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Miettes de théologie

Balades irlandaises

30 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs


Comme  chaque nouvel album, Molly Malone tourne en boucle dans mon lecteur de CD.

Ce dernier album de Renaud s'inscrit dans la lignée de Renaud cante el nord et du petit bal du samedi soir. En effet, loin de son habituel hétéroclisme musical, le chanteur énervant nous propose son adaptation de ballades irlandaises.

Du coup, sur la pochette, se côtoient la croix huguenote et le trèfle irlandais. D'ordinaire, le protestantisme de Renaud m'indiffère plutôt (en fait, c'est même du favoritisme éhonté de ma part, en règle générale le protestantisme sociologique m'agace) mais il donne à cet album une saveur toute particulière. En effet, dans le conflit que chante ici Renaud, admirateur de l'esprit camisard, les protestants ne tiennent pas le rôle de la minorité persécutée... Bien sûr, le conflit irlandais est un peu plus complexe qu'une guerre de religion, n'empêche qu'il donne un sérieux coup de canif à un certain chauvinisme protestant. Et j'aime bien ce décalage, comme une piqûre de rappel contre la tentation hagiographique protestante.

Qu'il  traduise ou  adapte ces chants, les mots de Renaud s'accordent avec bonheur aux mélodies irlandaises, il chante la misère, la nostalgie, la colère aussi, et contrairement à sa voix, ses paroles tombent juste.

En particulier quand il transforme le facétieux Don't get married, girls en plaidoyer radical pour la non-violence.

Donne ton amour, ta flamme

Et ce pour l'éternité

A qui déteste les armes

Fussent-elles de la liberté

 

Eraillé certes (parfois à la limite du supportable), mais aussi émouvant et beau.

Et puis bon, les chansons de Renaud et moi, c'est une longue histoire.

26 jours d'Avent

29 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Je sais j'ai été plutôt silencieux ces derniers jours mais c'est parce que je planchais sur l'ABECEDAIRE de Noël
pour notre site paroissial (en ligne dès aujourd'hui)
(En remerciant un lapin crétin misanthrope et mélomane pour son concours musical)

Mais j'ai plein d 'articles en cours...

Une lumière pour chasser la peur

29 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 29 novembre 2009

Luc II, 8 à 14

Romains VIII, 31 à 39

Esaïe VIII, 17 à 23

 

Dans sa chambre, l'enfant s'éveille. Un bruit peut-être ou un cauchemar. Toute la maison dort et le matin est loin encore. L'enfant écarquille les yeux dans l'espoir de trouver ne serait-ce qu'un infime rayon de lumière et s'y raccrocher. Mais il n'y a rien que les ténèbres, les ténèbres qui avalent tout, les ténèbres qui sont bien pire que tous les monstres qui pourraient s'y tapir parce que les ténèbres eux sont bien réels.

 

Peut-être cette scène vous a-t-elle évoqué des souvenirs, lointains souvenirs d'enfants ou peut-être souvenir de parents. Quoiqu'il en soit c'est cette image qui m'est venue à l'esprit en lisant ces quelques mots d'Esaïe : il n'y verra que détresse obscurité et sombre angoisse.

En effet, ces quelques mots viennent nous rappeler que la première réalité des ténèbres, c'est la peur. Peur de l'enfant dans le noir, panique du claustrophobe dans un endroit clos,  sentiment d'insécurité du promeneur nocturne.

Par analogie, je crois que nous pouvons parler du monde de ténèbres dans lequel nous vivons parce que nous vivons dans la peur.

Il y a nos peurs quotidiennes : peur de la maladie ou de l'agression. Il y a nos grandes peurs actuelles : peur de la précarité, des catastrophes naturelles peur de cette nouvelle forme de guerre qui s'appelle le terrorisme. Et puis, il y a cette peur sans doute plus diffuse et profonde : l'angoisse de vivre dans un monde dont nous ne tenons pas les rennes, dont nous ne comprenons pas le sens.

Bien sûr, nous ne réagissons pas tous de la même façon nous ne nous focalisons pas tous de la même manière sur nos peurs, mais la peur est là, pour chacun de nous.

Et cette peur n’est certainement pas sans fondement : Esaïe reconnaît bien que l’angoisse est justifiée et ni son message d’espérance, ni celui de l’ange, ni celui de Paul ne disent « n’ayez pas peur car il n’y a pas de danger… Mais avant de voir ce message biblique d’espérance, voyons un peu les autres réponses à nos peurs.

 

En effet, autour de cette peur, aujourd’hui comme à l'époque d'Esaïe, arrivent les exploiteurs de la peur : Consultez ceux qui évoquent les morts et ceux qui prédisent l'avenir, Qui poussent des sifflements et des soupirs,  Un peuple ne consultera-t-il pas ses dieux? Ne s'adressera-t-il pas aux morts en faveur des vivants ? (Esaïe VIII, 19)

Ces exploiteurs n'ont pas beaucoup changé en fait.

Parmi eux, on trouve toujours ceux qui invoquent les morts, Je ne parle pas ici de roman ou de cinéma, je ne crois pas que l’imaginaire soit un danger. Bien plus dangereux en revanche me semblent les médiums, astrologues, spirites et voyants de tout poil : ceux qui font commerce de forces occultes. Puisque je peux parler aux morts, c’est que la mort  n’est pas à craindre. Puisque je peux prédire l’avenir, c’est que tout est déjà sous contrôle, c’est que chacun peut, s’il le veut, se préparer et influencer demain. Et c’est terriblement tentant de se rassurer ainsi, de se noyer dans l’illusion d’un contrôle sur notre vie, sur notre destin et même sur notre mort. La Bible a toujours sévèrement condamné ces pratiques, et je ne crois pas que ce soit dans un esprit de crainte de la concurrence. En effet, elle ne les associe pas tout à fait à des idoles. Elle associe plutôt cela au fait de vouloir être Dieu à la place de Dieu, à ce refus de l’homme d’assumer la place qui lui est donné, refus qu’on appelle le péché originel. Je veux m’aventurer sur des terrains qui ne sont pas les miens parce que cela m’effraye que des terrains puissent ne pas être les miens.

Un peuple ne consultera-t-il pas ses dieux ?

Mais la voyance, le spiritisme, le new age ne sont pas nos seuls recours pour nous rassurer

Nous nous tournons aussi vers nos dieux. Cela peut-être l’idéologie politique : quoi de plus rassurant que des slogans, qu’un monde dûment catégorisé entre le bien (ceux qui pensent comme nous) et le mal et l’erreur (les autres), un monde où chaque chose est à sa place et où les solutions sont simples.

Cela peut-être aussi l’économie. Les plus riches comptent sur leur argent les gardera de tous les maux du monde. Nous, nous aimerions parfois simplement en avoir un peu plus, en nous disant que cela nous serait utile en cas de pépin. A une échelle pus globale, on a souvent tendance à croire que la crise économique est le pire de tous les maux et que si nous en sortions, il n’y aurait plus de problème. Bref, Mammon (c’est ainsi que Jésus appelle l’argent) n’a pas de soucis à se faire quant à l’hémorragie de ses fidèles…

Ca peut être aussi la machine que ce soit la voiture, l’ordinateur, nos incroyables systèmes de sécurités ou notre technologie médicale de pointe. Tous ces prodiges censés nous permettre de tenir le monde sous contrôle nous rassurent incontestablement et nous nous confions littéralement à eux.

J’ai appelé tous ceux-là des profiteurs de la peur, cela ne signifie pas qu’ils soient forcément menteurs. Beaucoup sont convaincus que leurs solutions, qu’elles soient magiques, technologiques ou politiques sont les bonnes. Mais cela n’empêche pas que ces profiteurs de peur soient mensongers.

Esaïe l’annonce, avoir recours à de telles solutions, c’est prolonger la peur. Parce que ces prétendus réconforts ne font que laisser trop de monde sur le carreau ou soulever de nouvelles peurs, de nouvelles questions. Et une peur chassée est aussi vite remplacée par une nouvelle peur. Le motif change mais la peur reste là…

Mais revenons à notre enfant et à sa peur du noir. Il a crié. Et très vite, sous la porte, il voit que la lumière du couloir s’est allumée. Il sait qu’il aura droit à des reproches, peut-être se fera-t-il gronder mais qu’importe, les ténèbres ont été vaincues, sa peur a disparu.

Quelle lumière s’allume pour nous ?

Pour Esaïe, c’est dans la Loi et le témoignage que nous la trouvons. La Loi, c'est-à-dire l’Alliance. Dieu fait alliance avec son peuple, il ne se détourne pas de nous.

Et l’ange vient annoncer aux bergers que cette Alliance est manifestée à toute l’humanité en Jésus Christ.

C’est bien ce qu’affirme Paul : une fois que je sais qui est Jésus Christ, une fois que je reconnais en lui l’amour de Dieu pour moi, aucune des catastrophes qui me tombent dessus ne peut plus me mettre à terre. Parce qu’aucune de ces catastrophes ne signifie que mon Dieu se soit détourné de moi.

Et la lumière brille dans le couloir. Pour dire « tu n’es pas seul, je suis là ». Même si elle ne nous éclaire pas encore, même si elle ne dissipe pas nos ténèbres, cette lumière chasse notre peur et nous assure que Dieu se tient à nos côtés.

 

Frères et sœurs, en ce temps de l’Avent que cette lumière brille pour nous et que nous la partagions avec ceux qui nous entourent. « N’aie pas peur, rien ne peut te séparer de l’amour de Dieu. »

Amen

UN certain juif Jésus T. III Attachements, affrontements, ruptures

27 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Autrefois les seules sources dont nous disposons pour connaître ces groupes étaient citées avec une confiance naïve en leur totale fiabilité et avec un aveuglement remarquable sur leurs contradictions mutuelles et même sur leurs contradictions internes ; aujourd’hui beaucoup d’exégètes portent sur elles un regard nettement plus sceptique. Les trois sources qui nous permettent de connaître les pharisiens et les saducéens sont, dans l’ordre chronologique, le Nouveau Testament (Paul, les quatre évangiles et les Actes, qui vont des années 50 à l’an 100 environ), Josèphe (dont les ouvrages vont des années 70 à l’an 100 environ) et la littérature rabbinique (dont le premier ouvrage est la Mishna, vers 200-220). Pour chacune de ces sources, on est confronté à de sérieux problèmes.

John P. Meier

Trois ans après, je me replonge dans Meier, retrouvant son fictif "conclave non papal" enfermé à la recherche d'un consensus sur le Jésus historique,  ses critères d'historicité (l’embarras (les actions et parole de Jésus embarrassantes pour l’Église primitive), la discontinuité (ou dissemblance) (les paroles et les actes de Jésus ne pouvant dériver ni du judaïsme du temps de Jésus ni de l’Église primitive), l’attestation multiple (paroles et actes de Jésus attesté par plus d’une source littéraire indépendante), la cohérence (paroles et actes de Jésus en harmonie avec la base de donnée établie au moyen des trois critères précédents), le rejet et l'exécution  (actes et parole menaçant, dérangeant, exaspérant les gens notamment les autorités)), sa recherche minutieuse et détaillée aboutissant à des pavés de 800 pages dont 350 sont des notes. Ce troisième tome est consacré à ceux qui entourent Jésus, ceux qui le suivent et les courants rivaux. L'étude des premiers se fait sur le mode concentrique : les foules, les disciples, les douze et pour ces dernier une étude au cas par cas, un choix un peu étrange, puis que dans 11 cas sur 13 (non ce n'est pas une erreur de calcul, les 12 étaient bien 13, ou plutôt 13 individus ont bien fait partie des 12 pendant le ministère de Jésus) Meier reconnaît qu'on ne sait rien (seuls Simon-Pierre et Judas échappent à ce brouillard d'ignorance).

La deuxième partie sur les courants rivaux m'intéressait nettement plus et je n'ai pas été déçu. En revanche j'ai été frustré. Mais pas déçu. Mais frustré. Je m'explique.

Comme beaucoup, j'ai l'impression que si le Jésus historique ne nous est connu, à de rares exceptions près, que par des sources chrétiennes, le contexte dans lequel il vivait, et en particulier son contexte religieux était bien mieux connu et riche de renseignement sur ce certain juif, Jésus. Je me réjouissais donc d'avoir une description détaillée des pharisiens, saducéens, esséniens et autres zélotes que Jésus avait pu fréquenter.

Seulement voilà, Meier applique sa démarche de chercheur aussi  ce background et nous fait prendre conscience que cette époque n'est pas aussi bien connue que nous pourrions le croire et que les principales sources dont nous disposons sur le judaïsme de l'époque de Jésus sont les évangiles. Bien sûr, Meier se penche aussi sur les juifs Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie, il utilise les manuscrits de Qumran ainsi que très tardifs texte de la Mishna, mais il leur applique à eux aussi, ses critères d'historicité. S'ensuit une véritable offense pour la soif de simplicité et de raccourcis du public. Là où les livres sérieux nous abreuvent de stéréotypes sans nous faire perdre notre temps en nous disant d'où ils sortent , Meier développe sa méthode à l'envie pour arriver à la conclusion : on ne sait pas grand chose et ce qu'on croit savoir n'est pas si sûr que ça. Et il nous fait le coup pour chaque groupe !

Frustrant. Et pourtant si l’on sort de ce livre peut-être un peu moins sûr, un peu plus perdu, on en sort aussi beaucoup plus riche.

 

Les mercredis de Calvin (47) Le sens de la vie

25 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.


Quelle est la principale fin de la vie humaine ? C’est de connaître Dieu. Parce que Dieu nous a créés et mis au monde pour être glorifié par nous. Et il est bien raisonnable que, puisqu’il est l’auteur de notre vie, nous la rapportions toute à sa gloire. Quel est le souverain bien des hommes ? Cela même. Parce que sans cela notre condition serait plus malheureuse que celle des bêtes.

Nous voyons donc par là, qu’il n’y a pas de malheur si grand que de ne pas vivre selon Dieu ? Il est vrai (…)

Quelle est a manière de le bien honorer ? C’est que nous mettions toute notre confiance en lui ; que nous le servions, en obéissant à sa volonté ; que nous l’invoquions dans toutes nos nécessités, cherchant en lui notre salut et notre bonheur ; et qu’enfin, nous reconnaissons du cœur et de la bouche que toutes sortes de bien viennent de lui seul

Catéchisme de Genève

Les mercredis de Calvin (46) Inséparables foi et oeuvres

18 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votreserviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

Nous démontrons le seul port de salut être en la miséricorde de Dieu qui nous exhibée en Jésus Christ. Car en lui seul, out ce qui appartient à notre salut est accompli. Attendu donc que tous les humains sont condamnés pécheurs devant Dieu, nous disons Christ être la seule justice ; lequel, par son obéissance, a effacé nos transgressions ; par son sacrifice l’ire de Dieu a été apaisée ; par son sang, il nous a nettoyé de toute macule ; par sa croix il a soutenu notre malédiction : par sa mort il a satisfait pour nous. En cette manière, nous disons l’homme être réconcilié à Dieu le Père par Christ ; non par mérite ou dignité de ses œuvres, mais par la bonté et clémence gratuite du Seigneur. Quand donc par foi nous embrassons Christ et venons comme en communion et participation, nous appelons cela, selon l’Ecriture, justice de foi. Qu’as-tu ici ô Sadolet, que tu puisses mordre ou reprendre ? Est-ce pour tant que nous n’attribuons rien aux œuvres ? Certes, pour la justification de l’homme, nous nions qu’elles valent non pas un poil de tête. Car l’Ecriture dit si clairement en tant de passages que tous nous sommes perdus, et personne n’est sur ce point pressé par sa conscience. Cette même Ecriture ne nous met en autre espérance, sinon en la seule bonté de Dieu par laquelle nos péchés nous sont pardonnés et justice nous est imputée. Et si dit que l’un et l’autre est don gratuit afin qu’elle déclare finalement l’homme être bienheureux sans les œuvres.

(…

Pour la justification de l’homme nous nions les bonnes œuvres avoir aucun lieu mais leur assignons leur règne en la vie des justes. Car si celui qui est justifié possède Jésus Christ  et que Christ ne soit jamais sans son Esprit, il s’ensuit nécessairement que cette justice gratuite est toujours conjointe à la régénération. Par quoi si tu veux bien comprendre comment la foi et les œuvres sont choses inséparables, regarde en Christ qui, comme dit l’Apôtre, nous a été donné en justice et sanctification. Donc quelque part que la justice de foi que nous disons gratuite est, Christ aussi y est. Et là où est Christ, l’Esprit de sanctification est présent pour régénérer l’âme en nouveauté de vie. Au contraire, où il n’y a nulle étude de sainteté et innocence, ni Christ ni son Esprit ne peuvent y être. Et là où Christ n’est point, là aussi n’est point justice ni même la foi, laquelle ne peut appréhender Christ en justice sans l’Esprit de sanctification. Vu donc que, ainsi que nous disons, Jésus Christ régénère à la vie bienheureuse ceux qu’il justifie, après qu’il les a retirés du Royaume de péché pour les mener au royaume de justice, les transfigurant en l’image de Dieu et les réformant par son Esprit à l’obéissance de sa volonté, il n’y a point d’apparence de te vouloir plaindre que par notre doctrine nous lâchons la bride aux désirs de la chair.

Epître à Sadolet

L'hospitalité eucharistique déclinée

12 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

La messe s’est bien passée, je dois dire que j’aime bien être prédicateur invité… Au fait, tu viens communier ?  me demande le prêtre juste avant la célébration eucharistique. Pris au dépourvu, je chuchote "Non, mais donne-moi la parole".

Voici ce que j'ai essayé de dire (peut-être l'ai-je mieux dit, peut-être était-ce pire : c'était improvisé)

Lorsque nous avons préparé cet cérémonie, nous n'avons pas évoqué la question de la communion : il était clair qu'il s'agissait d'une messe. Cette invitation est donc tout à fait inattendue et j'aime que les choses se soient passées comme ça. En effet, dans le dialogue oecuménique, la question de la communion est une question difficile, douloureuse même pour certains. Et en ne la mettant pas au coeur de notre préparation, nous avons vu que nous pouvions célébrer ensembles, témoigner ensembles.

En nous invitant comme il l'a fait, le prêtre nous montre que lorsque l'amour de Jésus Christ nous rassemble, nos différences doctrinales ne peuvent plus nous diviser. Les protestants dans l'assemblée décideront chacun comment ils souhaitent répondre à l'invitation.

Pour ma part, tout en disant ma reconnaissance, je vais la décliner. Ne voyez pas dans mon abstention un refus ou un rejet, mais avant tout une marque de respect et aussi un rappel. Une marque de respect pour votre doctrine qui n'est pas la note. Et puis, parce qu'en tant que pasteur, je représente ici l'Eglise Réformée de France,  voyez-y aussi le rappel que l'oecuménisme est aussi un dialogue entre deux institutions et que concernant la communion, il y a encore beaucoup de chemin à faire dans ce dialogue. Pour ces raisons, je m'abstiendrai aujourd'hui mais soyez certain que cela ne diminue en rien la communion que nous avons vécue ce matin.

 

Ce matin là, c'est le prêtre qui a témoigné d'une ouverture qui transcende la doctrine, et le pasteur qui s'est fait le gardien de la doctrine. Mais je ne regrette ni ma décision, ni mon abstention (j'aurai sans doute dû rester debout le temps de la communion, ceci dit, mais je suis nul en gestes liturgique). La plupart des protestants présents sont allés communier (y compris certains qui s'abstiennent d'ordinaire à la messe) Et je garde de cette matinée une profonde saveur oecuménique.

Les mercredis de Calvin (45) Guerres légitimes ?

11 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.


Attendu qu’il est quelquefois nécessaire aux rois et aux peuples d’entreprendre une guerre pour exercer cette vengeance, nous pouvons de cette raison pareillement estimer que les guerres tendant à cette fin sont légitimes. Car si la puissance leur est donnée pour conserver la tranquillité de leur pays et territoire, pour réprimer les séditions des hommes noiseux et ennemis de la paix, pour secourir ceux qui souffrent violence, pour châtier les méfaits, la pourraient-ils employer à meilleure occasion qu’à rompre et abattre les efforts de ceux par lesquels tant le repos de chacun, que la commune tranquillité sont troublées, et qui séditieusement font émeutes, violences oppressions et autres méfaits ? S’ils doivent être gardes et défenseurs des lois, il appartient qu’ils rompent les efforts de tous ceux par l’injustice desquels la discipline des lois est corrompue. Et même s’ils punissent à bon droit les brigands qui n’auront fait de tort qu’à peu de personnes, doivent-il laisser toute la région être vexée par briganderie, sans y mettre la main ? Peu importe si celui qui se jette sur le territoire d’autrui, auquel il n’a nul droit pour y faire pillage et meurtre, soit roi ou homme de bas état. Toutes ces sortes de gens doivent être réputés comme brigands et punis pour tels. La nature même nous enseigne cela, que le devoir des princes est d’user du glaive non seulement pour corriger les fautes des personnes privées, mais aussi pour la défense des pays à eux commis, si on y fait quelque agression. Pareillement le Saint Esprit nous déclare en l’Ecriture que de telles guerres sont légitimes (…)

Mais les magistrats ont ici à se donner garde de n’obéir tant soit peu à leur cupidité. Plutôt au contraire, soit qu’ils aient à faire quelque punition, ils se doivent abstenir de colère, de haine, de sévérité trop rigoureuse, et, comme dit S. Augustin, pour l’humanité commune ils doivent avoir compassion de celui qu’ils punissent pour ses propres méfaits : soit qu’il faille prendre les armes contre quelques ennemis, c'est-à-dire contre les brigands armés, ils ne doivent pas chercher une occasion légère, et même, quand l’occasion s’offrirait, ils doivent la fuir, s’ils ne sont contraints par grande nécessité. Car s’il nous faut encore beaucoup mieux faire que les païens n’enseignent, desquels quelqu’un dot que si la guerre ne doit tendre à autre fin qu’à chercher la paix, il faut certes essayer tous les moyens avant que d’en venir aux armes.

Institution chrétienne Livre IV, § 20, 11 et 12

 

Bon, on remarquera que pour Calvin, entrer en armes dans un pays, c’est du brigandage et que la seule guerre légitime c’est la défense contre ce brigandage, ce qui exclut toute guerre d’invasion et autre type de croisade, du coup on ne sera pas trop surpris qu’il se contente d’affirmer que le Saint esprit déclare en l’Ecriture que de telles guerres sont légitimes, difficiles de ne voir dans les guerres de Canaan que des guerres légitimes avec une telle restriction…

Mais ma conclusion, c’est qu’on a beau s’appeler Jean Calvin, essayer d’établir une société chrétienne, c’est forcément faire des petits arrangements avec l’Evangile. Je crois qu’en attendant le Royaume, il est plus sage de demander à Dieu de nous aider à vivre en chrétien dans notre société…

Le silence et le cri

10 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Continuons de nous taire en public

Max Dubois

 

A ma droite, la médiathèque, à ma gauche, l'hôtel de ville déploie ses drapeaux : la Normandie, la France, l'Europe... Un panneau publicitaire me cache l'espace qui devrait logiquement accueillir un drapeau à l'échelle du monde. Autour de moi, un cercle d'une cinquantaine de personnes de tous âges, de diverses confessions, de multiples opinions politiques, un cercle qui s'élargit et se resserre au gré de ceux qui le rejoignent ou le quittent. Beaucoup de symboles de mon identité nationale (quoique certains ricaneraient en m'entendant mettre mon identité dans le silence)...

Au mois d'octobre, nous avions difficilement rassemblé 25 personnes (je m'aperçois que je n'ai jamais terminé la note que j'avais commencé pour l'occasion), cette fois nous sommes monté jusqu'à 60. Sans doute parce que nous avons plus communiqué de peur que le silence soit étouffé. Peut-être aussi parce que nous avons invité plus largement, en précisant que rien n'oblige à rester toute une heure.

Mais si nous sommes rassurés, à la vérité, le sentiment dominant reste l'impuissance : nous n'avons pas de solutions. Or, le sans papier a pris pour moi un visage et plus efficacement que tous les discours, ce visage me crie l'urgence, le tragique et l'inextricable.

Je ne sais pas et je me tais. Mais je sais que je ne peux pas garder ce silence pour moi.

Un don dans le vide, et pourtant...

9 Novembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 8 novembre 2009

Rassemblement régional de l'ACAT Normandie

I Rois XVII, 10-16

Marc XII, 38-44

 

    Les textes que nous venons d'entendre ne me conduisent pas à vous parler de ceux qui souffrent (ce n'est pas un mal : la plupart d'entre vous en savent plus long sur les suppliciés que moi), ils m'invitent plutôt à vous parler de vous. En effet, ces textes nous parlent d'un don dans le vide, de reconnaissance et d'espérance.

 

    Don dans le vide, l'expression est un peu forte mais c'est bien ce qui réunit la veuve de Sarepta et celle de Jérusalem : le dérisoire de leur geste.

    En effet, quoi de plus dérisoire que de partager en trois ce qui ne suffit pas pour deux, quoi de plus dérisoire que le geste auquel consent la veuve de Sarepta ? Eh bien peut-être celui qu'accomplit la veuve de Jérusalem, une offrande trois fois inutile. Le tronc rassemble les offrandes à l'entretien du temple et au service religieux dans le temple. Or, dès qu'on considère la destination pratique d'un don, ce qui compte c'est la valeur absolue de celui-ci et non pas sa valeur relative. Qu'importe si la proportionnellement à ce qu'elle a, la veuve a donné beaucoup, en fin de compte, son don ne pèsera pas lourd en terme d'utilité.

    Et puis, d'un point de vue religieux, cette offrande pour le service du temple ne sert à rien non plus. En effet, juste après avoir salué son geste, Jésus va annoncer la destruction du temple. Alors décidément ces quelques centimes ne vont servir à rien.

    Enfin, et je ne crois pas être trop protestant pour une célébration œcuménique en disant cela mais d'un point de vue spirituel, cette offrande n'est pas non plus utile : Dieu n'aimera pas plus la veuve pour ce qu'elle a donné, Dieu ne nous aime pas selon nos mérites. D'ailleurs, Jésus ne fait aucune mention d'une récompense qui irait à la veuve, il ne lui promet pas le Royaume, ni le salut, il se contente de montrer à ses disciples qu'en ne donnant presque rien, elle a donné plus que tous les autres.

    Je crois que, souvent dans nos actions pour l'ACAT nous partageons ce sentiment de donner dans le vide. Je sais bien qu'on se répète que par leurs nombres, ces lettres peuvent tout changer, que dire aux gouvernements qui torturent qu'on sait qu'ils torturent, c'est leur mettre un frein, que des prisonniers reçoivent ces lettres et avec elles l'espoir. Mais qui n'a jamais eu un profond sentiment de dérisoire face aux lettres que nous envoyons, aux pétitions que nous signons, aux cercles de silences auxquels nous participons ? Qui ne s'est jamais dit « A quoi bon ? »

    En fait, je crois que c'est une bonne chose que nous nous posions cette question car elle montre que justement ces actions n'ont pas pour but de nous donner bonne conscience, mais qu'au contraire, elles ouvrent notre conscience, elles l'élargissent. C'est une bonne chose certes, mais c'est quand même douloureux alors nous en revenons vite à affirmer l'utilité de nos actions. C'est normal, toute notre culture met la valeur d'une action dans son utilité.

    Eh bien, dans le cadre chrétien qui est celui de l'ACAT, l'offrande la pauvre veuve vient nous parler d'une reconnaissance qui ne tient pas compte de l'utilité. Jésus rassemble ses disciples pour leur montrer le geste de la veuve. Cette veuve anonyme, est encore connue, reconnue, deux mille ans plus tard pour une offrande trois fois inutile.

    La langue française associe reconnaissance et gratitude, c'est dommage parce que je crois qu'il y a deux réalités différentes. La gratitude implique une utilité : pour que j'ai de la gratitude envers quelqu'un, il faut que j'ai le sentiment que son action a été bénéfique pour moi. La reconnaissance en revanche n'implique pas d'utilité pour moi mais plutôt quelle place le geste prend dans celui qui l'accomplit. Il va sans dire que cette distinction entre gratitude et reconnaissance n'implique ni opposition, ni hiérarchie entre les deux. Mais la confusion est regrettable parce qu'elle nous entraîne à toujours chercher la gratitude, à toujours  voir ce que nous faisons sous l'angle de l'utilité. Eh bien, en célébrant l'offrande de rien du tout d'une pauvre veuve, Jésus nous affirme que le moindre de nos geste, même le plus dérisoire, même le plus inutile est reconnu.

 

 Le geste de la veuve de Sarepta, lui, nous parle de ce qu'il y a en amont de nos gestes. En effet, ce qui va permettre à cette veuve étrangère de nourrir Elie, c'est la promesse d'une jarre d'huile qui ne désemplit pas, d'un pot de farine qui ne se vide pas.

J'y vois une très belle image de l'espérance. En effet, comme l'espérance, c'est un don qui rend le don possible, comme l'espérance c'est un don immense qui ne paie pas de mine. Pour Elie, le prophète de l'action d'éclat qui a lancé une sécheresse sur tout le pays, qui ressuscitera un mort, qui fera s'abattre le feu du ciel, le prodige de la cruche d'huile est vraiment sans apparence. Pensez à la  caverne d'Ali Baba, à côté, ce pot de farine, ce n'est vraiment pas grand chose. Et pourtant, il n'est pas besoin d'être très fort en math pour comprendre que la jarre et le pot sont une bien plus grande richesse. Il en va de même pour l'espérance : cela n'a l'air de rien, cela semble une folie et pourtant c'est une force inépuisable parce que c'est un don de Dieu. Si l'espoir s'appuie sur notre raison humaine, l'espérance, elle est un don de Dieu. C'est pour cela que nous pouvons espérer même quand, il n'y a plus d'espoir : pensez à l'espérance de la résurrection alors que le dicton dit vrai, il n'y a de l'espoir que tant qu'il a de la vie. Et l'espérance est un don qui nous permet d'agir. Au-delà de l'espoir que notre action servira à quelques uns, que nos lettres allègeront l'existence d'un prisonnier, que nos pétitions freineront un gouvernement, la source de notre action est dans l'espérance qu'un jour l'humain ne mutilera plus l'humain. Et parce que Dieu est fidèle, cette espérance ne tarira jamais.

 

Frères et sœurs, nourrissez-vous, nourrissons-nous de cette espérance que notre Dieu renouvelle sans cesse et sachons que, par lui, le moindre de nos actes est reconnu.