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Miettes de théologie

Noé (2) Un coffre à la mer

24 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

no-.jpgPrédication du dimanche 24 février 2008
Genèse VI, 9 à VIII, 5
Romains VIII, 19 à 24

Après une présentation de cette humanité condamnée au déluge, cette humanité qui reste la notre, nous voici au cœur de la tempête, au cœur du sujet. Dieu effaça tous les êtres qui étaient sur la terre : depuis les humains jusqu’au bétail, aux bestioles et aux oiseaux du ciel, ils furent effacés de la terre. Il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l’arche. Le déluge et l’arche. La destruction et la protection.

Il y a très longtemps, les hommes étaient très méchants. Dieu en eut assez de leur méchanceté. Alors, comme Il ne faisait pas dans le détail, Il décida de noyer la terre et tout ce qui s'y trouvait. Heureusement, Noé était gentil et il eut le droit de construire un bateau et d'y faire monter des animaux pour les sauver.
C'est souvent ainsi que l'on présente l'histoire du déluge. Une histoire édifiante où les méchants sont punis et où le juste sauve le monde. Mais si Noé est incontestablement le héro, si les méchants sont les autres hommes, quelle est la place de Dieu ? Dans un film américain, il serait le supérieur hiérarchique prévenant le héros : "Si vous ne parvenez pas à récupérer les microfilms dans les 12 heures, nous devrons bombarder la ville et vous avec". Bref, un Dieu certes puissant et juste mais incapable d'effectuer une frappe chirurgicale. C'est sans doute aussi pour cela que le récit du déluge est si souvent relégué au rang des contes enfantins. Pourtant, je crois que l’histoire de Noé est sérieuse et qu’elle va bien plus loin que ce résumé rapide.
Qu’est ce que le déluge ? C’est le monde qui se déconstruit. Il ne s’agit pas d’une averse de 40 jours et 40 nuit, il s’agit dit le texte de la voûte céleste, de cette barrière entre les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, qui s’ouvre. Il s’agit donc d’un retour au chaos originel. Il ne s’agit pas de supprimer les humains qui sont décidément trop mauvais mais de retrancher toute vie de notre planète, la ramenant à la terre déserte du commencement. D’ailleurs, la fin du déluge s’inscrit comme le début d’une création : Dieu envoya un souffle sur la terre et les eaux baissèrent. Ce souffle sur la terre inondée est bien le même que ce souffle de dieu qui planait à la surface de l’eau.
Bref, je ne vois pas dans ce récit du déluge l’histoire d’un coup de torchon d’un Dieu en colère, un grand nettoyage de printemps qui s’est passé il y a très longtemps. Le déluge me parle d’un monde qui se désagrège à cause de la folie des hommes, de ce monde dans lequel je vis. Il me dit que l’homme n’est pas la seule victime de sa propre folie : quand la Bible parle de tous les animaux, il faut bien sûr comprendre tout ce qui est vivant. Oui, par son orgueil qui le pousse dans une véritable fuite en avant, par sa violence qui l’empêche de respecter ce qui vit, l’homme oppose à l’acte créateur de Dieu un acte dé-créateur. C’est de cette réalité que nous parle le récit du déluge.
Attention, il ne s’agit pas de voir dans le déluge, une sorte de prédiction qui annonçait avec plusieurs siècles d’avance, ce qui se passe aujourd’hui, le réchauffement de la planète, les catastrophes écologiques ou que sais-je encore. A chaque génération, le récit du déluge parle de son quotidien, de sa peur et de sa responsabilité. Mais ce récit n’est pas seulement menace ou constat, il est aussi promesse.

 Tout d’abord, même en maintenant une lecture littérale, même en conservant l’idée que le déluge est envoyé par Dieu, il faut garder en tête que ce déluge dure 40 jours, un nombre qui dans la Bible signifie la préparation et la reconstruction. Ainsi, même le Dieu terrible qui provoque le déluge est avant tout un Dieu qui reconstruit, qui ouvre un avenir.
Mais surtout, il n’y aurait pas de sens à parler du déluge sans parler de l’arche. Face à ce monde qui se délite, Dieu pose un bateau, ou plutôt, une arche, c'est-à-dire un coffre. Et j’insiste sur ce terme de coffre puisque c’est effectivement ce dont il s’agit : bien plus qu’un bateau, l’arche est un coffre-fort, à l’intérieur duquel Dieu préserve ce qu’il a de précieux : un échantillon de tout ce qui vit, non pas en souvenir mais pour repartir.
Le récit du déluge, bien plus que d’un Dieu qui détruit me parle d’un Dieu qui préserve. Et il m’enseigne bien des aspects de cet acte protecteur de Dieu.
Commençons par le plus tragique : dans ce récit, Dieu ne peut protéger tout le monde. Seule une famille humaine est sauvée. On peut bien sûr rappeler que c’était la seule famille juste (enfin la famille du seul juste serait plus respectueux du texte biblique mais il faut également dire que seul un couple de chaque espèce animale (ou 7 pour les animaux purs). Cela sous entend un choix, un choix qui peut paraître injuste ou arbitraire, un choix qui est sans doute impossible. Mais vaut-il mieux laisser périr tout le monde quand on ne peut en sauver qu’un seul ? Et puis cette dimension tragique est tout de même atténuée si on se rappelle que le récit du déluge se situe moins à l’échelle de l’individu qu’à l’échelle du vivant. Or à l’échelle du vivant : toutes les espèces sont sauvées et c’est là, la volonté de Dieu. L’acte protecteur de Dieu ne nous préserve pas de tous les coups mais il empêche l’anéantissement complet.
Le deuxième aspect évident est la solidarité à nouveau affirmée entre l’humain et le reste du vivant. Si tout ce qui est vivant souffre de la folie de l’homme, l’humain ne sera pas préservé sans ce qui l’entoure. Ce discours peut nous sembler assez banal, abreuvés comme nous le sommes par le souci écologique. Mais il ne faut pas oublier que pour la Bible, l’anthropocentrisme est de rigueur : l’humain n’est pas seulement une partie de la création, il en est le sommet, l’aboutissement. Mais ici, le texte lui rappelle que, quelle que soit sa place, il ne peut exister seul. On retrouvera d’ailleurs cette solidarité dans Paul et même dans l’apocalypse : « un ciel nouveau et une terre nouvelle. »
Fais–toi une arche en bois de résineux ; tu diviseras cette arche en cellules et tu la couvriras d’un enduit, au dedans et au dehors. Voici comment tu la feras : l’arche aura trois cents coudées de longueur, cinquante coudées de largeur et trente coudées de hauteur. Tu feras à l’arche une ouverture d’une coudée, disposée tout en haut ; tu placeras la porte de l’arche sur le côté ; tu feras un étage inférieur, un deuxième et un troisième (Gen VI, 14 à 16) et les légendes juives sont nombreuses qui mettent Noé à l’œuvre à l’intérieur de l’arche pendant et après le déluge, courant de cellule en cellule pour s’occuper des animaux dont il a la charge. L’acte protecteur de Dieu ne suscite pas l’oisiveté, bien au contraire, il met l’homme au travail.
Pour le quatrième aspect de cet acte protecteur de Dieu, il faut faire appel à notre imagination. Après tout le récit du déluge n’est pas seulement un récit théologique riche en symbole et en enseignements, c’est aussi un conte, il nous invite donc à nous projeter un peu. Imaginez-vous donc dans une caisse de  avec toute votre famille. Ajoutez-y un représentant de chaque espèce animale. Dites-vous bien que vous allez y rester un an sans mettre le nez dehors. Imaginez l’enfermement, le bruit, l’odeur et vous aurez une petite idée de la vie de Noé et des siens dans l’arche. Il faudrait dire aussi les choc des eaux déferlent sur l’arche, la peur d’être ainsi à la merci des éléments, le désespoir de ne voir de terre sèche nulle part. Je crois qu’il est important de se représenter cette vie de Noé de façon aussi concrète parce que la protection de Dieu n’est justement pas un cocon douillet et magique. Or, bien souvent, ce qui nous fait douter de la présence de Dieu dans notre vie, de sa protection, c’est justement l’inconfort, la peur, le sentiment de n’être pas tant à l’abris que ça. Sous son aspect enfantin, l’arche de Noé nous parle de façon très réaliste de cette protection qui est tout sauf confortable. Il nous parle de cette protection qui semble si faible alors qu’elle est si forte. Et ainsi, ce texte peut ouvrir une véritable espérance pour tous ceux qui souffrent, pour tous ceux qui doutent, pour tous ceux qui espèrent. Parce qu’avec un tel texte, aucun désastre, aucun doute, aucune peur ne prouve l’absence de Dieu.

Frères et sœur, ce conte de Noé » vient répondre à nos peurs qu’elles soient cosmiques ou intimes. Non, l’humanité ne disparaîtra pas. Non, les tempêtes qui bouleversent nos vies ne signifient pas que nous sommes abandonné de Dieu.

Grâce et gériâtrie

20 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Cette note aurait du être mise en ligne hier. Mais le calendrier et moi...
Quand ma maman s'interroge sur les causes de mon protestantisme, elle va chercher du côté de l'esprit de contradiction qui a marqué mon enfance et mon adolescence (j'ai hélas beaucoup vieilli). Elle évoque aussi un épisode dont l'authenticité me paraît douteuse : j'aurai, pendant un mariage, fait pipi sur une statue de la Vierge.
Mais ma maman omet une piste : j'ai été élevé par une gériâtre. Il se pourrait bien que ce soit d'elle que me vient la conviction que l'on peut tout recevoir sans le gagner, sans le mériter, parfois même sans l'accepter (NB je ne parle pas ici d'acharnement thérapeutique mais seulement de soins et d'attention). Il se pourrait également que ce soit à elle que je dois ma certitude qu'une oeuvre n'a pas besoin d'être utile pour être bonne et nécessaire...
Merci de ne pas chercher d'intention polémique dans cette note. C'est juste un clin d'oeil en guise d'hommage.

Gift Trap

19 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

gifttrap.jpg
Plaisir d'offrir, joie de recevoir.


Le concept est simple : une liste de cadeaux parmi lesquels vous devrez choisir quoi offrir à chacun de vos adversaires. Ensuite, dans cette même liste  vous déterminerez ce que vous aimeriez recevoir et ce dont vous ne voudriez pour rien au monde. Vous marquez des points quand vous offrez un cadeau qui plaît et quand vous recevez ce que vous souhaitiez.
Problème : vous ne pouvez pas offrir deux fois le même cadeau. Alors ce safari au Kenya vous l'offrez à Sophie ou à Marc ?
Problème : vos adversaires ont parfois des goûts bizarres "Ah bon ? Tu voudrais une lampe disco chez toi ?" Ou des désirs surprenants "Ah ouais ? Tu aimerais survoler la Nouvelle Zélande en hélicoptère ? Alors que tu as peur de l'avion !"
Problème: Vos adversaires ne vous connaissent pas si bien que ça "Mais c'est pas parce que mes parents me forcent à jouer d'un instrument que j'ai envie d'assister à un festival de musique !"
Vous pouvez sortir Gift Trap pour vous entraîner, à l'approche de Noël. Vous pouvez aussi l'utiliser dans un groupe, disons après deux ou trois réunion, histoire que tout le monde ait un peu l'impression de se connaître. On peut jouer à Gift Trap à peu près à tout âge (enfin, passé 9-10 ans) et une partie peut servir de base à une discussion sympa sur les autres, la façon dont on croit les connaître, dont ils nous perçoivent ou à une petite réflexion sur le regard... Si on veut aller plus loin, on peut aussi pousser l'analyse d'une partie : il y a deux pistes de scores : une pour les points que l'on gagne en recevant, une pour les points que l'on gagne en offrant. Et sur les parties auxquelles j'ai joué, ceux qui avancent rapidement sur l'une avancent plus lentement sur l'autre...
Et puis, comme on est pas obligé d'y parler, Gift Trap offre un bonus non négligeable : même les plus timides (vous savez, la petite brune qui n'ouvre jamais la bouche) s'y dévoilent un peu...

Chrétiens et non-chrétiens à l'heure dernière

18 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Il y a déjà un petit bout de temps, un lecteur me posait par e-mail la question suivante : Grace au Christ il est promis aux chrétiens la vie éternelle après la mort. Qu'en est-il pour les hommes des TOUTES les AUTRES religions ? Que deviendront-ils ?
À dire vrai, je suis quelque peu géné par la formulation : je ne crois pas qu'après la mort, l'âme s'envole en direction du paradis ou chute vers l'enfer. Je crois, en revanche, à une mort complète et à une résurrection finale. Lors de cette résurrection, je crois en effet que ceux qui ont placé leur confiance en Christ seront pris à ses côtés. Et les autres ? Une réponse classique de théologiens plus avisés que moi c'est "nous ne pouvons rien en dire, nous ne pouvons témoigner que de notre salut" C'est bien sûr très vrai, et cela évite pas mal de spéculations. Cependant, me soucier du sort des autres me semble assez cohérent avec mon christianisme. Et puis, au delà de spéculation sur l'au-delà (qui n'est pas un crime non plus), cela ouvre une question qui a son importance : "sommes-nous sauvés par le Christ ou par notre foi en lui ?"
Si l'on s'en tient à l'heure dernière, pour ma part, je réponds que ce n'est pas notre foi qui entrera en ligne de compte. Je crois en effet que tous seront sauvés. Mais cette déclaration n'est ni la conclusion d'un raisonnement logique, ni une affirmation dogmatique : il sera facile de trouver des versets pour me contredire (et s'ensuivra une longue bataille de versets et d'interprétation). Ce n'est pas non plus un procès que j'intenterais à Dieu sur le mode "Si Dieu ne sauve pas tout le monde, alors il n'est pas bon". Je ne parle pas d'avantage d'un salut de masse, aveugle, un salut à la pelle, en fait je ne devrais pas parler du salut de tous mais du salut de chacun. Je crois qu'à l'heure dernière, chacun, quelle qu'ait été son histoire, sa foi, sera saisi dans l'amour de Dieu. C'est une profession de foi : je crois que le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Cependant cette profession de foi sur l'heure dernière ne doit pas faire oublier que le salut est d'abord une vérité immédiate : c'est dès maintenant que je suis accepté par Dieu, et c'est dès maintenant que cela change ma vie. Or, ce changement de regard, cette libération ne se vit que dans la confiance en Jésus Christ. Si le salut est promis à tous, seule la foi en Christ permet de le vivre dès aujourd'hui.

Noé (1) : Une actualité antédiluvienne

17 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 17 février 2008
Romains III, 9 à 20
Matthieu XII, 38 à 42
Genèse VI, 1 à 13

Pendant ce temps de carême, je vous propose de suivre un des personnages bibliques les plus célèbres, celui dont l’aventure est le plus souvent représentée, un personnage que l’on réserve d’ordinaire aux enfants. Pourtant, son histoire est tout à fait sérieuse et à bien des égards sombre et tragique. Nous suivrons la geste de Noé.

A quoi ressemblait la terre avant le déluge ? Je veux dire, à quoi ressemblait cette humanité dont la méchanceté se multipliait sur la terre ? Si j’en crois les péplums bibliques hollywoodiens, l’orgie, la violence et l’idolâtrie régnaient sur terre. Et la Bible, qu’en dit-elle ?
Le texte nous parle également de violence : « à cause des hommes, la terre est rempli de violence ». Mais elle ne parle ni d’orgie, ni d’idolâtrie, son propos est bien moins visuel, je crois qu’il faut aller chercher la méchanceté qui se multiplie dans cette histoire mystérieuse de géants engendrés par les fils de Dieu et les filles d’homme. Sur ces fils de Dieu qui trouvent les filles d’homme à leur goût, on a raconté beaucoup de choses : anges déchus ou non, extra-terrestres, récemment j’ai trouvé une interprétation intéressante : les fils de Dieu seraient les descendant de Seth qui se seraient laissé séduire par les descendante de Caïn, les filles d’homme. Mais en fait, savoir qui étaient les fils de Dieu et qui étaient les filles d’homme et même qui était leur progéniture, ces géants et ces héros ne me paraît pas vraiment nécessaire pour comprendre qu’ici ce texte nous parle de confusion et d’autre part, d’orgueil.
En premier lieu, il y a indifférenciation, ce qui est de Dieu et ce qui est de l’homme se mélange. Or cette confusion est un retour en arrière. La création du monde raconte comment Dieu met de l’ordre, comment il sépare la lumière des ténèbres, les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, la terre sèche de l’océan… Et voilà qu’ici tout semble se mélanger à nouveau, retourner au magma originel.
Et cela donne naissance aux héros, à ces hommes qui se confondent avec ces mystérieux géants censés peuplés la terre. Je vois dans ces héros, dans ces géants l’homme qui domine, l’homme qui s’élève par la seule force de son bras, l’homme qui prétend à être, par lui-même, un dieu, l’homme qui veut se faire un nom. Ces héros sont ainsi figure de l’orgueil d’un humain qui refuse sa place de créature et prétend dominer seul le monde. Cet orgueil dont découle toute violence.
Alors, loin du cinéma et des gravures, loin des images grandguignolesque, loin des orgies et des sacrifices humains se déroulant dans l’ombre de terrifiantes idoles, le monde d’avant le déluge, ce monde ou règne la méchanceté est un monde de confusion ou dominent l’orgueil et la violence. Bref, un monde qui ressemble singulièrement au nôtre. En effet, la culture de masse a envahis le monde, et quel que soit le continent on s’habille pareil, on mange pareil on regarde et on lit les même choses, l’homme gagne chaque jour en puissance et prétend chaque jour dominer un peu plus sur le monde qui l’entoure et la violence est omniprésente : le fort écrase le faible, le riche saigne le pauvre…
Il est inutile d’aller très loin pour imaginer le monde antédiluvien, inutile de faire appel à un imaginaire fantastique : il suffit d’ouvrir nos journaux…
Suis-je en train d’annoncer l’imminence du déluge ? Devrions nous démonter les charpentes de ce temple pour bâtir une arche ? Ce serait oublier deux choses. Premièrement ce que je viens de dire sur notre monde n’est pas propre à notre époque. Oui, nous vivons dans une période trouble, une période de mutation mais il ne faut pas rêver à l’âge d’or. La violence, l’orgueil de l’homme et même la confusion ont toujours existé et au regard d’autres époques, je ne suis pas sûr qu’elles soient bien plus grandes aujourd’hui. En fait, je pense que chaque génération humaine ressemble à l’humanité antédiluvienne…
Et puis surtout, le récit biblique du déluge n’est pas le récit d’une condamnation et d’une fin mais celui d’une restauration et d’une promesse. Mais nous aurons tout le temps de parler de ce Noé dont le nom évoque la restauration, et il y a quand même un déluge.

« Toute chair avait une conduite dissolue sur la terre et Dieu dit à Noé : Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes la terre est remplie de violence et je vais les dissoudre avec la terre ». Qu’on lise le déluge comme un châtiment envoyé par Dieu ou comme la conséquence de la malignité des hommes, une chose demeure : le déluge est une dé-création, c’est un retour au tohu-bohu primitif. Le déluge, c’est l’échec de la création, un échec que le texte dit dans des termes très forts : Dieu se repent d’avoir fait l’homme sur la terre. Dieu veut repartir à zéro, tirer un trait sur ce qu’il a commencé et reprendre, peut-être, une œuvre nouvelle sur une page neuve. Et paradoxalement, de cette colère de Dieu, nous pouvons tirer un message d’amour : ce repentir de Dieu nous dit  aussi l’incroyable intérêt qu’il nous porte : notre orgueil, notre violence sont une véritable blessure pour lui. Nous ne sommes rien au regard de la grandeur de Dieu et pourtant, il nous prend tellement à cœur que nous avons le pouvoir de l’excéder, de le faire se repentir. Dieu nous aime d’un tel amour que nous pouvons lui déchirer, littéralement lui retourner, le cœur. On est bien loin du Dieu horloger, indifférent à ce monde, on n’est bien loin d’un Dieu qui nous prend de haut. Cette colère de Dieu face à la méchanceté de l’homme, loin de nous parler d’un juge lointain, nous dit un Dieu dont le cœur saigne pour nous.
Et puis se produit un véritable prodige, quelque chose de bien plus incroyable qu’un déluge de 40 jours qui noie la terre : Dieu ne met pas son projet à exécution : Il renonce à repartir de zéro. En effet, alors que le temps du repentir n’est plus, alors que sa décision est arrêtée : cette terre dissolue sera dissoute, un homme trouve grâce aux yeux de Dieu et en cet homme sera préservée non seulement l’humanité mais la création toute entière.

De cet homme, dont le nom Noé, évoque la restauration, le texte nous dit qu’ « il trouvé grâce aux yeux de YHVH » et qu’il était « juste et intègre et qu’il suivit les voies de Dieu ».
Alors si l’on suit une lecture classique on peut avoir l’impression que alors que Dieu, excédé par la méchanceté de l’homme, décide d’en finir, il se rend compte qu’un homme, tel un petit village gaulois face à l’envahisseur romain, a résisté à la malignité ambiante et que Dieu décide d’épargner cette homme qui sera la bonne graine d’où repartir. C’est une lecture possible, mais compte tenu de l’ordre du texte qui nous dit d’abord que Noé trouva grâce aux yeux de YHVH, compte tenu que le seul signe de la justice de Noé se trouve dans son obéissance au commandement de construire l’arche, on peut légitimement se poser la question « Noé a-t-il trouvé grâce parce qu’il était juste ou Noé a-t-il été juste parce qu’il a trouvé grâce ? » Tout est affaire de lecture et quelle que soit notre réponse à cette question, le résultat est le même : en Noé, c’est toute l’humanité qui est épargnée (et on verra que cette humanité est bien la même avant et après le déluge)

Frères et sœurs, Dieu n’est pas indifférent au mal qui règne dans le monde, son cœur saigne et se révolte lorsque nous nous opposons à son projet créateur. Mais sa persévérance et sa fidélité sont plus grandes encore que sa colère et quand nous revenons au chaos, alors même que tout est perdu, il suscite des justes par lesquels notre humanité et la création toute entière peuvent repartir.

Amen

La chanteuse énervante

16 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

abihl.jpgC'est l'histoire d'une blonde qui chante. Elle écrit elle-même ses textes et sur scène, elle les habite... J'ai découvert Agnes Bihl lors du concert Libertad à Rouen en février 2006 et depuis, ses chansons occupent une place de choix dans ce que j'écoute.Faut dire qu'elle a des références qui ne pouvaient que me séduire : Brel, Brassens, Anne Sylvestre, Renaud et des révoltes dans lesquelles je me retrouve...
Alors, forcément quand je gagne des places pour l'entendre en concert dans une petite salle parisienne, je fais l'aller-retour... Eh bien, c'est sans regret parce qu'Agnes Bhil en concert, c'est encore mieux qu'en disque. D'abord, elle a plus de voix que ne laissent supposer ses enregistrement. Et surtout, elle vit ses textes autant qu'elle les chante, dansant d'espieglerie ou tremblant de dégoût. Et les mots font mouche quel que soit le registre. En effet, humour, ironie, tendresse, révolte se mêlent tout au long de la soirée. Il y a la nostalgie de l'enfance et de l'adolescence, il y a des chansons colère (exprimant parfois une certaine auto-dérision :moi qui fait la morale et la grasse matinée), il y a du féminisme narquois et puis il y a Viol au vent et Touche pas à mon corps : deux cris, deux chansons très fortes sur le viol et sur l'inceste.
Et la théologie dans tout ça ? J'aurai peut-être pu répondre à L'enceinte-vierge, chanson à l'athéisme onfraysien*. Mais premièrement, je ne me sens pas vraiment concerné. Deuxièmement, l'essentiel du spectacle n'est pas là. Et puis surtout, le but de cette note n'est pas de faire de la théologie mais de la pub. Agnès Bihl chante à L'Européen (Paris XVII° ) jusqu'au 23 février. La salle est sympa, il y a sûrement encore des places, alors si vous pensez qu'on a des goûts communs, allez-y. Et puis, si vous êtes moins empoté que moi pour parler aux artistes, profitez de l'après spectacle pour la remercier de ma part. En tout cas moi, au prochain concert, je n'attendrai pas de gagner ma place : je la paierai...

*Je qualifie d'athéisme onfraysien tout athéisme qui s'en prend à toutes les religions à coup de provocations, d'amalgames douteux, d'idées reçues et d'images fausses. Le fondamentalisme athée, en quelque sorte...

La fin justifie les moyens ?

9 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

J'aurais aimé être en train de faire une relecture  théologique de 24.  J'aurais souligné  l'ambiguïté de cette série dont le héros est si souvent torturé mais aussi souvent tortionnaire. J'aurais parlé de cette terrible devise qui nous caractérise si souvent : "la fin justifie les moyens", j'aurais parlé de notre soif de sécurité, de trnaquillité et j'aurais demandé quel prix nous étions prêts à payer. Ca n'aurait pas prêté à conséquence, juste un pasteur intello qui théorise à partir d'une fiction...
Malheureusement, nous ne sommes pas dans la fiction.  Il me semblerait naïf de diaboliser les Etats Unis, tant le raisonnement "s'il n'y a que cela qui marche" me paraît être en chacun de nous. En fait, il me semble qu'ici ce soit le terrorisme qui triomphe : tous les moyens deviennent bons pour se faire entendre, tous les moyens deviennent bons pour se protéger, j'ai le droit de ne plus considérer comme un humain celui qui me menace...
La fin justifie les moyens... Ici, les moyens employés semblent bien signifier notre fin...

Entre l'effort et la grâce

7 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

La foi chrétienne représente une position très nuancée quant à la capacité transformatrice de l’éthique. D’une part, la foi ne cesse de parler de ses conséquences éthiques, concentrées dans le terme agapè désignant l’amour divin et ses répercussions dans les relations entre les humains ; d’autre part, elle conteste que l’éthique puisse sauver l’homme de l’emprise du mal et briser l’horizon de sa finitude. Autrement dit, la foi chrétienne demande l’effort, et qui dit effort, dit aussi éthique. Mais ayant un sens aigu des limites de l’éthique et par conséquent de la puissance libératrice de la loi qui ordonne l’éthique, elle commence par annoncer cette promesse que l’homme est libéré de toutes les figures de la mort avant même qu’il commence à agir. Celui qui prend cette promesse au pied de la lettre est sauvé, quand bien même après cela, il souffre mille morts ou devient victime de sa propre défaillance ou de celle des autres. La foi chrétienne ne commence donc pas par l’éthique. Elle commence par la promesse qui lui est propre. Ensuite, mais seulement ensuite, vient l’éthique.

« Les catholiques croient au salut par les œuvres alors que les protestants croient au salut par grâce.» Flemming Fleinert-Jensen tord ici le cou à cette idée fausse. Il rappelle tout d’abord que pour les chrétiens, catholiques comme protestants, la justification de l’homme, sa raison d’être est d’abord dans un geste gratuit de Dieu, un geste d’amour.
Mais cette mise au point ne doit pas faire oublier les différences… Et Fleinert-Jensen nous entraîne à la suite de Paul de Tarse, de Martin Luther, il examine la déclaration commune sur la doctrine de la justification signée en 1999 par le Vatican et la Fédération Luthérienne Mondiale et ainsi, il présente à la fois la réelle proximité entre catholicisme et protestantisme sur la question de la justification (l’individu est toujours plus que son destin, que la somme de ses qualités et de ses défauts, son identité ne se résume pas à son histoire mais il la reçoit d’un autre) et les différences qui demeurent (pour être rapide, on pourrait dire que pour les catholiques, dans la justification, la grâce de Dieu est première alors que pour les protestants, elle est seule). Ce qui est particulièrement appréciable c'est que ce parcours sur la justification en trois grandes étapes, n'oublie pas les transitions, il nous parle rapidement de l'évolution du christianisme après Paul et n'oublie pas après Luther, le concile de Trente et la Contre Réforme...
Mais Entre l’effort et la grâce ne propose pas seulement un regard historique sur la doctrine de la justification, il nous invite également à réfléchir sur ce qu’est la loi, sur ce qui est de l’ordre du « reçu » et, loin des caricatures et des mauvais procès, sur la place occupée par l’éthique dans le catholicisme et le protestantisme (Flemming Fleinert-Jensen se concentre bien sûr sur la pensée luthérienne, mais le réformé que je suis n’a pas vu grand-chose à redire).
Bref, malgré un titre dont il aurait fallu, à mon avis, inverser les termes, une bonne approche de cette question qui est au cœur non seulement du christianisme mais de toute réflexion sur l’humain…

Flemming Fleinert-Jensen : Entre l'effort et la grâce. Essai sur la justification de l'homme. Ed. Cerf

Jacob (2) Au bas de l'échelle

5 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

ehcellejacob.jpgPrédication du dimanche 3 février 2008
(culte parents-enfants)
Genèse XXVIII, 10 à 21

A quoi sert une échelle ? À monter ? À descendre ?
Ici, l'échelle que voit Jacob est d'abord un signe, comme un panneau indicateur. En effet, est-ce que Jacob connaît Dieu à ce moment ? La Bible n'en dit rien ou plutôt, elle nous dit que YHVH se présente à Jacob. Ce qui nous laisse penser que Jacob ne connaît de YHVH que ce que ses parents lui en ont dit. Bref, pour lui YHVH, c'est au mieux quelqu'un qui est loin, dont on parle mais qu'on ne voie pas, qu'on prie mais qui reste silencieux.
Et voilà que cette nuit là, lui apparaît une échelle. Cette échelle qui est la première chose que Jacob voit c'est un pont, un trait d'union. Et le songe se précise, l'échelle n'est pas vide, des anges, des messagers y montent et descendent. Que font-ils ? Combien sont-ils ? Quelle est leur fonction ? Le texte n'en dit rien. Tout ce qu'il nous dit c'est que sur ce trait d'union, il y a du mouvement, du va et vien. Quand je m'imagine l'échelle de Jacob, j'y vois une multitude d'anges, une foule innombrables. Ainsi, il y a un lien entre ciel et terre et ce lien n'est pas désert, abandonné, mais il est dynamique, vivant. Par cette échelle, Jacob peut voir que Dieu n'est pas inaccessible, très loin du monde dans lequel nous vivons mais qu'il s'intéresse à nous et qu'il est à l'œuvre dans notre monde.

Jacob se réveille donc au pied d'une échelle, une échelle qui monte jusqu'au ciel. Ca ne vous rappelle rien ? Quelqu'un qui se réveille au pied de quelque chose que l'on pourrait escalader jusqu'au ciel ? Pas forcément une échelle ou un escalier, quelque chose de plus exotique, disons, un haricot… Vous connaissez l'histoire de Jacques et le haricot magique ? Sinon, demandez à vos parents de vous la raconter… Pour ceux qui la connaissent, que fait Jacques quand il découvre ce haricot qui a poussé en une nuit jusqu'au ciel ? Bien sûr, il l'escalade. Et on pourrait s'attendre à ce qu'ici, Jacob escalade cette échelle qui monte jusqu'au ciel. Après tout, dans une échelle on vise le sommet. Il faut gravir les échelons, s'élever sur l'échelle sociale. Et Jacob qui a commencé sa carrière en extorquant son droit d'aînesse à son frère puis en lui volant son droit d'aînesse semblait très désireux de monter, prêt à tout pour atteindre le sommet  de l'échelle sociale.  Mais non, Jacob ne montera pas à l'échelle, il restera en bas…
Et vous savez pourquoi ?
Eh bien, moi, je crois que c'est parce que c'est une échelle qui descend. D'abord le texte biblique nous dit que la tête de l'échelle touche le ciel, or en hébreux, le mot tête veut dire « commencement ». Le commencement de l'échelle touche le ciel… Vous voyez, ce n'est pas une échelle qui monte de la terre vers les cieux, une échelle que l'homme devrait monter pour atteindre le ciel, c'est une échelle qui descend du ciel.
Il y a un autre indice… J'ai disposé l'échelle, Jacob, mesdames et messieurs, voici Bethel ! Est-ce que quelqu'un pourrait m'aider à placer Dieu ?
En fait, le texte est ambigu. Il nous dit que Dieu se tient au-dessus de lui ce qu'on peut comprendre par au dessus de l'escalier ou au dessus de Jacob, c'est à dire à son chevet. Or, c'est plutôt cette deuxième lecture que j'aurais tendance à faire. peut-être Dieu est-il tout en haut de l'échelle mais il est surtout aux côtésde Jacob comme le montre la suite : en effet, non seulement Dieu est à ses côtés mais Dieu lui parle, Dieu lui adresse une promesse : « Je serai toujours avec toi ».
Le songe de Jacob lui révèle qu'il y a un trait d'union entre le ciel et la terre, que c'est un lien actif, il lui révèle également que Dieu est avec lui. Cette échelle est le signe d'un lien entre le ciel et la terre, elle est aussi le signe d'un lien direct entre Dieu et Jacob. Et ce lien s'étend à la descendance de Jacob. Plus tard le nom de Jacob deviendra Israël, le nom de tout un peuple. Ainsi cette promesse de Dieu à Jacob s'étend à toute sa descendance, à tout Israël. Si bien que cette révélation faite à Jacob : « il y a un lien entre dieu et toi » ne s'adresse pas à lui seul.
Mais Jacob comprend-il cette révélation ?
On peut s'interroger à la lecture du texte.
Tout d'abord il reste sur l'idée d'un Dieu local. Il marque l'endroit où il a vu l'échelle, c'est là et pas ailleurs qu'est pour lui le pont. En fait,  Jacob reste  dans la mentalité de son époque, Dieu est pris dans une géographie, attaché à un pays, à des lieux.
Il reste aussi dans l'idée d'un marchandage avec Dieu : "si tu es avec moi alors je te donnerai". Peut-être Jacob a-t-il tort de poser ses conditions à Dieu... Mais surtout, Jacob prétend se placer dans le donnant-donnant avec Dieu, alors que Dieu lui a déjà tout promis sans demander de contrepartie. Un Jacob exemplaire aurait répondu "puisque Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage que je fais, puisqu'il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir,   et puisque je retournerai en paix à la maison de mon père, alors l'Éternel sera mon Dieu" et non pas "Si Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage...". Mais ce n'est pas grave, cette stèle que pose Jacob c'est un point de départ, un point de départ pour son voyage, un point de départ pour son apprentissage de Dieu.
Il en va de même pour nous. En effet, nous avons nous aussi notre échelle de Jacob. Et cette échelle n'est pas un rêve mais un évènement de notre histoire. Cette échelle qui nous dit que Dieu est venu à nous, qu'il est avec nous, c'est la croix de Jésus Christ. Bien sur, comme Jacob, nous avons souvent un peu de mal à comprendre, cette révélation est trop radicale, trop surprenante, trop éloignée de nos images de Dieu. Mais ce n'est pas grave : comme l'échelle de Jacob, la croix est signe, promesse et mise en route...

Le peuple élu et les autres.

2 Février 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

peupleelu.jpgA l'époque charnière de l'exil, où par réflexe identitaire tout un courant de pensée encourageait l'élite d'Israêl déportée a se préserver des contaminations extérieures, d'autres théologiens s'efforçaient à l'inverse, de lui faire mesurer l'immense sollicitude de Dieu envers toutes les nations et tous les hommes, sans discrimination.
Attitudes contradictoires ? Et si c'était en vérité les deux faces de la même démarche de Dieu ? De ce Dieu qui, d'un seul geste, choisit son peuple, et promet à travers lui sa bénédiction à tous les autres, quels qu'ils soient. Comme quoi il ne faut faire faire jamais de la Bible une lecture unilatérale.
Les éditeurs

Il est télégénique, il vient d'entrer au Collège de France, bref, Thomas Römer est en passe de devenir à la mode (enfin, pour un bibliste). A mon avis c'est une bonne chose.
Le peuple élu et les autres me parait une bonne introduction à Römer : dans un livre très court (Editions du Moulin obligent) on retrouve sa méthode (l'historico-critique), plusieurs de ses thèses quant à la datation des textes et l'illustration d'une de ses affirmations : "remettre les textes bibliques dans le contexte de leur rédaction n'empêche pas d'en avoir une lecture spirituelle" (une interview de Réforme cité de mémoire)
Bon, c'est de l'historico-critique pour grands débutants : Römer rappelle à grands traits l'histoire d'Israël, à travers les aspérités d'un texte, il évoque les différentes traditions des récits qui le composent puis les questions auxquelles ces traditions voulaient répondre. Le livre n'entre pas dans le détail du travail exégétique et les hypothèses présentées peuvent paraîtres abruptes voire arbitraire, mais la vulgarisation ne doit pas nous faire pas oublier tout le travail d'histoire et de sémantique qui y mène.
Après tout, le sujet du livre n'est pas l'exégèse historico-critique mais la notion de peuple élu. Notion qui, comme cela arrive souvent dans la Bible, n'est pas équivoque. Le très isolationiste Deutéronome offre à un peuple opressé, menacé de disparition, une promesse sur laquelle se reconstruire : "dans l'esclavage, tu as été choisi par Dieu". Mais cette mise à part peut rapidement entraîner le rejet de l'autre. Et c'est là qu'intervient la geste d'Abraham, un ancêtre cordial avec ses voisins, certe choisi, mais pour le bien de tous, témoin d'une élection qui ne rejette pas.
Abraham est consacré dans son rôle de trait d'union entre Israel et ses voisins. Ainsi, replacer un texte dans les préoccupations de son époque ne l'éloigne pas forcement de nous mais, en nous montrant combien ces préoccupations rejoignent les nôtres, nous rend présent le témoignage biblique. Être choisi est une question qui va bien plus loin que le judaïsme.

Thomas Römer. Le peuple élu et les autres. L'Ancien testament entre exclusion et ouverture. Editions du moulin