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Récits d'appel

8 Mai 2013 , Rédigé par Marion Heyl et Eric George Publié dans #Bible

Marion : II Corinthiens XII, 2 à 4

 

Eric : 14 ans après, Paul  raconte sa vocation. Peut- être est ce plus facile à comprendre pour nous, pasteurs, tu verras en effet dans ton ministère que la question de la vocation reste une question souvent posée.

 

Marion : Oui je sais bien, et c’est déjà le cas… Aussi bien la commission des ministères que des amis, ou des inconnus, m’ont demandé cette année de leur raconter ma vocation.

 

Éric : Alors, tu as déjà commencé à construire et à roder ton propre récit de vocation ?

 

Marion : Pas vraiment non… J’ai l’impression de raconter autre chose, ou en tout cas d’insister sur d’autres éléments à chaque fois. En fonction de qui me demande, en fonction aussi de ma propre réflexion au moment où on me pose la question… Mais en général j’ai l’impression que les autres s’intéressent plutôt à ma vocation au ministère pastoral qu’à ma vocation plus générale à la foi chrétienne. Et toi alors, tu as un récit plus construit de ta vocation ?

 

Eric : Plus construit, peut-être, à force de le répéter. Et c’est vrai que, vu mon propre parcours vocation pastorale et vocation à la foi, sont, dans mon histoire très liées… Mais même si j’ai peu à peu construit mon récit, je m’aperçois en y réfléchissant que je n’insiste pas toujours sur les même points…

Un peu comme Paul n'a pas toujours raconté sa vocation de chrétien et d'apôtre comme aux Corinthiens.

 

Eric Actes XXVI 1 et 9 à 23 


 

Marion
Quand Paul raconte sa vocation au roi Agrippa et à toutes les autres personnes présentes à ce moment là, elle apparaît comme une évidence, comme ne laissant aucun doute quant au pourquoi de cet appel : Paul a une vocation spécifique, il a reçu un appel particulier à une mission particulière.

 

En effet, il est appelé par Jésus lui-même à quelque chose de bien précis, son cahier des charges est tout à fait explicite : Paul doit être serviteur et témoin de ce qu’il a vu. Il est donc appelé, et envoyé en même temps, envoyé vers les autres, vers les non-Juifs plus précisément, pour leur annoncer le Christ.

 

Et Paul raconte cet appel pour justifier son autorité à s’exprimer devant les foules de Damas, de Jérusalem ou d’ailleurs : ce n’est pas en son nom propre qu’il parle, mais parce qu’il n’a pas été réfractaire à la vision céleste, parce qu’il a entendu cet appel et qu’il le met en œuvre.

 

Être appelé par Dieu, c’est donc se voir confier une mission bien particulière, celle d’annoncer l’Évangile au monde. Et c’est en effet la mission confiée à chacun de nous, sous des modalités différentes.

 

Eric
Tu as raison, on pourrait presque dire que ce n'est pas tant sa vocation que Paul raconte à Agrippa que sa mission. C'est sans doute pour cela que son récit de vocation est très partiel. Saul le persécuteur tombe à terre avec ses compagnons et c'est Paul l'apôtre des nations qui se relève, seul.

Et après tout, c'est vrai que face à cette mission d'annoncer l'Évangile au monde, nous sommes, je suis, d'abord, seul. En effet, je n'ai pas pour mission de réciter le catéchisme d'une Église, de débiter les slogans d'un parti, mais d'annoncer une Bonne Nouvelle qui me touche personnellement. Cela explique que face à Agrippa, Paul semble laisser ses compagnons à terre.

Mais avant de reprocher à Paul de tirer la couverture à lui, nous devrions entendre un autre récit de sa vocation.

 

Eric Actes XXII 1 à 21

 

Marion
Tu disais que dans le premier texte que nous avons lu, Paul laisse ses compagnons à terre. Dans cette version, ils sont pourtant présents auprès de Paul après sa vision, c’est même eux qui le prennent par la main et le conduisent jusqu’à Damas. D’ailleurs il semblerait qu’ils aient pris part à une partie de cet appel adressé à Paul : ils ont vu la lumière qui brillait autour d’eux, mais ils n’ont pas entendu la voix s’adressant à Paul.

 

Eric 

En effet, Paul ne raconte pas  toujours sa vocation de la même manière, ici, il donne un rôle à ses compagnons

 

Marion

Exactement, parce qu’ils ne sont pas laissés indemnes par la vocation de Paul, mais ils n’en partagent pas la totalité non plus. Notre vocation ne laisse pas indifférents ceux qui nous entourent, ceux qui partagent notre route, parce qu’elle vient bousculer notre vie, notre manière d’être au monde et donc d’être avec les autres. Qu’ils comprennent et partagent, ou non, ce qui nous anime,  ils peuvent parfois nous guider sur ce chemin qui s’ouvre à nous, comme l’ont fait les compagnons de Paul sur la route de Damas. Et nous avons besoin de ces guides, parce que l’appel de Dieu n’est pas toujours évident à saisir : il peut nous éblouir, nous rendre aveugles pour un temps.

Notre vocation a donc forcément une dimension publique, partagée. Mais elle a aussi cette part de mystère qui ne se partage pas toujours, y compris avec nos plus proches compagnons de route. D’ailleurs, le texte nous parle d’un autre personnage encore, Ananias, lui aussi concerné par la vocation de Paul.


Éric
Eh oui. Face à Agrippa, Paul rappelait que notre vocation de chrétiens nous met à part, face à la foule, il nous rappelle que notre vocation touche aussi d'autres, ceux que tu appelles «nos compagnons de route», mais aussi ceux que notre vocation nous conduit à rejoindre.

En effet, être appelé, ce n'est pas seulement être appelé à témoigner face au monde de la Bonne Nouvelle que nous avons reçu, c'est aussi être appelé à entrer dans une Église, une assemblée, un corps. Avant de rencontrer les païens, Paul va rencontrer le chrétien Ananias, il va entendre un autre témoignage que le sien, il va comprendre que l'Évangile qu'il a reçu est partagé par d'autres dans leur propre histoire. Ils sont importants ces Ananias qui nous empêchent de croire que tout doit être compris comme nous, nous l'avons compris.

Marion
Les autres, ceux qui nous entourent et ceux que notre vocation nous invite à rejoindre, ne sont donc pas extérieurs ni indifférents à cette vocation. Mais qu’en pensent-ils ? Quelle image de nous ont-ils lorsqu’on leur parle de l’appel de Dieu ?

Dans le livre des Actes, un troisième récit de la vocation de Paul nous est donné. Et cette fois-ci, ce n’est plus lui qui parle, qui raconte, mais c’est Luc, l’auteur de ce livre, qui nous livre ce qui s’est passé sur le chemin de Damas.

 

Marion Actes IX 1-22

 

Marion

Voilà encore une version différente ! Ici les compagnons de Paul entendent la voix, mais ne voient personne. Et Ananias, qui comme tu le disais va être témoin de la Bonne Nouvelle pour Paul, ne paraît pas si enthousiaste à cette idée.

 

Éric
Oui, tu as raison, Luc nous fait entrer dans le cœur  d’Ananias, et on voit bien qu’Ananias n'est pas forcément ravi de voir arriver dans SON Église, ce persécuteur, ce bouffeur de chrétiens. En fait pour qu'Ananias accepte la vocation de Paul, il lui faut sa propre vocation.

 

Marion

C’est vrai qu’il y a une certaine méfiance de la part d’Ananias…

 

Eric

C'est le moins qu'on puisse dire. Mais nous pouvons nous retrouver un peu dans cette méfiance d'Ananias. Bien sûr, nous sommes enchantés de voir notre Église s'agrandir de nouveau membre, mais quand même, «comprendra-t-il assez bien l'histoire et la culture protestante ?» «ne va-t-elle pas appeler "autel" notre table de communion ?» «est-ce une conversion sérieuse ou avons-nous affaire à un illuminé ?» «son mode de vie ne va-il pas faire tache dans notre Église ?»

Sans aucun doute, comme Ananias, nous sommes appelés aussi à accepter l'appel des autres.

 


 

Marion

C’est vrai que ce n’est pas toujours facile, d’autant plus quand le parcours de l’autre est totalement différent du notre, ou quand sa manière de dire sa vocation ne correspond pas à la culture en vigueur dans notre Eglise.

 

Je crois que ce troisième récit souligne aussi autre chose : c’est que la vocation a une dimension bien plus large que celle dont nous avons parlé tout à l’heure.

Être appelé, ce n’est finalement pas forcément être appelé à une mission précise, comme Paul le laisse entendre devant Agrippa.

 

Ici Luc nous rapporte que sur le chemin de Damas, Jésus dit simplement « lèvre-toi, entre dans la ville, et on te dira ce qu’il faut que tu fasses ». D’abord, lève-toi ! Notre vocation est avant tout celle de chrétien, d’appelés à faire nôtre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, dans nos vies, d’appelés à nous lever, à nous relever grâce à cette Bonne Nouvelle, d’appelés, aussi, à raconter, à notre manière et en toute liberté, cette vocation qui est la nôtre.

 

Éric

Amen

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