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Miettes de théologie

Ta foi t'a sauvé

23 Octobre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 23 octobre 2011

Luc XVII 11-19

 

Alors que Jésus fait route vers Jérusalem, alors qu'il passe entre la Galilée et la Samarie, 10 lépreux le rencontrent. C'est une formule un peu étrange... Alors que Jésus allait vers Jérusalem, il rencontra dix lépreux. Mais non, le texte nous dit bien : 10 lépreux le rencontrèrent. Et il précise ou se fait la rencontre : à l'entrée d'un village, entre la Galilée et Samarie. C'est à dire dans un lieu guère fréquentable, une zone interlope entre une région méprisée (que peut-il sortir de bon de Galilée ?) et un pays détesté (la Samarie). Et des lépreux, c'est à dire des hommes brisés dans leur relation à Dieu et aux autres, brisés même dans leur relation à eux mêmes, profitent du passage de Jésus dans cette zone grise pour l'appeler : maître, aie pitié de nous. 

Le texte nous apprendra que parmi ces lépreux, il y à au moins un étranger. Je vois dans ces lépreux une figure de l'humanité. Notre humanité abimée dans son rapport avec Dieu et avec les autres, tellement abimée que parfois, elle n'ose plus se regarder en face. Notre humanité qui crie vers tout sauveur qui semble passer à sa portée.

Oui, nous pouvons bien reconnaître notre humanité dans ce groupe de lépreux qui crie vers Jésus. 

Mais cette comparaison a de quoi nous inquiéter. En effet, nous savons qu'à seulement un dixième de ce groupe cette parole est adressée : Ta foi t'a sauvé


Mais avant de nous inquiéter, peut-être devrions nous profiter de l'aubaine. Nous savons que Jésus affirme à plusieurs reprises "Ta foi t'a sauvé". Mais cette affirmation est difficile à comprendre. Est-ce ma foi, ou est-ce Jésus qui me sauve ? Et puis la foi, qu'est ce que c'est ? Et sauvé de quoi ? Et voilà que là, nous retrouvons cette affirmation dans un contexte qui nous permet de comparer celui que sa foi a sauvé et les autres.

En effet, je pense que nous pouvons partir du principe que cette phrase s'adresse au seul lépreux samaritain à l'exclusion des autres. Alors pour comprendre ce qu'est la foi, nous pouvons voir ce qu'il a manifesté et que n'ont pas manifesté les autres. Et pour comprendre de quel salut Jésus lui parle, nous pouvons voir ce qui lui a été accordé et pas aux autres.

Qu'est ce que la foi ?

Ils élevèrent la voix pour lui dire "maître...". Ce "maître" qu'on retrouve généralement plutôt dans la bouche des disciples, c'est epistatos, celui qui se tient au dessus. C'est un titre qui, dans Luc, est supérieur à celui de didskalos, l'enseignant, que l'on traduit aussi par maître. Les 10 lépreux reconnaissent bien Jésus dans sa supériorité. Ce n'est donc pas cela qui distingue le samaritain des autres. La foi, ce n'est pas reconnaître Jésus comme le maître, celui qui se tient au dessus.

Jésus leur dit "Allez vous montrer au prêtre". Or pendant qu'ils y allaient... De cette obéissance, nous pouvons tirer deux enseignements. Tout d'abord, aucun ne pose de questions, aucun ne remet en cause la puissance de Jésus, aucun ne s'exclame "mais qu'est ce que tu nous chantes ?" La foi, ce n’est donc pas avoir confiance en Jésus.

Ensuite, tous obéissent à Jésus, font précisément la seule chose qu’il a demandée : ils vont voir le grand prêtre. Tous. La foi, ce n’est donc pas obéir à Jésus.

Alors qu’est ce qui distingue le lépreux samaritain ? Il manifeste une reconnaissance. Dans sa guérison, il ne voit pas un heureux hasard, un coup de chance, il ne voit même pas l’action d’un guérisseur plus doué que les autres : ce n’est pas de Jésus qu’il chante la louange, c’est de Dieu.

La foi, c’est reconnaître la main de Dieu derrière tout ce qui nous arrive de bon. Que cela soit prodigieux ou non. On dit parfois qu’il faut que le mal existe pour que le bien existe. Je n’y crois pas une seconde. Bien sûr le mal nous fait prendre conscience du bien : la maladie nous fait prendre conscience de la santé, les problèmes nous font prendre conscience de la facilité mais c’est justement parce que nous manquons de reconnaissance.. Parce que nous ne savons pas voir le bien quand il est là. Parce que nous manquons de foi.

Nous ne nous apercevons même pas que si le malheur nous affecte et nous scandalise à ce point, c’est bien parce qu’il n’est pas normal ! Notre scandale face au mal dit bien que notre vie est bonne

La foi ne dispense pas de voir le mal, elle ne le rend même pas moins virulent, mais elle nous fait aussi être reconnaissant du bien (dans les deux sens du terme reconnaissant : voir et dire merci)

 

Mais si la foi est la reconnaissance, cela signifie-t-il que Dieu nous sauve à condition que nous soyons reconnaissant ? Ce serait assez étrange, convenons-en…

Alors, même exercice que pour la foi, voyons donc quel salut est annoncé à ce lépreux samaritain, quel salut le distingue des autres.

« Jésus, maître, aie pitié de nous » les voyant, Jésus leur dit… Jésus voit bien tous les lépreux. Être sauvé, ce n’est donc pas être entendu par Jésus, ni être pris en pitié par lui.

Dans ce texte, si Luc parle bien sûr d’une guérison physique, il nous dit que le lépreux samaritain a vu qu’il était guéri. Et vraisemblablement, il n’est pas le seul (le salut ne consiste donc pas dans la guérison de la maladie). Mais Luc parle aussi de théologie et désigne la maladie de lèpre dans sa signification théologique et symbolique « Pendant qu’ils y allaient, ils furent purifiés » « Tous n’ont-ils pas été purifiés ?». Purifié, c'est-à-dire rétabli dans la bonne relation à Dieu, on pourrait dire, réconcilié avec Dieu. Le salut dont Jésus parle au lépreux samaritain ne consiste donc pas à être réconcilié avec Dieu puisque cette réconciliation elle a lieu pour tous les dix.

Alors quel est ce salut dont Jésus parle ? Quel est ce salut spécifique au lépreux samaritain ?

Je crois qu’il est dans ce « Il glorifiait Dieu à grande voix ». Nous avons rencontré les lépreux en train d’élever la voix vers Jésus, nous retrouvons le samaritain avec une voix qu’il n’a plus besoin de forcer, mais qui est forte par elle-même. Nous avons rencontré les lépreux en train de demander, nous retrouvons le samaritain en train d’affirmer.

Le salut du Samaritain se vit dans l’immédiat : c’est sa foi même. Le samaritain reconnaît que le bien vient de Dieu. Plutôt la maladie, plutôt que les coups du sort, plutôt que la peur, le samaritain, lui, voit le bien accomplit par Dieu. Et voir le bien malgré le mal, c’est déjà une victoire sur le mal. Sa foi l’a sauvé. Non pas de la maladie, non pas de la malédiction (ce salut là, c’est Jésus qui l’a opéré) mais d’une vie de peur ou de résignation. La seule chose que le samaritain aie de plus que les autres guéris, c’est qu’il sait que Dieu veut et fait le bien.

Et c’est bien cela qui le relève.

 

Bien sûr, certains me diront qu’il n’est pas toujours facile d’être reconnaissant. Ne serait-ce que parce que nous reconnaissons souvent le bonheur qu’au bruit qu’il fait quand il s’en va. Mais ce matin, je voudrais, pour finir, vous indiquer un motif de reconnaissance.

Quand nous entendons ce récit, nous nous posons souvent du point de vue de Jésus : un sur dix, ce n’est pas beaucoup. Mais prenons les choses sous un autre angle, sous notre angle à nous qui sommes si souvent ingrats. Neuf ingrats ont été entendus, guéris, purifiés.

J’espère que j’arrive à un dixième de reconnaissance pour tout ce que Dieu me donne, je n’en suis pas sûr. Mais ce matin, j’entends que mes 90% d’ingratitude, d’oubli n’empêchent pas Dieu de m’entendre, de me guérir et de me purifier. Et pour cela, je ne puis dire que : Merci.

 

Amen

Dure du dehors, douce au-dedans

16 Octobre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Ezechiel-III-003.jpgPrédication du dimanche 16 octobre 2011

Culte inter-génération

Ezechiel II, 8 à III, 4

 

Vous savez, quand je vais chez quelqu’un, il y a quelque chose qui m’attire comme un aimant. On est tous un peu comme ça, chez certain, c’est le jardin, ou la décoration intérieure, d’autres ce sera la table, l’apéritif ou le goûter, d’autres encore fonceront sur la console de jeu ou le premier gadget hi-tech qu’ils verront. Moi, c’est la bibliothèque. A tel point que Laurence est des fois obligée de me taper sur les doigts. En fait, si mes parents ne m’avaient pas élevé un minimum, je crois que j’en serais encore à attraper un livre pour aller le lire dans un coin.

Or, une fois que j’étais en visite et que je profitais de ce que la maîtresse de maison était allé chercher du café pour examiner la bibliothèque, j’ai entendu un bruit. La maison était trop bien tenue pour que ce soit une souris. Peut-être une araignée, mais vu le bruit, elle devait être énorme. En me penchant un peu, pour voir, j’ai mieux entendu le bruit, c’était des sanglots. Quelqu’un pleurait là, dans la bibliothèque. Je me suis approché encore et là, j’ai vu ce qui pleurait.

C’était une vieille bible. Très jolie, reliure cuir et dorée sur tranche, une de ces bibles qu’on offre aux mariages ou au communion. Et c’est elle qui pleurait. Alors, je lui ai demandé

 

« Mais pourquoi pleures-tu ? Tu es en excellent état. Pas une déchirure, pas un coin corné, tu es comme neuve »

« Justement, c’est pour cela que je pleure, ça fait cinquante ans que je suis ici, et je n’ai jamais servi . L’annuaire, lui il sert tous les jours, le dictionnaire, au moins une fois par semaine, le gros livre de recettes, une fois par mois. Les romans ont tous été lu une fois par mois et même les recueils de poésie sortent de temps en temps. Moi, jamais. »

Là, je lui ai fait remarquer « Tu ne fais pas beaucoup d’efforts, non plus. Regarde toi, tu es écrite tout petit, très serré, ça ne donne pas beaucoup envie de te lire…

« C’est vrai  mais c’est parce que j’ai tant de chose à dire. C’est pour ça que je suis écrite serré et petit, quand je ne veux pas prendre trop de place.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre : Parlons en de ce que tu as à dire : des récits de guerre, des malédictions, des textes de lois, de la morale, et de la morale inapplicable en plus. Si c’est pour nous dire qu’il faut aimer nos ennemis et pardonner à ceux qui nous font du mal, on n’a pas envie, on n’y arrive pas, de toute façon. Tu te plains qu’on ne te lit pas mais tu n’as pas l’utilité d’un dictionnaire, et tu n’offres pas l’évasion d’un roman, alors…

Et la petite Bible a repris :  « C’est vrai que de loin, je peux paraître dure. C’est vrai que tant que mon message vous est extérieur, il vous paraît insupportable. Mais c’est parce que je ne vous offre pas une évasion factice mais une libération. Je n’ai pas l’utilité neutre d’un dictionnaire parce que je vous parle de vous, de vous tels que vous êtes. Et c’est bien pour ça que mon message vous paraît si douloureux.

Mais si seulement, vous le laissiez entrer en vous, si seulement vous le laissiez devenir vôtre ce message, vous savoureriez sa douceur. Non seulement il vous nourrirait mais vous vous apercevriez qu’il est agréable. Oui, il est agréable de pardonner. Oui, il est délicieux d’aimer même son ennemi. Oui, il est doux comme le miel de se reconnaître aimé alors même qu’on ne mérite pas cet amour. Alors, absorbez ce message au lieu de le repousser , laissez le couler en vous, laisser le vous remplir les entrailles, laissez le vous nourrir…

 

Et pour terminer, je dois bien dire qu’elle s’est adressée directement à moi, à nous : « Et vous, les chrétiens,  vous qui vous remplissez de ce message, pourquoi ne le partagez vous pas plus ? Pourquoi ne montrez vous à quel point cette nourriture est succulente. Auriez vous peur d’avoir une moins grosse part du gâteau ? Croyez vous que la Parole pourrait venir à manquer si vous la partagiez ? Puisque vous avez bien mangé, allez donc vous dépenser ! Allez donc partager cette saveur avec ceux qui vous entourent ! Dans vos mots, par vos gestes, par votre vie, montrez donc que vous êtes nourris, rassasiés, fortifiés ! Par votre joie, par votre espérance, par votre amour, montrez donc que cette nourriture est délicieuse !