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Miettes de théologie

Ehoud, sola scriptura, soli Deo gloria, sola fide, sola gratia

26 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 octobre 2008

Dimanche de la Réformation

Romains VI, 1 à 11

Juges III, 12 à 30

 

En ce dimanche de la Réformation, l’histoire d’Êglon et Ehoud nous renvoie aux fondamentaux du protestantisme…

 

Que dire de cette histoire ? Un temps de guerre et d’occupation, un assassinat… le récit d’Ehoud fait bien partie de ceux qu’on préfèrerait ne pas voir dans la Bible, un de ceux qui nous font voir l’Ancien Testament comme un livre barbare et violent à ne pas mettre dans toutes les mains.

Et pourtant, ces textes là, il est indispensable de les lire : pour bien se rendre compte que les récits bibliques, même quand ils touchent à la légende, restent profondément ancrés dans la réalité humaine. Ils ne nous parlent pas d’une humanité fantasmée, angélique. Oui, les auteurs bibliques sont des hommes et, comme tels, ils souhaitent la mort du méchant, la mort de l’ennemi. Oui, les auteurs bibliques sont des hommes et comme tels, ils ne reculent pas devant les expédients les plus radicaux pour parvenir à leur fin.

Cela signifie-t-il que nous devions suivre l’exemple qu’il nous propose ? Ce texte justifie-t-il le meurtre et l’extermination totale de l’ennemi en temps de guerre. Certainement pas. Nous ne pouvons pas prendre au sérieux la parole de Dieu, qui sans cesse nous rappelle qu’il ne veut pas la mort du méchant et nous appelle à la paix, et utiliser les textes de ce genre pour céder à nos pulsions de violence.

Mais alors, quel intérêt de prêcher sur ce texte ? S’il ne fait que nous révéler l’humanité des auteurs bibliques, ne devrions nous pas plutôt nous concentrer sur les textes dans lesquels cette humanité est habitée par la Parole de Dieu ?

Ce serait un peu facile, non ? Cela signifierait que cette Bible que nous reconnaissons comme la seule autorité à partir de laquelle nous pouvons dire quelque chose de Dieu, nous arrogeons le droit de la découper en petits morceaux, d’en censurer les passages qui nous déplaisent. Et que finalement, nous ne parlerions pas sous l’autorité de la Bible mais que c’est elle qui ne parlerait que sous notre autorité bienveillante et éclairée. Alors nous donnerions raison à Bossuet : tout protestant serait bien pape, une Bible à la main.

Eh bien non ! Nous ne savons bien que la Bible est une parole humaine, mais nous croyons qu’à travers cette parole humaine, Dieu se fait entendre. Et discerner cette parole ne signifie certainement pas opérer un tri sur le mode « Ca, ça me plaît, c’est la parole de Dieu, ça, ça ne me plaît pas, c’est de la parole humaine » Discerner la parole de Dieu à travers la Bible, c’est chercher à comprendre ce que Dieu me dit à travers chaque page de ce livre. C’est prendre le risque de se confronter à chaque texte. C’est avoir l’humilité de ne pas prétendre que notre interprétation soit décisive. Mais c’est avoir l’audace d’essayer une interprétation.

 Que dire alors de cette histoire d’Ehoud ? Il est évident que l’auteur ne s’est pas contenté ici de raconter l’histoire d’un héros rusé, bien au-delà du récit de la défaite d’Eglôn et des moabites, c’est un enseignement sur Dieu qu’il a voulu poser. Ehoud avait « la main droite liée » nous dit le texte hébraïque, simple façon de définir un gaucher ou bien description d’un handicap physique plus important. Je pencherai pour la deuxième. Ehoud est celui qui ne peut pas se servir de sa main droite, de sa main forte. Ehoud est le faible, issu de la plus petite tribu d’un Israël sous la domination moabite. Il ne fait décidément pas le poids face au colossal Eglôn…

Et pourtant, il est le sauveur que Dieu suscite à son peuple. Or particulièrement, dans le livre des Juges, si Dieu suscite à son peuple des sauveurs aussi faibles, c’est bien pour qu’Israël ne croie pas que c’est de ses propres forces que lui vient son salut mais bien de Dieu seul. C’est d’ailleurs la parole même de Dieu à un autre juge : Gédéon : « Ta troupe est trop nombreuse pour que je lui livre Madiân ; Israël pourrait s’en vanter à mes dépens et dire : « C’est ma propre force qui m’a sauvé » (Juges VII, 2)

Cet enseignement, la Réforme le mettra au cœur de sa prédication : l’homme ne peut en rien compter sur ces propres forces, Calvin en a fait sa devise : Soli Deo gloria. A Dieu seul la gloire.

Mais dans ce récit, la gloire de Dieu semble bien invisible : la victoire se fait dans une chambre à part, au nom d’une parole secrète de Dieu, par un poignard qui disparaît dans les graisses de la victime. La victoire est totale, indiscutable, mais finalement, de l’œuvre de Dieu à travers Ehoud il n’y a aucune trace. Selon un regard humain, il est impossible de discerner ici l’œuvre de Dieu. Pour célébrer la gloire de Dieu à travers la victoire d’Ehoud, il ne peut y avoir que la foi…

Mais ne puis-je aller plus loin dans ma recherche de ce que le récit a à me dire ? Dois-je m’en tenir à un récit des temps anciens qui me dit que le salut de son peuple revient à Dieu seul ? Je l’ai dit, recevoir la parole de Dieu pour moi à travers la Bible demande une certaine audace… Alors, à la lumière de l’enseignement de Paul, et si l’histoire d’Ëglon et Ehoud me racontait une autre histoire que  celle de la guerre entre Israël et les Moabites ? Et si elle me racontait ma propre histoire ?

Après tout, ne puis-je reconnaître en moi-même le gras Êglon, avide de puissance, obsédé par mon ventre, c’est à dire par la satisfaction de mes désirs et envies, qui n’est l’ami que de lui-même et donc l’ennemi de Dieu. Et ne puis-je voir qu’en moi-même il y a aussi un Ehoud, qui aspire à servir Dieu. Mais qui se trouve faible, comme lié, incapable de se servir de sa droite. Et voici que ce texte me dit pourtant que non, je ne suis pas condamné au règne de cet Eglôn que je suis (du verbe être autant que du verbe suivre) et qui me mène à la mort. Il me dit que cette victoire d’Ehoud est en fait la victoire sur moi-même de la parole de Dieu pour moi. Et il ajoute que l’existence même de cet Ehoud en moi est un don de Dieu «Dieu suscita un sauveur », « En effet, si nous avons été assimilés à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable. » Cette victoire d’Ehoud sur Eglôn, de la vie vraie sur la vraie mort est donc une pure grâce de Dieu

Frères et sœurs, quand Eglôn semble régner sur nous, ou en nous, ne perdez pas espoir et criez vers Dieu pour qu’il suscite un sauveur. Quand Ehoud triomphe d’Eglôn, voyez sa main paralysée, voyez sa faiblesse et rendez grâce à Dieu qui est seul notre libérateur.

Amen

Trois ans...

19 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Il y a trois ans, les premiers articles étaient postés sur Miette de théologie... Comme cadeau d'anniversaire, j'ai droit à quelque page dans Information-Evangélisation (vous trouverez l'article ci-dessous)...
J'ai aussi droit de voir mes statistiques baisser de moitié par rapport aux chiffres annoncés dans l'article qui suit : Overblog revoit sa manière de compter...Bon ça ne change pas grand chose au fond, et puis au moins les 50 visiteurs quotidiens qui me restent n'en prennent qu'un visage plus humain...
En tout cas, au grè de l'inspiration et de la fantaisie, on va se donner une année de plus... D'accord ?


"Miettesdethéo" est né en octobre 2005, d'une part pour tester le terrain en vue de la création d'un site paroissial (les plate-forme « blog » faciles d’utilisation et gratuites me paraissaient tout à fait intéressante) d'autre part parce qu'Internet me semblait un espace idéal pour une évangélisation "réformée" : discrète mais présente, accessible et ouverte au débat. Il est plus facile pour celui qui recherche de surfer sur un site web que de pousser la porte d'un temple ou d'une étude biblique. Or,  je venais de découvrir que les blogs ne se limitaient pas aux seuls skyblogs tenu par des ados entre photo prises au téléphone portables et langage SMS mais pouvaient prendre la forme de sites tenus par des politiques, des journalistes voire des philosophes. Bref, il me semblait qu’il y avait de la place pour un pasteur…
Si le site paroissial n'a pas réellement vu le jour (je reste convaincu qu’un site paroissial ne doit pas dépendre du seul pasteur), Miettesdethéo compte, à l’heure ou j’écris ces lignes, 488 articles et 90 912  visites.... Le visiteur y trouvera des prédications et méditations, des citations et des notes de lecture, des commentaires sur l'actualité mais aussi des notes un peu trop légères, ludiques ou "ciblées" pour avoir tout à fait leur place ailleurs : relectures théologiques de film ou de jeu, coups d’humeur, carnets de voyages. Miettes de théologie reste le lieu où je peux passer de Karl Barth à Iron Man au gré de ma fantaisie…
Ma plate-forme d’accès me permet d’avoir quelques statistiques sur mes visiteurs et donc d’en savoir plus sur mes lecteurs. Les visiteurs et visiteuses sont entre 100 et 150 par jour (un visiteur n’est comptabilisé qu’une seule fois en 24 heures). Plus de 80% d’entre eux sont des habitués qui ont placé Miettesdethéo dans leurs favoris, les autres arrivent par l’intermédiaire des moteurs de recherches et, pour une toute petite minorité, par les liens placés dans certains autres sites.  Ils sont issus de France et de pays francophone (ce qui n’a rien de surprenant) D’après les commentaires que me laissent ces lecteurs, je sais qu’ils sont catholiques (plus ou moins œcuméniques), protestants, athées militants (plus ou moins ouverts) ou tout simplement en recherche. Ceux que je connais un peu ont entre 20 et 60 ans.
A la source de cette diversité, la volonté de faire de la publicité au-delà de la sphère réformée ou même chrétienne : simplement en réagissant sur quelques forums ou blogs athées ou agnostique ouverts au débat ou en indiquant l’adresse sur certains forums que je fréquente dans le cadre de mes loisirs, bref, sen donnantr au site un peu de visibilité « à l’extérieur »… Je sais également que quelques paroissiens lisent « Miettes de théo », peut-être aussi quelques collègues mais ceux-là restent silencieux et je leur en sais gré. En effet, si je n’ai rien contre le débat de théologien et l’avis de collègues, je préfère que Miettes de théo reste un espace « sur le seuil ».
Bien sûr, tenir un tel blog n’est pas tout à fait sans dangers : les commentaires sont libres et peuvent facilement entraîner le webmestre dans des débats stériles et chronophages, voire donner lieu à des messages diffamants ou racistes (mais là, le danger me semble réduit : sur 940 commentaires, j’ai été amené à en supprimer 5). Un autre danger est sans doute la tentation d’une Eglise virtuelle. Parfois un lecteur devient un correspondant régulier et cela va jusqu’à la demande d’accompagnement spirituel ce qui me semble impossible en restant sur le net.
Et bien sûr cela demande un peu d’investissement, tant au niveau du travail rédactionnel (un blog est vivant et attractif à partir du moment où il est tenu à jour de manière hebdomadaire) qu’au niveau personnel : tenir un blog, c’est sortir son témoignage du cadre souvent bienveillant de la paroisse, c’est aussi oser dire « je », être soi-même sans trop s’abriter derrière le masque institutionnel.
Il y a également des obligations : pour un pasteur, prévenir le conseil presbytéral, si le blog n’est pas anonyme me semble la moindre des choses (et je ne suis pas sûr que l’anonymat soit vraiment de l’ordre du témoignage), rappeler constamment que parler en tant que protestant, ce n’est pas parler au nom du protestantisme et surtout, garder un silence complet sur tout ce qui ressort de la dimension relationnelle en Eglise.
Mais ni ces risques, ni ces contraintes ne sont insurmontables et il me semble que le jeu en vaut la chandelle. D’abord parce qu’en tant que chrétiens, il ne nous est pas si fréquent de voir notre témoignage entendu (ou plutôt lu) par 100 à 150 personnes différentes par jour… Ensuite par ce que pour le blogueur, le travail est stimulant et enrichissant : s’obliger à coucher sa pensée par écrit, savoir que l’on sera lu et donc essayer d’être accessible aussi pour des lecteurs en dehors du sérail ne peut qu’être profitable. Et quand le public réagit, c’est encore mieux. Aussi, je rêve de voir l’Eglise Réformée prendre pied dans la « blogosphère » afin de toucher des réseaux  encore plus nombreux et d’offrir aux internautes un discours chrétien différent.
Le format blog est fait pour nous :
-    les plates-formes sont vraiment facile d’utilisation (je n’y connais absolument rien en programmation et me borne à faire du copié/collé et un minimum de mise en page)
-     un blog, c’est avant tout du texte
-    La possibilité donnée aux lecteurs de réagir permet d’entrer en débat

Bien sûr, une multiplication des blogs réformés ne serait pas sans poser de question quant à notre unité et il conviendra sans aucun doute de nous donner quelques standards de présentations voire quelques règles quant au contenu mais l’intérêt principal d’un blog c’est qu’il permet à son auteur de sortir de la sphère strictement religieuse en ouvrant son carnet à ses autres champs d’intérêts culturels, politiques, sportifs ou que sais-je encore, et ainsi de proposer un témoignage qui touche réellement l’extérieur.

24 heures avec un héros tortionnaire

17 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Jack Bauer a 24 heures pour sauver le candidat Obama, empêcher les méchants de détruire les Etats Unis ou faire réimprimer le 7e tome de la Dogmatique. Et comme il est pressé et que l'enjeu est crucial, il va bien falloir qu'il obtienne des informations et pour cela, qu'il torture les méchants.
Je ne suis pas de ceux qui se scandalisent de la violence au cinéma ou à la télévision. J'essaye simplement de faire, pour mes enfants le tri de ce qu'ils peuvent voir ou pas. Et je trouve normal d'avoir à le faire.
Mais l'omniprésence de la torture dans la série 24h me gène beaucoup. Je préférais l'époque où la torture était l'apanage des méchants (c'est même à ça qu'on les reconnaissait). Bien sûr, ce n'était pas réaliste, mais bon on n'était pas complètement dupe, quand même : on sentait confusément que c'était un peu trop beau pour être vrai et que notre camps n'était pas forcément celui des chevaliers en armure.
Mais Jack Bauer reste un héros positif, un dur à la machoire carrée et  type qu'on ne peut qu'admirer malgré ses faiblesses. Et le message qu'il nous renvoie me parait bien plus insidieux et donc dangereux que le "regardez comme ils sont méchants, voyez comme nous sommes gentils" des vieilles séries manichéènes : de sa belle voix rauque, Jack Bauer nous assène un message autrement plus convaincant : " la torture, c'est terrible mais dans les situations d'urgence, c'est le seul moyen."
Non seulement je ne suis toujours pas convaincu que la fin justifie les moyens mais j'ai quelques doutes sur le réalisme de l'efficacité de la torture.

Le rameau et la croix

15 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Moi si j'étais l'bon Dieu
je crois que je serais pas fier
D'accord on fait c'qu'on peut
Mais y a la manière
Jacques Brel. Fernand


Ami lecteur, toi qui veux voir le pasteur comme un modèle de piété,  ne t’attarde pas à lire cette note.
Et toi mon parent qui passerait ici, ne te scandalise pas de me voir faire de la théologie dans notre deuil, ici  ma foi et ma tristesse s'expriment.


Il n'a pas de quoi être fier le Bon Dieu des images d'Epinal...  . Et contre ce barbu céleste, je veux jeter des pierres et crier qu'il y a des choses qui ne se font pas. Que je ne devrais pas avoir à expliquer à ma fille que notre amour n'empêche pas les gens de mourir. Que ma grand-mère ne devrait pas ce soir pleurer son fils aîné, ni ma tante son mari, ni mes cousins leur père. Que 62 ans c'est beaucoup trop tôt, qu'on veut voir grandir nos petits enfants. Que le cancer est une saloperie que rien ne justifie...
Face au barbu céleste, c'est assez facile. Mais que dirai-je face au Dieu en croix ?
Pourtant, la croix ne me fera pas taire, pas plus qu'elle ne mettra de baume sur mon deuil. Parce que la croix n'a pas pour rôle de fermer la bouche à ceux qui souffrent et pleurent. Bien au contraire, elle est leur cri et leur révolte. Avec nous et pour nous elle dit le scandale et l'absurdité de la mort.
Demain viendra le temps de la mémoire et du réconfort. Plus tard, viendra le temps de l'espérance.
Mais aujourd'hui, le Dieu crucifié gronde et pleure avec moi que non, ce n'est pas la vie, que cette maladie et cette mort n'ont aucun sens. Je ne sais pas si cela me soulage ou m'apaise, je sais simplement qu'avec le Dieu pendu au bois, je suis libre de dire que j'ai mal et que je ne comprends pas...

Le poids de Moïse

9 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Pharaon fait un rêve. Il voit une grande balance avec deux plateaux. Le plateau du bas est en or, il est grand comme un continent. Il est traversé par un fleuve qui va du Sud vers le Nord. Sur ce plateau, Pharaon voit des moissons et des moissonneurs, des soldats en armes, des cavaliers et des chars, des villes, des palais e des jardins, des temples, des monuments et des pyramides. Au milieu des pyramides est rassemblée une cour avec des princes, des conseillers, des prêtres et des devins. Sur le trône qui domine la cour, un roi siège : c’est lui. L’autre plateau de la balance est plus petit, et Pharaon ne peut voir ce qu’il y a dedans car il est tout en haut.
Dans son rêve, Pharaon voit l’autre plateau qui commence à descendre tandis que le plateau de l’Egypte se met à monter
Dans son plateau, Pharaon s’agite. Il convoque ses prêtres et ses devins pour qu’ils réagissent.  Il rassemble son armée, ses guerriers, ses cavaliers et ses chars pour qu’ils se préparent. Mais rien n’y fait, le plateau de l’Egypte continue à monter, tandis que l’autre plateau s’abaisse.
Lorsque les deux plateaux sont à la même hauteur, Pharaon voit ce qu’il contient. Il voit un homme seul dans un désert. Il a ôté ses sandales et il est en prière.
Pharaon se réveille et, au milieu de la nuit, il convoque ses conseillers pour interpréter son rêve. Comment un homme seul peut-il peser plus lourd que toute l’Egypte et ses richesses ?
D’après Edmond Fleg, cité par A ; Nouis dans L’aujourd’hui de l’Evangile



L'archéologie nous indique avec de plus en plus de certitude que la sortie d'Egypte n'a pas eu lieu, en tout cas, pas comme les Ecritures la décrivent, pas à l'époque à laquelle elles la situent.
Aujourd'hui, je vois les trésors de l'Egypte orner nos musées, je vois ses monuments devenir attraction touristique et son empire n'être qu'un décor exotique pour nos fictions.
J’entends aussi le message d’un Dieu qui libère, d’un Dieu qui entend les cris des siens et fait route avec eux, le message d ‘un Dieu qui nous appelle à l’exode. Je vois bien ce que ce message a de ridicule face aux nouveaux empires de notre époque, je vois bien que ce message est sans cesse défiguré par ceux-là même qui s’en prétendent les garants. Et pourtant, il persiste. Malgré les moqueries et les trahisons, malgré ceux qui le dénigrent et ceux qui le travestissent, il reste bien là.
Moïse, même dépouillé de sa réalité historique, pèse à mes yeux bien plus lourd que le royaume d’Egypte…

Le poids de Moïse

9 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Luthérien ?

7 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Qu'il y ait un Dieu, qu'il doive aimer le monde et répandre sur lui ses biens, voila qui dépasse absolument nos sens, notre intelligence et notre raison. Je ne pourrais que vouer le monde à l'enfer si, étant Dieu, je connaissais le monde tel qu'il est. Mais que fait Dieu ? Au lieu de le frapper de sa juste colère, il le submerge de la surabondance incompréhensible de son amour : il donne son Fils à ses pires ennemis. Les mots me font défaut pour décrire ce prodigieux artificium, ces magnificas figuras ! Dieu aime le monde et son engeance maudite. Il aime cet omnium odibilissum et maxime inamabile objectum, cette caricature odieuse et lamentable. Il aime le monde tel qu'il est : ce mauvais lieu plein de gens infâmes, qui blasphèment leur Créateur et abusent sans vergogne de tous ses biens. Il aime ces gens infâmes. Un pareil amour surpasse tout ce que nous rangeons d'habitude sous ce concept. Quel Dieu que le nôtre ! Son amour est un feu dévorant, plus grand que le buisson ardent contemplé par Moïse, plus fort et plus brûlant, infiniment, que toutes les flammes de l'enfer. Et tu ne serais pas content, et tu perdrais courage ? Pour ma part, je ne puis que t'annoncer ce qui est en fait et en vérité, sans rien y ajouter.

Luther, Predication sur Jean 3, 16-21, 1532

C'était amusant de tomber sur cette citation juste après avoir terminé ma dernière prédication...

Raistlin Majere, ecce homo !

6 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

L'histoire de chaque individu est aussi l'histoire de sa tentative énorme et illusoire de ne compter que sur lui-même.

K. Barth. La Dogmatique

Ils ont réédités les chroniques de Dragonlance ! Quand j’étais adolescent, bien avant que l’heroïc fantasy ne submerge la science-fiction et le fantastique pour le disputer aux polars sur les présentoirs des librairies, Lancedragon c’était LE bouquin d’Heroïc Fantasy pour ados. Pas trop mal écrit, pas mal pompé sur Le seigneur des anneaux, un peu décousu et un peu prisonnier du cadre : le roman devait respecter les règles du jeu Donjons et dragons. Mais ça m’a laissé de bons souvenirs de personnages bien sûr très archétypaux mais plutôt sympas. Et parmi ces personnages : Raistlin Majere.

Raistlin est un magicien mais rien à voir avec les robustes Gandalf ou Merlin, souffreteux, chétif, secoué d’une toux incessante, Raistlin évoque la faiblesse bien plus que la puissance. Et pourtant, c’est un personnage inquiétant avec ses yeux en sabliers par lesquels il ne voit que le temps qui passe et la mort. On le voit haïr son frère jumeau, le robuste Caramon qui pourtant n’aspire qu’à le soutenir et le protéger. Mais cette protection, renvoie bien trop Raisltin à sa faiblesse, lui qui est tellement avide de pouvoir qu’il se laissera corrompre par un esprit maléfique.

En fait, si l’heroïc fantasy se prête souvent assez mal à la symbolique chrétienne, Raistlin Majere est quand même une assez bonne image de cet humanité qui n’a de cesse de s’opposer à Dieu : Avide de puissance, refusant toute assistance, ne voyant que la mort, il est bien ce que Paul appelle notre « vieil homme ».

Vignerons assassins, bâtisseurs aveugles

5 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 5 octobre

Esaïe V, 1 à 7

Romains XI, 25 à 32

Matthieu XXI, 33 à 46

 

« Ils respecteront mon fils », « Il fera mourir misérablement ces misérables » et « la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue pierre angulaire ». C’est avec ces trois versets que nous entrerons dans la parabole des vignerons assassins

 

« Ils respecteront mon fils ». Tout au long de cette parabole d’une violence inouïe, marquée par une surenchère de meurtres et de tueries, s’écrit une histoire d’amour. D’abord, pour planter le décors, Jésus cite une autre parabole, qu’il emprunte à Esaïe : la parabole du bien aimé et de la vigne (Esaïe V, 1 à 7). Et comme Esaïe, il dit de quels soins, le propriétaire a entouré sa vigne, de quel amour il l’a plantée et cultivée. Esaïe et Jésus s’accordent pour dire que jamais jardinier ne s’occupât plus méticuleusement, plus amoureusement de son jardin.

A cet amour pour la vigne, Jésus ajoute une incroyable patience, et même plus, du maître pour ses vignerons. Un premier refus, puis un deuxième, puis un troisième, puis d’innombrable. Et le maître continue à demander son bien, sans se lasser, sans faire appel à la force pour faire valoir son droit. Jamais créancier ne se montrât plus patient pour recouvrer une dette ; Et, à la patience de ce propriétaire, les vignerons ne répondent que par une surenchère de violence. La bonté qui leur est témoignée semble exciter leur méchanceté. Et, au moment où toute patience humaine serait épuisé, où n’importe qui aurait cessé d’espérer une résolution à l’amiable de ce conflit, le propriétaire a cette phrase incroyable : « Ils respecteront mon fils ».

« Ils respecteront mon fils… » Les vignerons n’ont-ils pas déjà prouvé leur résolution à la révolte et au refus ? N’ont-ils pas assez démontré leur hostilité envers leur maître ? Le propriétaire se sent-il à ce point intouchable ? S’il était ici  question du sentiment de supériorité d’un grand seigneur, le fils en question viendrait à la tête d’une armée pour réclamer son dû ! Mais le fils vient seul et j’y vois surtout la marque d’une incroyable confiance. Le propriétaire garde sa confiance à des vignerons qui ont prouvé 20 fois qu’ils n’en étaient pas dignes !

Là où le viticulteur d’Esaïe désespérait de sa vigne qui ne donnait qu’un fruit infect, celui de Jésus maintient sa confiance dans des vignerons dont il ne récolte que révolte et meurtre. Une confiance au-delà de toute raison, une confiance que notre intelligence humaine qualifierait de stupidité « Si tu me trompes une fois, honte sur toi. Si tu me trompes deux fois, honte sur moi » dit l’adage. Et 20 fois ? Et 100 fois ? ….

Et le propriétaire envoie son fils, c'est-à-dire qu’il vient lui-même. Il est en effet inutile de préciser que cette parabole renvoie à la venue de Jésus et à sa mort toute proche…

A ce sujet ouvrons une parenthèse : par cette parabole, Jésus rend possible une lecture de la croix comme un évènement inattendu, imprévisible pour le propriétaire lui-même. « Ils respecteront mon fils ». Dans cette optique, Jésus (l’Emmanuel, Dieu avec nous), ne vient pas pour être crucifié mais précisément parce qu’il est celui qui sera épargné, parce que si l’homme peut récuser les prophètes et les témoins de Dieu, il ne peut pas refuser Dieu lui-même… Hélas ! L’opposition de l’homme à Dieu dépasse les frontières du possible ! Toutefois, je ne suis pas certain que l’on puisse légitimement construire toute une lecture de la croix sur cette parabole : ce serait oublier les annonces de la mort de Jésus « Il faut que le Fils de l‘homme soit livré aux pécheurs, qu’il soit crucifié et qu’il se relève le troisième jour. » (Luc XXIV, 7). En revanche, l’histoire des vignerons meurtriers vient ouvrir une brèche dans notre compréhension de la croix comme un événement planifié à l’avance. Ce serait falsifié les textes que d’essayer de faire coïncider ces deux lectures de la croix entre elles. Mais elles sont toutes les deux bien présente et j’y vois un rappel : la croix doit rester un scandale, une folie et toute tentative pour l’enfermer dans un discours trop cadré reviendrait à amoindrir ce scandale, à atténuer cette folie. Fin de la parenthèse.

 

Le fils est mis à mort par les vignerons, Dieu est crucifié par la soif de l’homme à être seul maître à bord. Que va faire alors le propriétaire ?

« Il fera périr misérablement ces misérables » Et nous franchissons une étape de plus dans cette spirale de mort, la surenchère de la violence monte d’un cran. De modèle de confiance et de patience, le patron devient justicier sanguinaire…

Mais ce n’est pas Jésus qui donne cette fin à la parabole, ce n’est pas lui qui répond ainsi à la question. L’auditoire de Jésus donne cette réponse parce que c’est comme ça que l’homme fonctionne : la violence appelle la violence. Il faut que les méchants soient punis. Il faut que les ennemis périssent. Ainsi le veut notre logique humaine. Et cette logique est bien sûr très présente dans les textes bibliques qui restent bien des témoignages humains. Mais à côté de cette logique de rétribution et de violence, on trouve aussi, à travers toute l’Ecriture, une autre logique : celle de l’espérance « Il y a un reste en Israël » : tous n’ont pas trahis le Seigneur, celle de la conversion « je changerai leur cœur de pierre en cœur de chair », celle du pardon « ton péché, je ne m’en souviens plus ».

Eh bien, si les chrétiens ont, hélas, essayé d’appliquer la logique humaine, s’ils ont à plusieurs reprises prétendu venger Dieu, l’Histoire nous montre que Dieu a choisi une autre voie, qu’il ne s’est pas détourné d’Israël. Si notre pratique humaine nous a fait plonger dans la spirale de la violence et de la mort, Dieu a emprunté une autre voie, annoncée par Paul : « Tout Israël sera sauvé » (Romains XI, 26)

 

Mais pouvons-nous en rester là ? « La pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue pierre angulaire.» Pouvons-nous réellement nous contenter de voir dans ces bâtisseurs, les scribes et pharisiens de l’époque de Jésus ? Si nous agissons ainsi, alors nous sommes encore plus aveugles qu’eux !

Pour s’adresser aux scribes et aux pharisiens, Jésus ancre solidement sa parabole dans l’Ecriture : elle commence par une citation d’Esaïe et se termine avec le psaume 118. Ainsi leur montre-t-il que cette Ecriture dont ils se réclament, s’adresse à eux et ils finissent bien par se reconnaître dans les vignerons assassins que dépeint Jésus…

Et nous ? Comment recevons-nous l’Ecriture ? Allons-nous brandir la Bible comme si elle nous justifiait ? Allons nous crier « Que l’on fasse mourir misérablement ces misérables » en pointant du doigt les pharisiens d’aujourd’hui qui sont, forcément, ceux qui ne pensent pas comme nous ? Ou bien allons-nous nous laisser interpeller par l’Ecriture ?

Car après tout, comment passe-t-on des vignerons aux bâtisseurs ? C’est simple, ce sont ceux qui travaillent. En travaillant à la vigne, les vignerons ont fini par s’en croire propriétaires. En comptant sur leur propre habileté, sur leur capacité de discernement, les bâtisseurs ont rejeté la pierre même qui tiendrait tout l’édifice… Vignerons et bâtisseurs, c’est bien ce que nous proclamons être, nous qui portons le poids du monde, qui mettons sans cesse en avant notre travail, notre action, nos avancées, nos progrès, en tant qu’individus ou en tant qu’humanité… Ainsi, nous en remettons-nous à chaque fois à nos propres forces pour construire le Royaume de Dieu, notre salut, notre vie. Et, à chaque fois, nous nous approprions ce qui ne nous appartient pas. A chaque fois, nous rejetons Dieu pour ne compter que sur nous même. Et bien sûr, à chaque fois, nous échouons, nous nous brisons sur cette pierre que nous avions dédaignée ou bien elle nous écrase : en effet, à chaque fois, que nous prétendons faire par nous-même, Jésus Christ nous rappelle que nous ne pouvons pas aller jusqu’où il a été.

 

Frères et sœurs, l’Ecriture n’est pas là pour nous conforter contre les autres, bien au contraire, c’est chacun de nous qu’elle met à nu, c’est notre propre refus de Dieu qu’elle dévoile. Mais, ce n’est pas pour nous anéantir ou nous condamner qu’elle le fait. Si l’Ecriture nous conduit à désespérer de nous-même qui sommes faibles, c’est pour nous conduire à espérer en Dieu qui est fort et infiniment patient.

Quelle merveille ! Alors que, piètres bâtisseurs, nous avions rejeté la pierre qui, seule, pouvait soutenir tout l’édifice, elle est devenue pierre d’angle, temple vivant que nos mains n’ont pas construit mais qui est pour nous présence de Dieu. Quelle merveille ! Alors que sans cesse, nous le rejetons, voici que Christ nous accueille ! Quelle merveille, alors que tous nous étions enfermés dans la désobéissance, Dieu nous fait miséricorde !

 

Amen

Barthien ?

4 Octobre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Je m'en aperçois grâce aux très gentils mails d'encouragement que je reçois ces temps-ci (je n'y réponds pas toujours mais, vous qu'y m'écrivez, soyez persuadés que vos messages me sont précieux), je n'écris pas beaucoup ces temps-ci. Plusieurs facteurs expliquent cela. L'un de ces facteurs, c'est ma plongée dans La Dogmatique de Karl Barth qui ralentit considérablement ma lecture d'autres oeuvres de théologie et, par voie de conséquence de notes de lecture. Et ça risque de durer un bout de temps : j'en suis au 4eme tome d'une oeuvre qui en compte 25... J'hésite un peu à vous inonder d'extraits, Miettes de théo n'a pas vocation à devenir un lieu si sérieux. Mais bon, vous y aurez sans doute droit de temps à autre.

En effet, quand je suis entré dans le ministère, un de mes collègues à la retraite me disait : "Tu es libéral ? Bah, c'est un passage obligatoire vers le barthisme..." Eh bien, je dois bien reconnaître qu'il avait raison... Restons méfiant vis à vis des étiquettes théologique, je garde une hostilité profonde à l'égard de la notion de dogme, je reste attaché à une lecture libre et critique de la Bible et donc assez proche d'un certain libéralisme. Mais je me retrouve profondément dans la pensée de Karl Barth et notamment dans ce qui me paraît être son opposition la plus essentielle à ce qu'il appelle le néo-protestantisme : le refus et la condamnation de toute concession à l'humanisme...

Certains ricaneront sans doute en me rappelant que quand je lis Ellul, je me sens "ellulien". Ce n'est pas faux mais je soupçonne Ellul d'être barthien...

Mais qu'importe ces adjectifs, ce qui compte, c'est que je lis quelque chose qui me passionne.

Et puis je compte bien continuer à sévir ici en réduisant des concepts complexes à leur forme la plus élémentaire (ça, c'est pas Barth, c'est une citation de Buffy contre les vampires (le titre auquel vous avez échapper : BB : de Barth à Buffy))…