Miettes de théologie

L'enseignement du Notre Père (4) Le pardon : volonté et exigence.

29 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 29 mars 2009
Matthieu VI, 10 et 12
Matthieu XVIII 21-35

    Avant dernier volet de notre étude du Notre Père comme un chandelier à 7 branches. (Petit rappel : des rabbins se penchant sur le Notre Père, on fait remarquer que la prière de Jésus était composée selon une forme bien connue du Premier comme du Nouveau Testament : le chiasme. Le chiasme est une structure littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’.)
La paire de branches que nous étudions aujourd’hui nous enseigne donc que la volonté de Dieu est une volonté de pardon. Dieu veut nous pardonner et Dieu veut que nous pardonnions.

Que ce soit dans la parabole du débiteur impitoyable ou dans les mots même du Notre Père, c'est en terme d'économie que Matthieu nous parle du pardon et même, plus précisément, en terme de dette. C'est intéressant de passer du langage de l'offense à celui de la dette. Parce que le langage de la dette va en fait bien plus loin que celui de l'offense. Penchons nous un peu sur cette image de la dette sans pour autant nous laisser complètement enfermer par elle (le pardon n’est pas simplement une remise de dette) mais en soulignant deux aspects du pardon que nous enseigne le langage de la dette : qui dit dette dit apport et qui dit remise de dette dit don.
Si je demande à Dieu de me pardonner mes offenses, je vais immédiatement me demander quelles sont ces offenses, comment moi, Eric George, ai-je pu offenser Dieu, après tout, comme chantait Brassens, je n'ai jamais tué, jamais violé non plus et y a déjà quelque temps que je ne vole plus. Bref, il y a de bonne chance pour que je finisse par trouver que Dieu est bien susceptible et est offensé par pas grand’ chose. Mais si je dis : remets-moi mes dettes. Alors, la question devient :"Mais qu'est ce que dois à Dieu ?" Et du coup, au lieu de regarder à Dieu et d'essayer de voir à quel point il est chatouilleux, je vais regarder à ce que j'ai reçu de lui et pourquoi je l'ai reçu. Et les choses deviennent bien plus claires.
De Dieu, je reçois ma vie, mon intelligence, mes capacités. Bien sûr c’est un don et je n’ai pas à les rembourser. Mais je les reçois dans un but, pour quelque chose, Dieu me crée pour que je vive, pour que je sois à son image, un être d’amour tourné vers l’autre. Or, je veux pouvoir choisir ce qui fait mourir, je veux m’enfermer sur moi-même, je veux haïr ou ignorer l’autre. Je veux être mon propre maître, et ainsi, je me prétends propriétaire de quelque chose qui n'est pas à moi, qui cesse d’être à moi, parce que je n’en fais pas ce pour quoi cela m’a été donné. Et pourtant, Dieu continue à me créer, il continue à me donner cette vie que je gaspille. Il ne rejette pas sa créature qui refuse d’être créature, qui refuse d’entrer dans ce qu’il veut pour elle et il continue à lui ouvrir un chemin de vie.
Voilà ce que Dieu nous donne, voilà la dette que nous avons envers lui.

Et c'est une dette que, comme l'homme de la parabole nous ne pouvons pas rembourser. Nous ne pouvons donc que demander à notre créancier d’éponger notre dette. Or, s’il y a une chose que j’ai comprise en comptabilité, c’est que lorsqu’on vous remet une dette, on vous fait un cadeau, on vous enrichit. Qui paye ses dettes s’enrichit dit le proverbe (ça, c’est plus compliqué, pour le comprendre, il faut rentrer dans les questions d’intérêts), mais qui se voit remettre une dette s’enrichit encore plus. Nous parler du pardon comme d’une remise de dette, c’est donc nous dire que le pardon est d’abord un enrichissement pour celui qui est pardonné. Et un don, de la part de celui qui pardonne.
Mais la remise d’une dette est plus encore qu’un enrichissement. A l’époque de Jésus, et on le voit dans la parabole, lorsque quelqu’un ne pouvait pas payer une dette, le dernier recours était de le réduire en esclavage avec sa famille. Cet esclavage par la dette n’a jamais tout à fait disparu, et il existe toujours aujourd’hui, de manière plus ou moins légale, plus ou moins subtile. Que ce soit à l’échelle des individus ou des nations, être le créancier de quelqu’un, c’est un bon moyen de lui faire faire ce que nous voulons qu’il fasse. Aussi, la remise d’une dette est-elle véritablement libération, délivrance. Ceci s’exprime très bien dans le grec biblique ou le terme que nous traduisons par  pardonner est afihmi, laisser aller.
C’est peut-être un peu pour ça que le pardon, celui que nous recevons et celui que nous donnons, nous gêne toujours un peu aux entournures, parce qu’il est de l’ordre du laisser aller et qu’à ce laisser aller, nous préférons le contrôle, la maîtrise des évènements. Laisser aller, c’est bien trop facile. Alors nous posons des conditions. Pour que le pardon soit valide, il faut une vraie repentance de la part du pardonné, il faut qu’il ait demandé pardon, il faut qu’il ne recommence plus. Mais non,  quand mon frère a péché contre moi, ce n’est pas 7 fois que j’ai à lui pardonner mais 70 fois 7 fois. Et ce, sans considération de sa demande ou non de pardon (Pierre ne demande pas quand mon frère me demandera pardon mais bien quand mon frère aura péché contre moi), de la sincérité de son repentir (quel crédit accorderai-je au repentir de quelqu’un qui me blesserait 70 fois 7 fois ?). Et pourtant, le pardon que nous recevons nous met bien devant une exigence, celle de pardonner nous aussi.

« Remet nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs » C’est ainsi que mon père céleste vous traitera si chacun de vous ne remet pas à son frère… » Il y a, bien, selon Jésus, une exigence au pardon, et cette exigence est une exigence de pardon.
La parabole qui vient éclairer cette exigence de pardon permet de remettre bien les choses dans l’ordre, alors que le « pardonne-nous comme nous pardonnons » du Notre Père pouvait prêter à confusion. Il ne s’agit pas de dire pour être pardonné, il faut que tu pardonnes mais bien : parce que tu es pardonné, tu dois pardonner à ton tour.
Pourquoi ce devoir ? Pour bien comprendre, il nous faut reprendre plusieurs points de l’enseignement du Notre Père et de la parabole du débiteur impitoyable. Tout d’abord, nous demandons à Dieu que sa volonté de pardon soit faite « sur la terre comme au ciel. » « Sur la terre », c'est-à-dire là, maintenant, tout de suite. Nous ne demandons pas à Dieu son pardon pour la fin des temps, ou pour après notre mort, nous lui demandons son pardon sur notre terre, maintenant, dans notre vie. « Comme au ciel », c'est-à-dire de manière limpide, non cachée, non obscurcie, que nous voyions pleinement que ta volonté est faite. Bref, ce que nous demandons c’est de vivre aujourd’hui pleinement du pardon de Dieu.
Or, nous ne pouvons pas prétendre vivre pleinement le pardon de Dieu aujourd’hui, si nous ne pardonnons pas. Le pardon est un enrichissement, avons-nous vu, comment puis prétendre être enrichi si je vis comme un pauvre ? Comment puis-je prétendre vivre d’un cadeau immense qui m’a était fait, si je continue à être au centième près de ce cadeau ? Notre pardon est nécessaire parce qu’il montre que nous reconnaissons qu’un cadeau nous a été fait. Et non seulement le pardon est ce signe extérieur de richesse, mais en tant que chrétien, notre pardon est nécessaire parce qu’il est témoignage. Quand je refuse de pardonner, je me fais témoin d’un dieu qui pèse, qui juge, qui compte. Quand je pardonne, je me fais témoin de Dieu qui donne sans compter. C’est bien devant cette responsabilité que nous place le « Tout ce que vous lierez sur terre sera lié au ciel »
Mais cela va plus loin. Nous avons vu que le pardon est aussi libération. Or comment puis-je me prétendre libre si je reste captif des blessures que j’ai reçues, du mal qui m’a été fait ? Or c’est bien ce qui se passe quand je ne pardonne pas. Je reste là avec ma blessure plus ou moins profonde, plus ou moins grave et je la ressasse et je l’aggrave bien souvent. Mon refus de pardonner ou mon incapacité à pardonner disent bien que je ne suis pas libre. Pardonner, dans la bible c’est laisser aller. C’est une libération pour celui qui est pardonné, c’est aussi une libération pour celui qui pardonne.
    Seulement voilà. Je n’y arrive pas. Et bien souvent, ce n’est pas parce que je ne veux pas mais parce que je ne peux pas. Je sais bien que j’irais mieux si j’arrivais à pardonner, mais voilà, le pardon ne vient pas et ma blessure reste là, à me faire mal, à m’appauvrir, à m’emprisonner.
    C’est le moment de se rappeler qu’en plus d’être un enseignement le Notre Père est une prière, c'est-à-dire une demande, un aveu de notre pauvreté, de notre incapacité. Nous demandons « Que ta volonté soit faite » et le passif indique bien un acte de Dieu et non pas de nous même. Nous demandons « Pardonne nous » et je crois que nous devons demander aussi « Que nous pardonnions ».

Oui, mon frère, ma sœur, en demandant à Dieu son pardon, demande lui aussi la grâce immense de pardonner toi-même à ceux qui t’ont fait du mal. Demande lui cette richesse et cette liberté que l’on reçoit lorsque soi-même on pardonne. Que son pardon te fasse vivre. Que ton pardon soit ta vie.

Amen

Les mercredis de Calvin (12) La Loi comme guide du croyant.

25 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Les trois usages de la loi font partie des éléments connus de la théologie de Calvin. Voici ce qu'il en écrit dans l'Institution.

Le troisième usage de la Loi, qui est le principal, et proprement appartient à la fin pour laquelle elle a été donnée, a lieu parmi les fidèles, au coeur desquels l'Esprit de Dieu a déjà son règne et vigueur. Car bien qu'ils aient la Loi écrite en leurs coeurs du doigt de Dieu, c'est à dire bien qu'ils aient cette affection par la conduite du Saint Esprit, qu'ils désirent d'obtempérer à Dieu, toutefois ils profitent encore doublement en la Loi : car ce leur est un très bon instrument pour leur faire mieux et de jour en jour entendre quelle est la volonté de Dieu, à laquelle ils aspirent, et les confirmer en cette volonté. Comme un serviteur, bien qu'il soit délibéré en son coeur de servir bien à son maître, et lui complaire bien en tout, toutefois il a besoin de connaître familièrement et bien considérer ses moeurs et conditions, afin de s'y accommoder. Et personne parmi nous ne se doit exempter de cette nécessité. Car nul n'est encore parvenu à telle sagesse qu'il ne puisse par la doctrine quotidienne de la Loi, s'avancer de jour en jour, et profiter en plus claire intelligence de la volonté de Dieu.
L'Institution Chrétienne II §7. 12

Le troisième usage de la Loi vient rappeler que, pour Calvin, la grâce n'est pas un aboutissement mais bien un point de départ. A l'homme régénéré par Jésus Christ, une nouvelle vie est possible, une vie véritable au service de Dieu

Et si Dieu s'appelait John ?

24 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Bon, on va commencer par un dogme : Watchmen c'est pas du cinéma (même si le film est pas mauvais du tout), c'est de la bande dessinée. De la très bonne. Ceci dit si vous êtes allergique aux super héros, à la violence, à la philosophie un peu facile ou au pessimisme, c'est peut-être pas la peine d'essayer non plus.
Sur un plan théologique, le plus évidement intéressant des personnages, c'est Dr Manhattan. Dr Manhattan, ou John, a été littéralement atomisé au cours d'un accident et, grâce à ses talents d'horloger, il s'est reconstitué, molécule par molécule (ben oui, on est dans le genre superhéroïque). De cette expérience, outre une très belle couleur bleue, il a retiré le pouvoir de soumettre la matière à ses moindres désirs ainsi qu'une perception simultanée du temps (pour lui, passé et futur ne se distinguent plus du présent). Deux caractéristiques qui font de lui Dieu compris comme l'être suprême : omnipotent et omniscient. Et pourtant, John,  le docteur Manhattan n'est pas Dieu, en tout cas pas celui de Jésus Christ. Chose amusante le film l'exprime très bien tout en faisant un contre-sens complet : un journaliste demande au Dr Manhattan "Vous jonglez avec la matière, vous voyez l'avenir, êtes-vous Dieu ?" Réponse de l'intéressé : "Non, je ne peux voir que mon avenir" Assez ironiquement, l'esprit de cette réponse "je ne suis pas aussi puissant que ça" est faux, alors que dans sa lettre, la réponse est juste :  si John n'est pas Dieu (pas le Dieu d'Israël et pas le Dieu de Jésus Christ donc pas Dieu puisqu'il ne saurait y avoir qu'un seul Dieu), ce n'est pas par manque de puissance mais bien parce que son omnipotence et son omniscience le conduisent à se détourner de l'humanité. Or, ce qui fait de Dieu notre Dieu, c'est qu'il se tourne vers nous, c'est qu'il fait alliance avec nous. C'est ce mouvement de Dieu vers nous que la Bible ne cesse de nous raconter, de la Création à la Pentecôte en passant par le Sinaï et le Golgotha, se fichant royalement de toute autre considération : c'est parce qu'il se tourne vers nous que nous reconnaissons Dieu comme notre Dieu.

Mais voici ce qui distingue l'oeuvre de Dieu en Jésus-Christ en tant qu'elle constitue le centre, la somme, la présupposition et le fondement de la création et de la réconciliation: en Jésus-Christ, Dieu est devenu lui-même créature, en devenant un avec elle, c'est-à-dire avec l'homme. Ainsi, il n'est pas seulement entré en communion avec la créature, tout en la laissant suivre sa propre voie, comme le montre la création; ou, comme on le voit dans le cadre de la réconciliation et de la rédemption, il ne s'est pas borné à la secourir et à lui accorder la vie éternelle dans son royaume. Non, ce qui distingue cet événement de tous les autres événements dans lesquels Dieu, en vertu de son libre amour, entre en communion avec la créature, c'est le fait qu'en Jésus-Christ il s'identifie avec elle. La présence de l'homme Jésus est identique à la présence de Dieu lui-même: non pas seulement comme Créateur et Seigneur, non pas seulement dans la grâce réconciliatrice, non pas seulement comme le roi, l'appui et le maître de la créature, et donc non pas seulement dans le témoignage de l'homme - bien qu'il ne cesse pas d'être tout cela ! - mais en ce sens qu'il s'atteste directement lui-même dans et par l'existence de cet homme particulier.
K. Barth. La dogmatique. 31.2

Je n'ai pas dit : le surhomme existe et il est américain, j'ai dit Dieu existe et il est américain. A. Moore.
Faux. Dieu, c'est cet homme de Galilée qui n'a rien d'un surhomme.

A. MOORE et D. GIBBONS : Watchmen. Zenda Edition. 1987

L'enseignement du Notre Père (3) Quand ton Règne nous délivre

23 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Dimanche 22 mars 09
Psaume 97
Matthieu VI, 10 et 13
Marc IX, 14-29

Nous continuons notre plongée dans le Notre Père lu comme un chiasme ou comme un chandelier à 7 branches. Et nous voici donc à la paire : que ton règne vienne, ne nous conduit pas à la tentation mais délivre nous du mal" Une paire de branches que va éclairer le récit de Marc puisqu'il nous parle du mal, de libération et de prière.

C'est d'après la version de Matthieu que nous  formulons le Notre Père tel que nous le connaissons aujourd'hui. Pourtant, nous en avons changé deux aspects : nous avons remplacé la remise de dette par le pardon (nous verrons cela dimanche prochain) et nous avons remplacé le Malin par le Mal. Ah ah ! Vieille question : vaut-il mieux parler du diable ou du mal ? Faut-il personnifier le mal ? J'ai ma petite idée là-dessus, je la crois argumentée mais ce matin, je préfère que nous penchions sur la réponse que donne Marc dans le récit que nous venons d'entendre. Marc nous parle d'un enfant possédé par un démon. Mais ce possédé ne fait pas tourner sa tête à 360 degré, il ne parle pas des langues disparues, il ne vomit pas sa purée de pois aux visages des disciples de Jésus comme dans L'exorciste, les symptômes qu'il présente sont ceux que n'importe quel médecin actuel attribuerait à l'épilepsie. Attention, ne tirons pas de conclusions trop hâtives, il s'agit simplement de monter que, dans ce récit, pour désigner le mal, Marc utilise un vocabulaire aussi bien démoniaque que médical. L'enfant est-il épileptique ou possédé ? L'épilepsie est-elle une possession démoniaque ? La possession démoniaque est-elle un langage archaïque pour dire des maladies bien connues aujourd'hui ? En fait, ce débat concerne les médecins et les démonologues mais pas vraiment les témoins de l'évangile que nous sommes. Pour nous, ce qui est important, c'est que l'enfant soit guéri. De même, l'important n'est pas le mal ou le malin mais bien "délivre nous".

Délivre-nous du mal. Le mal, c'est quelque chose dont on doit être délivré. La lutte contre le mal est donc une lutte pour la liberté. Mais qu'est-ce que c'est que la liberté ? Bien sûr, être libre ne consiste pas à faire ce qu'on veut. Si c'était le cas, la liberté ne serait qu'une chimère. Aujourd'hui on voit plus souvent la liberté dans la possibilité de choisir. Cela me paraît une vision assez restrictive et somme toute problématique de la liberté. Problématique parce que si la liberté c'est le choix alors que penser des prisonniers volontaires ? Suis-je moins esclave parce que je choisi de l'être ? Restrictive parce qu'elle fait sortir du champs de la liberté des choses telles que la naissance ou l'amour. Du reste, le récit de Marc qui est un récit de libération, c'est incontestable, et il n'évoque aucun choix de la part de celui qui est libéré. Si vous regardez le geste par lequel Jésus libère l'enfant : il lui prend la main, il le fait lever. Jésus libère l'enfant en se saisissant de lui et en lui faisant faire quelque chose. On retrouve la même idée dans le Notre Père qui dit dans le même élan : "Ne nous laisse pas tomber dans la tentation mais délivre nous du mal" et "que ton règne vienne". Si la liberté consistait à choisir, alors la tentation serait l'expression suprême de notre liberté. Mais voilà que nous demandons à Dieu de nous en délivrer. Plus encore, quand nous suivons sa forme de chiasme, le Notre Père nous enseigne que c'est en régnant sur nous que Dieu nous délivre !
Et nous voilà avec une nouvelle vision de l'esclavage : être esclave, c'est bien pire que ne pas faire ce qu'on veut ou ne pas avoir le choix, être esclave c'est faire ce pour quoi nous ne sommes pas faits. L'enfant est captif parce qu'il n'est pas fait pour être jeté à terre, dans le feu ou dans l'eau. Et pensons à toutes ces fois où nous ressentons bien cette oppression, où nous sentons bien que ce n'est pour cela que nous sommes faits. Parfois l'oppression est extérieure : je ne suis pas fait pour souffrir sur ce lit d'hôpital. Parfois, elle est intérieure : je ne suis pas fait pour ruminer ainsi de la colère voire de la haine contre mon voisin. Parfois même, ce sentiment nous vient d'une situation que nous avons voulue, ou choisie. Bien sûr, nous ne nous expliquons pas toujours cette souffrance, nous ne l'identifions pas toujours et dès lors, il nous devient très difficile de la combattre.
Et pourtant elle est bien là, elle est toujours là, pour chacun de nous. Parce que si elle prend différente forme, elle est l’expression de notre principal esclavage, de notre principale incapacité à être ce pour quoi nous sommes fait. Nous sommes fait pour être les créatures de Dieu, pour dépendre totalement de lui et nous le refusons, nous aspirons à l’autonomie, nous voulons être Dieu nous-même ou être sans dieu (ce qui revient au même).

Puisque notre esclavage consiste précisément à refuser d’avoir besoin de Dieu, comment pourrions-nous nous en libérer par nous-même ? Et bien encore, la guérison de l’épileptique de l’enfant peut nous éclairer.
Jésus nous enseigne : "cette espèce de démon ne peut sortir que par la prière". Il est des maux que nous pouvons combattre par différents moyens, avec l'aide de Dieu, mais face à celui-là, face à ce mal qui nous pousse là ou ne nous devrions pas être, qui nous fait faire ce pour quoi nous ne sommes pas fait, il n'y a  que la prière.
Or, le texte nous montre Jésus délivrant l’enfant sans prier. Alors où est la prière dans le récit ? Elle est, je crois, dans la bouche du père : « je crois, viens au secours de mon incrédulité ». Comme toute confession de foi c’est une prière. Mais il faut bien reconnaître que c’est une confession de foi paradoxale. C’est en reconnaissant son manque de foi, que le père affirme tout le sérieux de sa confiance en Jésus. Il n’essaye pas de tricher, de se montrer plus confiant qu’il ne l’est vraiment et c’est cette honnêteté qui manifeste bien sa confiance.
Eh bien, je crois que notre « Que ton règne vienne, délivre nous du mal » est une prière du même genre. Quand nous disons sérieusement, sans tricher, « délivre-nous du mal et de la tentation», nous reconnaissons notre incapacité à accepter le règne de Dieu sur nous.
Et quand nous disons « Que ton règne vienne », en fait nous affirmons que ce règne est déjà là. En effet, si le règne de Dieu n’était pas déjà en action en nous, nous ne pourrions pas demander qu’il vienne. Sans le règne de Dieu sur nous, nous ne pouvons pas vouloir que Dieu règne sur nous. Exactement comme le père de l’enfant ne pourrait pas reconnaître qu’il a besoin de Jésus dans son manque de foi, s’il n’avait déjà la foi (et bien sûr, si cette foi qu’il manifeste déjà ne lui venait pas de Dieu, il ne demanderait pas son aide pour croire davantage).
Ainsi, en étant notre prière « Que ton règne vienne, délivre nous du mal » est déjà la réalisation de cette prière. En me tournant vers Dieu pour qu’il règne, je montre que déjà, je reconnais son règne. En me tournant vers Dieu pour qu’il me délivre du mal, je manifeste que déjà, il m’a libéré de mon incapacité à le reconnaître comme seule source de liberté. Dans cette demande du Notre Père comme dans la confession de foi du père « Je crois, viens au secours de mon manque de foi » je suis déjà pris dans le mouvement de vie.

Frères et sœurs, en nous tournant vers notre Dieu pour que, par son règne il nous délivre, affirmons face au mal qui semble dominer notre monde et nous-mêmes, face à tous nos esclavages et à toutes nos impuissances, la victoire déjà présente de Notre Père dans le ciel qui nous rejoint dès aujourd’hui.

Amen

Petites réflexions sur trois points d'actualité catholique

19 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Faute de temps, de courage pour écrire aussi, et puis parce que je n'aime pas réagir trop à chaud, je n’ai pas du tout commenté l’actualité ultra-médiatisée de l’Eglise Catholique Romaine. Heureusement, les derniers propos de Benoît XVI en Afrique ont poussé un bon nombre de blogueurs à faire une reprise en un seul paquet des trois dernières affaires, du coup je peux en faire autant sans que ça se voit trop.

On commence par le dernier. « Je dirais qu'on ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec l'argent, même s'il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. » Bon, alors d’une part Benoît XVI, comme Jean Paul II avant lui, a entièrement raison  : l’abstinence et la fidélité sont de bien meilleures préventions contre le SIDA que le préservatif. C’est un argument fondé et il est regrettable qu’on refuse de le prendre au sérieux et de s’interroger sous prétexte que c’est un argument catholique (je devrai écrire chrétien, d’ailleurs) En revanche, affirmer que la distribution de préservatif aggrave le problème, c’est dire que lorsqu’on distribue des préservatifs, on dit aux gens : « Allez-y vous pouvez baiser dans tous les coins, vous êtes protégés, ayez donc une vie sexuelle irresponsable. » Pour reprendre l’image utilisée par un des commentateur d’Eolas (je crois), c’est comme si on disait aux gens « Quand on vous dit de mettre votre ceinture de sécurité c’est pour vous inciter à conduire comme des malades ». Il est possible, et même vraisemblable que certains le prennent ainsi, que certains pensent que le préservatif est une couverture qui autorise tout. Mais il est tout à fait possible et vraisemblable que d’autres se disent « Puisque le vagabondage sexuel est un péché et que mettre un préservatif est un péché, autant ne pas ajouter le péché au péché et le préservatif au vagabondage ». Bien sûr que ce n’est pas ce qu’enseigne l’Eglise catholique, mais le vagabondage n’est pas non plus ce qu’enseignent les promoteurs du préservatif. Bref, que l’on soit catholique ou non, on peut regretter que face à une tragédie comme celle du SIDA, un homme de l’intelligence de Benoît XVI, ne trouve rien de mieux que de rester dans un bras de fer stérile entre deux moyens de lutte. Et si le préservatif et la fidélité ne s’excluaient pas l’un l’autre ? Et si, puisqu’elle refuse (et c’est son droit) le préservatif, l’Eglise Catholique essayait de faire la promotion de la fidélité sans attaquer le préservatif ? (Oui bien sûr, les défenseurs de la capote pourraient de leur côté ne pas attaquer la vision chrétienne de la fidélité, mais bon, je ne crois pas déraisonnable de demander à une Eglise Chrétienne d’être la première à chercher l’attitude fraternelle au-delà du désaccord…)

Pour l’affaire de la fillette brésilienne, j’avoue nager un peu. J’ai eu vent de cette affaire par un ami diacre m’envoyant la demande de levée de l’excommunication par Mgr Yves Patenôtre. A l’époque, les choses me paraissaient assez simples : l'archevêque José Cardoso Sobrinho avait prononcé une excommunication sévère « pour l’exemple» (histoire de rappeler que l’IVG aux yeux de l’Eglise Catholique Romaine c’est mal dans tous les cas de figures, le problème de la lutte contre le relativisme c’est que la casuistique, pour laquelle l’Eglise Catholique m’a toujours paru assez forte, y laisse des plumes aussi), excommunication qu’avait soutenue le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican. Heureusement, la voix d’autres autorités tout aussi catholiques se faisait entendre pour appeler à plus de compassion. Je me préparais à faire quelque recherche sur l’excommunication, parce que j’étais surpris qu’un péché puisse entraîner aussi rapidement l’excommunication (je pensais simplement que dans la théologie catholique, ce péché devait être absout au cours du sacrement de réconciliation). Finalement, les voix militant pour la compassion avaient été entendues et l’excommunication était levée. Mais en fait, c’est en lisant la tribune Mgr Fischella, par ailleurs pleine de compassion pour la petite Carmen, les choses ne me semblent pas si simple. Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes - document d’une grande ouverture et prise en compte du monde contemporain - emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct. Même la collaboration formelle à cet acte constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est réalisée, place automatiquement hors de la communauté chrétienne. En termes techniques, le Code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication se réalise dans l'instant même où le fait se produit. Retenons qu'il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique. Bref, ce n’est pas l’excommunication qu’a dénoncé Mgr Fischella, c’est le fait de l’avoir rendue publique… Du coup, je ne suis pas si sûr que l’annulation de l’excommunication, ne soit pas un raccourci journalistique de plus et que la mère de Carmen et les médecins qui ont pratiqué l’IVG ne soient plus en dehors de la communauté (ainsi d’ailleurs que Carmen, au regard de Gaudium et Spes). Au début j’ai vu cette affaire comme un drame de la médiatisation : des lobbies pro et anti-IVG s’emparant de la souffrance d’une enfant comme d’un champs de bataille. Mais je crois qu’en plus, une fois de plus, l’Eglise Catholique Romaine est empêtrée dans une loi qui l’empêche de parler d’amour de façon crédible.

L’affaire Williamson ne m’avait pas vraiment passionné. Je ne crois pas une seconde que l’Eglise Catholique soit dans une phase négationniste ou anti-sémite et je voyais surtout dans cet incendie médiatique un arbre cachant la forêt : le cœur de la question est le mouvement de réintégration des Lefebvristes. Cette réintégration transformera sans doute en profondeur le paysage œcuménique mais je n’ai pas assez de donnée pour en faire une analyse pertinente (et puis c’est pas mon boulot). En revanche, j‘ai lu avec beaucoup d’intérêt la lettre ouverte à ceux qui veulent bien réfléchir de Mgr Hyppolite Simon qui remet bien les pendules à l’heure. Pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser deux questions. Moi je veux bien voir Vatican II à la lumière de la parabole du fils prodigue (en y mettant beaucoup de bonne volonté), mais si les intégristes sont le fils aîné, qui est le fils prodigue ? (j'ai bien peur que le Père de la parabole soit le pape ou l'Eglise Catholique Romaine)
Plus sérieusement, je suis très gêné par une lettre qui évoque en même temps l’habileté politique de Benoît XVI pour obliger les intégristes à reconnaître l’autorité de Vatican II et l’amour nécessaire à avoir entre frères chrétiens. Forcément, ça laisse un peu de soupçons sur toute délcaration d'accord que l'on pourrait signer avec l'Eglise Catholique Romaine : l'amour : une stratégie pour absorber l'autre ? Bof.

Les mercredis de Calvin (11) La Loi comme maton

18 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Les trois usages de la loi font partie des éléments connus de la théologie de Calvin. Voici ce qu'il en écrit dans l'Institution.

Le second office de la Loi est que ceux qui ne se souviennent de bien faire que par contrainte, en oyant les terribles menaces qui y sont contenues, pour le moins par crainte de punition soient retirés de leur méchanceté. Or, ils en sont retirés, non pas que leur cœur soit intérieurement ému ou touché, mais seulement ils sont étreints comme d’une bride, pour ne point exécuter leurs mauvaises cupidités, qu’autrement ils accompliraient en licence débordée. Par cela, ils ne sont en rien plus justes ni meilleurs devant Dieu. Car bien qu’ils soient retenus par crainte ou par honte, tellement qu’ils n’osent pas exécuter ce qu’ils ont conçus en leur cœur, et ne jettent au dehors la rage de leur intempérance, néanmoins ils n’ont point le cœur rangé à la crainte et obéissance de Dieu : mais plutôt, d’autant plus qu’ils se retiennent, ils sont d’autant plus enflammés et échauffés en leur concupiscence, étant prêts à commettre toute vilenie et turpitude, sinon que l’horreur de la Loi els restreigne. Et non seulement le cœur demeure toujours mauvais mais aussi ils haïssent mortellement la Loi de Dieu ; et d’autant que Dieu en est l’auteur, ils l’ont en exécration, tellement que, s’il leur était possible, ils l’aboliraient volontiers, vu qu’ils ne le peuvent endurer commandant ce qui est bon et saint et droit, et se vengeant des contempteurs de sa majesté.
Cette affection se montre plus ouvertement en certains, aux autres, elle est plus cachée, néanmoins elle est en tous ceux qui ne sont point régénérés : c’est qu’ils sont induits à se soumettre tant bien que mal à la Loi, non pas d’un franc vouloir, mais par contrainte et avec grande résistance, et n’y a autre chose qui les y astreigne, sinon qu’ils craignent la rigueur de Dieu.
Néanmoins cette justice contrainte et forcée est nécessaire à la communauté des hommes, à la tranquillité de laquelle notre Seigneur pourvoit, quand il empêche que toute choses ne soient renversées en confusion, ce qui serait, si tout était permis à chacun.
L’institution Chrétienne Livre II §7 10


Le second usage de la Loi tel que le présente Calvin est sans doute celui qui me convainc le moins. En effet, je ne suis pas certain qu’une société humaine ait besoin de la Loi donnée par Dieu pour vivre ensemble de manière acceptable et je suis encore moins certains qu’on puisse, en dehors du Règne de Dieu, fonder une société humaine sur la Loi de Dieu.
Néanmoins, cette petite explication de Calvin permet de revoir à quel point pour le réformateur genevois (en pleine fidélité à l’enseignement de Jésus Christ, cf. Le sermon sur la montagne : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; (Matthieu V, 20-21) une obéissance de forme n’est pas une véritable obéissance, au regard de Dieu, (même si elle est préférable sur un strict plan sociétal) et donc à quel point le péché ne se situe pas dans le faire mais bien plus profondément dans l’être.

L'enseignement du Notre Père (2) Ton nom : Règne, Puissance et Gloire

15 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 15 mars 2009
Dimanche caté
Exode III 1 à 14
Matthieu VI, 9 à 13

Aujourd’hui nous ne lirons pas l’évangile selon Marc, comme d’habitude au cours de ces cultes inter générations, mais nous allons rejoindre le cycle de prédications de carême sur la prière principale des chrétiens : Le Notre Père. Il y a quinze jours, nous avons vu que le Notre Père peut se lire comme le X d’une carte au trésor. Vous savez à quoi sert le X sur une carte au trésor ? Oui, il sert à marquer l’endroit du trésor. Eh bien le Notre père s’est pareil, il est composé comme le X d’une carte au trésor.  Pour les grands, le X d’une carte au trésor, c’est exactement ce qu’est un chiasme, le mot vient de la lettre xi, qui s’écrit comme un X.
Un chiasme donc c’est une forme littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’. Image du chandelier à 7 branches. Un exemple : Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger, ou, dans la Bible cette fois, Celui qui veut sauver sa vie la perdra mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera. Le chiasme peut prendre la forme d’une répétition de mots, il peut aussi prendre la forme d’une répétition d’idées, c’est le cas du Notre Père.
Ainsi, à la première demande du NP : Que ton nom soit sanctifié, nous pouvons faire correspondre la dernière car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire.

Que ton nom soit sanctifié. Sanctifier c'est-à-dire « mis à part », ou plutôt ici, « mis au dessus ». Mais qu’est ce que ça veut dire que mettre le nom de Dieu à part ?
A quoi ça sert un nom ? Eh bien un nom, ça sert à savoir de qui on parle. C’est toujours très compliqué de faire comprendre à quelqu’un de qui on parle quand on ne connaît pas son nom. Ca sert aussi, du reste, à appeler la personne, à montrer qu’on la connaît.
Et le nom de Dieu sert à tout cela mais il est à part, différents des autres noms, au-dessus des autres noms pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, nous, notre nom nous a été donné par nos parents. Nous ne nous sommes pas nommés nous même. Alors que c’est Dieu qui se nomme lui-même. Personne d’autre que lui ne lui a donné son nom.
Ensuite, et c’est lié au premier point. Notre nom ne dit pas ce que nous sommes. Si je ne m’appelais pas Eric, peut-être deux ou trois choses auraient-elles changées parce que parfois un nom peut avoir un impact mais dans l’ensemble, il y a fort à parier que je serais le même. En revanche, Dieu quand il se nomme à Moïse, quand il lui dit son nom, lui dit un nom qui a un sens, qui dit qui il est. Quelle est la réponse de Dieu à Moïse quand celui-ci lui demande son nom ?
« Je suis » « YHVH »
Dieu est celui qui est, il est bien plus que nous sommes. C’est cela que signifie son nom. Et mettre à part ce nom c’est reconnaître que c’est à lui « qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire »

Qui est ce qui règne ? Les rois. Oui, celui qui règne, c’est celui qui dirige, qui décide. Eh bien sanctifier le nom de Dieu, c’est reconnaître que c’est celui qui dirige. Qui dirige quoi ? Tout. Nous. Le monde. Toutes ces réponses sont justes.
Mais qu’est ce qu’il faut pour qu’un roi règne ? Il faut que ses sujets lui obéissent. C’st à dire qu’il faut qu’ils reconnaissent son autorité ou bien qu’il ait une police assez forte pour les obliger à obéir. Eh bien, pour Dieu ce n’est pas la même chose. Parce que nous affirmons que non seulement le règne est à lui, mais également la puissance. C'est-à-dire que Dieu peut faire sa volonté, qu’il n’a pas besoin de nous, de notre permission, de notre bon vouloir pour régner. S’il en avait besoin, alors, à mon avis, il ne règnerait pas.
Vous voyez qu’il faut bien comprendre ces deux termes ensembles. Il n’est pas suffisant de dire que Dieu règne parce qu’on pourrait croire qu’il ne règne que parce que nous le voulons bien. Mais il n’est pas suffisant non plus de dire que Dieu a la puissance, parce qu’on pourrait croire qu’il l’a mais qu’il ne s’en sert pas, qu’il ne s’occupe pas de nous. Or nous affirmons qu’il a la puissance et qu’il s’en sert : qu’il règne.
Et parce que lui appartiennent le règne et la puissance, lui appartient aussi la gloire. La gloire. Ca c’est un mot compliqué parc qu’aujourd’hui gloire, ça veut surtout dire célébrité. Alors que dans la Bible c’est bien plus que ça. Pour parler de cette « gloire », les hébreux utilisent un mot que je trouve bien plus éloquent : ils parlent du poids. A toi la gloire, c'est-à-dire à toi le poids, à toi l’importance. A toi de vraiment peser, d’être vraiment concret. Tout le reste, pèse moins lourd, tout le reste passeras alors que toi, Dieu, tu resteras.

Mais ni le règne de Dieu, ni sa puissance, ni sa gloire ne sont évidents. Tous nous avons du mal à le comprendre, à le voir, à en avoir conscience. Et c’est bien pour ça que notre prière reste une demande : Que ton nom soit sanctifié.
C'est-à-dire que nous demandons à Dieu de faire savoir qu’il est celui qui est, que c’est à lui que sont le règne, la puissance et la gloire. En effet, lorsque le Nouveau testament utilise un passif, c’est très souvent pour dire une action de Dieu. « Que ton nom soit sanctifié, mis à part », ce n’est pas une formule d’envoi c’est une prière, une demande. Nous demandons à Dieu de nous faire reconnaître qui il est pour nous, comme nous lui demandons de le faire connaître aux autres.
Mais demander à Dieu de nous faire connaître que c’est lui qui règne sur nous, que lui seul à de l’importance, c’est déjà avoir compris quelque chose de Dieu. En effet, est-ce que j’ai envie qu’un roi vienne régner sur moi ? Est-ce que j’ai envie que le seul à avoir de l’importance sur ma vie, ce ne soit pas moi ? A priori, non. Le Dieu à qui sont le règne, la puissance et la gloire me fait un peu peur. Il m’écrase de sa majesté. Alors puis-je vraiment prier le Notre Père ?
Oui. Justement parce que c’est le Notre père et qu’avant même de demander à Dieu de régner sur moi et sur le monde, je me rappelle qu’avant tout, il est Notre père qui nous aime et nous fait vivre.

Aussi, frères et sœurs, puisqu’il est Notre Père, n’ayons pas peur de demander que son nom soit sanctifier, demandons-lui sans relâche de nous faire connaître, à nous et à tous, son règne, sa puissance et sa gloire.

Amen

Pensées en vrac au cours d'un cercle de silence

14 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Dis papa pourquoi ils sont en rond tous ceux là ? Il est indulgent avec notre triangloïde mal fichu ce petit garçon. Et je n’ai pas pu entendre ce que lui répondait son papa. Le silence c’est toujours un peu contagieux et les gens baissent intuitivement le ton quand ils passent à côté de nous. Nous étions un peu moins nombreux que les fois précédentes pour cette troisième édition du cercle de silence. Le froid était moins de la partie, peut-être certains se sont-ils dit que nous n’avions pas besoin d’eux. D’autres au contraire nous ont rejoint, plus de passants ce sont arrêtés un moment manifestant leur solidarité. Quelques pensées de ce cercle de silence C’est amusant, de ma place les drapeaux les plus proches sont Normand, Français Européen, j’imagine, masqué par le théâtre, un drapeau mondial qui achèverait l’élargissement progressif de nos frontières. Je suis dans un lieu familier, devant la médiathèque d’Evreux, entouré de visages connus et je suis là pour des visages inconnus, au-delà de mes frontières, je suis là parce que je pense que « là » c’est bien plus étendu que ce terre-plein, que cette ville d’Evreux, que ces visages amicaux… Je me suis moins couvert que les autres fois, j’ai un peu froid aux pieds et suis content de me dégourdir les jambes en distribuant quelques tracts. Je pense à ces frères et sœurs enfermés. Comme il est léger mon inconfort. Plus léger encore par ces visages que je reconnais dans notre cercle. A ma droite Denis prêtre de la pastorale des missions, à ma gauche Jacotte, responsable de la communication du diocèse, en face de moi Christian Nourrichard, évêque d’Evreux., des membres de la communauté réformée, notre présidente Françoise qui distribue des tracts et tous ces visages amis me font mesurer pourquoi Jésus envoie ses disciples, nous envoie deux à deux et non pas seuls. Je mesure aussi, comme toujours dans ces moments là, à quel point notre œcuménisme est là, dans un engagement commun, tourné vers l’autre bien plus profondément que dans ces dérisoires recherches d’accord théologique. Une heure à se taire, une heure à être ensemble, une heure à être au-delà de notre cercle… Une heure à vivre ensemble, tant que cela sera nécessaire. Rendez vous-même lieu, sans doute même heure le 18 avril.

Les mercredis de Calvin (10) La Loi comme révélateur

11 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Les trois usages de la loi font partie des éléments connus de la théologie de Calvin. Voici ce qu'il en écrit dans l'Institutio
n.

Les trois usages de la Loi La Loi nous révèle à nous même pour que nous recourions à la grâce Mais afin que tout s’entende plus clairement, recueillons en un sommaire l’office et l’usage de la Loi qu’on appelle morale, duquel, selon que je puis juger, il y a trois partie. La première est qu’en démontrant la justice de Dieu, c'est-à-dire celle qui lui est agréable, elle admoneste chacun de son injustice, et l’en rende certain, jusqu’à l’en convaincre et condamner. Car il est besoin que l’homme, lequel est autrement aveuglé et enivré en l’amour de soi-même, soit contraint à connaître et confesser tant son imbécillité que son impureté : vu que si sa vanité n’est redarguée à l’œil, il est enflé d’une folle outrecuidance de ses forces, et ne peut être induit à reconnaître leur faiblesse et petitesse, quand il les mesure à sa fantaisie. Mais quand il les éprouve à exécuter la Loi de Dieu, par la difficulté qu’il y trouve, il a l’occasion d’abattre son orgueil. Car quelque grande opinion qu’il en ait conçu auparavant, il sent alors combien elles sont grevées d’un si pesant fardeau, jusqu’à chanceler, vaciller, déchoir et finalement tout à fait défaillir. Ainsi l’homme, étant instruit de la doctrine de la Loi est retiré de son outrecuidance, dont il est plein par sa nature.
Il a aussi besoin d’être purgé de l’autre vice d’arrogance, dont nous avons parlé. Car cependant qu’il s’arrête à son jugement, il forge, au lieu de vraie justice, une hypocrisie, en laquelle se complaisant il s’enorgueillit contre la grâce de Dieu, sous ombre de je ne sais quelles observations inventée de sa tête ; mais quand il est contraint d’examiner sa vie selon la balance de la loi de Dieu, laissant sa fantaisie qu’il avait conçue de cette fausse justice, il voit qu’il est éloigné à merveille de la vraie sainteté et, au contraire, qu’il est plein de vices, desquels il se pensait être pur auparavant. Car les concupiscences sont si cachées et entortillées, que facilement elles se trompent la vue de l’homme Ce n’est point sans cause que l’apôtre dit qu’il n’a pas su ce qu’était la concupiscence sinon que la Loi lui dit : Tu ne convoiteras point (Romains VII, 7). Car si elle n’est découverte par la Loi, et tirée hors de ses cachettes, elle meurtrit le malheureux homme, sans qu’il en sente rien.
(…)
Or, que notre iniquité et condamnation soit convaincue et signée par le témoignage de la Loi, cela ne se fait point afin que nous tombions en désespoir, et qu’ayant perdu tout courage, nous nous abandonnions en ruine : car cela n’adviendra pas si nous en faisons bien notre profit. Bien est vrai que les méchants se déconfortent en cette façon : mais cela advient de l’obstination de leur cœur. Mais il faut que les enfants de Dieu viennent à autre fin, c’est d’entendre ce que dit S. Paul, qui confesse bien que nous sommes tous condamnés par la Loi, afin que toute bouche soit fermée, et que le monde entier soit rendu redevable à Dieu (Romains III, 19). Mais cependant, en un autre lieu il enseigne que Dieu à tout enclos sous l’incrédulité, non pas pour perdre, ou même pour laisser périr, mais afin de faire miséricorde à tous (Romains XI, 22) : à savoir que, se démettant de toute vaine estime de leur vertu, ils reconnaissent qu’ils ne sont soutenus que de sa main. Davantage, qu’étant entièrement vides et dénués, ils recourent à sa miséricorde, se reposant entièrement en elle, se cachant sous son ombre, la prenant pour seule justice et mérite, telle qu’elle est proposée en Jésus Christ à tous ceux qui la cherchent, désirent et attendent par vraie foi. Car aux préceptes de la loi, le Seigneur n’apparaît point rémunérateur sinon de parfaite justice, de laquelle nous sommes tous dépourvus ; au contraire, il se montre sévère exécuteur des peines dues à nos fautes. Mais en Christ, sa face nous reluit pleine de grâce et de douceur, bien que nous soyons pauvres et indignes pécheurs.
Institution chrétienne Livre II §7.6 et 8

Autorité reconnue de l'Ancien Testament, grande fidélité à Paul, refus catégorique d'essayer de s'en sortir à bon compte avec la convoitise en ne la voyant que comme une pensée active et volontaire et surtout, surtout un pessimisme quant à l'homme qui ne sert pas à mettre celui-ci plus bass que terre mais seulement à affirmer la grâce de Dieu en Jésus Christ.

Gran Torino

5 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Avertissement préalable : c'est au dénouement du film que je vais m'intéresser. Alors si vous ne l'avez pas vu, je ne saurais trop vous conseiller d'attendre un peu pour lire cette note.

Walt grogne. Pas qu'il soit méchant mais c'est sa manière d'exprimer une amertume trop lourde pour lui. Walt chérit sa voiture. Pas qu'il soit fétichiste mais c'est tout ce qui lui reste  d'une époque qui était la sienne et qui a disparu. Walt profère des insultes racistes. Pas qu'il soit beaucoup plus raciste que les partisans du politiquement correct, mais c'est sa culture, son langage. Comme il est dans la culture des hmong de ne pas regarder en face leur interlocuteur ou de rire quand on leur crie dessus. C'est d'ailleurs, sans doute, l'histoire principale du film, la rencontre entre deux traditions déracinées, apparemment opposées, et pourtant pas si différentes que ça. Rencontre rendue possible grace à l'intelligence et à l'humour d'une jeune fille qui appartient aux deux cultures.

Et pour tout dire, j'ai vraiment eu peur que cette histoire classique mais joliment racontée ne se termine par un retour de l'inspecteur Harry, Walt se transformant en ange exterminateur, descendant les voyous pour défendre et venger ses amis, justifiant la légitime violence. Mais non, Eastwood ne me refait pas le coup de Million dollars baby, cette fois, il me déçoit en bien (oui, l'année Calvin, je parle suisse) et ce n'est pas en ange vengeur qu'il paraît mais en victime sacrificielle.
Ah, Clint Eastwood en figure christique voila une aubaine pour une relecture théologique ! (elles se font un peu rares ces temps-ci).
Sauf que si Walt, porte-flingue raciste devient un très bel apôtre de la non-violence (ce qui est déjà très bien), il n'est pas une figure christique. Il a beau tomber les bras en croix, victime de la violence humaine, il se distingue du supplicié de Golgotha sur un point essentiel : sa mort sert à perdre ses assassins et non pas à les sauver. C'est là toute la limite de la non-violence humaine : aussi noble et admirable soit-elle, elle reste un moyen politique, elle vise un but et elle ne peut servir qu'à confondre les violents et non à les sauver. Alors qu'en mourant sur la croix, non seulement Jésus dénonce la violence des hommes mais il en subit, à leur place, les conséquences. Une non violence qui n’est pas une stratégie, qui est mue par un pur amour et qui, pour cela, atteint son but.
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