Miettes de théologie

Balayer devant sa porte

29 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Des intellectuels protestants français réagissent au discours du pape titre Réforme. Chic ! Je vais savoir ce qu'il me faut dire sans même me donner la peine de lire les discours du pontife. Bon, sur les 3 pages annoncées, Olivier Abel et Jean-Paul Willaime  n'en occupent guère qu'une et demie alors que l'article de présentation générale résonne de manière un peu trop people à mon goût. Etait-il bien utile de préciser qu'alors que les autres ministres arrivent en couple Rachida Dati est venue seule avec son ventre rebondi ?
Premier bon point, nos intellectuels ne laissent pas le pape leur faire oublier le théologien. C'est bien sur son discours plus que sur ce que représente Benoît XVI que se porte l'essentiel de leur attention. Mais comme il est serait assez vain de ma part de commenter les commentaires d'un discours que je n'ai pas encore lu, c'est bien sur les propos sur ce que représente le pape d'Abel et de Willaime que je m'arrêterai. "Au cours de son voyage, Benoît XVI a mis en garde contre la séduction des idolâtries. Pourtant, tout ce cérémonial autour du pape est quand même de l'idolâtrie ! Il y a un culte de la personnalité absolument incroyable !" déclare Olivier Abel. Je suis évidemment d'accord et dans le cadre d'un débat oecuménique, d'une disputatio avec droit de réponse, j'applaudirais des 2 mains. Mais dans la tribune d'un hebdomadaire protestant, sans évoquer du tout nos propres idolâtries comme, par exemple, le rapport assez ambigu du protestantisme français à son histoire, cette sortie me gêne un peu. Non pas dans un souci de diplomatie oecuménique, mais plutôt à cause d'une histoire de paille et de poutre... J'ai donc une préférence marquée pour l'attitude d'un Willaime sur un autre aspect : "Après les Bernardins, il y eut Lourdes, Bernadette, la Vierge et les espoirs de guérison de millions de pèlerins renforcés par la présence du pape. Autre facette du catholicisme bien sûr ! Mais permettez au sociologue que je suis de rappeler que le religieux a aussi des dimensions plus expérientielles, sentimentales, populaires, voire magiques. Le protestantisme dans la diversité de ses expressions n’échappe pas à la règle. Au sein du catholicisme comme au sein du protestantisme cela suscite des tensions et représente bien des défis. L’œcuménisme catholico-protestant, c’est aussi un œcuménisme de la complexité où chacun peut renvoyer l’autre à ce qui peut lui apparaître comme des contradictions."

Valse avec Bashir

24 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Tout commence comme dans un rêve. Des morceaux de souvenirs passés à la moulinette de l'imaginaire. C'est étrange la mémoire... Et Ari part à la recherche de ses souvenirs du Liban, interviewant ses compagnons de l'époque ainsi que d'autre témoins. Le dessin, les voix contribuent à nous faire vivre cette ambiance de guerre dans une torpeur étrange, presque onirique. Mais au lieu de créer de la distance, cette atmosphère, nous rapproche étrangement de Ari qui, bien que présent lors de ses évènements, ne les a vécu que comme à travers les yeux d'un autre.

C'est étrange la mémoire. Des noms, des évènements reviennent à travers le dessin animé qui ont été en arrière plan de mon enfance, des noms qu'on lisait dans les journaux, qu'on entendait à la radio, nous parlant d'une guerre pas si lointaine à laquelle je ne comprenais rien. Avec Valse avec Bashir, je vois ces morceaux épars du puzzle se rassembler pour former l'image insoutenable d'un massacre dont je dois bien, à ma grande honte, reconnaître que je ne savais pas grand chose ; un massacre, qui amenuise encore tout espoir de paix au Moyen Orient, si cette paix dépend de l'homme seul.

Jour de paye, jour d'embauche

21 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 septembre
Esaïe LV, 6 à 9
Philipiens I, 20 à 27
Matthieu XX, 1 à 16

« Si tu respectes ma loi, je te mènerais vers un pays où coulent le lait et le miel. » « Si tu te conduis bien, tu iras au paradis ». Et, d’un autre côté : « si la sécheresse s'arrête, je t'offrirais mes plus belles têtes de bétail ». « Si je reçois cette promotion, j'irais au culte tous les dimanches pendant, allez, 6 mois ». La religion se traduit toujours dans une logique d'échange entre l'homme et la divinité.
Il n'a donc rien de surprenant à ce que Jésus nous parle du Royaume de Dieu à travers des comparaisons empruntées au monde professionnel. La relation professionnelle est, après tout, une relation d'échange (un travail contre un salaire) dans laquelle on introduit, en plus,  une dimension hiérarchique. Ce qui convient très bien à la religion. S'il y a échange, la divinité n'en est pas moins le supérieur hiérarchique ultime. Rien de surprenant, à cette parabole des ouvriers.

Le Royaume des cieux est donc semblable au pire des patrons. Au pire des patrons sur un plan économique, sur un plan relationnel et, enfin sur un plan éthique.
Le pire des patrons sur un plan économique, cela saute aux yeux à la lecture de la parabole : payer une heure de travail au même prix qu'une journée, c'est quand même du grand n'importe quoi. Ça relève autant de l'incitation à la paresse (pourquoi donc me fatiguerai-je puisque le résultat sera le même) que du mépris du travailleur (ainsi, ni mon zèle, ni ma peine ne seront reconnus).
Le pire des patrons sur un plan relationnel parce qu'il pousse le vice jusqu'à afficher son injustice aux yeux de tous. Il aurait été si simple de payer d'abord les ouvriers de la première heure. Ainsi, tout le monde aurait été content. Mais non, notre patron se plaît à faire du scandale...
Pire que tout cela, il y a cette petite phrase qui devrait réunir le communiste le plus militant et le capitaliste le plus convaincu dans le même sursaut d'horreur : Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Mais quand un travail est fait, le salaire est un dû. On peut considérer qu'il n'appartient plus à celui qui le verse. Et voilà que notre patron affirme faire acte de charité en donnant leur salaire à ses ouvriers.
On peut, bien sûr s’arrêter là et affirmer qu’a la justice de Dieu, le patron donne aux ouvriers de la première heure ce qui est juste, s’ajoute sa bonté et il donne aux ouvriers de la onzième heure ce qui est charitable. C’est une lecture tout à fait valable et justifiée. A condition toutefois qu’elle nous pousse à regarder au fond de notre cœur et à nous poser à nous même cette question : « ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » Autrement dit « N’ai-je pas tendance à regarder d’un sale œil la bonté de dieu quand d’autres que moi en bénéficient ? ».

Mais, on peut également discerner dans cette parabole, une brèche bien plus profonde. Et si, ce «Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? » s’appliquait à toute la parabole ? Et si, de la logique religieuse de l’échange, du salaire, la parabole des ouvriers nous faisait passer d’un discours de don ?
Ah mais tout de même il est bien question de travail et de salaire dans cette parabole ! Sans doute, mais, ce travail n’est-il pas déjà de l’ordre du don ? Le fait même d’envoyer ses ouvriers à la vigne n’est-il pas de la part du patron de la parabole une grâce ?
J’en vois deux signes. Tout d’abord le patron sort « à répétition », par 5 fois, pour aller embaucher des ouvriers. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas trouvé suffisamment d’ouvriers la première fois : sa question aux ouvriers de la dernière heure est claire « Pourquoi restez vous ici tout le jour sans rien faire » S’ils sont restés tout le jour, c’est bien qu’ils étaient là dès le matin. Et ce n’est pas non plus parce qu’il a besoin de toujours plus d’ouvriers : à quoi peuvent bien servir les ouvrier de la dernière heure ? Si le patron embauche les ouvriers de la dernière heure, c’est pour eux, parce que personne n’a voulu d’eux. Ainsi, l’embauche elle-même est bien une grâce.
Mais surtout, le signe le plus flagrant que tout est don dans cette parabole, c’est son introduction : Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui sortit de grand matin embaucher des ouvriers pour la vigne. Nous sommes tellement conditionné à voir le Royaume des Cieux comme une récompense post-mortem quand nous nous focalisons immédiatement sur l’heure de la paye. Mais la parabole ne nous dit pas « Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui rassemblât ces ouvriers après une journée de travail. » C’est bien dès le point du jour que commence le Royaume et l’embauche elle-même est bien une grâce.

Mais ce Royaume des cieux qui commence avec l’embauche, cet appel à aller travailler à la vigne qui est une grâce, devrait déjà susciter en nous une certaine indignation… « Quoi ? C’est ça le Royaume des cieux ? » Mais où sont les félicités éternelles ? Où sont la douceur et le repos ? Où est la protection de Dieu ? »
Mais où diable sommes nous allés chercher tout ça ? Où somes nous allés chercher que le Royaume des cieux étaient un jardin de délices que nous rejoindrions après notre mort ? Pas dans les évangiles en tout cas ! Et même pas dans le Nouveau Testament ! A aucun endroit, le Royaume de Dieu n’y est présenté comme une douce récompense pour après la mort. Le règne de Dieu c’est de prendre sa croix et de suivre Jésus le Christ, le règne de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer (…) En effet, le règne de Dieu est au milieu de vous.

Mais alors, en quoi y a-t-il matière à rendre grâce ? Pourquoi devrions nous louer Dieu ? Pourquoi aspirer à ce Royaume s’il s’agit d’aller travailler à la vigne ?
Eh bien écoutons notre soif d’être reconnu, accepté, écoutons notre faim de nous sentir utile. Et entendons-le qui nous appelle. C'est-à-dire qu’il veut se servir de nous, lui qui n’a besoin de rien. C'est-à-dire qu’il nous reconnaît et qu’il nous donne notre raison d’être, cette utilité réelle et profonde.
Toi, le surhomme de la foi, le pilier de l’Eglise, toi que dieu a pourvu de nombreux dons. Rends lui grâce pour la force qui t’est donnée.
Et toi, toi qui te poses tant de questions ; toi dont la pratique est hasardeuse, irrégulière ; toi qui ne sait pas en quoi tu peux servir ta communauté parce que tu n’as ni force ni compétence particulière. Rends-lui grâce parce que toi aussi tu es appelé et donc aussi indispensable, aussi précieux que le sont les autres.

Et tous, frères et sœurs, rendons lui grâce car il ne nous reconnaît pas à la mesure de nos compétences, de notre persévérance, de la durée de notre travail : il nous reconnaît à la mesure de son amour. Un amour qu’il nous donne sans compter. Rendons lui grâce parce qu’il est le maître, parce qu’il fait ce qu’il veut de ses biens et qu’il nous les donne. Rendons-lui grâce parce qu’il est bon.


Le chapeau d'Indiana Jones

19 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Certains ont vu dans l'apparition du fils d'Indiana Jones, un désir de rajeunir la franchise. Peut-être la logique commerciale prendra-t-elle le dessus mais l'image finale est claire : Harrisson Ford reprend son chapeau à Shia Labeouf avant que celui-ci ne le mette : Indy ne passera pas le relais à son rejeton. Cette transmission du vêtement comme passation du relais est une constante dans la Bible et c'est une belle image de la relation entre l'individu et la fonction. Tout d'abord, comme le vêtement, la fonction identifie celui qui la porte : comme un vêtement, bien plus qu'un vêtement, ma fonction modifie l'image que l'autre a de moi. Le roi David n'est plus tout à fait le même que le berger de Bethléem, même s'il demeure David. Bien sûr, cette influence de la fonction sur celui qui l'occupe est une influence réciproque. Tout comme un vêtement est porté différemment selon les personnes, tous n'habitent pas la même fonction : Esaïe ne prophétise pas comme Ezéchiel même si tout deux sont porteurs de la parole de Dieu. Enfin, tout comme la le vêtement, la fonction est amovible : elle n'est pas peinte sur notre peau comme les uniformes des soldats de plomb, elle peut s'enlever ou plutôt, dans le cas de la fonction biblique, elle peut nous être retirée. En effet, une image n'est jamais parfaite et la plus grande différence entre le vêtement et la fonction biblique, c'est que généralement on choisit soi-même ce que l'on porte et on s'habille. Il en va autrement de la fonction biblique. Tout comme ce n'est pas l'homme qui s'en revêt, mais Dieu qui l'en revêt, l'homme ne choisit pas de se démettre de sa fonction mais il en est démis, pas de lui-même, pas non plus par décision de ses pairs ou d'un collège autorisé mais par Dieu seul. L'exemple de la fin de la royauté de Saül est éloquent (I Samuel XVI) Saül ne sait pas qu'il n'est plus roi, le peuple d'Israël l'ignore également. Et pourtant, dans le secret le plus total, Dieu s'est choisi un nouveau roi. Le règne de David commence dès son onction, bien avant qu'il s’asseye sur le trône. Et si ses descendants règnent après lui, c'est moins en vertu d'une loi humaine que de la fidélité de Dieu. En va-t-il de même dans notre Eglise ? Avons-nous l'humilité de reconnaître qu'aucun ministère n'est à vie ? Et, si la reconnaissance de notre ministère par nos frères et soeurs est indispensable (David, choisi par Dieu, est oint par Samuel), nous souvenons-nous que ce n'est pas cette reconnaissance qui fonde le ministère ? Savons nous éviter de nous cramponner à notre service comme Saül à son trône ou Indiana Jones à son chapeau ?

Visite pontificale

16 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Le pape est en France. Famille et amis me titillent gentiment pour voir ce que je vais en dire. Peut-être que certains de mes lecteurs ("mes lecteurs", faudra que je creuse un jour cette expression si douce à l'ego) m'attendent peut-être sur la question. Mon sentiment tient en dix lettres : "Je m'en fiche".
L'effervescence des catholiques français m'indiffère. Je la comprends, qu'elle s'exprime en terme de joie ou d'agacement. Mais, en tant que protestant, je n'ai aucune raison de faire miens cette joie ou cet agacement. Benoît XVI est sans doute mon frère en Jésus Christ mais il n'est ni mon berger, ni mon chef, et encore moins mon père. Sa conception de l'Eglise n'est pas la mienne. Sa théologie n'est pas la mienne. Son anthropologie n'est pas la mienne. Il m'arrive de souligner ces différences, mais mon protestantisme est aujourd'hui bien plus qu'une réaction au catholicisme romain. C'est une affirmation de l'Evangile, de l'amour inconditionnel de Dieu. C'est une protestation contre l'orgueil de l'homme et contre la mal-mesure de l'homme. Parfois, l'Eglise catholique me rejoint dans cette affirmation et me soutient dans ma protestation. Parfois, elle est la cible de ma protestation. Parfois aussi, elle est protestation contre mes propres contre-témoignages et me rappelle à l'Évangile. Mais nous ne sommes liés ni pour le meilleur, ni pour le pire, ses positions ne m’engagent en rien et moins encore celles de son pape.
Sans doute lirai-je les discours de Benoît XVI. Peut-être y réagirai-je. Mais que ces discours soient prononcés en France, au Vatican, à Ratisbonne ou à Tombouctou ne change pas grand chose à mes yeux. Je souhaite à Benoît XVI un agréable séjour, je me réjouis pour ceux qui vivent sa présence comme un encouragement pour leur foi, j'encourage mes frères et soeurs catholiques à militer au sein de leur Eglise pour qu'elle vive toujours plus de la bonne nouvelle de Jésus Christ. Mais, franchement, en fait, je m'en fiche...

Merveilles de l'acquis

6 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

C'est la rentrée. Les élèves ont retrouvé le chemin de l'école. La montagne et la plage sont loin derrières.

C'est la rentrée. A certains, le mot évoque une odeur de craie et les carreaux d'un cahier. Pour d'autres, c'est la reprise de la routine, des enfants à réveiller, des devoirs à surveiller et des réunions parents - professeurs par dizaine.

C’est la rentrée. Et nos paroisses elle-même reprennent ce rythme scolaire, synonyme à la fois de routine, d’activité et de nouveauté.

C'est la rentrée. Le moment pour évoquer l'apprentissage, sans ressasser les grèves, la guerre des programmes, le malaise des enseignant mais juste en prenant le temps de nous émerveiller de cette capacité de l'être humain à s'enrichir de savoir tout au long de sa vie.

Parce que nous n'arrêtons jamais d'apprendre : entre les murs d'une salle de classe comme dans un champs d'été ; dans les pages d'un livre comme dans une émission de télé ; dans le travail, dans la discussion ou dans le jeu ; dans le domaine manuel comme intellectuel ; l'indispensable comme le parfaitement inutile. Apprendre, c'est rencontrer la nouveauté, la laisser venir à nous et nous transformer. Apprendre, c'est recevoir.

Aussi, que nos paroisses soient, pour tous des lieux d'apprentissage et des lieux d’enseignements. Des lieux où les savoirs se transmettent sans autre but que l’échange et l’enrichissement.

Confesser Dieu quand tout va bien

3 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 août 2008
Genèse XLV 1 à 15

Petit résumé des épisodes précédents : Joseph, manifestement le préféré de son père Jacob, est vendu par ses frères, fous de jalousie. Il se retrouve esclave en Egypte. Victime de harcèlement sexuel de la part de sa patronne, il est faussement accusé et jeté en prison. Pourtant, malgré toutes ces avanies, sa capacité à interpréter les songes lui permettra de se sortir de prison et sa sagesse fera de lui le grand vizir du pharaon, un grand vizir qui sauvera l'Egypte de la famine. C'est alors qu'il retrouvera ses frères.
Et là, chose curieuse, le résumé qu'il fera de son périple n'a rien à voir avec celui que je viens de vous faire. Au lieu d'un "Bande de traître ! Vous vouliez vous débarrasser de moi. Mais grâce à mon intelligence, je m'en suis tiré et maintenant, vous allez le payer" on a "ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous". Vous conviendrez que c'est assez surprenant.... 

De prime abord, on serait tenté d'y voir la marque d'un fatalisme pur et dur. Joseph reconnaîtrait ici que rien n'arrive sans la volonté de Dieu. Dieu serait à l'origine de toutes ses avanies. Cette interprétation à la docteur Pangloss : "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque tout ce qui arrive arrive par la volonté de Dieu" pose deux problèmes. Tout d'abord on peut se demander si Dieu ne pourrait pas employer des moyens un peu plus simples. Je sais bien : qui suis-je pour juger de l'oeuvre du tout puissant mais quand même,  il y avait sûrement un moyen plus simple de sauver son peuple de la famine. Par exemple, faire en sorte qu'il n'y ait pas de sécheresse...
Mais surtout, et plus sérieusement, toutes les histoires de jalousie, d'injustice ou de famines ne se terminent pas aussi bien que l'histoire de Joseph. Il est donc impossible ou tout au moins malsain de lire ce récit comme un appel au fatalisme. D'ailleurs, Joseph explicitera lui-même ce "Dieu m'a envoyé devant vous" : "Vous aviez médité de me faire du mal: Dieu l'a changé en bien," Ainsi, il ne s'agit pas de dire que tout arrive parce que Dieu l'a voulu mais de reconnaître que du mal qu'Il n'a pas voulu, Dieu peut faire jaillir le bien qu'il veut.
Nous ne sommes pas devant une vision fataliste de l'histoire mais devant une confession de foi qui va prendre deux aspects très particuliers.

Tout d'abord, au sommet de sa gloire, Joseph affirme que tout lui vient de Dieu. On évoque très souvent la difficulté de croire lorsque tout va mal. Comment croire qu'il y a un Dieu lorsque tout s'acharne contre nous... Eh bien soit ! L'histoire de Joseph ne nous le dépeindra pas fidèle dans sa prison. Nous ne saurons pas si Joseph, au fond de sa citerne puis de sa cellule continuait à glorifier Dieu. Si le texte nous dit que l'Eternel ne cessa jamais d'accompagner Joseph, il ne nous parle de la reconnaissance de celui-ci que lorsque l'adversité est vaincue. Un modèle de foi assez facile à suivre donc... Vraiment ? Pour tout vous dire, j'ai l'impression que dans mes succès, je passe plus de temps à me féliciter moi-même qu'à rendre gloire à Dieu. Oh, je ne dis pas que la reconnaissance est tout à fait absente, elle est là, comme la supplique est là au moment de la souffrance. Mais l'autosatisfaction, pour ne pas dire l'orgueil, est présente elle aussi. Et je ne suis pas sûr de répondre avec autant de brio que Joseph à la question : "Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?"
Bref, je ne suis pas certain que le principal obstacle à la foi réside dans les circonstances.

Enfin, je crois que l'aspect le plus surprenant de la confession de foi de Joseph réside dans le pardon qu'il offre à ses frères : "ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici...". Dans cette phrase, je vois une confession de foi, plus forte encore que la première : l'expression d'une véritable liberté. En effet, qu'aurait montré Joseph s'il avait fait payé leur crime à ses frères ? Il aurait montré qu'il était toujours sous le coup de leur trahison, encore dans la souffrance, la peur et l'humiliation. Un Joseph se vengeant de ses frères montrerait que, même assis sur le trône d'Egypte, il est toujours au fond de sa citerne. Alors qu'en pardonnant, il se révèle pleinement libre.
Bien sûr, la situation de Joseph facilite le pardon. Il lui est plus aisé de pardonner une fois assis sur le trône d'Egypte que du fond de sa citerne. C'est indéniable. Raison de plus pour nous laisser atteindre par ce récit ! Pour une fois, on ne nous demande pas l'impossible ! Ici, pas d'appel à pardonner et aimer l'ennemi au moment où il nous roue de coups. Ici, c'est à nos rancunes que nous sommes renvoyés. Face à ces rancunes, le texte biblique nous interpelle : jusqu'à quand agiras tu comme si tu étais au fond d'une citerne alors que tu sièges sur le trône d'Egypte ? Jusqu'à quand souffriras-tu d'une blessure qui ne te fait plus mal ?

Très souvent les textes bibliques nous atteignent dans nos détresses, dans nos moments difficiles. Et ici, c'est au faîte de sa gloire que nous trouvons Joseph. Et cette apothéose nous pose deux questions : quand tout va bien pour toi, es-tu capable de reconnaissance ? Quand tout va bien pour toi, es-tu vraiment libre du mal qui t'a été fait ? Frères et soeurs, que la foi de Joseph vienne couronner nos moments de triomphe. C'est ainsi que nous verrons à quel point, Dieu peut du mal tirer un bien.

Amen.

Remords et regrets

2 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

"Au soir de sa vie, mieux vaut avoir des remords que des regrets" dit l'adage... De mon côté, je gère bien mieux mes regrets que mes remords.

Un messie mécanique

1 Septembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Il nettoie le monde de la souillure de l'humanité
Où il passe, il bouscule les conventions et les habitudes.
Il ouvre les yeux de ceux qui sont aveuglés et il rétablit la relation entre les hommes.
Il relève l'humanité.
Il meurt et il ressuscite.
Il fait tout ça sans violence, par amour et par fidélitè.
En plus sa copine s'appelle Eve, ce qui fait sûrement de lui un nouvel Adam...
Les studios Pixar nous présentent une nouvelle figure messianique


P.S. Bon, l'humanité collabore un peu trop à son salut, mais tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des réalisateurs calvinistes.
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