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Miettes de théologie

Captain America : De la consolation à la récompense

12 Décembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

captain-america.jpgJ'ai toujours préféré les comics Marvel à ceux de DC. Pourtant ma rencontre avec les superheros s'est faite avec Superman (le Donner de 1978). Mais, si Batman trouve grâce à mes yeux (en grande partie grâce au Dark Knight de F. Miller), Spiderman, les X-men et consorts restent mes favoris. Bien sûr, la meilleure distribution de Marvel en France n'est sans doute pas étrangère à cette préférence. Mais je crois que c'est surtout parce que pendant que Superman confronte s superpuissance à des menaces cosmiques, Spiderman lave son costume au lavomatic du coin et les xmen jouent au baseball. Bref, les surhommes Marvel sont plus humains que super c'est ce qui fait leur intérêt. Un truc qu'ont bien compris les scénaristes du  Captain America de Johnston qui passe bien plus de temps à nous présenter Steve Rogers qu'à nous montrer les exploits de son alter ego costumé.

À mes yeux, c'est une très bonne idée. Sauf que du coup, disparaît la dimension évangélique du personnage. Dans le film comme dans la BD, le frêle Steve Rogers se voit innoculer un serum qui fait de lui un "super-soldat" . Mais alors que le film nous montre à quel point l'intégrité, la ténacité, la générosité du jeune homme le prédisposent à devenir un héro. Dans la BD, la seule raison pour laquelle Roger eststeve-roger.png sélectionné, c'est sa faiblesse. Le film nous parle de récompense, la BD nous parle de consolation. En cela, je crois la BD plus évangélique, plus dans la lignée des béatitudes (Luc 6 ; 20-26) ou de la parabole du pauvre Lazare(Luc X16 ; 19-31).

Évangélique aussi cette idée qu'un cadeau que l'on n'a pas mérité va transformer notre attitude. Steve Roger ne devient pas Captain America parce qu'il en est digne. Il devient digne d'être Captain America parce qu'on fait de lui Captain America. Je ne reçois pas la grâce parce que je m'en montre digne, ou capable. Je la reçois au delà de mes capacités, malgré moi, contre moi, même. Mais cette grâce me transforme, elle me conforme. Elle fait de moi une créature nouvelle. Calvin aurait parlé de sanctification. Plus vraisemblablement, il aurait interdit la lecture des comics aux pasteurs.

Cartographie

4 Décembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

madaba_mer.jpgPrédication du 4 décembre 2011

II Pierre III, 8 à 14

Marc I, 1 à 8

Esaïe XL, 3 à 11

Je dois avoir l'esprit mal tourné : je lis une des plus célèbres prophéties d'Esaïe, une prophétie reprise par les quatre évangiles et je me dis que si je publiais un recueil des perles de l'Ecriture Sainte, un bêtisier biblique, cette prophétie y tiendrait une place de choix.

En effet, sur cette terre dont les vallées auraient été élevées, dont les montagnes et les collines auraient été abaissées, dans ce monde tellement aplani qu'à côté, la Belgique ressemblerait aux Alpes Suisses, je me demande un peu sur quel sommet Jérusalem pourra s'élever...

Mais ce persiflage un peu stupide me pousse à me concentrer sur la topographie du texte.

         En effet, vous avez peut-être remarqué que cette prophétie d’Esaïe n’est pas une théophanie, c'est-à-dire une apparition de Dieu, classique. D’ordinaire, quand Dieu apparaît, quand sa gloire resplendit tout est bouleversé. Ici au contraire, il s’agit d’aplanir, d’élever pour que la gloire de Dieu apparaisse. Puisque nous sommes appelés à faire de l’aménagement du territoire, et ne pas le faire dans la subtilité, observons un peu la topographie.

 

Oh bien sûr, nous n'allons pas nous plonger dans la géographie d'Israël. Je ne crois pas que ce passage lui soit à ce point lié. Non, je vous invite à un usage plus littéraire de la topographie.

Vous savez que les poètes se sont plus à imaginer l'amour comme un pays et , après Magdeleine de Scudery, on s’est plus à tracer la carte de Tendre avec son fleuve Inclination et son lac de l’Ennui, une carte reprise par Moustaki…Et puisque je suis dans la variété française, peut être certains d'entre vous connaissent-ils Natacha, cette jolie chanson de François Béranger où il décrit le corps de sa bien aimée comme un pays.

Après les monts après les plaines

On arrive dans un pays

Où les mots ne veulent plus rien dire.

Un pays où je crois voir ton visage

Avec ta bouche qui s’entrouvre,

Avec tes yeux qui cherchent l’ombre

Ce matin, nous ne parlerons pas de l'amour mais je vous propose de cartographier nos vies.

 

Oui, essayons de voir notre vie comme un pays ou comme un voyage, et d'en dessiner la carte. Ne nous préoccupons pas trop de la Terra Incognita de notre avenir mais regardons notre vie passée et présente. Survolons là un instant. Nous y verrons, je pense, de riantes prairies et de vertes collines, ces souvenirs heureux, ces moments de joie, de sérénité et de confort. Sans doute, également les montagnes majestueuses de succès durement gagnés nous rappelleront l'effort de la marche et la fierté et la plénitude du sommet atteint. Dans cette visite de notre vie, n'hésitons pas à revoir les déserts de solitude par lesquels nous sommes passés, temps de trahison ou d’abandon. Survolons ces temps de maladie ou de deuil qui ont été nos vallées d’ombre et de mort. N’oublions pas ces dangers, ces embûches qui ont longé notre chemin comme autant de précipices. Je pourrais évoquer encore les sombres forêts du doute ou de l’errance, les steppes de l’ennui et de la monotonie.

Et parce que nous ne vivons pas seuls notre vie, je vous invite à l’imaginer comme un pays plutôt que comme un chemin, en effet d’autres vies la croisent et partagent nos moments…

Il manque quelque chose à cette carte : le réseau hydrologique. Oui, rappelons nous du flot de paroles qui a baigné notre vie. Les paroles fécondes qui ont enrichi et nourri notre vie. Les paroles blessantes et dures qui nous abîmés et ravinés. Celles dont nous avons cru qu’elles nous définissaient. Les paroles mensongères qui nous ont entraînés dans d’invraisemblables méandres… Toutes ces paroles nous ont sculptés, modelés comme les fleuves et les rivières dessinent un pays…

 

Maintenant que nous avons mentalement tracé la carte de notre vie, ou tout du moins, envisagé celle-ci comme un pays, entendons la parole de Dieu que la Bible a fait résonner jusqu’à nous à travers Esaïe puis les évangiles.

Que tout vallon soit relevé,

que toute montagne et toute colline soit rabaissées

 Cela signifie-t-il que notre vie ne vaut rien, qu’il nous faudrait en lisser tous les contours, en oublier tout ce qui fait qu’elle est notre vie, notre histoire ? Je ne crois pas. Il nous faut entendre dans quel but proclame la voix : « Alors la gloire du Seigneur sera dévoilée. » Il s’agit donc de voir la gloire de Dieu, c'est-à-dire son poids, sa présence.

         Si Esaïe ne décrit pas à proprement parler une théophanie, c’est qu’ici, il n’est pas question d’une arrivée de Dieu qui renverserait tout dans notre vie, mais plutôt de nous aider à mieux vivre notre vie, à nous recentrer sur ce qui est au centre

En effet, il est vrai que cette topographie de notre vie nous masque souvent la présence de Dieu. Nous nous plongeons dans la riante verdure des collines de nos bonheurs, nous enivrons de l’altitude de nos succès, nous sombrons dans les ténèbres de nos vallées de morts, nous agonisons dans nos déserts. Et tout cela ne nous aide pas vraiment à voir la présence de Dieu dans nos vies…

Eh bien cette parole vient nous aider à relativiser la géographie de notre vie, à en relativiser les échecs et les victoires. Pas à les effacer mais à rappeler que la carte toute entière de notre vie est l’abri d’une haute montagne, bien plus haute que nos propres sommets ne sont élevés, bien plus haute que ne sont profond nos ravins. Et que de cette montagne, une Parole descend vers nous, que nous l’entendons au dessus de la cime de nos succès, qu’elle descend au plus profond de nos gouffre, une Parole bien plus forte, bien plus solide, bien plus durable que toutes les paroles d’homme qui nous ravinent ou nous abreuvent, cette Parole nous dit, te dit « Tu es aimé, tu as du prix à mes yeux et pour toi, je donne tout ».

 

Je ne sais pas si nous parviendrons à porter ainsi notre regard un peu plus haut que notre vie, je ne sais pas si nous parviendrons toujours à entendre cette parole. Mais ce matin, que la prophétie d’Esaïe nous soit comme un panneau indicateur. En effet, nous vivons ce temps de l’Avent comme un chemin. Mais que ce ne soit pas pour nous le parcours du combattant qui, de courses de Noël en préparatifs de fête, nous conduit au réveillon. Tout ça peut-être très bien et très sympa, mais laissez cela au mois de décembre, évitez cette confusion des genres que nous imposent notre société… Que l’Avent soit pour chacun de nous, le temps du chemin que nous ouvrons au milieu de vie pour notre Seigneur qui vient.

 

Où que nous soyons sur la carte de notre vie, voici le Seigneur Dieu. Que dans cette venue, les plus petits, les plus fragiles se sentent porté, que celles et ceux qui en ont besoin se sentent nourris et apaisés. Frères et sœurs, notre Dieu vient à nous.

 

Amen