auto-destructeur, il a très bien réussi ce coup-là...

Une croix pour les rassembler tous...

29 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

undefinedPrédication du dimanche 27 janvier 2008
Esaïe VIII, 23 à IX, 3
Matthieu IV, 12 à 23
I Corinthiens I, 10 à 25

Le passage de Corinthiens qui nous est proposé ce matin, par Parole pour tous et par le lectionnaire catholique me semble une bonne manière de rappeler la nécessité de prolonger la prière pour l’unité au-delà du 25 janvier.
Nous voici donc à Corinthe… Ville portuaire célèbre pour sa débauche (et pas d'un point de vue chrétien ou juif, mais aussi dans le discours païen de l'époque), son culte d'Aphrodite et sa prostitution sacrée. Ville de culture aussi, célèbre pour ses écoles, ses philosophes et ses penseurs… Et c'est dans cette ville cosmopolite que naît une petite communauté chrétienne, constituée majoritairement d'esclaves et de pauvres.
Et ces saints de Corinthe, tout sanctifiés, c'est-à-dire « mis à part », qu'ils sont, n'échappent pas à l'ambiance qui les entoure. La communauté de Corinthe est traversée par les conflits : division, procédures judicaires entre frères, inceste, exclusion… C'est pour les aider à résoudre ces crises que Paul leur écrit. Et sa lettre commence donc par une proposition de la résolution des divisions.
Tenez le même discours, qu'il n'y ait pas de division, soyez bien unis dans la même intelligence et la même pensée. Une résolution des conflits qui ressemble beaucoup, à première vue, à « Je ne veux voir qu'une seule tête. » Et c'est vrai qu'il m'arrive souvent de penser que ce conseil faciliterait la vie de nos communautés : nos conseils presbytéraux seraient moins longs, nos synodes plus efficaces si tout le monde voulait bien penser de la seule manière intelligente qui soit : la mienne.
Est-ce vraiment la solution préconisée par Paul ? Je ne crois pas. Paul est humain, il lui arrive certainement de penser que son discours est le bon, le plus valable. Mais ici, ce n'est pas de cela dont il est question.

Je vous encourage frères, par le nom de Jésus Christ, afin que vous teniez le même discours. » Voici le découpage classique. On pourrait en entendre un autre Je vous encourage, frères par le nom de Jésus Christ, afin que vous teniez le même discours En effet, on peut entendre le nom de Jésus Christ, non pas seulement comme une manière de souligner l'exhortation mais bien comme étant au cœur de la résolution des conflits et des divisions ; C'est par le nom de Jésus Christ que les corinthiens sont frères. C'est par le nom de Jésus Christ que leurs discours, leurs pensées peuvent se rassembler. Et c'est bien ce qu'indique la suite du texte. Les uns se réclament de Paul, d'autres d'Apollos, d'autres encore de Pierre ; à l'imitation des philosophes grecs chacun se revendique d'un témoin humain, d'une école de pensée. Et Paul rappelle moi, je suis de Christ. Christ est-il divisé. Est-ce au nom de Paul (encore cette importance du nom) que vous avez été baptisé ?

Cela signifie-t-il que Paul veut interdire les différentes écoles de pensées ou d'interprétation dans la communauté chrétienne ? Non. Tout d'abord si Paul joue ici la carte de la modestie, il ne s'est jamais interdit de penser. Il suffira de lire se lettres pour s'en persuader. Quant à la diversité des pensées et des témoignages, elle n'est en rien contraire au christianisme. Quand l'Eglise a adopté le canon, c'est à dire, quand elle a décidé des textes qui formeraient la Bible, elle n'a pas cédé à la tentation de l'uniformité : 4 évangiles offrant 4 visions différentes, x lettres qui témoignent de disputes entre théologiens, on fait mieux comme livre fondateur d'une pensée unique... Et ce souci de la diversité se manifeste dès le départ. C'est deux par deux que Jésus appelle ses témoins. Or, deux témoins, cela veut dire deux subjectivités et donc deux témoignages... Ainsi la diversité est non seulement acceptée mais elle est voulue. Et si cette volonté de diversité offre une très grande liberté d'interprétation, elle pose aussi une limite : si ma lecture est légitime, je dois aussi reconnaître la légitimité des autres lecture.

Mais alors, que signifie "je vous encourage à avoir un même discours" ? Paul rappelle aux corinthiens, il nous rappelle que pour cette diversité    de pensée n'empêche pas notre unité, il faut un référent commun, un référent que nous placions au dessus de nos réflexions. Ce référent unique n'est pas une autorité humaine ou institutionnelle : Paul qui montre dans plusieurs de ses lettres combien il est convaincu que sa lecture de l'Évangile est la bonne, ne se présente pas ici comme celui qu'il faut suivre mais comme le chef d'un de ces courants de pensée qu'il faut relativiser.
Ce référent unique n'est pas non plus un sacrement : Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Évangile
Alors quel est ce référent unique, ce plus petit dénominateur commun à des lectures si multiples, à des horizons si divers ? La réponse paraît un peu évidente, c’est Jésus-Christ… Mais Paul va plus loin c’est Jésus-Christ crucifié. Pour Paul le discours dans lequel les chrétiens doivent se rassembler, ce n’est pas la prédication de Jésus Christ, ni sa nature, ni sa résurrection mais sa mort. Pourquoi ? Parce que, nous dit Paul, la croix est scandale et folie. Parce que face à la croix, toute intelligence humaine doit marquer un temps d’arrêt et avouer son impuissance.
Bien sûr, la résurrection du Christ ou sa nature (Dieu fait homme, homme devenu Dieu, …) échappent aussi à nos raisonnements humains. Mais ce n’est pas la même chose. Si nous devons toujours nous rappeler que nos mots, notre entendement humain, sont incapables d’appréhender complètement ces notions, nous pouvons toujours réfléchir, interroger, spéculer. Mais face à la croix, c’est à dire face à la souffrance de l’innocent, face à l’humiliation du juste, nos spéculations deviennent obscènes. Raisonner sur un messie crucifié, c’est refuser de voir la souffrance, ou simplement l’intellectualiser.
Attention cela ne signifie pas que nous devons crucifier notre intelligence mais simplement qu’il y a un moment ou nos mots sont vides, nos raisonnements sont folie. La croix interdit, bien sûr, certaines lectures : on ne cherche pas la puissance au nom de celui qui fut faibles entre tous, on ne persécute pas au nom du juste persécuté. Mais en nous rappelant que notre discours commun est celui de la croix, Paul nous ouvre une immense liberté de lectures. Le messie crucifié dans un même geste donne à notre intelligence une immense liberté, permet un foisonnement de discours chrétiens et nous rassemble dans un langage unique, cette croix devant laquelle se tait l’intelligence humaine pour laisser se révéler l’amour infini de Dieu pour nous.

Frères et sœurs, que l’évangile vous interpelle, que votre intelligence tourne à plein régime, écoutez ce que les théologiens de tout bord ont à dire, suivez vos propres pistes, mais garder à l’esprit qu’au-delà de notre intelligence, au-delà de notre raison, un langage unique nous rassemble, un langage qui est scandale et folie, une croix pour les rassembler tous et dans la lumière les mener.

Amen

L'aujourd'hui de la création

26 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

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Le mot aujourd'hui est dans le titre car il est essentiel dans notre lecture (...) La Torah ne parle pas d'hier mais d'aujourd'hui, elle ne donne pas un enseignement sur le passé mais sur l'actualité. Un passage du deutéronome commence ainsi : Aujourd'hui, Dieu t'ordonne de mettre en pratique ces lois et ces coutumes. Le commentaire s'interroge sur le mot aujourd'hui : est ce à dire qu'avant ce texte il n'était pas nécessaire de suivre Dieu ? Voici comment il faut le comprendre : Moïse dit à Israêl : la Torah doit vous être si chère que chaque jour doit être pour vous le jour même de la révélation. Le premier chapitre de la Genèse ne nous dit pas ce qui s'est passé il y a 6000 ans (selon le comptage de la Bible) ou quinze milliards d'années (selon les estimations des scientifiques), il parle de ce qui se passe aujourd'hui. C'est aujourd'hui que Dieu sépare le jour de la nuit, le ciel de la terre, et les continents des océans.
A Nouis
Chic ! Un nouveau commentaire sur les récits mythiques de la Genèse (j'appelle ici "récits mythiques" les épisodes allant de la création à la tour de Babel (en fait Nouis va jusqu'à l'appel d'Abram mais comme dans ce dernier cas, il se concentre plus sur les midrashim de l'enfance du patriarche que sur le texte biblique, je reste aux textes mythique)). En fait, L'aujourd'hui de la création ne propose pas une exégèse classique de ces textes. On n'y trouvera pas d'approche historico-critique, structurale, psychanalytique ou que sais-je encore... On n'y trouvera pas non plus une analyse globale de ces textes, mais au gré des légendes rabbiniques, des flashs qui suscitent la réflexion, nous montrant combien ces récits font écho dans notre vie et combien le moindre détail peut être riche de sens . Une mine d'idées à creuser, de pistes à explorer pour le prédicateur, le blogueur théologien et, en général, pour tous ceux qui veulent trouver dans la Bible un stimulant à une pensée fermement ancrée dans notre réalité. Les récits bibliques nous parlent de nous bien plus certainement que n'importe quel traité. Et parce qu'ils ont compris qu'il est vain de vouloir y trouver une cohérence trop stricte, une vision globale trop carrée que pour commenter ces récits, les rabbins ont choisi d'autres récits. Nouis nous fait entrer dans une étude du texte qui n'a rien de poussiéreux et de rigide mais qui s'avère pétillante, pleine d'humour, de fantaisie mais aussi de rigueur et de profondeur.
Au chapitre des regrets, la conclusion qui donne l'impression de vouloir enfermer ce foisonnement dans une cohérence plus académique. Et puis, s'il est bon de rappeler que le premier testament appartient d'abord au judaïsme, et sans oublier les racines juives du christianisme, il me semble que Nouis passe un peu trop sous silence la différence profonde entre la théologie juive et la théologie chrétienne. Enfin, on verra si l'impression se confirme avec L'aujourd'hui du salut qui applique la même méthode à l'épître aux Romains.
En attendant, L'aujourd'hui de la création m'a soufflé l'idée de 2 cycles de prédications... Prochainement sur vos écrans donc...

A Nouis. L'aujourd'hui de la création. Les bergers et les mages

Jacob (I) Frères ennemis

22 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Jacobesa--.jpegPrédication du dimanche 20 janvier 2008
Culte des familles
Genèse XXV, 24 à 34 et XXVII

L'histoire de Jacob commence par une rivalité entre frère. Une rivalité qui se lit d'abord dans le nom de Jacob qui veut dire « il talonne », ce qui en hébreux signifie  il rivalise et même il surpasse son aîné… Et puis elle se lit également dans deux épisodes un peu différents l'un de l'autre. L'épisode du plat de lentille et l'épisode de la bénédiction volée.

Tout d'abord quelques mots sur Esaü. Dont on a dit beaucoup de mal. On a dit que c'était une espèce d'homme animal et on a même dit que puisqu'il était roux, les rouquins avaient mauvaise réputation (ce qui est une aberration : le roi David était roux aussi, dit la Bible (I Sam XVI, 12) Quand on dit qu'il était velu, il ne s'agit pas d'en faire un espèce d'homme-singe ou un loup-garou. En fait, ce que le texte dit c'est que Esaü était déjà un homme quand il est sorti du ventre de sa mère. Bien sûr il ne faut pas s'imaginer qu'Esaü est né « adulte », mais il va représenter l'homme fort, sûr de lui.
Alors, le texte biblique reproche deux choses à Esaü : avoir renoncé à son droit d'ainesse et ainsi avoir bouleversé l'ordre naturel des choses et avoir épousé des étrangères ce qui n'a pas plus à ses parents (à cette époque, dans cette culture, ça ne se faisait pas)
Mais, vous le savez, dans une querelle, dans une dispute, il y en a toujours deux. Alors je voulais vous demander : qu'est ce que vous pensez de l'attitude de Jacob dans cette histoire de droit d'aînesse ? Son frère arrive épuisé de sa chasse et lui demande à manger. Et tout ce que fait Jacob c'est de lui réclamer son droit d'aînesse...
Et l'affaire de la bénédiction volée ? Cette ruse de Jacob et de Rebecca pour détourner la bénédiction d'Isaac devenu aveugle ? Qu'en pensez-vous ?
Et voilà, comme souvent quand la Bible nous parle de frères, ce sont des frères ennemis. Et là, il est impossible de dire qu'il y a un gentil et un méchant… On a souvent tendance à faire de Esaü le méchant et de Jacob le gentil parce que Jacob va occuper une place très importante dans la Bible, c'est lui qui va donner le nom d'Israël au peuple de Dieu, mais le texte ne dit pas qu'il valait beaucoup mieux que son frère.

Et dans cette rivalité entre frères, on va voir que les parents prennent parti. Je sais, ce n'est pas bien, ce n'est pas le rôle des parents mais comme souvent, quand la Bible nous décrit une famille, elle ne nous montre pas les choses telles qu'elles devraient être mais telles qu'elles sont. Et oui, dans les familles, il y a parfois du favoritisme, des chouchoux. Et ici, Isaac est plus proche d'Esaü (ce qui ne veut pas dire qu'il n'aime pas Jacob) et Rebecca plus proche de Jacob. Mais ce qui est très surprenant, c'est que Dieu, lui aussi va choisir un des deux frères. Dieu va s'attacher à Jacob. Alors est-ce parce qu'il y est obligé par la ruse de Rebecca ? Dieu est-il coincé par la bénédiction dérobée à Isaac ? Je ne le crois pas, l'histoire de Balaam montre bien que Dieu est maître de sa bénediction. Mais en choisissant Jacob, Dieu nous montre 2 choses..Tout d'abord, Il nous montre qu'il est libre par rapport à nos conventions, à nos règles humaines. Et puis dans une société basée sur le père, sur la force de l'homme, Dieu fait le même choix que Rebecca, il choisit celui qui aime rester sous la tente, le plus tranquille, le plus faible. En choisissant Jacob, Dieu notre Père nous montre qu'il a la tendresse d'une mère.
Dieu choisit Jacob, librement. Est-ce une injustice ? Ca en serait certainement une si ce choix signifiait que Jacob peut se la couler douce sous sa tente pendant qu'Esaü erre de ci, de là. Mais, même dans ses bénédictions, surtout dans ses bénédictions, Dieu réserve bien des surprises... Et Jacob censé dominer son frère doit fuir Esaü. La suite de l'histoire nous montrera l'errance et les aventures de Jacob, cet homme tranquille qui aimait le confort de sa tente... Le sort de Jacob ressemble finalement beaucoup à la "bénédiction" donnée à Esaü. Quand Dieu choisit quelqu'un, quand il le met à part, ce n'est pas pour le mettre à l'abri, mais pour lui donner une mission. La bééndiction de Dieu n'est pas une formule magique qui promet bonheur et prospérité, c'est avant tout une parole qui nous met en mouvement.

Frères et soeur, que l'histoire de Jacob nous enseigne le choix de Dieu. Un choix qui ne se porte pas sur des hommes et des femmes parfaits mais sur des humains ordinaires, un choix qui se rit de nos critères et qui se fait avec la tendresse d'une mère, un choix pourtant qui nous expose et nous met en marche

Amen

Andromaque

19 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

andromaque.jpgPeut-on haïr sans cesse ? Et punit-on toujours ?
Racine
 
C'est un lieu commun : Racine peint l'homme tel qu'il est. Et voila Andromaque, Hermionne, Oreste et Pyrrhus prisonniers d'une situation dans laquelle aucun choix n'est le bon ; et aucun d'entre eux ne fera le choix de l'héroïsme.
Andromaque, c'est l'histoire d'un amour qui détruit parce qu'il veut obtenir plutôt que servir. C'est l'histoire d'un orgueil qui anéantit pour ne pas s'abaisser. C'est l'histoire d'un pardon qui pourrait tout sauver et qui ne vient jamais. Bref, c'est une histoire bêtement, tragiquement humaine, l'histoire d'une humanité livrée à elle-même...
Au service de cette histoire, les vers de Racine et deux belles idées de mise en scène de Declan Donnellan
Incarner Astyanax, ce qui accentue la tension et permet de montrer la tendresse de Pyrrhus pour l'enfant, le rendant ainsi plus humain et déchirant (de ma lecture, j'avais surtout retenu un amoureux maître chanteur).
Autre bonne idée : mettre tous les personnages sur la scène et attirer l'attention (par l'éclairage et le jeu) sur ceux dont on parle. Notre capacité à faire, par notre parole et par nos plans, de l'autre un objet devient ainsi manifeste.
En revanche, j'aime moins l'idée de faire d'Hermione une pimbêche un peu ridicule, ce qui la désigne comme la "méchante" de l'histoire, plus que comme une femme blessée. Comme les autres.

Qu'ils soient un

18 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

I Thessaloniciens V, 12 à 22
Jean XVII, 6-21
Célébration œcuménique

 « Ce n’est pas seulement pour eux que je te prie » La première remarque qui s’impose dans cette prière pour l’unité, c’est que justement c’est une prière. Je sais que c’est une lapalissade mais elle me semble si lourde de sens que c’est sur cette évidence que reposera ma prédication.
Tout d’abord, une question se pose : la prière de Jésus est-elle exaucée ? A regarder notre histoire, les guerres de religions, l’hostilité larvée qui perdura longuement entre catholiques et protestants, il semble bien qu’elle ait mis du temps à l’être… Et encore aujourd’hui, les désaccords sont nombreux, certaines déclarations ou décision de telle ou telle Eglise sont reçues comme des blessures à l’unité par les autres Eglises. Alors Dieu le Père fait-il mariner son Fils depuis 2000 ans ?  Eh bien, je ne crois pas. Je crois profondément que Dieu exauce depuis toujours la prière de son Fils afin qu’au-delà de nos divisions, de nos querelles, nous soyons un en Dieu. Je crois que Dieu a donné à osn Eglise d’être une, aux premiers temps du christianisme quand judéo et pagano chrétiens se chamaillaient pour savoir s’il fallait être circoncis ou non et s’ils pouvaient manger à la même table. Je crois que Dieu a donné à son Eglise d’être une au Xeme siècle, lors du schisme d’Orient. Je crois que Dieu a donné à son Eglise d’être une au XVIeme siècle, au plus fort des guerres de religions.
En effet, c’est la conviction que je tire de cette prière de Jésus pour l’unité. Ce n’est pas une exhortation faite aux disciples et aux générations, mais une prière qui s’adresse à Dieu, ainsi cette unité n’est pas une unité théologique, dogmatique, institutionnelle ou politique. L’unité des chrétiens, ce n’est pas que les protestants reconnaissent l’autorité de Rome ou que les catholiques se rallient aux idées de la Réforme, ce n’est pas non plus que les uns et les autres forment une nouvelle institution qui engloberait tout le monde. Tout ça, c’est de l’unité à la sauce humaine, c’est une unité que nous pourrions, peut-être, bâtir par nous même. Mais notre unité Jésus ne nous demande pas de la bâtir, il la demande à Dieu. J’y vois l’affirmation que l’unité des chrétiens se fonde en Dieu seul. Et ce n’est pas un renoncement, c’est une espérance. Cela veut dire que notre unité nous est donnée aujourd’hui comme hier.
Suis-je en train d’oublier les schismes, les guerres de religions ? Non ! Bien sûr que non. Notre histoire est pleine de blessures à notre unité, et notre présent aussi. En effet, toute hostilité, tout dénigrement des autres Eglises, toute parole qui n’est pas guidée par l’amour est une blessure à l’unité (ce qui n’interdit pas l’interpellation réciproque,  l’admonestation fraternelle,mais dans admonestation fraternelle, il y a fraternelle…). Mais parce que notre Dieu est un Dieu de guérison et de résurrection, aucune blessure n’anéantira jamais l’unité qu’il nous donne. Et de ce mal terrible qu’ont été les guerres de religion, Dieu a tiré un bien encore plus grand, une Eglise diverse, dont les différences de structures et de discours sont autant de langages différents ce qui permet à la bonne nouvelle de Jésus Christ de toucher un public toujours plus large.
Qu’ils soient un afin que le monde croie. Mais le monde a-t-il besoin que nous parlions d’une seule voix, que nous pensions d’une seule pensée ? Non ! Et les premiers temps de l’Eglise, déjà diverse le montrent bien. Le monde a besoin que nous rendions témoignage à Jésus Christ, à sa bonne nouvelle. Et dans le témoignage, il est normal que le témoin se dise aussi, avec son histoire, sa sensibilité, son individualité. L’Evangile nous rend libre, il n’anéantit pas notre intelligence, notre interprétation. Qu’ils soient un afin que le monde croie, c'est-à-dire qu’ils acceptent leur différence et qu’au-delà de ces différences, ils se reconnaissent comme frères et sœurs.
Frères et sœur, ne regardons pas nos différences comme des divisions. Que notre prière pour l’unité soit action de grâce pour cette unité que Dieu a donné et donne toujours à son Eglise. Et puis, en nous tournant vers Dieu, Père, Fils et Esprit, notre prière nous rappellera où est notre unité…
Alors, prions. Sans cesse.

Y a-t-il un salut pour les salauds ?

14 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

salutsalaud.jpgÉtrange compilation que celle de ce livre : on aura du mal à trouver un fil conducteur réunissant les questions traitées. En fait, c'est un peu comme si Houziaux avait rassemblé ses copains et leur avait demandé à chacun d'écrire un papier sur quelques  sujets de leur choix. Le tout donne une certaine impression de capharnaüm qui n'est pas pour me déplaire. Mais qu'y a-t-il dans ce capharnaüm ?

Y a-t-il un salut pour les salauds ? (L. Pernot)
Peut-être la question la plus essentielle de l'ouvrage, peut-être la conclusion avec laquelle je suis le plus d'accord, et pourtant, c'est sans doute l'article qui m'a le moins convaincu. En effet, si je pense volontiers que "tout le monde est sauvé mais pas de la même manière" et que "si Dieu sauve l'infâme ne sauve pas son infamie" et s'il n'est  pas inintéressant de recenser les différentes approches du salut par grâce, "ce n'est pas admissible aujourd'hui" ne me paraît pas être l'argument le plus percutant pour réfuter une compréhension. Beaucoup d'aspects de l'Evangile ne sont pas admissibles aujourd'hui comme hier, le salut gratuit en fait d'ailleurs partie...
La Bible est-elle parole de Dieu ? (A. Houziaux)
Une bonne présentation de ce qu'est la Bible et des approches catholique et protestante de celle-ci.
Adam et Eve ont-ils eu raison de croquer la pomme ? (A. Houziaux)
Le chapitre III de la Genèse lu comme un récit d'heureuse émancipation. Pourquoi pas ? Sauf que du coup, le texte s'en trouve réduit à sa dimension de récit des origines et que je ne vois plus très bien en quoi il nous parle aujourd'hui. Heureusement qu'il y a la conclusion sur le péché originel.
Si Dieu est bon, pourquoi le mal ? (A. Houziaux)
Une explication du mal qui repose très largement sur la théologie du Process et la notion d'un tohu-bohu originel.
Peut-on être chrétien sans avoir la foi ? (L. Gagnebin)
D'ordinaire, je me retrouve assez dans la pensée de L. Gagnebin, mais là j'ai un peu de mal. Tout d'abord, je regrette que le constat de départ (ceux dont Jésus admirait la foi étaient loin de souscrire à un catéchisme orthodoxe) soit si peu exploité et même, me semble-t-il, contredit par la deuxième partie du texte. En effet pour Gagnebin, le christianisme s'inscrit dans un faire plus que dans un croire. Or, je ne vois pas de quel faire peuvent se revendiquer Bartimée, l'hémorroïsse ou l'officier romain. Et puis, l'amour du prochain n'est pas plus propre au christianisme que les miracles, le christianisme social me parait soluble dans l'humanisme... Bref si j'affirme volontiers avec Gagnebin que la foi chrétienne n'est pas l'adhésion à un ensemble de dogme, je n'en reste pas moins convaincu que l'essence du christianisme est dans la confiance en une personne plus que dans une pratique.
Jésus était-il un simple prophète ? (L. Gagnebin)
Une belle revalorisation du terme "prophète" mais le titre est un peu abusif : Gagnebin affirme au détour d'une phrase que Jésus est plus qu'un simple prophète mais sans vraiment développer.
Y a-t-il une vérité ? (A. Gounelle)
A partir de aletheia, le savoir grec et emet, la conviction hébraïque, une très belle réflexion sur Jean XIV, 6. Jésus Christ comme vérité qui met en mouvement et donne la vie.
Faut-il encore parler de "résurrection" ? (L. Gagnebin).
Tout en reconnaissant que l'idée d'immortalité de l'âme est présente dans la bible au côté de celle de résurrection, Gagnebin défend l'hérésie (au sens de choix) contre le concordisme littéraliste et revendique la résurrection comme témoignage des limites humaines. C'est avec joie que je reprends mes vieilles habitudes : être d'accord avec mon professeur...
Faut-il croire en la réincarnation ?  (A. Gounelle)
Derrière cette assez mauvaise question se cache une présentation brève du bouddhisme. Ici, Gounelle fait ce qu'il fait le mieux : présenter une pensée de manière claire, concise et riche. Un grand moment de pédagogie.
Perdre la foi, est-ce grave ? (A. Houziaux)
Aïe ! Celui-ci, je vais avoir du mal à le commenter. D'abord parce qu'il traite de la foi de manière un peu trop générale. Bien sûr, il fait la distinction entre la foi-croyance, la foi-moteur. Mais quand même, mettre sur le même plan la foi qui anime le médecin sans frontière et la foi du chrétien, ça me semble un peu étrange. En fait, je pense que la foi, encore moins que l'amour, ne peut se définir indépendamment de son objet). Ensuite à cause du parti pris délibéré de ne pas s'interroger sur la question "perdre sa foi" est-ce une offense à la vérité. Je ne prétends pas avoir de réponse mais je trouve que la question est pertinente en christianisme. Enfin, parce qu'Houziaux ne s'interroge pas non plus sur les causes possibles de cette perte de foi... Bref, l'article me semble parler ici d'une réalité qui n'est pas la mienne et qui est trop diffuse pour me permettre de réellement prendre position sur la question.
Ëtre chrétien sans être pratiquant ou sans Eglise est-ce possible ? (L. Pernot)
Ici la pratique religieuse est à prendre au sens commun et discutable d'être membre d'une communauté et d'aller au culte. La communauté comme lieu d'accueil, d'encouragement et de remise en question. D'accord; Forcément d'accord...
Que peut nous apprendre l'évangile apocryphe de Thomas ? (L. Pernot)
D'abord une présentation de l'évangile de Thomas, un apocryphe certainement ancien, présenté comme un recueil de paroles de Jésus fortement teinté de gnose. Alors bien sûr, il a un intérêt et certaines paroles comme la parabole des enfants dans le champs sont très belles. Néanmoins, je ne comprend pas très bien la conclusion de Pernot : "il serait dommage de s'en priver à cause d'une conception étroite du canon". Que l'on puisse trouver un intérêt théologique à des textes hors canon, ça se fait depuis toujours, y compris dans le protestantisme mais faut-il inclure l'évangile selon Thomas toiletté de ses résonances gnostique dans le canon. Il me semble que ce serait aller contre l'esprit du canon dont la grande force a été justement de garder des textes entiers et non pas des textes amputés de ce qui pouvait gêner l'Eglise de l'époque...
L'athéisme est-il une menace pour la foi ? (L. Gagnebin)
Une intéressante réflexion sur le dialogue des chrétiens avec un athéisme qui est passé de combat engagé contre la religion à une espèce d'atmosphère ambiante. D'accord avec Gagnebin pour dire qu'un athéisme "de combat" est bien plus stimulant pour le croyant (à condition que cet athéisme s'accompagne d'honnêteté intellectuelle, ce qui exclut l’athéologie) que l'athéisme résigné. D'accord aussi pour dire que la vraie menace pour la foi se situe bien plus chez les croyants que chez les athées...
Toutes les religions se valent-elles ? (A. Gounelle)
Une bonne présentation de trois manières de concevoir les religions dans le christianisme. Entre l'exclusivisme (seul l'Evangile de Jésus Christ, révélation et non pas religion, est vrai et les religions (y compris les religions chrétiennes) ne sont que constructions humaines et donc fausses)  l'inclusivisme ( le christianisme recèle la vérité que cherchent toutes les religions, il en est donc l'aboutissement) et le pluralisme (toutes les religions y compris la chrétienne témoigne d'une vérité partielle, il faut donc qu'elles s'écoutent mutuellement), Gounelle semble préférer la troisième voie, le pluralisme. Pour ma part, je pense que je reste plutôt dans l'exclusivisme (en distinguant clairement le message de Jésus Christ et nos christianismes)
A-t-on encore besoin d'une religion? (A. Gounelle)
Un dernier beau moment de pédagogie : en décomposant la question et en montrant ce qu'en implique chaque terme, Gounelle nous offre un beau plaidoyer pour des religions qui ne se vivent pas dans l'utilitaire mais dans l'existentiel et qui renoncent à exercer un pouvoir pour se mettre au service...

Voilà, la plupart des articles font réagir, pas toujours positivement. Mais c'est ce que j'attends en général d'un livre de théologie. Oh, j'oubliais, ça me semble assez libre de tout jargon théologique...

Collectif sous la direction d'Alain Houziaux. Y a-t-il un salut pour les salauds. Ed : Les empêcheurs de penser en rond.
 

Dans la fournaise

13 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

fournaise.jpgPrédication du 13 janvier 2008
Daniel III ; 1 à 30
Marc XIII 9 à 11
II Corinthiens I 2 à 4

 Il y a trois éléments de ce récit que nous venons d’entendre sur lesquels je voudrais que nous nous arrêtions ce matin. En premier lieu nous devrions nous pencher un peu sur les «méchants » de ce récit, puis nous interroger sur l’absence de Daniel, enfin, nous pourrons voir le message principal de cet épisode.

    Nabuchodonosor devint furieux et il perdit toute patience à l’égard de Chadrac, Méchak et Abed Nego. Il ordonna qu’on chauffe la fournaise sept fois plus que d’habitude et qu’on les jette dedans (Daniel III ; 19). Ici, la fureur de Nabuchodonosor est destructrice, à tel point qu’elle se retourne contre ses propres serviteurs : les gardes qui jettent les trois jeunes gens dans la fournaise sont tués par les flammes.
    Cette sauvagerie ne peut pas être prise comme un simple élément du récit et de son déroulement dramatique. Bien sûr que la cruauté de Nabuchodonosor  va permettre l’intervention de Dieu et provoquer le message du récit. Cependant cet épisode du roi cruel ordonnant que des juifs soient jetés au four ne peut pas ne pas nous rappeler ce qui fut sans doute l’un des épisodes les plus atroces de notre histoire. Surtout que dans son horreur, l’Histoire a bégayé, l’extermination qui eut lieu sous Hitler se répéta sous Staline.
    Mais je ne veux pas ce matin m’étendre sur l’histoire ou l’actualité de l’antisémitisme et de la barbarie qui l’accompagne toujours. Ce matin, je veux avoir le courage de me reconnaître en Nabuchodonosor, en ce roi qui décide dans sa fureur de brûler ceux qui sont différents, ceux qui refusent de se plier à sa loi. Ce matin je veux prendre conscience que ce visage de l’intolérance, de la colère, de la barbarie et de la destruction d’autrui est trop souvent le mien. Je sais bien, je ne suis ni Hitler, ni Staline, je ne suis pas un monstre mais je sais bien aussi combien je suis prompt à condamner et rejeter ce qui est différent, ce qui ne s’incline pas devant mon idée, devant ma compréhension. Ce matin, je veux me reconnaître en Nabuchodonosor, être épouvanté par ce masque de fureur et de sauvagerie que je porte parfois et, avec l’aide de Dieu, rejeter ce masque à tout jamais. Ce matin je veux me reconnaître en Nabuchodonosor et me rendre compte que la conversion, le retournement de soi est toujours possible. En effet, dans l’action de grâce de Nabuchodonosor, je veux entendre la promesse que la conversion, le changement de cœur est toujours possible…

 Face à cette cruauté de Nabuchodonosor, trois hommes. Ils ne sont pas anonymes, ils ont des noms mais ils ne sont pas connus. Faites un essai, demander à quelqu’un qui connaît bien la Bible s’il a entendu parler de Chadrac, Méchak ou Abed Nego (si vous lui parlez des trois, cela risque de lui mettre la puce à l’oreille), il y a de fortes chances pour qu’il ne voie pas de qui il s’agit. Si vous lui dites : les compagnons de Daniel, il s’écriera : « Mais, bien sûr ! ».
Et pourtant, dans ce récit de la fournaise, Daniel n’apparaît pas. Seuls ses trois compagnons, ses trois « faire-valoir », subissent cet épisode.
    Eh bien ! je trouve cette absence de Daniel éloquente. En effet, le risque des midrashim (légendes juive dont le livre de Daniel est un bon exemple) c’est qu’on perde de vue que le héros est un représentant du peuple tout entier. En effet, les qualités dont Daniel fait preuve sont tellement grandes que l’on a du mal à s’identifier à lui. Daniel, c’est le héros et nous ne pouvons que soupirer : « Il nous en faudrait plus comme lui ». Et le récit produit le contraire de ce pour quoi il est fait. Le but, n’est pas que nous nous tournions vers Daniel en acclamant ses exploits mais bien vers Dieu en reconnaissant son œuvre.
    C’est justement pour cela que dans cet épisode, Daniel n’intervient pas. Dieu n’est pas réservé à quelques-uns, aux héros ou aux saints, il est également auprès des seconds rôles, ceux sur lesquels la postérité ne parviendra jamais à mettre un nom.
    Ce texte nous affirme donc que même si nous nous sentons dans l’obscurité, bien loin des feux de la rampe, même si nous ne faisons pas partie des « stars » du peuple chrétien, ni même de notre communauté locale, nous n’en sommes pas moins aimés de Dieu. Dieu est auprès de tous, des héros, des personnalités comme des obscurs… C’est ce que l’absence de Daniel dans ce récit nous rappelle…

    Dieu est auprès de tous… Voici donc le message principal de ce texte. Livrés à la colère de Nabuchodonosor, jetés dans la fournaise, Chadrac, Méchak et Abed Nego ne sont pas seul mais Dieu les accompagne…
    Ici, bien sûr, nous sommes dans le récit légendaire… N’allez pas vous jeter dans le feu dans l’espoir d’en ressortir indemne parce que Dieu est avec vous. Plus sérieusement, ne vous étonnez pas que ce récit ne corresponde pas trait pour trait à notre réalité. Chadrac et ses compagnons sortent de la fournaise sans aucune marque. Ce n’est pas notre cas, nous ne sortons jamais sans traces, sans brûlures, des fournaises dans lesquels nous tombons. Nous souffrons et nous luttons dans ces fournaises et bien souvent, nous n’y voyons pas de traces d’une quelconque présence divine. Cela ne signifie pas que, contrairement à Chadrac, Méchak et Abed Nego, nous soyons abandonnés de Dieu.
    Simplement, je crois qu’il y a deux aspects de ce récit que nous devons garder. Dieu est auprès de ceux qui sont dans la fournaise et eux ne le voient pas forcément.
    En effet, dans ce texte, rien ne dit que les trois jeunes gens voient le quatrième, c’est Nabuchodonosor qui, de l’extérieur, voit ce quatrième à l’aspect divin. Dieu est donc avec nous dans la fournaise sans que nous en prenions forcément conscience. Mais il n’est pas le Dieu talisman, le Dieu qui nous préserve de tout mal. Il est le Dieu de Jésus Christ, le Dieu crucifié qui lutte et souffre avec nous. Le Dieu qui ne peut nous épargner la souffrance mais qui nous promet l’avenir, qui, malgré le mal donne un sens à notre vie. Le Dieu qui nous promet que le jour vient ou le mal et la mort seront vaincus.

    Aussi, frères et sœurs, qu’aucune fournaise ne nous fasse désespérer. Ni celles que nous allumons, Nabuchodonosor lui-même finit par rendre grâce à Dieu, ni celles dans lesquels nous tombons. Car Dieu est à nos côtés, et s’il n’est pas le Dieu tout puissant qui nous empêche de souffrir, il est le Dieu de la vie qui nous promet un avenir, il est le Dieu d’amour qui nous annonce son royaume.

            Amen

Bonne année

12 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Oui, je sais, c'est un peu tard pour vous présenter mes voeux. mais bon, j'ai toujours eu un peu de mal à dire bonne année, bonne santé et rien d'autre (c'est d'ailleurs pour ça que j'ai au moins 16 ans de retard sur mes cartes de voeux).
Mais aujourd'hui, j'étais dehors et j'ai trouvé ma résolution de 2008 : je vais fréquenter davantage les cafés. D'abord parce que j'ai toujours aimé y travailler et puis surtout pour soutenir à ma façon ces cafés devenus des espaces non-fumeur.
Oui je sais, c'est politiquement correct, liberticide et sûrement très mal. Mais j'assume.
Et je respire...

Allez, bonne année à tous et toutes, fumeur comme non fumeur...

Morceaux d'été (2) La chapelle de Chanteloube

9 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Ete-2007-134-copie-1.jpgLes églises catholiques devraient s'appeler des temples puisque Dieu est censé y résider alors que les temples protestants devraient s'appeler des églises puisqu'ils ne sont qu'un lieu de rassemblement.
L. Gagnebin

C'est donc entendu, pour les protestants, Dieu n'a pas de maison bâtie de mains d'homme. Mais, s'il décidait d'emménager, moi, je sais où Il s'installerait...
Elle ne paye pas de mine, la chapelle de Chanteloube, petite bâtisse de pierre posée au creux d'une fourche. Quatre murs, un toit, une porte, une fenêtre carrée, un clocher pour rappeler sa fonction. A l'intérieur : un banc, un autel fait d'un demi tronc.  On pourrait y faire tenir quoi ? une 15aine de fidèles. Ces dernières années, on y a ajouté un mobilier religieux sommaire qui me paraît toujours quelque peu incongru... Non, elle ne paye pas de mine,  la chapelle de Chanteloube avec sa façade qui se lézarde dangereusement et sa toiture qui s'affaisse. Elle ne paye pas de mine et pourtant, le jour où elle disparaîtra, elle laissera dans mon regard un trou aussi grand que si une des montagnes qui l’entourent disparaissait.
Il faut dire que cette chapelle, c’est une compagne d’enfance. Je ne crois d’ailleurs pas y avoir jamais vu un office. Mais elle a été terrain de jeu pendant l’enfance, un lieu de refuge pour les ados, modèle pour les dessinateurs en herbe, je la soupçonne volontiers d’avoir abrité quelques premiers baisers, et toujours elle reste le signal que le voyage se termine et que nous sommes arrivés… Alors si vraiment Dieu décidait d’emménager dans quelque bâtiment fait de main d’homme, pourrait-Il vraiment aller habiter ailleurs que dans cette humble chapelle, élément complice et discret du paysage qu’on ne pense même plus à voir mais qui nous a accompagné fidèlement ?