Miettes de théologie

Nouvelle naissance, nouvelle création

25 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 25 décembre 2008
Apocalypse XXI, 1 à 6
Jean I, 1 à 18
II Corinthiens V, 14 à 21

Que célébrons-nous en ce jour de Noël ? Nous qui sommes venus ici ce matin, nous le savons bien, nous célébrons la naissance de Jésus Christ… Vraiment ? Célébrons-nous vraiment un anniversaire ? En fait, je ne crois pas. En ce jour de Noël, nous ne fêtons pas la naissance de Jésus Christ comme nous fêterions celle d’un ami ou d’un parent, nous ne la commémorons pas comme nous commémorerons, par exemple, en juillet prochain, celle de Jean Calvin. En célébrant la naissance de Jésus, nous fêtons bien plus que cela. Nous fêtons Dieu qui se fait homme, Dieu qui nous rejoint dans notre humanité. Pourtant ce matin, je ne voudrais pas nous embarquer dans une grande discussion théologique sur ce que signifie l’incarnation, sur la question de la trinité, sur la nature du Fils et du Père. Ce sont des débats intéressants et bien plus importants qu’on veut bien l’admettre mais ce matin, je voudrais simplement rappeler l’impact profond, véritable de Noël.
Pendant cette période de l’Avent, nous avons vu qu’en Jésus Christ se concrétisaient l’espérance d’une vie libérée des violences et des peurs, l’espérance d’une vie refleurissant dans l’aridité, l’espérance de la présence de Dieu dans nos faiblesses.
Mais qu’est ce que cela signifie ?

Tout d’abord que signifie ce terme d’espérance ? Est-ce le mot que les chrétiens emploient pour parler d’espoir ? Non. Il y a une différence profonde entre ces deux notions. L’espoir c’est quand il reste une chance, quand l’homme peut encore redresser la barre. L’espoir, nous l’avons quand il reste des possibles. Mais vient aussi un moment où il n’y a plus d’espoir, ou plus rien n’est possible parce qu’il est simplement trop tard. D’ailleurs Noël est, à bien des égards une fête désespérante. Fête de  paillettes et d’hyper-consommation : on s’est fait plaisir en offrant et en recevant des bricoles dont nous n’avons pas besoin, on a pillé un peu plus la planète, en temps de guerre, on marquait un temps de trêve rendue absolument futile par la reprise des hostilités dès le 26 décembre. Beaucoup de gens désespèrent à Noël et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : quel sursaut pourrions-nous attendre d’une humanité qui s’est créé tellement de besoins ? Comment nos élans de solidarités pourraient-ils ne pas êtres futiles et éphémères quand le malheur du monde est si lourd ? Comment les lendemains de Noël pourraient-ils ne pas être des lendemains qui déchantent…
Mais lorsque l’espoir est mort, c’est alors que surgit l’espérance. L’espérance en effet consiste à voir que la situation est perdue, qu’il n’y a plus d’espoir et pourtant à espérer encore, à attendre une planche de salut qui ne repose pas en l’homme ni dans les possibilités humaines. L’espérance est une propriété exclusive de la foi. Elle ne se berce pas d’illusions, bien au contraire elle exige une terrible lucidité, celle de voir qu’il n’y a plus d’espoir. La fête de Noël, aussi désespérante soit-elle, parce qu’elle est désespérante peut-être, est pour nous la fête de l’espérance. En effet, en fêtant la naissance de Jésus, nous ne fêtons pas un espoir pour l’humanité (comment un bébé né il y a deux mille ans pourrait-il représenter un espoir ?) mais nous affirmons notre espérance.

Christ est notre espérance puisque nous affirmons qu’il est Dieu avec nous, qu’il est Dieu qui vient ou qu’il nous vient de Dieu (j’ai dis que je n’entrerai pas dans ce débat), il est notre espérance parce que son surgissement dans l’humanité ne relève pas des possibilités humaines.
Comment Jésus concrétise-t-il toutes ces espérances ?
Paul nous répond simplement, en faisant de nous des créatures nouvelles. Jésus ne vient pas dans le monde comme un prophète pour indiquer un changement de cap, pour corriger notre conduite. Il ne vient pas comme un guérisseur pour soigner une humanité malade. Si c’était le cas, nous ne parlerions pas d’espérance mais bien d’espoir, l’humain aurait encore son rôle à jouer, tout dépendrait encore de nous. Mais aujourd’hui nous affirmons que Jésus est venu dans le monde pour faire de nous de nouvelles créatures.
Dans le langage de Paul, Christ est pour nous et nous sommes en lui. C’est une manière de dire qu’il a pris notre place.
« Il est mort pour nous », cela signifie qu’il a pris sur lui ce qui nous séparait de Dieu, notre orgueil, notre faiblesse, ce que nous appelons notre péché, il en a assumé les conséquences. Non pas pour nous faire honte ou pour nous culpabiliser mais au contraire pour que nous en soyons libres, libres de notre péché, libre de notre culpabilité, tout entier disponibles pour la reconnaissance et pour l’amour.
« En Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui-même », cela signifie que c’est désormais sa justice que Dieu voit en nous. Quand Dieu regarde si je suis conforme à sa volonté, ce n’est plus moi qu’il regarde, ce n’est plus mon cœur qu’il sonde, c’est Jésus-Christ !
« En Christ, nous sommes nouvelle créature » Cela signifie que dès maintenant, je peux, tu peux vivre selon Christ. Dès maintenant, tu es libre de toutes ces peurs, ces doutes et ces jugements qui t’empêchaient d’aimer. Tu es libre de cet orgueil, cette volonté de puissance, cette soif de contrôle et de domination qui t’interdisaient de servir. Bien sûr, tu les ressens encore, nous les ressentons encore mais nous ne leur appartenons plus, nous ne nous appartenons plus, nous appartenons à Christ seul et c’est là qu’est notre liberté.

Voilà la nouvelle que nous célébrons aujourd’hui. Voilà la nouvelle que nous avons à partager avec nos frères et sœurs. En effet, à ceux que Noël rend triste et maussade, à ceux que l’humanité dégoûtent, à ceux qui craignent la fin, annoncez cette espérance nouvelle : il est un Dieu qui vient dans le monde et c’est de lui que nous vient le renouveau et le salut.

Amen

Naissances bibliques (3) Moïse, Jésus : la fragilité d'une naissance

25 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 décembre 2008
Exode I, 8 à II, 10
Matthieu II 1 à 15

Nous savons bien que lorsque Matthieu compose son récit de la naissance de Jésus, il ne fait pas oeuvre d'historien. La naissance de Jésus, comme presque toutes les naissances humaines, est passée inaperçue, sauf de sa famille. Vouloir absolument donner une réalité historique aux récits évangélique de Noël, c’est d’une part passer à côté de la signification de ceux-ci, c’est surtout faire finalement mentir ce qui est au cœur même de Noël, « Il est né comme l’un de nous ».
Inutile donc d’aller fouiller les archives pour trouver une trace du massacre des enfants de Bethléem par Hérode ou d’examiner les cieux pour comprendre ce que fut l’étoile que suivirent les mages. Matthieu nous parle d’une vérité qui n’est pas de cet ordre. En racontant le massacre des innocents, Matthieu situe Jésus dans la droite file de Moïse. Ainsi, Matthieu nous dit de Jésus qu’il est le nouveau libérateur mais il dit beaucoup plus que cela : en effet, en rapprochant les deux naissances, Matthieu nous invite à les comparer…
Voyons donc ces deux naissances…


Commençons par comparer les « méchants » de ces deux histoires. Dans Matthieu, Hérode fait un peu figure de « méchant roi de conte de fées », sans doute parce que son souvenir était assez vivace pour qu’il n’y ait pas besoin de rappeler ce qu’il était. Aujourd’hui, peut-être faut-il rappeler que ce roi de Judée était monté sur le trône grâce à une habileté diplomatique qui ne rechignait pas vraiment à verser le sang et que malgré sa reconstruction du Temple, son règne était très suspect aux yeux des juifs.  On comprend aisément alors le mobile que lui donne Matthieu pour se massacre des innocents…
Le mobile de Pharaon est, quant à lui, explicite. « Ces étrangers sont trop nombreux, ils risquent de nous étouffer et de nous dominer ». Je ne suis pas sûr qu’il soit nécessaire de beaucoup m’étendre pour que cette phrase résonne aujourd’hui…
Quoiqu’il en soit, avec Hérode et avec Pharaon, les deux auteurs bibliques montrent la fragilité d’une naissance face à l’ambition et la peur de l’autre qui rongent les hommes.

Voyons maintenant les acteurs.
Tout d’abord Dieu. Alors qu’il est constamment présent dans le récit de Matthieu, il est étonnamment absent lors de la naissance de Moïse.
Je vois à cette absence deux raisons théologiques : Tout d’abord, c’est là que se joue la différence entre judaïsme et christianisme,  dans le judaïsme : l’observance de la Loi (ici elle est anticipée bien sûr, mais l’auteur du texte, lui,  connaît la Loi et rien ne l’empêche de dépeindre les sages femmes comme obéissant à cette loi), l’observance de la loi, donc, permet à l’homme de faire ce qui est bien. Les sages-femmes observent la loi, elles ouvrent ainsi la possibilité de l’action de Dieu dans le monde et en sont récompensées. Dans le christianisme, c’est Dieu agit pour l’homme. C’est Lui qui prend l’initiative et qui conduit les acteurs, les témoins qu’Il s’est choisi.
La deuxième raison est encore plus simple, tout en s’inspirant du récit de la naissance de Moïse, Matthieu veut aussi montrer que, pour lui, Jésus est beaucoup plus que Moïse.

Voyons maintenant les acteurs humains. Dans les deux récits on a, d’un côté la famille de l’enfant, de l’autre des étrangers (les sages-femmes, la fille de Pharaon et ses suivantes ou les mages).
Ces étrangers donnent à chacune des naissances un caractère universel. Pour la naissance de Jésus, c’est un grand classique : il est presque inutile de rappeler que les mages sont justement le signe que cet enfant qui naît est appelé à être reconnu et célébré comme roi par toutes les nation. Mais les sages-femmes ainsi que la fille de Pharaon jouent le même rôle dans la naissance de Moïse ne concerne pas le seul peuple élu, d’ailleurs son nom étranger le montre bien. Il faut bien se rappeler que si Israël est le peuple élu, ce n’est pas à son seul profit mais c’est pour être un témoin, une lumière pour les nations.
Mais il y a là encore une différence important entre les deux récits. La naissance de Moïse est une affaire de femmes, sa mère, sa sœur, les sages-femmes, la fille de Pharaon, ses suivantes. Son père est réduit à sa seule fonction de reproducteur. En revanche le récit de la naissance de Jésus est une affaire d’hommes dans le texte de Matthieu. Joseph et les mages (on ne se prononcera pas sur le sexe de l’ange). Marie est quasiment inexistante. On peut y voir plusieurs explications, pas forcément incompatibles entre elles, d’ailleurs. Tout d’abord il est très possible que l’auteur du livre de l’Exode soit moins sexiste, plus moderne que Matthieu. Cela nous sortirait un peu d’une certaine imagerie chrétienne qui veut que l’Ancien testament soit un livre barbare et rétrograde alors que le Nouveau testament est un livre progressiste… Ensuite, il s’agit peut-être une fois encore de bien faire la différence entre Jésus et Moïse, faire de la naissance de Jésus une affaire d’homme, c’est à l’époque de la rédaction de l’évangile, en montrer le sérieux et l’important.
Je voudrai risquer une troisième explication. Il est possible que Matthieu ait été gêné par l’énormité de ce qu’il avait à écrire : Dieu vient dans le monde par une naissance, Dieu vient dans le monde dans la sueur, les douleurs et le sang. Matthieu préfère sans doute symboliser ces douleurs et ce sang dans son récit, il préfère sans doute dire cette irruption si charnelle de Dieu dans le monde de façon plus allégorique ; Le massacre des innocents, la fuite en Egypte diront les douleurs et les angoisses de l’accouchement, et pour taire l’aspect si troublant pour les hommes de la naissance, il va gommer les femmes de son récit.
On peut comprendre sa gêne. C’est par une naissance que Dieu vient dans le monde. Cela a dérangé bien des théologiens.  Certains ont préférés que Dieu vienne dans le monde par un Jésus déjà adulte, ce sont les adoptianistes qui estiment que Jésus ne devient Fils de Dieu qu’au moment de son baptême. Plus tard d’autres souligneront le côté légendaire des récit de Noël pour mieux les écarter, et cela en prétendant en prétendant être gêné par le caractère trop divin, trop glorieux de Jésus. Mais écarter la naissance de Jésus, préférer la passer sous silence, c’est être en fait bien plus gêné par son côté humain. Il paraît sans doute plus raisonnable d’avoir un maître de sagesse mystérieusement surgi de nulle part que célébrer un Dieu créateur de toute chose qui vient dans le monde comme un nouveau-né, comme un fuyard face à la violence humaine.

Et pourtant, frères et sœurs, par la crèche et par la croix, les évangiles nous disent que c’est par le ventre d’une femme que Dieu choisit de faire son entrée. C’est au milieu de notre faiblesse qu’il vient à nous et c’est là qu’est la bonne nouvelle. Dieu a risqué la fragilité pour vaincre la force, il a choisi la tendresse pour faire taire la peur. Aussi, nulle violence, nulle puissance ne pourra jamais écraser cette espérance qui se concrétise en Jésus Christ, Dieu qui vient dans le monde.

Amen

Une joie vraie

23 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 20 décembre

Mariage de Pascal et Elisabeth

Psaume 96

Luc II, 14 et XXIV, 50-53

Ephésiens V, 18-20

 

Le culte de bénédiction d’un couple à l’occasion de leur mariage c’est d’abord le temps où l’on se tourne vers les jeunes mariés. C’est eux qu’on regarde, c’est eux qu’on félicite, c’est à eux qu’on souhaite du bonheur, c’est d’eux que le pasteur va parler. Mais vous connaissez Pascal et Elisabeth suffisamment bien pour ne pas être surpris qu’ils aient souhaité ne pas être votre point de mire,. Et puisqu’ils ont voulu ne pas être vu, je réponds à leur demande et je ne vais pas parler d’eux tout de suite…

 

Tout d’abord, puisque vous êtes venus en ce lieu, chrétiens ou non, croyants ou non, puisque vous êtes venu pour accompagner Pascal et Elisabeth dans ce moment spécifiquement chrétien de leur mariage, autant vous dire ce qui est au centre de toute célébration chrétienne. « Des psaumes, des hymnes, des chants inspirés, louez et chantez ». Voilà, au centre d’une assemblée chrétienne, en premier lieu ce n’est pas la communion, pas la lecture de la Bible, pas la prière, nous dit Paul, mais la musique et le chant. Cela s’explique assez facilement : la musique et le chant nous permettent de nous exprimer au-delà des mots, ils nous permettent de dire des sentiments qui ne se disent pas. Et c’est vrai que nous contons ou fredonnons souvent nos sentiments les plus forts (même la tristesse). Mais ici, le sentiment que nous sommes appelés à chanter, c’est la joie. La joie qui est l’essentiel de la vie chrétienne

 

Mais pour parler de joie, je voudrais vous inviter à regarder un peu en vous-même. J’aimerais que chacun de vous se rappelle d’un grand moment de joie. En effet, je ne crois pas que l’on puisse parler de la joie en général, de façon abstraite. La joie, cela doit évoquer pour chacun de nous des souvenirs bien concrets, sans doute des souvenirs assez différents des images d’Epinal qu’on en a d’habitude. Je laisse donc ces images de joie surgir de votre mémoire

(…)

Ca y est ? Alors, sans être dans vos têtes, je suis à peu près certain de deux choses. Ces souvenirs de joies ne se situent pas dans l’agitation d’une fête, ou plutôt, s’ils s’y situent, la fête n’est qu’un décor. Deuxième chose, je suis encore plus certain que ces souvenirs impliquent d’autres personnes.

Eh bien voilà, avec ces images de joie, nous rejoignons bien ce que nous dit Paul dans la lettre aux Ephésiens.

Ne vous enivrez pas du vin qui vous égare. Il ne s’agit pas ici d’un slogan de prévention contre l’alcoolisme, Paul ne dit pas « sans alcool, la fête est plus folle » Et je ne crois pas d’ailleurs qu’il ne s’agisse que d’alcool… Il ne s’agit pas non plus de faire de la morale. Nous étions très embêtés par ce verset parce que de nombreuses traductions parlent de « débauche » alors que le texte grec parle de ce qui perd, ce qui ne mène nulle part. il ne s’agit pas ici de bien ou de mal, il s’agit simplement d’une joie vraie ou d’une joie illusoire. En cette approche de Noël, nos rues prennent un air de fête, des lumières apparaissent partout. Ce n’est bien sûr pas mal, mais nous savons bien que cela n’est pas une véritable source de joie. Nous pouvons nous laisser distraire, voire éblouir par ces lumières mais ce n’est pas de là que nous viendront nos vrais souvenir de  joie. C’est la même chose pour l’alcool, c’est la même chose pour l’agitation des fêtes, c’est la même chose pour l’effervescence religieuse, tout cela vise à se couper du monde, à s’évader pendant un moment, cela n’est pas forcément mauvais mais c’est éphémère.

Je vous laisse écouter ce qu’en dit un grand spécialiste. Ecoutez bien les paroles :



 

Vous voyez cette joie toute en effervescence n’est qu’un rêve, l’évasion d’un moment. Cela peut avoir du bon mais cela n’illuminera pas toute notre vie.

 

« Soyez soumis les uns aux autres ». La joie implique l’autre. Même si mes moments de joie sont des moments solitaires (c’est possible), ce sont des moments où je suis tout entier tourné vers l’autre. Ah ! Voilà un vrai langage religieux : un langage de sacrifice et de soumission ! Mais non ! En fait, c’est juste un langage d’amour. L’amour sous toutes ses formes (que ce soit celui d’Elisabeth et Pascal, que ce soit l’amour familial, que ce soit l’amitié ou l’amour qui devrait unir les chrétiens), l’amour consiste précisément à faire librement et volontairement pour l’autre ce que je ne supporterai pas d’être obligé de faire. Ce que je fais par amour, je ne le fais pas toujours avec plaisir, cela me coûte parfois mais je le fais avec joie.

 

« Rendez grâce » Ah ! Là, nous touchons à la différence entre chrétiens et non chrétiens. En effet, nous autres chrétiens, nous croyons profondément que cette joie vraie, cette joie tournée vers les autres, n’est pas à aller chercher au plus profond de nous-mêmes, qu’elle ne dépend pas de nos efforts, de notre capacité de détachement, de notre élan vers l’autre. Dans cette joie, dans cet amour qui unit Elisabeth et Pascal, nous voyons un don de Dieu, un don qui n’est certainement pas réservé aux seuls chrétiens (ce n’est pas parce que je ne sais pas d’où me vient un cadeau que ce cadeau disparaît).

 

Une joie qui n’est pas une fuite hors du monde, une joie qui est tournée vers l’autre, une joie qui se conjugue avec le verbe aimer, voilà ce qu’Elisabeth et Pascal veulent partager avec vous aujourd’hui. Ils ont beaucoup insisté la dessus pendant la préparation : un message qui soit pour tous ceux qui sont là, chrétiens ou non.

Je voudrai à message en ajouter un pour vous deux. Je sais bien, nous savons bien, à quel point cette joie tournée vers l’autre vous est familière. Je connais bien, nous connaissons bien votre timidité, votre modestie. Mais regardez ceux qui sont là, et ne leur refusez pas la joie d’être tournés vers vous. Aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu pour votre bonheur qui est notre joie.

 

Amen

Le silence du cercle

15 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Nous sommes là
Parce que  les étrangers sont nos frères et soeurs
Nous sommes là
Parce que les sans-papiers ne sont pas sans droit
Nous sommes là
Parce que les conditions de détention dans les centres de rétentions administratives sont inacceptables du point de vue de la dignité humaine.
Parce que de nouvelles solutions doivent être trouvées.

Nous faisons silence
Pour respecter les convictions religieuses et politique de chacun
Nous faisons silence
Parce que nous ne prétendons pas avoir la solution
Parce que nous ne croyons pas aux slogans qui divisent ni aux cris qui agressent.
Nous faisons silence
Pour ne pas nous taire.


Un cercle de silence à Evreux. Une heure debout dans le froid, sous la pluie ; une heure sans parler, sans lire, sans écrire (je vous laisse deviner ce qui était le plus dur); Une petite heure d'un léger inconfort pour penser à des frères et des soeurs qui vivent bien pire, bien plus longtemps et sans l'avoir choisi, voila d'abord ce qu'est le cercle de silence. Mais c'est aussi bien plus.
C'est, pour moi, l'occasion de découvrir le paradoxe de la non-violence. Nous sommes inaudibles, nous ne bloquons personnes, nous ne nous imposons pas. Celui qui ne veut pas entendre notre message ne l'entendra pas. Celui qui veut couvrir notre silence, le fera sans peine. Bref, le cercle de silence va à l'encontre de toute stratégie militante, de tout réflexe guerrier.
Et pourtant, nous voila 60, puis 70, peut-être 80... Et pourtant, nous voilà visibles.
Et l'incorrigible bavard que je suis découvre un nouveau visage du silence : pas le silence qui est un mur, qui est mépris ou indifférence, pas le silence qui est un espace à la parole de l'autre mais un silence  dont la durée permet une vraie communion. Pas un mot, mais nous sommes ensembles, au-delà de nos différences de foi, au-delà de nos différences de convictions politiques, dans une communion qu'aucune parole n'aurait rendue possible. Nous sommes ensembles mais pas entre nous, nous nous regardons mais nous ne sommes pas tournés vers nous-mêmes : notre silence est d'abord tout entier tourné pour ces hommes, ces femmes, ces enfants enfermés auxquels nous pensons, pour lesquels nous prions, notre silence permet également aux passants de s'approcher, de ralentir sans craindre d'être embrigadé. Le premier quart d'heure a été long, je dois l'avouer mais l'heure est passée vite malgré le froid. Une heure qui me vide de moi-même, de mon angoisse, de ma fébrilité et qui m'emplit de paix. Je suis bien sûr reconnaissant aux athées et agnostiques qui sont venus se joindre à cette manifestation lancée par des Eglises, sans crainte de récupération religieuse. Et j'espère qu'ils ne croiront pas leur confiance trahie si, de mon côté, c'est la présence de mon Dieu que je reconnais dans ce silence qui parle.

D'autres comptes-rendus de ce cercle de silence à Evreux ici et .

Mesrine : quand l'honneur montre son vrai visage

12 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

C'est le sang d'un voyou qui rêvait de millions.
Renaud


"Nul ne peut prétendre retracer la vie d'un homme dans toute sa complexité", avertit, en substance, le prégénérique de Mesrine. Le film ne s'en tire pourtant pas trop mal : si l'on sent une certaine admiration de Abdel Rafri et de Jean François Richet pour Mesrine, on n'est certainement pas face à une hagiographie. La sympathie que l'on éprouve pour Mesrine vient de sa gouaille, de son incroyable culot. Elle vient sans doute aussi de l'implacable cruauté que la société va mettre en place pour se protéger de lui (phénomène dont sera d’ailleurs victime Mesrine lui-même lors de l’exécution de la balance)/ Peut-être enfin vient-elle de l’honneur de Mesrine et c’est là que le film prend tout son intérêt socio-théologique parce que l’''honneur" de Mesrine c'est d'enfoncer un révolver dans la bouche de sa femme sous les yeux de leur fille, c'est de kidnapper un handicapé… En effet, l’honneur de Mesrine c’est « je vais pas me laisser marcher sur les pieds », c’est cette curieuse conception de l’honneur qui fait applaudir un footballeur qui casse la gueule à un autre, qui fait approuver le « casse-toi pauvre con» d’un président de la république. Un sentiment que nous éprouvons tous, de temps à autre. Avec Mesrine, on voit jusqu’où va cet honneur là, à quelle violence il conduit fatalement (parce que moi, je vais pas me laisser marcher sur les pieds, mais l’autre non plus…) Le symbole de cet honneur là, ce n’est pas la chevalerie idéalisée, c’est une petite frappe qui rêve d’argent et de gloire et ses tentatives pour se justifier, pour donner à son action un sens politique sont bien vaines… Finalement, je trouve que l’affiche christique du deuxième opus est assez bien trouvé, j’aurai pu titrer Mesrine : Ecce homo (mais je l’ai déjà faite). Bien sûr que Mesrine n’est pas une figure christique mais il est une assez bonne représentation du premier Adam, de cet homme qui en voulant contrôler sa vie, en voulant être le maître s’enferre dans une spirale de mort, de cet homme qui se rend esclave en prétendant s’affranchir. Parce que le film le montre bien, Mesrine n’est pas libre, jamais et il le sait bien malgré toutes ses bravades…

L'étranger est mon frère

10 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale


Un Cercle de Silence à Evreux

Pourquoi ?


  • Parce que Les Centres de Rétention Administrative sont des lieux où la dignité humaine est bafouée.
  • Parce que l’enfermement de familles, d’enfants est inacceptable au pays des Droits de l’Homme.
  • Parce que les étrangers sont nos frères, avant tout nos frères.
Samedi 13 décembre 2008
Place du général de Gaulle


Nous resterons silencieux de 16 heures à 17 heures pour aider tous ceux qui le désirent à prendre conscience de la réalité de l’enfermement.

Ce cercle est ouvert à tous, croyants ou non, à condition de respecter la règle du silence.
  • Silence, parce que nous ne prétendons pas avoir de solution.
  • Silence que chacun est appelé à habiter par sa prière, sa méditation ou sa réflexion.
A l’initiative de membres du groupe oecuménique d’Evreux.
Principaux partenaires
Eglise Réformée de France, Pastorale des migrants de l’Eure,
Mission ouvrière de l’Eure, Pax Christi Eure, Communauté
Mission de France d’Evreux

Une promesse pour assise

9 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Il y a bien des raisons pour qu'une tour ne tienne pas debout, et l'on peut inculper la maladresse des ouvriers, le mauvais vouloir du terrain ou l'insuffisance du ciment qui lie les pierres. Mais les paysans serbes, albanais ou bulgares ne reconaissent à ce désastre qu'une seule cause : ils savent qu'un édifice s'effondre si l'on a pas pris soin d'enfermer dans son sous-bassement un homme ou une femme dont le squelette soutiendra jusqu'au jour du Jugement Dernier cette pesante chair de pierre.
M. Yourcenar. Le lait de la morte in Les nouvelles orientales.
Rassurez-vous, je ne prône pas l'inscription du sacrifice humain dans les normes de constructions et je ne souscris pas vraiment à cette vision naïve de la résurrection. D'ailleurs, je me demande si la tradition n'est pas bien plus ancienne que l'idée même d'une résurrection finale...
Mais j'aime beaucoup l'idée qui domine cette relecture chrétienne d'une tradition païenne, l'idée que la promesse de Dieu est plus solide, plus stable que n'importe quelle construction humaine.

Naissances bibliques (2) Isaac : la patience et le rire

8 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 7 décembre 08
Genèse XVIII, 1 à 15 et XXI 1 à 7
Luc I 5 à 25 et 57 à 66

Dans une tente, près de la Méditerranée, une femme âgée gémit dans les douleurs de l’enfantement. Aujourd’hui on s’interrogerait, à raison, sur les limites de la génétique, on gloserait, légitimement, sur la différence d’âge entre la mère et l’enfant. Mais dans cette histoire, dans une tente, une femme stérile donne la vie. Un enfant vient au monde dans un éclat de rire.
Pourtant, bien avant cet éclat de rire, il y en eut un autre : le rire amer de Sara face à la quatrième répétition de la promesse de Dieu. Un rire tellement compréhensible : comment croire encore en une descendance quand la vieillesse est là, quand l’espérance de toute une vie s’est révélée stérile. Quand l’ancienne promesse est répétée, Sarah rit parce qu’il vaut mieux rire que pleurer…


En fait, Sarah et Abraham font ici une expérience que nous connaissons tous bien, l’expérience de la patience de Dieu. Ses promesses mettent du temps à s’accomplir…
La patience de Dieu… Qu’est ce que c’est ?
Il ne s’agit pas bien sûr de nonchalance ou de négligence. Dieu ne dit pas à Abraham et Sarah. Yo ! Du calme ! Y a pas le feu au lac ! On n’est pas pressé ! Y a pas mort d’homme… Lambiner, traîner c’est sans doute mettre à l’épreuve la patience de l’autre mais ce n’est pas faire preuve de patience… La patience de Dieu ne signifie absolument pas qu’il prend notre attente à la légère…
Il ne s’agit pas non plus de la patience passive voire forcée que l’on manifeste quand on attend quelqu’un ou quelque chose. Cette patience qui s’exprime dans le « Bon, mais qu’est ce qu’il fait encore ? », qui consiste à regarder sa montre et à faire les cent pas. Dans cette histoire, Dieu n’attend rien de Sarah et d’Abraham, il n’attend pas un événement qui permettrait à Sarah d’être enceinte : c’est lui qui provoque la grossesse de Sarah.
Et pourtant Dieu attend : il n’attend pas quelque chose. Il attend. Il est patient de la seule vraie patience, de la patience active : cette patience qui consiste à laisser de la place et du temps à l’autre. Cette patience qui s’exprime dans le « Parle, je t’écoute ». Avant de faire d’Abraham et Sarah les porteurs de sa promesse, la souche de ce peuple nombreux, Dieu les laisse être eux, dans toute leur stérilité humaine, dans toute leur inutilité. Avant de le faire Abraham, père d’un peuple, Dieu le laisse être Abram.
Pourquoi ?
Peut-être pour que l’histoire d’Abraham et de Sarah manifeste bien que ce n’est pas grâce au potentiel humain que s’accomplit la promesse de Dieu. Peut-être. Mais cette réponse théologiquement correcte est dangereuse : elle n’est, en effet, que spéculation.
L’histoire d’Abraham et de Sarah nous parlera sans doute bien plus si nous nous en tenons à ce simple fait : elle nous dit la patience de Dieu. Cette patience dont nous faisons l’expérience aujourd’hui, nous qui attendons la pleine manifestation de son Règne.
L’histoire d’Abraham et de Sarah nous dit de quelle nature est cette patience. Non pas de la nonchalance, si Dieu attend, cela ne signifie pas qu’il se désintéresse de nous. Bien au contraire, dans ce monde tellement opposé à son Règne il est présent, il se tient à nos côtés, nous soutient et souffre de nos souffrances.
Dieu n’attend pas non plus quelque chose en particulier, et surtout, il n’attend rien de nous et certainement que nous construisions son royaume : il attend parce qu’il est patient, il attend pour nous laisser un espace, un temps où être ce que nous sommes.
« Ah mais alors, c’est du sadisme de sa part, il se plait à nous voir mariner, à nous voir nous perdre et désespérer de notre stérilité ! » Non ! Ce serait le cas s’il se taisait mais il a promis à Abraham une descendance, il nous a promis l’avènement de son Royaume et sa Parole est certaine. Dieu attend mais il ne nous laisse pas sans espérance.
J’ouvre ici une petite parenthèse. Cela pourrait-il être autrement ? Dieu pourrait-il ne pas être patient et donner à Abraham une descendance aussitôt qu’il le lui promet ? Dieu pourrait-il ne pas être patient et transformer immédiatement nos cœurs de pierre en cœur de chair, établir son Royaume une bonne fois pour toute ? La question est à la fois dangereuse et nécessaire. Elle est dangereuse parce que parler de Dieu au conditionnel c’est souvent dire que nous, à sa place, on aurait pu faire mieux. Elle est nécessaire et il est nécessaire d’y répondre « oui, Dieu aurait pu être impatient et cela n’aurait rien retiré à son amour et à sa puissance (des pierres, Dieu aurait pu tirer des enfants d’Abraham) » Pour bien comprendre que la patience de Dieu est complètement libre, Dieu n’est pas obligé d’être patient, il l’est. C’est tout. Fin de la parenthèse théologique et revenons à nous.
Nous qui attendons, souvent avec impatience que se manifeste enfin pleinement le règne de Dieu.
Face à cette patience de Dieu, dans notre attente, nous sommes tous, je crois, à la fois, Abraham et Sarah. Nous sommes Abraham, nous découvrons que nous avons foi en cette promesse, nous découvrons qu’elle éclaire notre vie, qu’elle nous fait avancer. Et même quand elle tarde à se réaliser, nous en vivons déjà ; C’est bien ce qui nous amène ici ce matin, c’est bien pour cela que nous apprêtons à fêter Noël. Malgré nos deux mille ans d’attente, malgré nos doutes et nos interrogations, nous croyons que le bébé allongé sur la paille de Bethlehem est appelé à régner sur ce monde et à le transformer. D’où nous vient cette foi, cette conviction profonde ? Certainement pas de notre raison, ou bien celle-ci serait vraiment défaillante : comment peut-on, en raisonnant, penser qu’un homme né dans une étable à une date inconnue et mort sur une croix nous révèle le Dieu souverain ?
En effet, alors même que, comme Abraham, Dieu nous donne de croire en sa promesse, nous sommes aussi Sarah et toute cette histoire nous fait bien rire. D’un rire jaune, d’un rire amer : ce rire qui est le cri de notre raison et de notre désespoir. Comme Sarah, nous voulons prendre de la distance, refuser que l’on nous trompe encore, que l’on nous fasse attendre quelque chose dont tout nous dit que c’est impossible et quelle meilleure arme alors que le rire, le rire qui dit bien que tout ça c’est du vent. Nous nous scandalisons parfois que notre foi prête à rire. Mais soyons honnête, est-ce qu’elle n’est pas risible au point de nous faire rire nous-même parfois ?
Bien sûr comme Sarah nous nierons « Non je n’ai pas ri » Non, je ne me suis jamais dit que c’était impossible, irréalisable que ce n’était qu’une chimère. Pourquoi Sarah nie-t-elle avoir rit ? Pourquoi a-t-elle peur alors qu’après tout elle n’a plus rien à perdre. Parce qu’en fait, elle a encore beaucoup à perdre,  parce que malgré son rire, elle continue de croire, d’espérer en cette promesse et qu’elle sait bien que son rire est un refus et qu’en rejetant ainsi cette promesse, elle perd définitivement tout espoir qu’elle se réalise.
Et voilà que le miracle se produit : Isaac vient au monde, Isaac c'est-à-dire « il rit ». Le refus de Sarah n’a pas empêché la promesse de Dieu de se réaliser pour elle. On peut le dire de bien des manières : le rire jaune de Sarah est devenu rire de joie, Dieu a changé le rire en rire, à l’amer sarcasme humain répond l’humour joyeux de Dieu.

Frères et sœurs, entendez ce rire nouveau de Sarah et que la patience de Dieu ne vous conduise pas à la désespérance ! Dieu transforme notre rire de désespoir en rire de joie. Là où il n’y avait plus que le désespoir aride, il pose une naissance, là où le vieil homme se mourait, il fait naître un homme nouveau. Et cette espérance se concrétise en Jésus Christ, Dieu qui vient dans le monde.

Amen

Protestants et lobbying

6 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Les protestants sont nuls en lobbying me dit Authueil au cours d'une discussion sur son blog. J'accepte volontiers le verdict. Et autant notre nullité en communication, notre incapacité à exprimer notre vision du monde me désole, autant je me réjouis de notre nullité en lobbying, même dans le sens positif que lui donne Authueil : un regroupement de personnes en vue de défendre un intérêt commun.
Etre fort en lobbying impliquerait trois choses :
- que sur les questions de société, les protestants aient à parler d'une voix uniforme. Adieu donc le libre examen et la conscience individuelle : une fois qu'aurait retentit la voix des clercs (que ces clercs soient les synodes, les évêques, les pasteurs où les anciens), les fidèles n'aurait plus qu'à suivre le mouvement.
- il faudrait faire passer le soucis d'efficacité avant celui de justice (peut-être devrais-je écrire justesse). Le jeu des lobby me parait être avant tout un jeu de stratégie, de savantes alliances, une alchimie de compromis et de provocation. Le risque est toujours immense de voir la survie du groupe passer avant les principes défendus par ce groupe (c'est d'ailleurs pour cela que seuls les groupes financiers peuvent sortir vraiment victorieux de ce jeu).
- cela impliquerait que nous passons d'une logique d'annonce à une logique de construction. La raison d'être de l'Eglise est d'annoncer le Règne présent et à venir de Dieu. Faire du lobbysme c'est croire que nous pouvons bâtir ce Royaume, ou pire, que la politique le peut...

Attention, cela ne signifie pas que je professe un désengagement politique complet pour les chrétiens. Bien au contraire, je crois que le chrétien doit être présent au monde. Mais de manière personnelle (en son âme et conscience et non pour ce que lui dictent les intérêts de son groupe), responsable (c'est d'abord en mon nom que je m'engage), humble, sans illusion sur l'efficacité de son action et confiante en Dieu seul : "Celui qui peut, par la puissance qui agit en nous, faire infiniment au-delà de ce que nous demandons et pensons" (déclaration de foi de l'E.R.F)

La directive de la honte

4 Décembre 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Anafé, APDHA, Arci, ATMF, La Cimade, Gisti,
IPAM, LDH-Belgique, Migreurop, Statewatch
Communiqué de presse
Jeudi 4 décembre 2008
Le Conseil des ministres de l'UE ne doit pas adopter la directive de la honte !
La directive retour – directive de la honte – votée par le parlement européen le 18 juin dernier, est soumise à l’adoption formelle du Conseil des ministres de l’Union le 8 décembre. Alors que des milliers de citoyens, d’ONG, de syndicats, d’Eglises, se sont mobilisés pour demander aux responsables européens de rejeter un texte qui banalise et généralise une politique d’internement et d’expulsion des migrants en Europe, alors que de nombreux Etats d’Amérique latine et d’Afrique ont exprimé avec force leurs refus de tolérer de telles pratiques à l’égard de leurs ressortissants, la présidence française de l’Union européenne a décidé de faire adopter formellement cette directive par le Conseil de l’Union à la veille de la célébration du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme.
Au-delà de la violence du contenu de cette directive qui renie les valeurs fondamentales de l’Europe et de la date choisie, la méthode utilisée pour cette adoption est méprisante. Alors que le projet relève du conseil Justice et Affaires intérieures présidé par M. Hortefeux, la directive devrait être adoptée le 8 ou le 9 décembre au cours :
  • soit du conseil des ministres «environnement » présidé par M. Borloo. Etrange conception de l’écologie que d’y inclure l’expulsion des sans-papiers !
  • soit du conseil des ministres « transports » présidé par M. Bussereau. Démonstration de la volonté de développer les expulsions collectives par charters ?
  • soit du conseil des ministres « affaires générales » présidé par M. Kouchner. Les Etats partenaires de l’Union européenne, en Afrique comme en Amérique latine apprécieront.
Nos organisations appellent tous leurs partenaires, en Europe comme en Afrique ou en Amérique à se manifester d’urgence auprès de leur gouvernement comme auprès du président de l’Union européenne pour qu’ils ordonnent le report et l’abandon de ce projet de directive.

Contacts presse
La Cimade : Julie Chansel / +33 6 82 24 03 47 / julie.chansel@cimade.org
Gisti : Claudia Charles / +33 1 43 14 84 83 / charles@gisti.org
Migreurop : Sara Prestianni / +33 1 53 27 87 81 / contact@migreurop.org
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