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Miettes de théologie

Pour toi

25 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Georges_de_la_tour_nativite.jpgPrédication du 25 décembre 2010

Exode XXVII

II Corinthiens XII, 2 à 7

Luc II 1 à 21

 

Nous avons beau l’entendre tous les ans, ce récit de Luc me surprendra toujours autant. : voici le signe (le miracle, donc) qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Je sais bien qu’une mangeoire n’est pas tout à fait le lieu où l’on s’attend à trouver un bébé, mais quand même… Si un ange m’apparaissait et si la Gloire de Dieu me recouvrait et si toute l’armée des cieux s’en mêlait à son tour, je ne sais pas si j’aurais encore besoin de signe. Et même si c’était le cas, je ne vois pas ce qu’un bébé emmailloté dans une mangeoire pourrait y ajouter…

Comment un bébé emmailloté, déposé dans une mangeoire, peut-il être un signe plus important qu’une épiphanie au grand complet avec chœur des anges, vision de la gloire de Dieu et tout le tralala ?

Quand le texte biblique nous semble devenir burlesque, il faut le prendre très au sérieux…

Surtout que là, c’est toute la construction du récit qui souligne cette surprise.

Imaginez ça au cinéma. James Cameron à la réalisation (si, comme moi, vous préférez le rétro, vous pouvez mettre de Cecil B de Miles ou Ray Harryhausen), 3D, effets numériques époustouflants. Un ange apparaît au berger, la gloire de Dieu s’échappe du Temple pour les recouvrir), l’armée céleste se manifeste et tout ça n’est qu’un prélude pour indiquer quelque chose de plus important encore. Nous n’en sommes qu’au pré-générique. Les bergers se mettent en route et on s’attend à en prendre plein les yeux. Et « ils trouvèrent Joseph, Marie et le nouveau-né couché dans la mangeoire » Des jeunes parents et leur bébé. C’est certes très mignon mais on attendait d’avantage et on a un peu l’impression d’un feu d’artifice qui aurait commencé par le bouquet final… D’ailleurs regardez la plupart de nos crèches, regardez de nombreuses représentations de la Nativité : ils sont nombreux à avoir rempli l’espace si dépouillé de Luc. On y met des anges, on y met de la lumière et des dorures, toute la gloire de Dieu, en oubliant que justement, la gloire de Dieu n’est pas là, elle n’est pas sur la crèche, elle est quelque part en rase campagne. Sans doute ont-ils été aussi nombreux à s’être un peu senti frustré par ce récit tout en ellipse : on ne sait même pas quel a été l’échange entre Joseph, Marie et les bergers (les contes et les chants de Noël prenant les bergers pour héros sont nombreux (on y met même un petit tambour rum pum pum pum)…

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que Luc nous fait ce coup-là : de l’annonciation à l’arrivée à Bethléem en passant par la visite à Elisabeth, il s’étend très longuement sur la grossesse de Marie, le suspens monte, on attend quelque chose d’extraordinaire, une naissance absolument titanesque et boum, tout est expédié en un verset : « elle accoucha de son fils premier né, l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Difficile de ne pas penser à une baudruche qui se dégonfle pour ne pas parler d’une montagne qui accoucherait d’une souris. Là encore, c’est ce que beaucoup ont ressenti puisqu’on trouve des récits apocryphe de la naissance de Jésus bien plus extraordinaires, des récits dans lesquels on a enfin l’impression qu’il se passe de grandes choses.

Attention, Luc nous dit bien qu’il se passe grandes choses, il y a bien sûr l’Annonciation… Mais ce matin, je voudrais juste m’arrêter sur un autre événement plus rarement commenté : la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière. En principe, la gloire du Seigneur se manifeste dans le Temple, elle ne se ballade pas, la nuit dans les collines. Luc introduit son témoignage sur Jésus Christ en insistant sur la totale liberté de Dieu.

De plus, quand la gloire de Dieu se manifeste, c’est à des futurs prophètes, c’est pour appeler en mission. Et voilà, qu’il n’est rien demandé à nos bergers. Bien sûr, ils témoigneront pour Joseph et Marie (rappelons nous qu’entre l’Annonciation et la Visitation, cette dernière avait déjà reçu pas mal d’indications), mais rien dans le texte ne nous permet de dire ce qui se passera par la suite. Et poser les bergers comme les premiers témoins de Jésus Christ soulèverait beaucoup de questions quant à la suite de son ministère.

On a parfois voulu voir dans ces bergers, des marginaux, qui préfigureraient tous les laissés pour compte, les infréquentables vers lesquels Jésus se tournera. S’il est vrai que les bergers étaient déconsidérés par les rabbins, il ne faut pourtant pas oublier que dans l’Ecriture, que Luc cite abondamment, l’image du berger est une image positive.

Alors s’ils ne sont pas des marginaux, s’ils ne sont pas des prophètes, ni des témoins futurs, quel rôle jouent ces bergers ?

 

Je crois que la réponse tiens dans un petit mot que l’ange leur répète trois fois et ce petit mot vient aussi éclairer le manque total de spectaculaire de la crèche après la débauche de lumière et de surnaturel que Luc nous a raconté. Ce petit mot, c’est « vous ».

Je viens vous annoncer une bonne nouvelle.

Il vous est né un sauveur.

Voici le signe qui vous est donné.

Bien sûr, il y a une ambiguïté dans ce « vous ». S’agit-il des bergers ou du peuple tout entier ? Bien sûr que la Bonne nouvelle annoncée aux bergers ne leur est pas exclusivement réservée, mais je crois que nous devrions d’abord entendre le « vous » adressé aux bergers comme un « vous » défini plutôt que indéfini, à le prendre en un sens précis plutôt que large.

En effet, très souvent, nous avons tendance à nous présenter comme des dommages collatéraux de la grâce de Dieu. Nous nous disons : « Dieu aime tout le monde, donc il m’aime » C’est sans doute vrai, mais ce n’est pas l’Evangile, ce n’est que de la théologie. La Bonne Nouvelle annoncée aux bergers, ce n’est pas « un sauveur est né pour le peuple et vous faite partie du lot », c’est « Un sauveur vous est né ».

 « Un Sauveur est né pour toi », voilà la Bonne Nouvelle de Noël.

 

Et c’est pour cela que Luc est tellement silencieux en ce qui concerne l’enfant, en racontant tous les événements parallèles à la naissance, il peut poser des jalons, nous donner des explications théologiques mais ce qui se passe dans la rencontre avec cet enfant, c’est un bouleversement à la fois trop grand et trop personnel pour plaquer des mots génériques dessus. Chacun peut essayer de parler, avec ses propres mots, ses propres images de sa rencontre avec le Christ, c’est ce que Paul fera « était-ce dans son corps, était-ce hors de son corps » mais nul ne peut raconter la rencontre type avec Jésus le Christ.

Un sauveur est né pour toi.

Mon fils me suggérait de comparer Dieu et l’univers dans une prédication. Et bien voilà le message de Noël, le Dieu plus grand que l’univers est venu dans la fragilité d’un bébé, dans la précarité d’une naissance, il a été emmailloté et posé dans de la paille pour toi.

C’est tellement énorme que nous avons bien du mal à y croire. Mais qu’importe. Nos doutes, nos refus ne nous disqualifient pas. Regardez Marie, un ange l’a visitée, elle s’est retrouvée enceinte tout en étant vierge, sa cousine lui a annoncé qu’elle était la mère du Seigneur et maintenant des bergers viennent lui dire que l’armée céleste toute entière est venue leur annoncer la naissance de son fils. Et elle continue à chercher le sens de tous ces événements. Si nous nous en tenions à la théologie, nous nous dirions « mais elle est stupide ou elle fait exprès ? » Mais si nous recevons Marie comme une première figure de disciple, de croyante, nous y trouvons la stupéfaction émerveillée de la foi, la réception de cette nouvelle qui nous dépassera toujours. Il est né pour toi un Sauveur.

 

Mon frère, ma sœur, quelles que soient tes questions, quels que soient tes doutes, quelles que soient ta rencontre avec l’enfant de la crèche, que cette bonne nouvelle te fasse bondir de joie ce matin. Un Sauveur est né. Pour toi.

 

Amen

Comme dans un tableau de Bruegel l'ancien

24 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

109797995.Hq0XCSEi.Pbase_MG_8994DXO5ret.jpgAu milieu de la foule de Bethléem, Joseph et Marie passaient sans doute complètement inaperçus.

Comme dans le Dénombrement de Bruegel l’ancien, le sens que les chrétiens donnent à Noël n’occupe qu’une toute petite place au milieu de la frénésie des fêtes hivernales. Mais, comme dans le tableau, Joseph et Marie sont bien là, présents au cour de toute cette agitation et l’enfant à venir l’est aussi, plus masqué encore. Et c’est cette présence au cœur de notre agitation qui donne tout son sens au tableau.

 

A tous, de belles et bonnes fêtes de Noël !

Menorah

9 Décembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

chandelier-a-7-branche.JPGPrédication du dimanche 05 décembre 2010

Exode XXV, 31 à 40

I Corinthiens III 16-17

Matthieu V 1 à 16

 

Avec la description du mobilier du sanctuaire, notre parcours du livre de l’Exode nous plonge à présent dans ce lieu « mis à part » (c’est la signification de sanctifié) ; le lieu qui, dans la Tente de la rencontre, puis dans le Temple, est coupé du reste, plongé dans une obscurité totale. Et c’est dans cette obscurité que brille, en permanence, le candélabre, en hébreux : la ménorah : « là d’où provient la lumière ».

Et ce symbole du candélabre va nous permettre de comprendre toute la portée de l’affirmation de Paul : vous êtes le temple de Dieu. En effet, en gardant cette phrase en tête, nous comprendrons tout ce que nous dit la Menorah.

 

Vous êtes le temple de Dieu. Paul affirme ainsi que c’est à présent dans l’Eglise que Dieu rencontre le monde. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une Eglise en particulier, ce n’est pas l’Eglise catholique romaine, ce n’est pas non plus notre Eglise réformée de France, ni le protestantisme, ni même le rassemblement de toutes ces Eglises, ni aucune institution humaine. Mais ce n’est pas non plus une Eglise idéalisée et, en fait, inexistante. C’est le rassemblement de tous les hommes et les femmes que Dieu appelle à lui, des hommes et des femmes au nombre duquel nous sommes, imparfaits, pleins de révolte, pleins de doutes, mais pourtant sanctifiés, mis à part, choisis pour être le lieu où Dieu rencontre le monde. Vous êtes le temple de Dieu. Déclaration incroyable pour nous tous et réfléchir sur la Menorah va nous la rendre encore plus folle encore.

 

Une lumière brille en permanence au cœur des ténèbres, c’est un symbole évident. Peut-être trop évident même, un peu galvaudé. « Oui, tout va mal, mais il y a encore un espoir, il y a toujours une lumière qui brille dans les ténèbres. » C’est beau, c’est sans doute souvent vrai, mais c’est tellement facile à dire.

Mais ici, il ne s’agit pas de cela, il ne s’agit pas d’une petite flamme qui brille dans les ténèbres. Le chandelier a 7 branches, sept, c'est-à-dire un cycle complet, sept, c'est-à-dire tout. C’est TOUTE la lumière qui brille au cœur du sanctuaire. C’est à la fois merveilleux, incroyable et  vertigineux.

C’est merveilleux, parce qu’alors même que nous nous sentons perdus, alors même qu’une toute petite lueur nous paraîtrait déjà immense, c’est TOUTE la lumière qui vient à nous.

Mais c’est incroyable parce que, si nous sommes près à admettre que malgré les ténèbres, brille encore une faible lueur d’espoir, qu’il y a des traces de l’action de Dieu dans notre monde, dans notre temps, comment, en revanche, pourrions-nous avaler que c’est TOUTE la lumière qui est présente dans nos ténèbres ? Dans cette Eglise qu’il met à part, qu’il suscite, Dieu se rend tout entier présent au monde et c’est dans notre obscurité, dans notre faiblesse, dans notre révolte même qu’il est présent.

C’est vertigineux car cela signifie que nous n’avons pas d’autres lumières à aller chercher, à espérer que cette bonne nouvelle de Jésus Christ, cette affirmation de la présence de Dieu. C’est d’abord notre fausse modestie qui s’insurge : « comment pourrions nous prétendre que Dieu tout entier réside en nous ? Quelle horreur ! » C’est oublier que cette présence de Dieu en nous ne dépend absolument pas de nous, qu’elle n’est certainement pas due à nos mérites et qu’elle ne nous confère aucune supériorité. 

Et puis, agir vraiment en conséquence, signifierait, pour nos Eglises, arrêter de chercher d’autres lumières, ne pas céder à la tentation constante de nous appuyer sur notre raison, sur notre communication, sur la mode ou sur le refus de notre raison, de la communication et de la mode (car nos refus sont souvent aussi une manière de nous appuyer sur nous-mêmes…). En effet, cela nous paraît tellement impossible d’annoncer que le Dieu Tout Autre prend partie pour nous, tellement impossible d’annoncer face à toute la souffrance, que la vie a déjà triomphé, tellement impossible d’espérer être crus en proclamant un tombeau vide. Et pourtant, c’est la seule arme que Dieu nous donne. Comment n’aurions nous pas le vertige ? Dieu nous invite à ne compter que sur sa présence (juste la présence de Dieu, rien que ça), que nous avons tant de mal à discerner, pour la tâche immense à laquelle il nous convie.

Car cette présence de Dieu dans nos ténèbres est un appel et même plus qu’un appel.

 

         Nous avons évoqué la lumière, parlons maintenant de l’objet en lui-même. La menorah est dessinée comme un arbre et pas n’importe quel arbre : par ses fleurs et ses fruits, c’est un amandiers. Or dans la Bible, l’amandier, à cause de sa précocité, est le symbole du guetteur, du veilleur.

C’est à la veille que la présence de Dieu nous invite. Non pas contre quelque menace externe ou interne. Il ne s’agit pas de nous prendre pour des sentinelles morales, dont le rôle serait de prévenir nos contemporains contre les dangers qui les menacent s’ils ne suivent pas nos lumières. Que ce soit de manière conservatrice (attention à la dissolution des mœurs !) ou révolutionnaire (n’oublions pas d’accueillir le pauvre et l’étranger !), les Eglises ont trop souvent joué ce rôle, oubliant leurs propres ténèbres, et oubliant que le message dont nous sommes porteurs, s’il révèle nos ténèbres est avant tout une bonne nouvelle, un message de salut. 

Nous sommes le veilleur qui annonce à la nuit que le jour vient. Il n’est pas question de nier les ténèbres, ni de les passer sous silence, mais tout en affirmant leur réalité, contre toute apparence, contre toute raison, nous annonçons leur défaite et le triomphe de la lumière.

Mais c’est difficile et l’amandier n’est pas un arbre très malin. En effet, sans doute serait-il plus avisé de sa part d’attendre que le printemps soit bien installé pour ne pas exposer ses tendres pousses aux dernières rigueurs de l’hiver. Mais l’amandier n’est qu’un arbre, il n’a pas le choix. Et il en va de même pour nous, la présence de Dieu en nous nous pousse à annoncer et partager sa lumière, et ce, sans attendre des jours meilleurs, des conjonctures plus favorables, sans études de marché.

Et, tout comme l’amandier, ce témoignage auquel nous sommes appelé n’a rien d’une contrainte, c’est seulement l’expression de notre vie. Dieu est présent en nous. Comment cacherions nous une telle joie ?

 

Frères et sœurs, Jésus nous l’a dit « vous êtes la lumière du monde ». Si la Menorah brille toujours dans les ténèbres, Dieu la veut désormais visible et accessible à tous. Que nos actes, nos paroles disent à la face du monde l’amour de notre Dieu. C’est notre devoir, c’est notre joie, c’est notre vie. C’est le don qui nous est accordé.

 

Amen