Miettes de théologie

Déracinements

30 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 30 août 2009
Exode II, 11 à 22
Luc IX, 57 à 58
Hébreux XIII, 8 à 16

Le 8 août dernier, Clotilde Reiss s’est adressée au tribunal révolutionnaire iranien en persan.
Le 26 juin 1963, le président Kennedy déclarait lors de sa visite à Berlin ouest « Ich bin ein berliner »
Je vois un point commun dans ces deux évènements, la volonté de dire aux étrangers face auxquels on se trouve, « je suis des vôtres », que ce soit pour les amadouer dans le cas de Clotilde Reiss ou pour les soutenir dans le cas du président Kennedy.
Au-delà de ces deux exemples très extrêmes, je pense qu’on retrouve cette volonté de s’intégrer, ou au moins de marquer qu’il n’est pas si différent, chez quiconque se retrouve isolé en terre étrangère, ou simplement face à un public étranger. Sans doute parce que nous sommes grégaires et que si nous ne pouvons pas nous retrouver « entre nous » avec des gens qui sont vraiment « les nôtres », nous avons besoin de créer de nouveaux liens, de nouvelles connivences. Déracinés, nous avons toujours besoin de nous « enraciner ».
Et voilà que Moïse, au pays de Madian, appelle son fils Guerchom, l’ « Emigré ». Un nom qui résonne comme un refus ou plutôt comme un renoncement à cet enracinement.
Il faut dire aussi que le déracinement est bien ce qui caractérise Moïse. Le prince d’Egypte ou les Dix commandements, deux films dont il est le héros ont bien compris cette dimension et insistent beaucoup sur la double appartenance culturelle de Moïse, déchiré entre l’Egypte et le peuple hébreux.
La Bible comme toujours est plus sobre mais le passage que nous venons d’entendre et qui montre Moïse, rejeté par son peuple naturel, fuyant son peuple adoptif vers une terre étrangère, pose bien cet aspect de Moïse.
Ce n’est d’ailleurs pas anodin que Moïse, la figure emblématique du peuple d’Israël, le personnage le plus étroitement lié à l’idée de Terre promise soit d’abord aussi le personnage le plus irrémédiablement coupé de ses racines : non seulement il est nomade mais en plus il est coupé du peuple de ses parents, de sa tribu.

On pourrait voir dans ce déracinement, la cause même de cette soif d’appartenance, d’identité que l’on rencontre dans le peuple d’Israël. Le peuple hébreu, peuple nomade se retrouve dans cette figure déracinée de Moïse et, tout au long de son histoire, s’attache à ce qui fonde son identité, la promesse d’une terre, le don d’une Loi.
Cette soif d’identité n’est pas propre au peuple hébreu : dans une chanson intitulée Deuxième génération, et faisant références aux beurs, à ces enfants d’immigrés, Renaud chante
Des fois j' me dis qu'à trois milles borne
De ma cité y a un pays
Que j' connaîtrai sûrement jamais
Que p' t-être c'est mieux qu' p't-être c'est tant pis
Qu' là-bas aussi j' serai étranger
Qu' là-bas non plus je serai personne
Alors pour m' sentir appartenir
A un peuple à une patrie
J' porte autour d' mon cou, sur mon cuir
le keffieh noir et blanc et gris
J' me suis inventé des frangins
Des amis qui crèvent aussi


Et nos Eglises, nos communautés elles-mêmes essayent bien souvent de répondre à cette soif d’identité, de racine, d’appartenance, elles-mêmes nous donnent des amis, des frangins et frangines qui prient aussi ou qui cherchent aussi.
Et voilà que Dieu rappelle à son peuple installé « ton père était un araméen nomade » et que le psalmiste se souvient : « je suis un étranger sur la terre ». Et voilà que la loi même, par son plus grand commandement, rappelle à l’homme combien il est loin de lui obéir « tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ». Qui peut prétendre être en règle avec ce commandement ?
Et voilà que Jésus lui-même nous prévient « le Fils de l’homme n’a pas ou reposer sa tête ».
Quelque soient nos efforts pour nous sentir appartenir à un peuple, à une patrie, parce que nous croyons, nous serons toujours des déracinés.
« Oh là, le pasteur, il exagère. Moi j’habite ici depuis 50 ans, je suis parpaillot, descendant de parpaillot, je ne suis absolument pas déraciné. »
Vous croyez ? Mais qui ne s’est jamais senti mal à l’aise, tiraillé entre ce que nous savons être l’appel ou l’exigence de Jésus Christ et la réalité de ce monde ? Qui n’a jamais éprouvé le besoin de se justifié en se disant « mais dans ce monde c’est comme ça que ça marche ».
Eh bien, ce malaise, ce tiraillement sont bien la preuve que nous sommes déracinés. Si nous appartenions vraiment à ce monde dans lequel nous vivons, nous n’aurions aucun problème à suivre ses règles. Karl Barth a un très joli mot pour parler des saints, c'est-à-dire de ceux qui sont appelés, mis à part par Dieu, c'est-à-dire de nous : il dit « ce sont des pécheurs troublés ». Ils ne sont pas moins pécheurs que les autres, ni moins captifs de leur péchés, mais leur péché les dérange, les trouble. Et c’est bien la preuve que déjà, ils ne lui appartiennent plus.
Nous croyons souvent que les exigences de Jésus Christ nous gênent parce qu’elles sont inapplicables dans notre monde, avec notre nature. Mais c’est notre monde, notre nature même qui nous gêne parce qu’il n’est pas conforme aux exigences de Jésus Christ qui représentent notre véritable identité. Nous haïssons alors que nous savons que nous sommes faits pour aimer. Nous nous fermons alors que nous savons que nous sommes faits pour nous ouvrir. Nous nous méfions alors que nous savons que nous sommes faits pour croire. Et cette prise de conscience nous déchire. Mais cette déchirure est le signe que nous n’appartenons déjà plus à ce monde de haine, de fermeture, de refus et de défiance.
Nous sommes déracinés, mais c’est ce qui nous permet, enfin, d’avancer. Nous n’avons pas besoin d’essayer de nous évader de ce monde, nous en sommes déjà libre et c’est cette liberté qui nous fait si mal et qui pourtant est une grâce. Oui nous sommes Guerchom : Emigré. C'est-à-dire que le premier pas, le plus dur, déjà a été fait pour nous.

Alors frères et sœurs, ce déracinement, cette prise de conscience, cette repentance, ne les vivons pas comme une culpabilité mais bien comme le premier pas de notre liberté, cette liberté d’être vraiment ce que nous sommes : des enfants de Dieu, des créatures d’amour et de don.

Amen

Les mercredis de Calvin (34) Pourquoi prier un Dieu omniscient ?

26 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Toutefois quelqu’un pourrait demander si Dieu ne connaît point assez sans avertissement, et en quel endroit nous sommes pressés, et ce qui nous est expédient. D’où il semblerait que ce fût chose superflue de le solliciter par des prières, vu que nous avons accoutumé de solliciter ceux qui ne pensent point à notre affaire et qui sont endormis.
Mais ceux qui arguent en cette matière, ne voient point à quelle fin notre Seigneur a instruit les siens à prier : car il n’a pas ordonné cela à cause de soi, mais au regard de nous. Il veut bien que son droit lui soit rendu, comme aussi il est équitable, quand les hommes reconnaissent que tout ce qui leur est profitable et qu’ils peuvent désirer vient de lui, et qu’ils l’attestent par des prières : mais l’utilité de ce sacrifice par lequel Dieu est honoré, nous revient à nous-mêmes. C’est pourquoi les saints Pères, d’autant plus qu’ils se tenaient assurés des bienfaits de Dieu tant envers eux qu’envers les autres, ont été plus vivement incités à la prier. J’amènerai seulement l’exemple d’Elie qui étant certain du conseil de Dieu, promet hardiment la pluie au roi Achab, et toutefois ne laisse pas de prier soigneusement et en grande détresse, et d’envoyer par sept fois son serviteur pour contempler si la pluie venait (I Rois XVIII ; 41-43) : non pas qu’il doute de la promesse dont il avait été messager, mais parce qu’il sait que son devoir est de recourir en toute humilité à Dieu, afin que sa foi ne s’endorme point en paresse.
Institution Chrétienne Livre III §20. 3


Trop souvent on voit la prière comme un acte magique, un abracadabra qui obligerait la divinité à faire ce que nous voulons. Ou bien, légère variante, on la voit comme un devoir imposé par une divinité qui aime à se faire supplier, à nous voir lui consacrer du temps.
Calvin nous rappelle ici (même si je en partage pas tout à fait son interprétation de I rois XVIII) que la prière nous est donnée comme rappel et comme promesse. Dieu n'a pas besoin que je le prie, et il ne reçoit pas ma prière comme une offrande, simplement, en priant, je redécouvre que je peux m'abandonner à Dieu.

Ce que l'Esprit dit aux Eglises (7) L'ardeur et la lucidité

24 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 12 juillet 2009
Apocalypse III, 14 à 22
Matthieu V, 21 à 32 et VII, 1 à 5

Laodicée et Hiérapolis sont, nous dit Paul, deux Eglises sœurs. Dès lors, il est impossible de ne pas penser aux sources thermales de Hiérapolis, aujourd'hui Pamukkale en lisant cette lettre à la tiède communauté de Laodicée, impossible de ne pas voir une allusion aux richesses de cette ville qui était déjà, et à juste titre, un haut lieu touristique, impossible de ne pas entendre l'ironie de cette accusation de cécité conte ce lieu de soin dont les collyres et onguents étaient réputés.
Pourtant, que celui qui a des oreilles entende ce que l'esprit dit aux Eglises, il serait dommage de réserver ce message à la Laodicée du II° siècle et de ne pas entendre ce que ce texte nous dit sur l'engagement.

Parce que tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche ». Voilà la source d'une phrase incantatoire de tous les zélotes, des intégristes de tout poil : « Dieu vomit les tièdes ».
Certes, mais après avoir évité le danger d'une lecture trop réductrice, ne tombons pas dans l'excès de la généralisation. La lettre à l'Eglise de Laodicée s'adresse à une communauté chrétienne et, à travers elle, à toutes les communautés chrétiennes et à tous les chrétiens. C'est déjà pas mal mais cela ne suffit pas à l'appliquer à toutes les causes, à tous les militantismes. Les seuls tièdes que Dieu vomit ou, plus précisément, qu'il reprend et châtie, ce sont les chrétiens tièdes. La seule cause pour laquelle il nous demande d'être bouillant, radicaux, c'est le christianisme ou plutôt l'Evangile.
En effet, Christ s'adresse à Laodicée comme le témoin fidèle et véritable, l'amen c'est-à-dire la vérité sur laquelle se fonde toute chose. On ne peut donc pas biaiser avec cette vérité, ni la morceler, ni l'édulcorer. Il faut prendre le message évangélique en entier, radicalement, sans chercher à l'adapter ni à le rendre plus acceptable.
Quel est-il ce message : on peut le trouver très résumé dans la lettre à Laodicée tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille de m'acheter de l'or purifié par le feu, afin que tu deviennes riche, des vêtements blancs, afin que tu sois habillé et que la honte de ta nudité ne devienne pas manifeste, et un collyre pour t'en oindre les yeux, afin que tu voies.
Tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu. C'est sans doute ce diagnostic qui fait partie de ce que nous aimerions le plus édulcorer dans la Bonne Nouvelle, les histoires de résurrection, de Dieu fait homme et de miracles sont finalement bien moins gênantes que cette image très négative de l'humain. En effet, c'est bien cette image négative de l'humain que le christianisme a au fil des siècles cherchés à gommer, oubliant que bibliquement c'est l'homme d'avant la chute qui est à l'image de Dieu. Et aujourd'hui on voit réapparaître cette tendance à l'humanisme même dans le protestantisme. Rien de très surprenant à cela, ce qui fait que l'homme est pauvre, aveugle et nu, c'est précisément qu'il refuse de se voir tel qu'il est, qu'il veut toujours compter sur ses propres forces, sur sa propre justice. La première faiblesse de l'homme, aussi scrupuleusement religieux soit-il, c'est d'être un hypocrite, au sens biblique du terme, c'est-à-dire d'être dupe du masque qu'il porte. si je m'occupe tant de la paille dans l'oeil de mon voisin, c'est bien que je suis incapable de voir la poutre qui est dans le mien, incapable de reconnaître que le péché n'est pas seulement dans mon faire mais bien au plus profond de mon être. C'est pourtant ce que le sermon sur la montagne nous dit : quiconque se met en colère a déjà commis un meurtre, quiconque regarde une femme avec désir a déjà commis l'adultère, le péché est déjà dans notre cœur bien avant que nous commettions l'acte et donc nul ne peut se prévaloir de sa justice aux yeux de Dieu. Bien sûr qu'au regard de l'homme, la pensée est moins grave que le faire, mais il n'en va pas de même pour Dieu qui sonde les cœurs. Or c'est Dieu et non pas l'homme qui est véridique.

Pourtant, ce diagnostic « tu es pauvres aveugle et nu » n'est pas un nihilisme, il ne met pas fin à toute espérance
En Dieu, se trouve les remèdes dont nous avons besoin : le collyre qui nous guérit de notre cécité. Nous venons de nous attarder longuement dessus : c'est pour notre bien que l'Evangile vient nous ouvrir les yeux sur nous mêmes, c'est pour que nous cessions de nous croire revêtu de ces pauvres feuilles de figuier que sont nos capacité et qu'enfin, nous nous tournions vers Dieu qui, seul, nous recouvre d'un vrai vêtement. Quant à l'or éprouvé par le feu, c'est la seule véritable richesse que nous puissions avoir. En effet, la Bible ne cesse de nous avertir de ne pas placer notre richesse dans ce qui est périssable, dans ce qui peut disparaître à tut moment. Alors quelle est cette valeur sûre, cet or qui a déjà été éprouvé ? C'est l'amour de Dieu pour nous, et cet amour a été mis à l'épreuve : nous l'avons refusé, nous l'avons rejeté, nous l'avons trahis. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que Dieu ne nous aime plus, et pourtant, il nous a maintenu son amour. Dès lors, nous sommes assurés que cette valeur là ne s'effondrera pas.
Mais comment acheter ce collyre, ce vêtement et cet or ? Comment pourions nous acheter l'amour de Dieu ? En fait, je crois que le terme "acheter" nous indique qu'il y a un prix. Le prix, c'est le collyre qui nous le fait payer : vivre de l'amour de Dieu c'est abdiquer notre orgueil, c'est reconnaître que nous sommee pauvres, aveugles et nus et cela nous coûte en effet.

L'engagement chrétien est donc de placer toute notre espérance, toute notre confiance dans le salut qui nous est offert en Jésus Christ, de savoir que nous ne pouvons compter que sur cela. Dès lors,que reste-il de nos autres engagements ? Pas grand chose sinon une liberté immense pourvu que chacun de nos engagements soit assujeti à cette confiance absolue en l'amour de Dieu..
En effet, il est tout à fait légitime que les chrétiens s'impliquent dans des causes, qu'ils soient militants et nombreuses sont les causes dans lesquelles nous sommes appelés à nous impliquer au nom de notre foi.
Seulement nous devons nous garder de faire de ces causes des idoles, nous devons garder là peut-être une certaine tiédeur. Par tiédeur, je ne veux pas dire une désinvolture, ou un désengagement mais plutôt que quelle que soit la cause, nous devons nous rappeler que là n'est pas notre salut, que tout ne dépend pas de nous.
Et nous devons nous rappeler que nous sommes pauvres, aveugles et nus, que nous ne détenons pas la vérité ultime et que donc aucun de nos choix, aucun de nos engagements ne seront jamais impeccables, irréprochables. Il y a toujours du pour et du contre, les choses sont toujours complexes. Mais cela ne signifie pas que nous devions nous contenter d'être des abstentionnistes sarcastiques, un ricanement voltairien toujours au lèvre. Non. Nous devons nous engager sérieusement, c'est-à-dire avec lucidité. Confiants en l'amour de Dieu nous pouvons nous engager à fond, justement parce que, contrairement à la plupart des militants, nous pouvons nous accorder le luxe de la franchise sur notre cause et sur nous même "non, ma cause n'est pas sans soulever de question, non, je ne suis pas un pur de dur, serviteur irréprochable mais parce que le salut du monde est dans les mains du Témoin fidèle et véritable, je peux aller là où il m'appelle"

Frères et soeurs, quels que soient nos engagements et nos combats, que nos yeux soient ouverts et que nous découvrions sans cesse que tout tient d'abord à l'amour dont nous sommes aimés

Les mercredis de Calvin (33) Libres vis-à-vis de notre liberté

19 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

La seconde faute aussi dont nous avons parlé est grande en plusieurs : comme si leur liberté ne leur était point sauve ni entière, si elle n’avait les hommes pour témoins, ceux-ci en usent imprudemment et sans discernement ; et par cet usage inconsidéré, souvent ils offensent leurs frères faibles.
On en peut voir aujourd’hui certains qui ne pensent pas bien garder leur liberté, s’ils n’en sont entrés en possession en mangeant de la viande le vendredi. Je ne les reprends point de ce qu’ils mangent de la viande : mais il faut rejeter de nos esprits cette fausse opinion, qu’on ait point de liberté si on ne la montre à tout propos. Car il faut estimer que par notre liberté nous n’acquérons rien devant les hommes, mais envers Dieu, et qu’elle est autant située en abstinence qu’en usage. Si quelqu’un a cette vraie intelligence, que ce lui soit tout un envers Dieu de manger de la viande ou des œufs, d’être vêtu de rouge ou de noir, cela lui est assez. Déjà la conscience est délivrée, à laquelle était dû le fruit de cette liberté. Bien donc qu’il s’abstînt de manger de la viande tout le reste de sa vie, et que jamais il n’usât que d’une couleur en ses vêtements, il n’en est de rien moins libre. Et même en cela il est libre, que d’une conscience libre il s’en abstient. Or telle manière de gens que nous avons dit, faillent très dangereusement en ce qu’ils ne tiennent compte de la faiblesse de leur frère, qui doit être si bien soulagée de nous, que nous ne fassions rien légèrement dont elle soit scandalisée.
Mais quelqu’un dira qu’il est quelquefois convenable de montrer notre liberté devant les hommes. Je confesse aussi ce point : mais il faut avec une grande diligence y tenir juste mesure, de sorte que nous ne négligions point d’avoir soin des faibles, que notre Seigneur nous a singulièrement recommandé
Institution chrétienne Livre III §19. 10


La deuxième erreur concernant la liberté d’après Calvin et une question très intelligente : est-ce vraiment être libre que de faire systématiquement ce qui est interdit ? Ne peut-on pas finir par être prisonnier de sa liberté ? Peut-être l’explication calvinienne du fait que le protestant « est un anarchiste qui traverse dans les clous » et c’est certainement une très bonne lecture du « Si quelqu’un te réquisitionne pour 1000 pas, fais en 2000 avec lui ».

Ce que l'Esprit dit aux Eglises (6) La porte ouverte

15 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 5 juillet
Matthieu XVIII, 15 à 18 et XXIII, 1 à 5
Apocalypse III, 7 à 13

La lettre à Philadelphie est la deuxième lettre de l'Apocalypse qui ne fait aucun reproche à l'Eglise à laquelle elle s'adresse. Pourtant, comme Smyrne, Philadelphie n'est pas une Eglise florissante, c'est même une Eglise sans puissance. Pourtant à cette Eglise sans puissance une promesse est faite : promesse de porte ouverte, de synagogue de Satan vaincue, promesse de victoire dans la persévérance et de fidélité.

    Je suis assez content d'aborder cette question de porte ouverte en cette période de fin d'année scolaire, en effet lorsque l'on parle de porte ouverte, généralement je pense au chat.
Vous le savez, le chat, c'est celui qui ne supporte pas une porte fermée. Si vous ouvrez une porte pour un chat qui miaule devant et que vous la refermez derrière lui, il y a de fortes chances pour que vous l'entendiez miauler à nouveau de l'autre côté. En effet, nous le savons bien si un chat veut qu'une porte soit ouverte, ce n'est pas forcément parce qu'il veut la franchir, c'est parce qu'il veut se sentir libre de le faire. Or, la porte que Dieu ouvre pour Philadelphie n'est pas celle qui permettrait à l'Eglise féline de se sentir libre d'aller et venir à sa guise.
C'est d'ailleurs rendu évident par une autre image : « je ferai du vainqueur une colonne de mon temple ». Sans avoir de grandes notions d'architecture, la capacité d'aller et venue d'une colonne me semble assez limitée. Bref, je ne suis pas sûr qu'il faille voir dans la porte ouverte une image de liberté.
En fait plutôt que la porte ouverte sur les vacances, je crois qu'il faut voir une autre porte ouverte que les étudiants connaissent bien : la porte ouverte sur une école, sur une fac, sur un travail. Une porte ouverte, aujourd'hui encore cela veut moins dire un choix, qu'un débouché, un avenir. Je parlais de la fin d'année scolaire mais j'aurai pu évoquer la crise durant laquelle tant de nos frères et sœurs, directs ou plus lointains voient se fermer des portes devant eux.
Sans force, sans puissance, sans doute l'Eglise qui est à Philadelphie n'est elle pas libre de faire ce qu'elle veut, mais, peut-être paradoxalement, dans cette faiblesse Dieu lui assure une porte ouverte, un débouché qu'aucune puissance au monde ne pourra fermer. Il y a là une promesse pour chacun de nous : quelles que soient les portes qui s'ouvrent et qui se ferment dans ton univers professionnel ou familial, c'est Dieu, ton père qui t'aime qui ouvre le débouché principal, le seul qui compte vraiment. C'est important car lorsque une porte se ferme devant nous, nous avons vite fait de ne voir plus que celle là, et de rester abattu devant la porte close alors que d'autres sont ouvertes sur notre avenir et notre espérance.

    Parler de portes que Dieu ouvre et ferme pour nous, c'est forcément évoquer le pouvoir des clefs. Et je crois que la lettre à Philadelphie nous donne une indication précieuse sur la manière dont ce pouvoir est donné au disciple. « J'ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer ». Le pouvoir des clefs appartient à Dieu seul, Il ne le délègue pas, Il ne le confie pas à d'autre. Aucune Eglise, aucun chrétien ne peut prétendre ouvrir et fermer les portes de son propre chef. Le pouvoir des clefs qui nous est remis n'est qu'un pouvoir de témoignage. Nous sommes les témoins de Dieu et non pas ses lieutenants, nous ne pouvons pas prétendre agir par nous même en son nom (ce qui impliquerait qu'il soit absent). En d'autres termes, Dieu n'est pas lié par nos jugements, mais nous, nous en sommes responsables. Surtout quand nous prétendons que nos jugements sont ceux de Dieu. Il convient de se rappeler que le passage sur l'admonestation fraternelle que nous venons d'entendre et suivi presque immédiatement par  l'appel à pardonner 70 fois 7 fois et par la parabole du débiteur impitoyable. C'est aussi ce que nous rappelle l'accusation contre la synagogue de Satan

La synagogue de Satan. Voila un terme qui nous met mal à l'aise tant il semble respirer l'antisémitisme. Et c'est vrai que l'Apocalypse est écrite à une époque de rupture douloureuse entre judaïsme et christianisme et la violence du terme s'inscrit bien dans cette époque. Nous savons bien que la Bible n'est pas un livre parfait mais qu'elle est toute chargée des émotions et des haines humaines.
Pourtant, l'auteur même qui nous dit que nous ne pouvons pas assimiler la synagogue de Satan aux juifs puisque ceux de la synagogue ne sont pas juifs. D'ailleurs si nous reprenons les autres allusions au judaîsme du passage : la clef de David, le temple, la Jérusalem céleste, elles sont toutes très positives.
Qui sont donc les membres de cette synagogue de Satan ? Ce sont ceux qui nient que la communauté de Philadelphie soit aimée de Dieu. En cela, ils représentent bien le satan, (c'est à dire en hébreux l'accusateur), celui que Jésus qualifiait de prince du mensonge. Je crois qu'il en va de même pour nous, lorsque nous nous réclamons d'un quelconque pouvoir des clefs pour accuser, pour rejeter nos frères et nos soeurs au lieu de leur annoncer une Bonne Nouvelle, nous sommes Eglise du Satan et non du Christ.

Or la bonne nouvelle c'est la parole à laquelle la fragile communauté de Philadelphie se cramponne. Cette parole symbolisée ici par la clef de David et par le Temple, c'est forcément l'Alliance et la fidélité de Dieu à son alliance. Dieu a fait alliance avec l'humanité et notre propre infidélité n'empêche pas sa fidélité. Voici la Bonne Nouvelle réalisée en Jésus Christ.
Et c'est à cette bonne nouvelle que se cramponne la communauté de Philadelphie comme à une planche de salut.
En effet, la persévérance peut être une manifestation de force et d'endurance, elle peut-être aussi l'expression d'un dernier espoir. Or Philadelphie est une Eglise sans force, sa seule chance de survie, c'est la fidélité de Dieu. C'est donc à cette fidélité qu'elle s'accroche et elle fait bien car Dieu est fidèle.

Il en va de même pour nous frères et soeurs, quand tous se détournent de nous et nous accusent, quand nos forces mêmes nous font défaut, quand notre coeur même nous condamne, quand nous nous trahissons et nous perdons nous-même, Dieu  reste fidèle à son amour à son alliance. C'est la planche de salut qu'il nous reste, ça tombe bien : c'est la seule véritable.
Amen

Les mercredis de Calvin (32) Le bling-bling des chaînes de l'esclave

12 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

La liberté chrétienne en toutes ses parties est une chose spirituelle, dont toute la force gît à pacifier envers Dieu les consciences timides, soit qu’elles soient tourmentées en doutant de la rémission de leurs péchés, soit qu’elles soient en sollicitude et crainte, à savoir si leurs œuvres imparfaites et souillées des macules de leur chair sont agréables à Dieu, soit qu’elles se sentent perplexes touchant l’usage des choses indifférentes. Par suite, elle est mal prise de ceux ou qui en veulent colorer leurs cupidités charnelles pour abuser des dons de Dieu pour leur volupté, ou qui pensent n’avoir point cette liberté, s’ils ne l’usurpent devant les hommes, et qui par là, dans l’usage qu’ils en font, n’ont nul égard à la faiblesse de leurs frères.

En la première matière, il se commet aujourd’hui de grandes fautes : car il y a peu de gens qui aient de quoi être somptueux, qui ne délectent en banquets, en habillements, et en édifices de grand appareil et de pompe désordonnée, qui ne soient bien aises, quant à ces choses, d’être vus entre tous les autres, et qui ne se plaisent à merveille en leur magnificence. Et tout cela se soutient et excuse sous couleur de la liberté chrétienne ! Ils disent que ce sont choses indifférentes, ce que je confesse, pour qui en userait indifféremment ; mais quand elles sont déployées avec pompe et orgueil, quand elles sont désordonnément abandonnées, elles sont maculées par de tels vices.
Ce mot de S. Paul discerne très bien les choses indifférentes : c’est que toutes choses sont pures à ceux qui sont purs, mais qu’aux souillés et infidèles il n’y a rien de pur puisque leurs consciences et pensées sont souillées (Tite 1 ; 15). Car pourquoi sont il maudits ceux qui sont riches, qui ont maintenant leur consolation, qui conjoignent possession avec possession, dont les banquets ont harpes, luths, tambourins et vin (Luc VI ; 24-25 Amos VI ; 1-6 et Es V ; 8) ? Certes, et l’ivoire, et l’or, et les richesses sont bonnes créations de Dieu, permises et même destinées à l’usage des hommes : il n’est en aucun lieu défendu ou de rire, ou de se rassasier, ou d’acquérir de nouvelles possessions, ou de se délecter avec des instruments de musique, ou de boire du vin. Cela est bien vrai : mais quand quelqu’un est en abondance de biens, s’il s’ensevelit en délices, s’il enivre son âme et son cœur aux voluptés présentes, et en cherche toujours de nouvelles, il se recule bien loin de l’usage saint et légitime des dons de Dieu.
QSu’ils ôtent donc leur mauvaise cupidité, leur superfluité outrageuse, leur vaine pompe et arrogance, pour user des dons de Dieu avec une conscience pure. Quand ils auront réduit leur cœur à cette sobriété, ils auront la règle du bon usage. Que cette tempérance défaille, les délices même vulgaires et de petit prix passeront mesure !
Institution Chrétienne Livre III §19. 9

Je comptais passer directement au deuxième mauvais usage de la liberté chrétienne tnat il me semble que l'appel de Calvin à la modération est connu. Et puis, je n'ai pas résisté à pouvoir placer ce titre. Quand le goût du luxe et de l'apparât révèle un esclavage profond...

La crainte face à la peur

9 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 9 août
Exode I, 1 à 22
Luc I, 46 et 55

    "Ces étrangers sont trop nombreux "' c'est une histoire connue, l'histoire d'une peur qui ferme les portes. C'est une histoire sans Dieu et pourtant l'histoire d'une crainte qui ouvre un avenir.

    Ces étrangers sont trop nombreux. La première chose qui frappe dans ce prologue de l'Exode, c'est son actualité. On trouve dans les angoisses du roi d'Egypte par rapport à ces hébreux qui pullulent toutes les angoisses que suscitent nos propres étrangers à commencer par l'oubli du passé. "Un nouveau roi parvint au pouvoir qui n'avait pas connu Joseph"
    Pharaon a vite fait d'oublier ce ministre hébreu de son prédécesseur qui avait su sauver son pays de la famine. De même, la peur de l'immigré conduit souvent à oubli l'histoire de l'immigration. En effet, je ne crois pas que soit l'oubli qui engendre la peur, je crois que la peur provoque l'oubli. Il est plus facile de regarder l'étranger de haut quand on oublie l'histoire commune de nos pays, quand on oublie que c'est nous qui sommes allés chercher leurs pères, quand on oublie que nous leur sommes redevables. Il est plus facile de prendre l'étranger de haut quand on le réduit au rang de quémandeur attiré par notre El Dorado.
    Nonobstant cette ingratitude du Pharaon vis à vis des hébreux, il faut bien reconnaître que sa peur est frappée au coin du bon sens. Qui pourrait nier qu'il est dangereux pour une nation de nourrir en son sein un peuple potentiellement plus puissant qu'elle-même ? Eh oui, à la source des haines les plus irrationnelles, on trouve une inquiétude apparemment tout à fait sensée. Ces hébreux sont trop nombreux, ils pourraient se retourner contre nous ! Ces musulmans sont trop nombreux, ils pourraient nous imposer la loi coranique ! Ces chinois sont trop nombreux, ils pourraient dominer notre économie !
Que peut-on répondre à cela ?
    On peut certes rappeler, pour ceux qui ne connaissent pas l'Exode, que Pharaon est le méchant de l'histoire et que ce qu'il a fait, ce n’est vraiment pas bien. Mais je doute que cette lecture de l'Exode comme un conte édifiant soit vraiment utile. Je préfère souligner ce verset que je trouve porteur d'un constat générale :(v. 12). Les mesures prises par Pharaon pour stopper cette croissance des hébreux n'ont abouti à rien qu'à une escalade de mesure de plus en plus draconienne jusqu'à passer de la politique à la cruauté, de la prévention à la haine. Eh bien, je crois que ce constat est resté valable sur les 2500 ans qui nous séparent de ce récit. Je ne crois pas qu'il existe dans l'histoire de l'humanité, un épisode où une politique animée par la peur de l'autre n'ait pas abouti à la confrontation entre les peuples et à une blessure profonde de l'humanité. Ce passage de l'Exode est un bon reflet de l'histoire de l'humanité où même les méthodes radicales jusqu'à l'horreur se sont montrées inefficaces à garantir la sécurité d'un peuple contre un autre.

    Dans cette horreur banale de la haine et de la peur qui opposent les peuples, qui conduisent au génocide, Dieu semble bien absent. Le créateur omniprésent du premier livre de la bible semble bien s’être retiré de l’histoire humaine dans ce prologue du second livre.
    Nous pouvons tirer une leçon de cette absence apparente. Tout d’abord, la servitude en Egypte n’est pas une punition pour le peuple hébreu.  Dès l’Exode, il devient impossible de considérer toute souffrance humaine comme l’expression d’un châtiment divin et le « c’est sans doute qu’ils l’ont mérité » devient une affirmation inacceptable dans la bouche du croyant : aucun peuple ne mérite de devenir esclave d’un autre, aucun peuple ne mérite d’être éradiqué au nom de la sécurité d’un autre.
De plus, l’absence de Dieu est un jugement sur notre histoire, Dieu se détourne de cette haine de l’homme contre l’homme, il se détourne de cette peur qui fait de l’homme un monstre.
    Mais cela ne signifie pas non plus que Dieu laisse faire et encore moins qu’il abandonne son peuple. J’ai bien dit que cette absence de Dieu était une absence apparente. En fait il y a bien action de Dieu par l’intermédiaire de ces deux sages-femmes : Chifra et Poua.
    En effet, face à la peur qui pousse le pharaon à supprimer les hébreux, Chifra et Poua, elles, sont mues par la crainte de Dieu. La crainte de Dieu, c’est une expression que l’on aime pas beaucoup aujourd’hui « comment pourrait-on avoir peur du bon Dieu du gentil Jésus ? »
    C’est vrai mais il ne faut pas voir la crainte de Dieu comme la peur de se faire saquer par un chef auquel on désobéirait. Craindre Dieu, c’est en fait le prendre au sérieux, reconnaître que c’est Lui qui est source de toute vie, de tout bien, reconnaître qu’on ne négocie pas avec lui , qu’on en tergiverse pas, qu’on ne peut pas brandir d’excuse. Agir par crainte de Dieu ce n’est pas agir par peur de la punition mais agir parce qu’on sait que c’est là, dans sa volonté qu’est la vie. Chifra et Poua n’ont pas estimé qu’il était encore plus risqué de s’en prendre au peuple de Dieu que de désobéir au pharaon, la crainte de Dieu n’a rien à voir avec les calculs de pharaon, en cela, la crainte de Dieu n’a rien à voir avec le reste de nos peurs. Il n’y a pas de place pour le calcul, pour le risque mesuré : nous sommes entièrement entre les mains de Dieu, entièrement dépendant de son amour et si nous le reconnaissons, nous ne pouvons qu’agir pour cet amour.
    Ainsi, là où la peur de pharaon, comme toutes les peurs humaines, le conduit à donner la mort, la crainte de Chifra et Poua les conduisent à poser un geste de vie.
Voici l’action de Dieu au sein de ce génocide !

    Eh bien, disons-le tout de suite, à première vue, cela ne change pas grand-chose. Au lieu d’être supprimé à la naissance, les nouveaux-nés mâles seront jetés au Nil, la résistance de Chifra et Poua est dérisoire, vaine, inutile, comme les sont la plupart des gestes d’amour et de vie face à un torrent de haine et de destruction.
    Et pourtant, cela change tout à un niveau personnel, pour Poua et Chifra d’abord. Alors que le roi d’Egypte reste anonyme, voici que ces deux femmes sont nommées, elles deviennent au-delà des archétypes, des personnes. Leur crainte de Dieu qui les a poussées à une désobéissance salutaire, les a mises à part dans ce cercle vicieux de la peur de l’autre.
    Et puis, si nous nous rappelons la suite de l’histoire, la naissance d’un certain Moïse, tiré des eaux, nous devons bien reconnaître que sans la résistance de Poua et Chifra, Moïse aurait été supprimé à la naissance et l’histoire aurait été changée.

Frères et sœurs, dans la folie du monde qui nous entoure, dans les flots de la haine et de la peur qui nous submergent, Dieu n’est pas absent. Aux cœurs d’hommes et de femmes, dans nos propres cœurs, il insuffle la crainte et l’amour de son nom. Cette crainte et cet amour suscitent des gestes dérisoires, invisibles, absurdes et pourtant des gestes qui changent nos vies et l’histoire de l’humanité.

Amen

Ce que l'Esprit dit aux Eglise (5) Pas de Pactole pour Sardes

8 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 21 juin 2009
Matthieu V, 17 à 20
Galates II, 16 à 20
Apocalypse IIII, 1 à 6

« Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur». La menace touche certainement la riche Sardes là où ça fait mal. En effet, Sardes, c’est la vallée du Pactole, ce fleuve à la réputation d’être aurifère et dont Crésus avait tiré sa richesse. Implantée dans une ville riche, apparemment pas en bute au persécution (la lettre n’en fait aucune mention, en tout cas), sans hérésie apparente (toujours selon la lettre, il n’y a ni Nicolaïtes, ni Jézabel, ni faux juifs à Sardes), l’Eglise qui est à Sardes a tout pour elle, et c’est sans doute de là qu’elle tient sa réputation d’être vivante.
Hier comme aujourd’hui, une  communauté riche, versant une généreuse contribution locale, sans problème particulier, qui ne fait pas de vagues, c’est bien une communauté vivante, renommée. C’est même à cela qu’on les reconnaît : demandez à un président de conseil régional.
    Et pourtant, le message est clair : tu es mort.

Pourquoi Sardes, cette paroisse apparemment comme on en rêverait est-elle morte ? Pourquoi ses œuvres, si renommées ne sont-elles pas trouvées parfaites aux yeux de Dieu ? Est-ce là une condamnation des richesses du Pactole ? Non, le texte n’offre que peu d’allusion à la richesse de Sardes. Le problème est ailleurs. On peut identifier le problème grâce à ceux qui y résistent et grâce à l’adresse de cette lettre à l’Eglise qui est à Sardes, ceux qui portent le vêtement blanc. Le vêtement blanc dans l’Apocalypse, c’est le vêtement qui a été lavé dans le sang de l’agneau, c’est le vêtement de ceux qui sont en Christ. Et celui qui s’adresse à l’Eglise est présenté comme celui qui a les sept esprits et les sept étoiles. Sept, c'est-à-dire la plénitude, la plénitude de l’Esprit, la plénitude de la lumière, n’est ce pas la marque du Christ.
La mort de l’Eglise à Sardes c’est qu’elle ne vit pas de la présence de Jésus Christ.
Et du coup, elle peut-être aussi vivante qu’elle veut aux yeux des hommes, elle peut faire toutes les belles œuvres qu’elle veut, cela ne vaut rien. En effet, une œuvre peut être accomplie pour le Christ, en son nom, cela ne suffit pas. Christ seul est l’humain accompli, l’humain parfait, seules ses œuvres sont accomplies, parfaites (Jn IV, 34 et XVII, 4). Or, devant Dieu, soit une œuvre est parfaite, soit elle est nulle. Quand on veut accomplir la loi, si tout n’est pas fait, rien n’est fait.
Message trop dur ? Exigence désespérante ? Peut être, si nous n’avions pas le Christ qui vient pour nous, à notre place, et en notre faveur, accomplir ce qui doit être fait. Mais Christ est venu.

Et il vit bien en certains à Sardes. On retrouve ici, une notion chère à la Bible, Première et Nouvelle Alliance, une théologie du reste. Même quand tout semble perdu, il y a un reste, et c’est de ce reste que tout va repartir, c’est dans ce reste que va se manifester la fidélité de Dieu même là où l’homme est infidèle. Toutefois, la lettre à Sardes donne une précision sur ce reste. En effet, le reste est sur le point de mourir aussi. La communauté de Sardes les entraînera dans sa chute. Mais ce n’est certainement pas un appel à ces quelques uns à se désolidariser de la communauté : comment le pourraient-ils puisque c’est Christ qui vit en eux et que Christ accomplit son humanité en se faisant solidaire de l’humain jusque dans la chute et dans la mort ?
Le chrétien ne peut pas se désolidariser de la communauté, on n’est jamais chrétien tout seul. Il est parfois nécessaire de faire renaître la communauté, de la refonder ailleurs, mais jamais le chrétien ne peut prétendre vivre en Christ loin de ses frères et sœurs. Ceux qui à Sardes, vivent en Christ, n’ont pas d’autre choix, parce qu’ils vivent en Christ que de porter la communauté, de la sortir de la mort réelle dans laquelle elle a sombré.

Pour cela 4 ordres : veille ! souviens-toi ! conserve ! et repens toi !
Je commence par le dernier, le plus important peut-être et certainement le plus classique. Repens-toi. C’est un ordre un peu surprenant pour la communauté de Sardes qui semble bien n’avoir rien fait de mal. Il est facile à comprendre qu’une communauté doive se repentir de ses crimes ou des idolâtries. Mais aucun crime, aucune idolâtrie n’est reprochée à Sardes. Rappelez-vous, c’est la paroisse idéale. Mais si l’on se souvient que se repentir, c’est se convertir, et que se convertir c’est se retourner, alors les choses deviennent plus claires, la communauté de Sardes est appelée à se détourner d’elle-même pour se tourner vers son seul Seigneur Jésus Christ. Elle continuera sans doute à faire les mêmes œuvres, mais ce n’est plus dans ces œuvres, dans sa richesse qu’elle verra sa victoire et sa vie mais dans le seul Jésus Christ.
Ce Jésus Christ qu’elle a reçu et dont elle doit se souvenir. Souviens toi de ce que tu as reçu. Dans la Bible le souvenir n’est pas seulement un regard vers le passé, c’est un regard sur le présent. Souviens toi qu’il y a un Dieu, souviens toi qu’il te rejoint en Jésus Christ. C’est si facile de l’oublier, de le perdre de vue. Dans les moments où tout va bien, dans les moments de richesses, quand tu as décroché le Pactole, souviens toi que tout t’es donné, que tu n’as rien gagné par toi-même, et rends lui grâce. Souviens-toi aussi que puisque Christ vit en toi tu es solidaire de toute l’humanité. Dans ta richesse, souviens-toi et ouvre la main. Dans les moments où tout va mal, quand tu es à sec, à bout de forces, et à cours d’espoir. Souviens-toi que tu n’es pas seul, que Dieu en se détourne pas de toi.
Souviens-toi de ce que tu as reçu et conserve-le
Conserve c'est-à-dire ne va pas toujours à la recherche de nouveauté, ne te lance pas toujours vers d’autres sauveurs. Conserve c'est-à-dire ne cherche pas toujours le neuf pour le neuf, regarde ce que tu as. Peut-être devrions nous vous rappeler plus souvent que la Réforme, c’est avant tout un retour au source, se réformer pour un mouvement religieux, c’est revenir à l’origine. Nous sommes assoiffés de modernité et de changement mais tout ce que nous avons est dans ce témoignage vieux de 2000 ans, dans cette parole plus âgée que le temps, et que pourrions nous recevoir de plus ?
Veille ! C'est-à-dire ne t’assoupis pas sur tes richesses ou ne succombe pas à tes faiblesses. Veille ! Reste à l’écoute de la Parole de Dieu qui t’est adressée. Veille, reste actif et debout. Et de cette veille, Jésus nous a indiqué le moyen « Veillez et priez ». Veille non pas jusqu’au bout de tes forces, mais avec la force que Dieu te donne.

Frères et sœurs, c’est en Christ que nous vivons, c’est Christ qui vit en nous. Au cœur de notre monde : veillons et prions ; souvenons-nous de ce qui nous est donné pour ne pas nous désespérer et pour ne pas nous confier en nous-même ; conservons ce que nous avons reçu et pour le conserver, partageons-le. Convertissons-nous, détournons-nous de nous-même pour nous tourner vers celui qui seul est notre vie.

Amen

Les mercredis de Calvin (31) La liberté du chrétien

5 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

La liberté chrétienne, selon mon jugement, est située en trois parties.
La première, que les consciences des fidèles, quand il est question de chercher l’assurance de leur justification, s’élèvent et dressent par-dessus la Loi et oublient toute la justice de celle-ci. Car puisque la Loi ne laisse nul juste, ou il nous faut être exclus de l’espérance d’être justifiés, ou il nous faut en être délivrés – et délivrés de telle sorte que nous n’ayons égard à nos œuvres. Car quiconque penserait qu’il dût apporter quelque peu d’œuvres pour obtenir justice, il ne pourrait déterminer leur fin ni leur mesure, mais se constituerait débiteur de toute la Loi. Quand il est question de notre justification, il nous faut donc démettre de toute cogitation de la Loi et de nos œuvres, pour embrasser la seule miséricorde de Dieu et détourner notre regard de nous-même pour le fixer sur un seul, Jésus Christ. Car il n’est pas ici question de savoir si nous sommes justes, mais comment, étant injustes et indignes, nous pourrons être réputés pour justes.
(…)
L’autre partie de la liberté chrétienne, qui dépend de la précédente est celle-ci : c’est qu’elle fait que les consciences ne servent point à la Loi comme contraintes par la nécessité de la Loi, mais qu’étant délivrées du joug de la Loi, elles obéissent librement à la volonté de Dieu. Car d’autant qu’elles sont perpétuellement en crainte et en terreur, tant qu’elles sont sujettes à la Loi, jamais elles ne seront bien délibérées d’obéir volontairement et d’un franc cœur à la volonté de Dieu sinon que premièrement elles aient obtenu cette délivrance.
(…)
La troisième partie de la liberté chrétienne nous instruit de ne faire conscience devant Dieu des choses externes, qui par soi sont indifférentes, et nous enseigne que nous les pouvons ou faire, ou laisser indifféremment. Et la connaissance de cette liberté nous est aussi très nécessaire. Car si elle nous défaut, nos consciences jamais n’auront repos, et sans fin seront en superstition. Il paraît aujourd’hui à beaucoup de gens que nous sommes mal avisés d’émouvoir une discussion qu’il soit libre de manger de la viande, que l’observation des jours et l’usage des vêtements soit libre, et de tels fatras comme il leur semble. Mais il y a plus d’importance en ces choses qu’on ne l’estime communément. Car, dès qu’une fois les consciences se sont bridées et mises aux liens, elles entrent en un labyrinthe infini et en un profond abîme, dont il ne leur est pas après facile de sortir. Si quelqu’un a commencé à douter s’il lui est licite d’user de lin en draps, chemises, mouchoirs, serviettes, il ne sera pas non plus assuré s’il lui est licite d’user de chanvre ; à la fin il commencera à vaciller s’il peut même user d’étoupes. Car il réputera en soi-même s’il ne pourrait pas bien manger sans serviette, s’il ne pourrait point se passer de mouchoirs. Si quelqu’un vient à penser qu’un mets qui est un peu plus délicat que les autres, ne soit pas permis, à la fin il n’osera, en assurance de conscience devant Dieu manger ni pain ni mets vulgaires, d’autant qu’il lui viendra toujours en l’esprit s’il ne pourrait pas entretenir sa vie d’aliments plus vils. S’il fait scrupule de boire de bon vin, il n’osera après en paix de conscience en boire de poussé ou éventé, ni finalement de l’eau meilleure ou plus claire que les autres : bref, il sera mené jusque –là qu’il fera un grand péché de marcher sur un fétu de travers. Car il ne se commence pas ici un léger combat en la conscience : mais elle doute s’il plaît à Dieu que nous usions de ces choses, ou que nous n’en usions pas, à Dieu dont la volonté doit précéder tous nos conseils et tous nos faits. Dès cet instant, il est nécessaire que les uns  soient par désespoir jetés en un gouffre qui les abîme ; les autres, après avoir rejeté et chassé toute crainte de Dieu, visent par-dessus tous empêchements, puisqu’ils ne voient point la voie. Car tous ceux qui sont enveloppés en de tels doutes, quelque part qu’ils se tournent, ont toujours devant eux un scandale de conscience.
(…)
Nous voyons en sommes à quelle fin tend cette liberté : à ce que nous puissions sans scrupule de conscience ou trouble d’esprit appliquer les dons de Dieu à l’usage pour lequel ils nous ont été ordonnés, et que, par cette confiance, nos âmes puissent avoir paix et repos avec Dieu, et reconnaître ses largesses envers nous. Et en ceci sont comprises toutes les cérémonies dont l’observation est libre, pour que les consciences ne soient point astreintes à les observer par nécessité, mais qu’elles sachent que l’usage en est soumis à leur discernement, selon qu’il serait expédient pour édifier.
Institution Chrétienne Livre III §19. 2 à 8


Outre l'humour de la description de la maladie du scrupule,ce que j'aime dans cette description de la liberté chrétienne c'est qu'on y voit bien quelle est l'intention première de la doctrine de la prédestination : rendre au fidèle la tranquillité de l'âme en le délivrant de la question perpétuelle : "en fais-je assez pour être sauvé ?" A cette question Calvin répond "Non, mais quelqu'un d'autre l'a fait pour toi".

Le pain de vie

2 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 16 août 2009
Genèse IX, 1 à 7
Galates II, 16 à 21
Jean VI, 51 à 58

    Entre la diététique et le bio, entre les régimes d’été et la nourriture saine, l’anorexie et la boulimie, la nourriture redevient une préoccupation majeure de notre société pourtant bien alimentée. Alors que pour d’autres populations la question fondamentale et « aurons-nous de quoi manger ? », notre question est « que mangerons-nous ? » ou « que mangeons-nous ? »
    Mais en fait, cette question n’est pas neuve. Au-delà du besoin de manger, la nourriture a toujours exercé une grande fascination pour l’homme comme en témoignent les règles alimentaires que l’on trouve dans toutes les religions.
C’est bien à cette fascination que Jésus s’adresse quand il utilise cette image qui choque bien au-delà du judaïsme « celui qui mange ma chair et boit mon sang »
    Ce matin, nous ne parlerons pas de la Cène. En effet, en dissociant l’enseignement sur le pain de vie du repas pascal, Jean nous montre que la question n’est pas de savoir si et comment le pain et le vin deviennent corps et sang de Jésus Christ. nous ne parlerons pas de consubstantiation ni de transbustantiation, ces questions n'ont rien à voir avec l'Evangile. La question n’est pas non plus de savoir comment nous mangeons Jésus mais bien de comprendre que Jésus est notre nourriture. Et pour cela, nous nous pencherons sur 3 aspects de la nourriture : se nourrir, c’est recevoir, c’est détruire, c’est assimiler.

    Se nourrir, c’est d’abord absorber quelque chose qui vient de l’extérieur. C’est un fait : nul ne se nourrit de lui-même. Nous ne fonctionnons pas comme une dynamo, alimentés par l’énergie que nous produisons nous-même. Notre besoin de nourriture, au sens large, c’est peut-être la première chose qui nous fait renoncer à l’autarcie. Parce que je dois manger, boire, respirer, je suis obligé de sortir de moi-même, je dois renoncer à me recroqueviller autour de mon nombril. L’extérieur non seulement m’est utile mais il m’est nécessaire.
    Pour que Jésus soit bien notre nourriture, il faut qu’il vienne de l’extérieur, qu’il ne soit pas issu de nous-même. Or, justement dans cet enseignement sur le pain de vie, Jésus insiste lourdement sur son origine : « Je suis le pain vivant descendu du ciel », l’origine céleste du pain déjà affirmée quelques versets plus haut est répétée par deux fois. Et Jésus insiste encore « le Père m’a envoyé ». Jésus est bien notre nourriture parce qu’il n’émane pas de nous même mais qu’il nous est donné. Ce n’est pas en nous que nous avons à chercher notre vie mais de lui que nous la recevons.
    C’est peut-être le premier scandale : nous ne sommes pas autonomes, nous ne puisons pas notre vie en nous-même, dans nos mérites, dans nos forces mais nous la recevons d’un autre.

    Deuxième réalité de la nourriture : nous détruisons ce que nous mangeons. Même si nous nous contentions du régime des cavaliers tartares en chevauchée qui, dit-on, se contentaient de blesser légèrement leur cheval à l’encolure pour boire un peu de son sang, cela ne changerait rien : ce que nous mangeons, ce que nous absorbons est détruit. Nous savons bien que nous devons tuer pour vivre. Une des règles alimentaires du judaïsme trouve d’ailleurs son origine dans cela. « Tu ne mangeras pas un animal avec son sang, c’est à dire avec sa vie ». Cette règle vient rappeler que malgré cette nécessité de tuer pour manger, nous ne sommes pas propriétaires des vies desquelles nous nous nourrissons. En s’abstenant du sang, les juifs refusent de réduire l’animal qu’ils mangent au steak qui est dans leur assiette.
    Or, Jésus ne se contente pas d’affirmer qu’il est le pain de vie, l’image serait relativement douce : il est question de manger - et même de mâcher, suivant son propre terme - sa chair et de boire son sang. Bien sûr, sauf à vouloir tourner le christianisme en dérision personne n’irait prendre cela comme un appel à l’anthropophagie et les disciples ne se sont pas jetés sur Jésus pour le dévorer. Mais l’image n’en est pas moins radicale. Le don de Jésus est un don complet. Pour que Jésus soit vraiment notre nourriture, il faut qu’il soit détruit. Et c’est sur la croix qu’il s’offre à nous, et qu’il se donne totalement ! Ici, pas question de s’abstenir du sang pour se rappeler que nous ne sommes pas possesseurs de cette vie. Si, cette vie nous est donnée. Il convient de bien rappeler que Jean souligne suffisamment largement l’identité du Père et du Fils pour que nous comprenions qu’il ne réclame pas une victime innocente mais nous invite à nous nourrir de sa propre vie.
C’est la le deuxième scandale : en Jésus Christ, notre Dieu nous nourrit de lui-même, au prix de sa vie.

    Troisième réalité de la nourriture : nous assimilons ce que nous mangeons. Mais cette assimilation se fait dans les deux sens, nous devenons ce que nous mangeons. Bien sûr le végétarien ne devient pas végétal et à part dans Charlie et la chocolaterie, nul n’a encore jamais rencontré de gourmand fait de confiseries. Mais nous savons bien que ce que nous absorbons a des effets considérables sur notre organisme. Et on n’a pas attendu la médecine moderne pour s’en apercevoir, c’est ce qu’affirmait déjà, à sa manière, la loi de Moïse dans ses prescriptions alimentaires : manger un animal impur, c’est se rendre impur.
    Eh bien Jésus tourne ce risque en promesse : manger le pain vivant qui vit par le Père, lui-même étant LE vivant, c’est vivre à son tour. Pour que Jésus soit vraiment notre nourriture, il faut qu’il nous transforme. Or, nourrit de lui, nous sortons de notre mort, c'est-à-dire de notre rébellion contre Dieu, de notre volonté d’être Dieu et nous entrons dans sa vie qui est obéissance. « Ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi écrit l’apôtre Paul. Et c’est là la vie éternelle que nous recevons du Christ. Non pas seulement la promesse d’une résurrection à l’heure dernière mais, dès à présent, une victoire contre toutes les formes de la mort. Christ vit en nous et c’est par lui que nous vivons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous croyons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous espérons. Christ vit en nous et c’est par lui que nous aimons.
Ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. C’est bien la le troisième scandale : nourri de Jésus Christ, je perds ma précieuse indépendance, j’accepte qu’un autre soit mon maître, mon Seigneur.

Frères et sœurs, ces trois scandales forment une promesse : nous ne sommes pas livrés à nous même, dépendants de nos pauvres forces : nous vivons de l’amour de Dieu, un amour si grand qu’il a tout donnée pour nous, qu’il s’est donné lui-même, un amour si fort qu’il nous transforme à son image. Frères et sœur, ce pain qui nous nourrit, c’est Jésus, le Christ : c’est par lui que dès à présent nous vivons. Alors ne vivons pas de notre mort, de notre néant, de nos refus, mais vivons pleinement de son « oui ».

Amen et bon appetit
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