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Thomas Römer, David et Jonathan

24 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

insolite_111118.jpgIl y a quelques semaines, m'agaçant contre nos tendances à instrumentaliser la Bible au service de nos anthropologies, j'écrivais que la relation de David et Jonathan n'était pas une relation homosexuelle.

Depuis, je découvre un article (de 2003) de Thomas Römer (De Sodome et Gomorrhe à David et Jonathan, quelques considérations sur l'homosexualité dans la Bible hébraïque) qui affirme le contraire (et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet article avant d'aller plus loin dans ma prose) Le point de vue est solidement argumenté et Thomas Römer est certainement un bibliste bien plus compétent que moi, alors s'il affirme qu'on peut lire la relation entre David et Jonathan comme un amour homosexuel, je ferais sans doute mieux de reconnaître mon erreur et de faire profil bas. Surtout qu'au bout du compte, ça m'arrange plutôt bien dans mon anthropologie et dans ma position favorable au mariage pour tous...

Seulement voilà, aussi solidement argumentée soit-elle, la lecture de Thomas Römer ne me convainc pas. Ce que je lui reproche, c'est de passer sous silence ce que je crois être une problématique importante.

Thomas Römer nous apprend que les condamnations des pratiques homosexuelles par le Lévitique sont postérieures à la geste de David. Mais si vraiment un lecteur hébreux pouvait voir une relation empreinte d’érotisme entre David et Jonathan, comment se fait-il qu'à un moment de condamnation forte de l'homosexualité, cette relation n'ait pas été relue, réinterprétée ? (Comme, par exemple, ont été réinterprétées les épouses étrangères de Salomon (d'abord signe de sa richesse et de sa splendeur puis considérées à des époques plus isolationnistes comme la cause du schisme d'Israël)) C'est à cause de cette non-censure, à cause de cette non réinterprétation pour édulcorer ou pour condamner ces moeurs de David, que j'ai peine à croire que les lecteurs hébreux à travers les siècles aient vu la charge érotique que Thomas Römer décèle dans ce texte.

Bref, je continue à penser que si nous voulons tirer de la Bible un discours général sur l'homosexualité, il ne nous reste que les 4 ou 5 versets qui la condamnent. Heureusement, la plupart des opposants chrétiens au mariage pour tous ont bien perçu qu'utiliser ces versets les discréditeraient, non pas tant au regard de la société qu'au regard de la Bible elle-même. Comment pourrait-on revendiquer des prescriptions du Lévitique, alors que nous ne tenons pas compte de 99% d'entre elles. Comment pourrait-on revendiquer les anathèmes de Paul en oubliant l'essentiel de son message  O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.

 Je crois très bon que nous appuyions nos convictions politiques, anthropologiques et philosophiques sur nos lectures de la Bible mais nous devrions toujours garder beaucoup d'humilité en nous souvenant que si nos convictions s'appuient sur notre lecture, notre lecture s'appuie aussi sur nos convictions et qu'il nous est impossible de discerner ce qui soutient quoi. La Bible dresse-t-elle un modèle de famille et de relation ou remet-elle en question nos modèles familiaux et relationnels ? J’ai tendance à opter pour la deuxième lecture.  Mais après tout, c'est toujours du "choisis ton verset, camarade"

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La jeunesse de Jésus

6 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

la-jeunesse-de-picsou-1-glenat.jpgPrédication du 30 décembre 2012

I Jean III, 1-24

I Samuel I, 20-28

Cantique 374

Luc II 40 à 52

 

Je suis un grand amateur de jeunesses de personnages célèbres, qu’ils soient fictifs ou réels. Je ne parle pas de biographie mais bien de jeunesses inventées… Mes premiers souvenirs en la matière remontent à Pauvre petit garçon où Dino Buzzati invente l’enfance d’Adolphe Hitler et à Spielberg, décrivant la jeunesse de Sherlock Holmes dans Le secret de la pyramide, ma dernière acquisition, c’est La jeunesse de Picsou… Vous voyez, je reste très friand de ce genre de littérature, de cinéma ou de bande dessinée : quel plaisir, quel jeu de découvrir la source de tel talent, de telle manie de telle obsession, de relever les clins d’œil au personnage de référence.  Heureusement, dans la littérature, dans la bande dessinée, dans le cinéma, les exemples ne manquent pas. Bien sûr, il y a des règles à suivre pour écrire une telle jeunesse : il faut bien connaître le personnage, il faut que la jeunesse ne soit pas trop connue, et surtout il faut inclure dans cette jeunesse le plus de clins d’œil possible au personnage tel qu’il est connu aujourd’hui, sinon le travail s’avère décevant : que m’importe la jeunesse de Cyrano de Bergerac si celui-ci m’y est décrit comme un véritable Don Juan ?

En fait, ce passage de Jésus au Temple est une bonne « Jeunesse de Jésus ». On y trouve bien le caractère de Jésus tel que les évangiles nous le dépeignent : on y retrouve l’intelligence et la perspicacité ainsi que le côté contestataire, l’opposition au carcan familial et puis bien sûr l’allusion à la résurrection avec cette recherche qui dure trois jours…

Oui, je suis persuadé que ce texte est plus de l’ordre de « la jeunesse de Jésus » que de l’anecdote croustillante sur l’adolescence de Jésus. Tout d’abord, quand on raconte ce genre d’histoire, on ménage le suspens, on laisse le lecteur chercher avec les parents, on ne commence pas par dire « Jésus était retourné à Jérusalem ». Et Luc sait ménager un suspens : quand il raconte le matin de Pâques, il ne nous dit pas « le premier jour de la semaine, alors que Jésus était ressuscité, les femmes vinrent au tombeau ». Ensuite, le lire comme le récit journalistique d’un fait divers de l’enfance de Jésus nous conduirait à nous poser des questions insolubles. La première serait « dans quelle famille d’irresponsables «Dieu a-t-il placé son Fils ? » et la deuxième et non la moindre serait : « Comment Marie pouvait-elle ne pas comprendre ce que Jésus disait ? Avait-elle oublié ce qui s’était passé 12 ans plus tôt ? Elle est blonde ou quoi ?». Enfin, à quoi bon servirait cette histoire ? A montrer Jésus comme un petit prodige ? A rassurer des parents inquiets quand leur progéniture fait les quatre cent coups en leur disant « Oh mais vous savez, Jésus, lui-même, au même âge… » ? Vu ce que Jésus a, par la suite, fait voir à ses parents, je doute que cela soit très rassurant. Non décidément, je crois que le souvenir d’enfance est une mauvaise piste pour lire ce texte.

 

Mais Luc se contente-t-il de nous raconter cette histoire pour nous présenter son personnage ? Certainement pas ! Il nous donne un véritable enseignement ou plutôt deux. Le premier concerne Jésus, le second concerne ses parents et sans doute nous-même.

A propos de Jésus, au-delà de l’intelligence de ses réponses, au-delà de sa réponse à ses parents, j’attire votre attention sur les deux commentaires qui encadrent ce récit : Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui et Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes et surtout, sur cette petite remarque : il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. Jésus vient d’expliquer à Joseph et Marie que sa place est chez son Père ou au domaine de son Père  et voilà pourtant qu’il quitte le Temple et Luc précise bien pour descendre à Nazareth. De la mangeoire de Bethléem à la croix du Golgotha, Jésus est celui qui accepte de ne pas être à sa place, et il l’accepte par soumission aux hommes, par soumissions à ses parents, à César Auguste, pour la naissance (souvenez-vous du recensement) à Caïphe, Anne et Pilate pour la crucifixion...

Et c’est bien sur cette relation de Jésus aux hommes que Luc attire notre attention en précisant bien que Jésus (qui n’est plus l’enfant jésus ni le jeune Jésus mais qui est ici,  nommé simplement Jésus pour la première fois) gagnait en grâce auprès des hommes. Par amour pour les hommes, jésus est celui qui accepte de ne pas prendre la place qui est la sienne.

 

Les hommes, ici, ce sont Joseph et Marie, surtout Marie d’ailleurs, qui est celle qui parle et dont Luc précise bien qu’elle gardait ses choses au fond de son cœur, c’est-à-dire dans son intelligence et sa mémoire. Marie est donc bien ici figure du disciple. Alors que dire de ses hommes, de ses disciples face à ce Jésus qui n’est pas à sa place ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que eux aussi se déplacent beaucoup. De Nazareth au Temple, puis retour, puis retour vers le Temple, puis re-retour à Nazareth… En fait, dans ce récit, il y a trois manière d’aller au Temple et elles correspondent bien aux trois manières, au trois raison d’aller aujourd’hui à l’église, au culte…

Tout d’abord, nous dit Luc, Joseph et Marie vont au Temple, selon la coutume de la fête. On va à l’église par obligation, par habitude. On vient au culte parce qu’il faut, parce qu’on est protestant (remarquez, certains ne viennent pas au culte parce qu’ils sont protestants, c’est la même obligation, la même servitude dans leur esprit)…

Ensuite, Joseph et Marie reviennent au Temple en cherchant Jésus, ils ne savent pas s’ils vont l’y trouver, ils sont pleins d’   anxiété. Et parfois, on vient à l’église en recherche, on ne sait pas si on va y trouver ce qu’on cherche, parfois on ne sait même pas ce qu’on cherche ; on sait juste qu’il nous manque quelque chose, qu’on a mal et qu’on a cherché partout mais pas encore ici…

La troisième manière d’aller au Temple, c’est celle de Jésus, s’il accompagne ses parents dans la tradition, il revient ensuite dans la liberté. Lui, il sait ce qu’il cherche et il sait qu’il va le trouver dans le temple, dans la discussion et l’échange sur l’Ecriture, dans l’enseignement… Oui, on peut venir à l’église, au culte pour recevoir un éclairage sur l’Ecriture, mieux encore, pour recevoir l’éclairage de l’Ecriture, entendre la Parole dont nous avons besoin pour nos vies.

Dans ce texte, il y a trois manière de venir au Temple, et dans le premier jet de ma prédication, j’allais rajouter, il n’y en a qu’une seule qui soit mauvaise… Les pasteurs se sentent toujours obligés de rajouter de la loi, de la morale. En fait, aucune de ces manières n’est dite mauvaise dans le texte…

 

Alors mon frère, ma sœur, quelles que soient les raisons qui t’ont conduit ( e ) ici ce matin, que dans la prière, dans le chant, dans la bible lue et partagée, le Dieu qui se déplace vienne à ta rencontre.

 

Amen

 

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