Miettes de théologie

Les mercredis de Calvin (39) Sans l'Evangile...

30 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Nous ne savons ce que Dieu nous a commandé ou défendu, nous ne pouvons discerner le bien d’avec le mal, la clarté des ténèbres, les commandements de Dieu des constitutions des hommes, sans l’Evangile, tous nous sommes inutiles et vains, sans l’Evangile, nous ne sommes pas chrétiens, sans l’Evangile, toute richesse est pauvreté, sagesse est folie devant Dieu, force est faiblesse, toute justice humaine est damnée de Dieu. Mais par la connaissance de l’Evangile, nous sommes faits enfants de Dieu, frères de Jésus-Christ, combourgeois des saints, citoyens du royaume des cieux, héritiers de Dieu avec Jésus Christ, par lequel les pauvres sont faits riches, les faibles puissants, les fous sages, les désolés consolés, les douteux certains, les serfs affranchis. L’Evangile est parle de vie et de vérité. C’est la puissance de Dieu pour le salut de tous les croyants et la clef de la science de Dieu qui ouvre la porte du royaume des cieux aux fidèles, les déliant des péchés, et la ferme aux infidèles, les liant en leurs péchés. Bien heureux sont ceux qui l’oyent et la gardent. Car par cela ils montrent qu’ils sont enfants de Dieu. Malheureux sont ceux qui ne la veulent ni ouïr ni ensuivre, car ils sont enfants du diable.

 

Epître aux fidèles montrant comment Christ est la fin de la Loi. (préface au Nouveau Testament)

Ce que femme veut...

25 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

"Oui, mais si l'homme ne veut pas de cet amour ?" La question ressurgit toujours quand on annonce la grâce. Et je corrige intérieurement "pas si : quand, l'homme refuse toujours". Et je souris en pensant à un léopard nommé "bébé". Ou plutôt à une rousse volcanique

Dans L'impossible Mr. Bébé (Briging up baby, pour les puristes), David Huxley refuse l'amour de Susan : il a ses propres projets, sa vie, sa carrière, sa fiancée, sa clavicule intercostale, son brontosaure...

Mais peu importe, Susan, tête pas si folle que ça, est amoureuse et elle entraînera le malheureux professeur dans un tourbillon de catastrophes, de quiproquo, et de non-sens. Si l'on y regarde bien, la comédie de Howard Hawks nous raconte l'histoire  terrible d'une femme qui ruine la carrière et les fiançailles d'un homme afin de l'avoir pour elle. Pourtant, il est impossible de lui en vouloir, et ce n'est pas seulement à cause de son charme (ah Katherine Hepburn !  *soupir*) mais bien parce qu'il est évident qu'elle libère David.

J’aime bien cette image de la grâce, une avalanche de folie qui saisit l'homme contre son gré et, en le dépouillant de ses attachements, l'entraîne pour une liberté véritable.

Filmé par Howard Hawks, Dieu est rousse et la Bonne Nouvelle pétille d'humour.

Les mercredis de Calvin (38) La démocratie est le pire des systèmes...

23 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

On compte trois espèces du régime civil : à savoir la monarchie, qui est la domination d’un seul, qu’on le nomme roi, ou duc, ou autrement ; l’aristocratie, qui est une domination gouvernée par les principaux et gens d’apparence ; et la démocratie, qui est une domination populaire, en laquelle chacun du peuple a puissance.

Il est bien vrai qu’un roi ou autre à qui appartient la domination, aisément incline à être tyran. Mais cela est aussi facile, quand les gens d’apparence ont la supériorité, qu’ils conspirent à élever une domination inique ; et c’est encore beaucoup plus facile, là où le populaire a l’autorité qu’il émeuve sédition. Il est vrai que si on fait comparaison des trois espèces de gouvernements que j’ai récitées, que la prééminence de ceux qui gouverneront en tenant le peuple en liberté, sera plus à priser, non pas de soi, mais parce qu’il n’advient pas souvent et est quasi miracle que les rois se modèrent si bien que leur volonté ne s’écarte jamais de l’équité et de la droiture. D’autre part, c’est chose fort rare qu’ils soient munis de telle sagesse et vivacité d’esprit, que chacun voie ce qui est bon et utile. C’est pourquoi le vice, ou le défaut des hommes, est cause que l’espèce de supériorité la plus passable et la plus sûre, est que plusieurs gouvernent, s’aidant les uns les autres, et s’avertissant de leur office ; et si quelqu’un s’élève trop haut, que les autres lui soient comme censeurs et maîtres.

L’institution chrétienne Livre IV §20

 

C’est beau comme du Churchill, non ? La démocratie est le pire des systèmes… à l’exclusion de tous les autres…

Un silence gênant

22 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

 


Cette dernière vidéo de la série "pasteur, pourquoi pas toi ?" me gène terriblement. Non pas à cause de ce qui y est dit mais à cause de ce qui y est passé sous silence. Le pasteur est un homme ou une femme de la rencontre, c'est un interprète de l'Ecriture, un catéchète, une figure publique. Soit.

Mais comment se fait-il que dans ce portrait le pasteur paraisse aussi seul face à la communauté ? Où donc est passé son interlocutaire et partenaire régulier : le conseil presbytéral ?

Pour les non initiés aux structures de notre Eglise Réformée de France, le conseil presbytéral c'est cette équipe élue par la paroisse et dont le rôle est, d'après la discipline "de gouverner l'Eglise locale" et d'après notre liturgie de "porter la spirituelle et matérielle de la communauté", bref d'être le partenaire privilégié du pasteur dans son ministère

Le CP n'est peut-être pas le quotidien du pasteur mais c'est sûrement son « hebdomadaire », et de toute façon son mensuel.

Le fait qu'il soit omis dans ce clip fait désagréablement écho avec  ce que j'ai ressenti, a posteriori, comme une lacune de ma formation : l'absence de préparation au travail avec le C.P. sur un autre mode que "faire valoir les droits du ministre". J'espérai qu'en 15 ans, les choses auraient changé (c’était une époque de transition,  de transformation du ministère pastoral, je crois), mais cette vidéo m'inquiète. D'autant qu'elle s'adresse à des jeunes qui pour la plupart ne connaissent pas les rouages de notre Eglise. C'est dommage de parler du quotidien du ministre sans évoquer ce partenariat, ce travail d’équipe parfois frustrant ou éprouvant mais si souvent enrichissant et stimulant.

Ma situation de privilégié (j’ai travaillé avec trois conseils et j’ai aimé travaillé, parfois me battre, avec les trois) ne me fait pas tomber dans l’angélisme, je sais bien qu’il y a des conseils presbytéraux difficiles, voire pénibles. Mais bon, c’est vrai aussi des pasteurs me suis-je laissé dire. De l’inconvénient d’une Eglise faite de pâte humaine…

Et puis perdre de vue le conseil, c’est, fatalement, perdre de vue un aspect important du rôle du pasteur : le ministère de l’union. Plus encore que la formation théologique, c’est sa situation de représentant de l’Eglise nationale, qui distingue le pasteur du reste du conseil presbytéral (je ne l’ai pas dit ? le pasteur est membre de droit du CP) Rappeler que l’Eglise est plus vaste que la communauté locale, et parfois aussi, rappeler à l’Eglise nationale, l’existence de la communauté locale, sa spécificité, c’est aussi, me semble-t-il le ministère du pasteur.

Or je ne crois pas qu’un ministère pastoral puisse être un ministère heureux s’il se vit sans, voire contre, le conseil presbytéral ou sans, voire contre, l’Eglise. Etre pasteur, ce n'est pas être seul à la rencontre des autres.

Café biblique : contagions, entre fantasmes et réalités

18 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Consignes gouvernementales, spots publicitaires, gros titres, mesures extraordinaires, la rentrée s'est indiscutablement déroulée sous le signe de l'épidémie. Certains s'en inquiètent, d'autres s'agacent de cette communication omniprésente. Mais nul ne peut nier que la contagion et l'angoisse qu'elle suscite font partie de l'histoire de l'humanité.

Au delà de l'aspect médical, le café biblique se propose d'aborder les questions essentielles que pose la contagion : conscience de notre vulnérabilité, peur de l'autre, mais aussi solidarité, communauté, etc.

Avec la participation du Dr. Philipe Lecomte et du pasteur Eric George, un débat ouvert à tous.

Les mercredis de Calvin (37) Les sacrements

16 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

Un sacrement est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour soutenir la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les Anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu. On pourra encore plus brièvement définir ce qu’est un sacrement, en disant que c’est un témoignage de la grâce de Dieu envers nous, confirmé par un signe extérieur, avec une attestation mutuelle de l’honneur que nous lui portons. Que l’on choisisse celle qu’on voudra de ces deux définitions, elle s’accordera quant au sens à ce que dit Augustin, qu’un sacrement est un signe visible d’une chose sacrée, ou une forme visible de la grâce invisible.

(…)

Un sacrement n’est jamais sans que la Parole de Dieu précède, mais il lui est ajouté comme une dépendance pour la signer, la confirmer et nous la certifier plus fortement, selon que notre Seigneur voit que cela est nécessaire à l’ignorance de notre sens, puis à la lenteur et faiblesse de notre chair.

Or ce n’est pas parce que la Parole ne serait pas assez ferme de soi-même, ou qu’elle en puisse avoir meilleure confirmation quant à soi – car la vérité de Dieu est par soi seule si sûre et certaine, qu’elle ne peut avoir d’ailleurs une meilleure confirmation que de soi-même – mais c’est pour nous confirmer en elle. Car notre foi est si petite et débile, que si elle n’est appuyée de tous les côtés, et soutenue par tous les moyens, soudain elle est ébranlée en toutes parts, agitée et vacillante. Et d’autant que nous sommes si ignorants, et si adonnés et fichés aux choses terrestres et charnelles, que nous ne pensons ni ne pouvons comprendre ni concevoir rien qui soit spirituel, ainsi le Seigneur miséricordieux s’accommode en ceci  à la rudesse de notre sens, que même par les éléments terrestres, il nous mène à Lui, et nous fait contempler même en la chair, comme en un miroir, ses dons spirituels. Car si nous n’étions sensuels et enveloppés de nos corps, comme dit Chrysostome, ces choses nous seraient donnée sans figures corporelle ; mais parce que nous habitons en nos corps, Dieu nous donne les choses spirituelles sous des signes visibles. Non pas que les choses qui nous sont proposées pour sacrement, aient de leur nature telles qualités et vertus, mais parce qu’elles sont signées et marquées de Dieu pour avoir cette signification.

C’est ce qu’on dit communément, qu’un sacrement consiste en la Parole et au signe extérieur. Par la Parole, il ne faut pas entendre un murmure qui se fasse sans sens et intelligence, en barbotant à la façon des enchanteurs, comme si par cela se faisait la consécration ; mais il nous faut entendre la Parole qui nous est prêchée pour enseigner et nous faire savoir ce que veut dire le signe visible.

Institution Chrétienne Livre IV, §14 1 et 3-4


En niant son efficacité, Calvin ne dévalorise pas le sacrement. Bien au contraire, faire du sacrement un langage, c'est en faire un signe supplémentaire de l'amour de Dieu qui n'a de cesse de nous donner ce dont nous avons besoin. Le sacrement n'est plus un obscur rituel magique mais une affirmation claire et retentissante de l'amour de Dieu pour nous, malgré notre faiblesse, notre indignité et la "rudesse de nos sens"

Calvineries

13 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Année Calvin oblige, les comptoirs de librairie du monde protestant ont vu fleurir moult ouvrages sur Calvin, certains ont même débordés au-delà du monde protestant.

Conférence oblige, j'en ai lu quelques uns dont voilà un court recensement.

 

Calvin sans trop se fatiguer.  Forcément, avec un titre pareil, je ne pouvais pas résister. Mais en fait, s'il n'est effectivement pas fatiguant, le livre n'est pas non plus spécialement plaisant, peut-être trop didactique, peut-être pas assez approfondi. Je ne sais plus. Mais si le texte ne m'a pas emballé, il reste les merveilleuses illustrations de Mix et Remix. Grâce à elles, Calvin sans trop se fatiguer devient « Calvin en rigolant bien ».

A l’intention du pasteur réformé comme du lecteur chrétien, Calvin s’exerce à concevoir la meilleure méthode d’interprétation de la Bible (…) Il agit en pédagogue et, multipliant les sources, recourt à ce que nous appelons aujourd’hui les sciences humaines, la philologie comme l’histoire afin d’éclairer les chrétiens (…) Ce procédé remet en cause des idées établies depuis longtemps, mais Calvin en s’en émeut guère parce qu’il estime que l’essentiel est de retrouver le sens authentique d’un passage afin d’éviter les interprétations forcées ou « subtile » du texte qui confirmaient des préjugés théologiques

C. Elwood

 

Pas trop fatiguant non plus, le Calvin de Jean Luc Mouton, et celui-là est nettement plus agréable à lire. Une biographie qui évite l'hagiographie et (pas toujours) la relecture psychologisante. C'est parfois un peu confus, d'après les spécialistes, mieux vaut prendre certaines données avec des pincettes mais ça n'en reste pas moins un bon moyen de faire connaissance avec le personnage. Et puis c'est un blasphème contre la tradition d'invisibilité protestante : pensez donc, un livre de poche trouvable partout ! Mais quelle mouche a donc piqué le journaliste de Réforme ?

Calvin appartient à une génération convaincue d’avoir retrouvé le texte biblique et son message dans sa pureté originelle. Rien ne devait pouvoir le détourner de cette vocation sacrée. D’où les combats, les coups, la véhémence de ses joutes d’intellectuels, les débats vitupérant contre toutes les dérives, portés de part et d’autre de l’échiquier confessionnel. Ses attaques contre Rome et la papauté et ses dérives « superstitieuses » n’ont d’égales que ses emportements contre les « séditieux et les illuminés » issus des courants anabaptistes. Ses adversaires, tant du côté catholique que protestant et luthérien, ne l’ont pas non plus ménagé.

Y. Mouton

 

Le Calvin d’O. Millet n’est pas non plus beaucoup plus fatigant que le Calvin sans trop se fatiguer (même pas 200 pages), est à mon avis bien plus intéressant, présentant aussi bien la vie de Calvin que sa pensée, son héritage et l'origine de sa légende, noire ou dorée. Le top, ça aurait été la monographie de Millet avec les illustrations de Mix et Remix et la diffusion du Mouton.

Le conflit séculaire qui s’installe alors entre protestantisme et catholicisme, se construit en grande partie sur l’image, blanche ou noire, des réformateurs, mais tout particulièrement sur celle de Calvin. Pourquoi celui-ci est-il d’abord un enjeu majeur dans la bataille des images qui s’installe, lui plus encore que le premier réformateur, Martin Luther ? Du coté catholique, parce que Calvin est d’origine française, et appartient au départ, politiquement et culturellement, à la France, « fille aînée de l’Eglise ». Une véritable trahison ! Parce que la réforme calvinienne assume et accomplit, aux yeux des contemporains, ce qu’il y avait d’inaccompli, de limité géographiquement et culturellement dans la réforme germanique de Luther. Calvin et le laboratoire qu’il a créé, Genève, exercent un attrait redoutable, c’est eux qu’il faut d’abord abattre. Si la réforme protestante est une rupture qui inaugure une nouvelle manière d’être chrétien, la réforme calvinienne ajoute à cela, une nouvelle manière d’être membre de l’Eglise et de la société, nous dirions aujourd’hui d’être au monde et d’être européen. Avec Calvin, le temps et l’espace de l’occident chrétien ne sont plus les mêmes.

O. Millet

 

Enfin, le Jean Calvin (l'originalité du titre me confond) d'Olivier Abel nous lance dans  un genre nouveau : la biographie philosophique. Pour reprendre un mot de Guylène Dubois, de l'Arrêt aux pages (c'est pas de la pub,c'est du copinage), Abel "fait exploser Calvin", chaque évènement relaté, chaque aspect de la pensée présentée devient prétexte à un réflexion qui conduit Calvin bien au-delà de ses frontières théologiques, temporelles, ou géographiques. Sous la plume d'Abel, Calvin s'ouvre sur  l’éducation, la conflictualité, le désenchantement du monde…

Calvin définit sa position en s’opposant à ceux qui y voient une présence lourdement réelle du corps et du sang du Christ, mais aussi à ceux qui n’y voient qu’un signe vide, une convention arbitraire. Les sacrements sont « un signe extérieur par lequel notre Seigneur nous représente sa bonne volonté », et c’est pourquoi « notre confiance ne doit pas s’arrêter aux sacrements et la gloire de Dieu ne doit pas leur être transférée. Si les sacrements, c'est-à-dire pour Calvin, le Baptême et la Cène, son des signes, l’unité d’une chose sensible et d’une réalité spirituelle, il faut souligner à la fois l’absence de cette réalité, la distance infranchissable, et la donation présente, la re-présentation. En nominaliste adroit, Calvin l’appelle une métonymie. Si les signes humains, qui ont plutôt figures des choses absentes que enseignes et marques des présentes, prennent le nom de celles-ci […] chaque fois que tu trouveras ces formes de parler que le pain est le corps […] qu’il te souvienne de reconnaître que le nom de la chose supérieure et plus excellente est transférée à la chose inférieure selon la coutume ordinaire de l’Ecriture ». On peut dire que c’est encore une relecture de Platon, mais c’est déjà une théorie moderne du signe. Le signe en soi n’est rien sans l’intention significative qui lui donne son sens, sans la parole qui le remet dans un arc plus large et l’adresse : l »le pain n’est pas sacrement, sinon au regard des hommes auxquels la Parole s’est adressée. ». Le Signe n’est rien en soi , il n’a de sens que pour nous : « l’eau du baptême n’est point changée en soi, mais quand la promesse y est ajoutée, elle commence de nous être ce qu’elle n’était pas ». Et là encore se trouve l’important : « La vertu de la parole qui est au sacrement réside non pas en ce qu’elle est prononcée, mais en ce qu’elle est crue et reçue ».

O. Abel

 

Cette liste est loin d'être exhaustive et les ouvrages qui n'y figurent pas sont certainement dignes d'intérêt. Seulement je ne les ai pas lus.

 

C. ELWOOD et Mix et Remix : Calvin sans trop se fatiguer. Labor et Fides

J-L MOUTON : Calvin. Folio

O. MILLET. Calvin. Un homme, une œuvre un auteur. Infolio

O. ABEL : Jean Calvin. Pygmalion

Inglorious exegets

11 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

"Can you theologians speak any other language than Canaan patois ?"

Si on le prend pour un film de guerre, ou, pire, pour un film sur le nazisme, alors Inglorious Bastards devient insupportable. En revanche, une fois posé que Tarantino salue ici par un cli d'oeil tout le cinéma de genre, des 12 salopards à la nazixploitation, son film devient un très bon moment de cinéma (sauf si vous êtes allergique à Tarentino et à sa violence truculente).
Donc pas de note sur  l'incapacité de l'homme à combattre ses monstres sans en devenir un lui-même.
En revanche, c'est l'occasion de rappeler que le B-A-BA de l'étude biblique, c'est de se rappeler que les textes bibliques appartiennent à des genres différents et que le perdre de vue conduit à des non-sens encore pires que l'oubli de l'époque et de la culture. Et, sans tomber dans l'aberration qui consiste à faire de l'Ancien testament un code secret qui annoncerait otut le Nouveau Testament, cela se fait plus facilement qu'on croit, à cause de notre habitude de dire LA bible et de la considérer comme un ensemble homogène, on a vite fait de lire une parabole comme un traité de théologie, un mythe comme une allégorie, un psaume comme un récit historique.
Et puis, tiens puisque le jeu des langues à une telle importance dans Inglorious Bastard, c'est l'occasion de rappeler que les langues ont leur importance aussi, même si j'avoue beaucoup devoirs aux interlinéaires.

Vocations

10 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse


Cette vidéo me rapelle un petit exercice que Christian Bacuet avait proposé à la dernière pastorale régionale : en petit groupe de collègue laisser chacun raconter sa vocation puis dire ce qui aujourd'hui encore le maintient dans le ministère. Si la première partie de l'exercice suscite des récits très variés, chaque appel a lieu dans une histoire différente (c'est quand même le seul point sur lequel je regrette mes origines catholiques : dans ma famille d'intellectuels calotins, je n'ai jamais assisté à ces longues discussions dominicales sur la prédication), en revanche, la deuxième partie nous rassemble autour d'un mot : "reconnaissance". Si la vocation est d'abbord un évènement personnel, intime même, elle a besoin d'être confirmée par d'autres. Nos paroissiens, nos collègues nous critiquent, parfois durement (d'autant plus durement, quand c'est à juste titre). Mais ces critiques portent sur la manière dont nous habitons ce ministère dans lequel ils nous reconnaissent.
Si je suis devenu pasteur, c'est que Dieu m'y a appelé. Si je le reste, c'est parce que des frères et soeurs me reconnaissent comme tel.

Les mercredis de Calvin (36) Eglise visible, Eglise invisible

9 Septembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

 

L’Ecriture Sainte parle de l’Eglise en deux sortes. Quelquefois en usant de ce nom, elle entend l’Eglise telle qu’elle est en vérité, et en laquelle ne sont compris que ceux qui par la grâce d’adoption sont enfants de Dieu et, par la sanctification de son Esprit, sont vrais membres de Jésus Christ. Et alors non seulement elle parle des saints qui habitent sur la terre, mais de tous les élus qui ont été depuis le commencement du monde.

Souvent d’autre part, par le nom d’Eglise elle signifie toute la multitude des hommes, laquelle étant éparse en divers région du monde, fait une même profession d’honorer Dieu et jésus Christ, a le baptême pour témoignage de sa foi, en participant à la cène affirme avoir unité en doctrine et en charité, est consentante à la Parole de Dieu, dont elle veut garder la prédication, suivant le commandement de Jésus Christ. En cette Eglise, il y a plusieurs hypocrites mêlés avec les bons, qui n’ont rien de Jésus Christ, hors le titre et l’apparence : les uns ambitieux, les autres avaricieux, les autres médisants, certains de vie dissolue, qui sont tolérés pour un temps, ou parce qu’on ne peut les convaincre juridiquement, ou bien parce que la discipline n’est pas toujours en telle vigueur qu’elle devrait. De même qu’il nous est nécessaire de croire l’Eglise qui nous est invisible et connue de Dieu seul, aussi il nous est commandé d’avoir cette Eglise visible en honneur, et de nous maintenir en sa communion.

C’est pourquoi le Seigneur nous l’a marquée de certains signes et enseignes, en tant qu’il nous était expédient de la connaître. Il est vrai que ce privilège appartient à lui seul de connaître ceux qui sont les siens (II Timothée 2 ; 19). Et de fait, afin que la témérité des hommes ne s’avançât jusque-là, il y a mis bon ordre, nous avertissant journellement par expérience combien ses jugements secrets surmontent notre sens. Car d’une part ceux qui semblaient totalement perdus et qu’on tenait pour désespérés, sont réduits au droit chemin, d’un autre côté ceux qui semblaient bien fermes, trébuchent. C’est pourquoi selon la prédestination de Dieu, cachée et secrète comme dit S. Augustin, il y a beaucoup de brebis hors de l’Eglise, et beaucoup de loups dedans Car il connaît et a marqué ceux qui ne connaissent ni lui ni eux-mêmes. Touchant à ceux qui portent extérieurement sa marque, il n’y a que ses yeux qui voient ceux qui sont saints sans feintise, et doivent persévérer jusques à la fin : ce qui est le principal de notre salut.

Toutefois, parce que le Seigneur voyait être expédient de savoir quels sont ceux que nous devons tenir pour ses enfants, il s’est accommodé en cet endroit de notre capacité. Et d’autant qu’il n’était pas besoin en cela de certitude de foi, il a mis à la place un jugement de charité, selon lequel nous devons reconnaître pour les membres de l’Eglise tous ceux qui par confession de foi, par bons exemples de vie et participation aux sacrements, confessent un même Dieu et un même Christ que nous.

Or, d’autant qu’il nous était nécessaire de connaître le corps de l’Eglise, pour nous y adjoindre, il nous l’a marqué de certaines enseignes, auxquelles l’Eglise nous apparaît évidemment et comme à l’œil.

Voilà d’où nous avons l’Eglise visible. Car partout où nous voyons la Parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les sacrements être administrés selon l’institution du Christ, là, il ne faut nullement douter qu’il n’y ait l’Eglise (Ephésiens II ; 20)

Institution chrétienne Livre IV §7 à 9

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