Miettes de théologie

L'athéisme nous interroge

4 Mai 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

atheisme-nous-inerroge.gifS'il n'existe pour Simone de Beauvoir aucune valeur absolue ou préétablie, si les choix sont entièrement libres, il n'en faut pas conclure pour autant que l'homme vit sans but ; mais c'est à lui de se fixer des fins sans justifications extérieures, de se donner une raison d'être sans aucune nécessité objective. Il ne faut donc pas conclure que la pensée existentialiste voue l'homme une existence insensée ; ce serait confondre la notion d'ambiguïté avec celle d'absurdité. "Declarer l'existence absurde, écrit Simone de Beauvoir dans sa Morale, c'est nier qu'elle puisse se donner un sens ;   dire qu'elle est ambiguë, c'est poser que le sens n'en est jamais fixé, qu'il doit sans cesse se conquérir." Remarquons en passant que l'amour et le pardon, tels que les envisage un chrétien,eux aussi, dépassent les jugements apparemment les plus définitifs et qu'il n'est pour eux aucun obstacle qui ne soit susceptible d'être surmonté, aucun échec qui ne puisse devenir l'occasion d'une victoire, aucune fin qui ne puisse donner lieu à un nouveau départ ; même la mort est considérée dans cette perspective.
Laurent Gagnebin Simone de Beauvoir in L'athéisme nous interroge.

 

J'espère que l'on n'a pas les athées qu'on mérite. C'est la réflexion qui m'a accompagné pendant toute ma lecture de cette compilation de quatre livres de jeunesse de Gagnebin. En effet, nos Onfray, Dawkins (et, dans une moindre mesure, Comte-Sponville) font piètre figure face à Simone de Beauvoir, Gide, Camus et Sartre. Sans doute parce que leur athéisme n'est pas vindicatif mais fait simplement partie de leur pensée.
D'une plume légère et claire, Laurent Gagnebin nous fait entrer dans l'univers de ces intellectuels, un univers (je devrais écrire des univers) qu'il apprécie et nous donne envie de (re)découvrir. Gagnebin ne cache pas sa foi mais nous ne sommes pas dans une entreprise de défense de la foi chrétienne. L'athéisme nous interroge est bien plus intelligent qu'une oeuvre d'apologétique : Gagnebin ne combat pas les auteurs qu'il étudie mais les analyse et s'en enrichit et nous en enrichit. Tout au plus consacre-t-il quelque ligne à établir que le Dieu que récusent ces penseurs, s'il correspond à l'image qu'en donne, hélas, l'Église, n'a rien à voir avec le Dieu prêché par Jésus Christ (c'est d'ailleurs peut-être le point commun entre les athéismes). Mais surtout Gagnebin nous invite à faire nôtres, les questions et réflexions de Beauvoir, Sartre, Camus et Gide, d'en teinter notre théologie et notre foi.

Camus, Sartre et Gide sont dans ma bibliothèque. Beauvoir en est absente. Pas de chance, c'est elle que Gagnebin m'a le plus donné envie de lire.

Laurent Gagnebin : L'athéisme nous interroge. Van Dieren Editeur

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