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L'homme est un loup pour l'homme

30 Juin 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Radio, #Psaume

L'homme est un loup pour l'homme

Prédication du 9 juin pour le service protestant sur France Culture

Psaume 10

Eric :

Quand nous avons lu, Marion et moi, les textes bibliques proposés pour aujourd’hui, c’est ce psaume 10 qui nous a retenus, sans doute parce qu’il colle si bien, ou plutôt si tragiquement, à l’actualité. En discutant sur ce psaume, sur les images déployées, une chanson de Juliette Nourredine m’est revenue à l’esprit. Dans cette chanson, la chanteuse évoque Circé, la magicienne de l’Odyssée qui transforma les compagnons d’Ulysse en cochons. Circé se rappelle avec un brin de nostalgie cette époque où elle transformait les hommes en pourceaux pour finir par déplorer qu’aujourd’hui les hommes se transforment en des animaux beaucoup moins sympathiques. Nous vous proposons d'écouter ce dernier couplet du sort de Circé, de Juliette Nourredine

Les voici désormais

Enivrés par le fric, le pouvoir, les combines

Changés en charognards, en vautours, en vermine

Le méchant se tient en embuscade près des villages, Il assassine l’innocent dans des lieux écartés ; Ses yeux épient le malheureux. Il est aux aguets dans sa retraite, comme le lion dans sa tanière, Il est aux aguets pour surprendre le malheureux ; Il le surprend et l’attire dans son filet. Il se courbe, il se baisse, Et les misérables tombent dans ses griffes.

On l’entend bien, la chanson est finalement la même, elle dresse le même constat : «l'homme est un loup pour l'homme». A des millénaires d'intervalle, la chanteuse et le psalmiste nous dépeignent à quel point l'appât du gain transforme l'humain en un prédateur qui rôde avant de s'abattre sur le plus faible...

Et dans cette période de crise, où l’on sait bien que les plus riches continuent à s’enrichir, cette image se fait plus aigüe, plus douloureuse. Devant les différents scandales financiers, nous avons tendance à nous exclamer « Mais quelle époque vit on ? » et voilà que le psaume nous montre que plusieurs siècles avant Jésus Christ, la situation était la même. Les comportements ne changent pas…

On pourrait se dire que c’est dans l’ordre des choses, que c’est la nature humaine et hausser les épaules d’un air blasé…

On pourrait aussi succomber au désespoir devant ce tableau qui reste le même à travers les siècles.

Mais pour le croyant, il y a d’abord une réaction de colère, un cri : « Où est Dieu dans tout ça ? »

Marion

En effet, Dieu semble silencieux, absent, inactif surtout. Comment l’homme mauvais peut-il toujours réussir ce qu’il fait, pourquoi ses pièges ne sont-ils jamais détournés, pourquoi n’est-il jamais puni de ses méfaits et pourquoi personne ne vient lui demander des comptes ? Dieu semble lui laisser carte blanche, voire même l’encourager dans sa méchanceté… C’est en tout cas ainsi que l’homme mauvais interprète le silence et l’absence de réaction de Dieu : « Qui ne dit mot consent ». Et il va encore un pas plus loin dans son interprétation : si Dieu le laisse faire, c’est sans doute parce qu’il n’a pas le pouvoir de l’arrêter, ni de le punir. Peut-être même qu’il n’existe pas.

Le faible qui, quant à lui, subit la méchanceté des ces prédateurs en tout genre s’interroge lui aussi sur le silence de Dieu. Un Dieu qui ne vient pas le secourir dans sa détresse, qui ne le protège pas des pièges qui lui sont tendus. Si Dieu existe vraiment, pourquoi me laisse-t-il dans mon malheur, pourquoi ne me débarrasse-t-il pas de tous ces hommes mauvais qui sont sur mon chemin, de tous ces détenteurs de pouvoir qui rôdent autour de moi ?

Je crois qu’il nous arrive souvent de tenir de tels raisonnements.

Eric

C’est vrai que c’est une prière classique : «Que Dieu vienne punir le méchant, qu'Il vienne frapper mes ennemis». Et bien sûr qu'on aimerait un peu plus de justice. Bien sûr qu’on aimerait ne plus voir ceux qui exploitent, escroquent et oppriment s’en tirer impunément.

Pourtant, cette prière est dangereuse : d’abord si Dieu venait tuer les méchants, il ne resterait plus grand monde sur terre, ensuite moi-même qui appelle ce châtiment de dieu sur les coupables, suis-je bien sûr d’être assez irréprochable pour ne pas être frappé par la justice de Dieu ?

Nous sommes souvent dans la contradiction : d’un côté, nous sommes heureux que Dieu se montre miséricordieux pour nous, qu’il supporte nos errements et nous le remercions pour sa bonté mais de l’autre nous nous plaignons que Dieu ne punisse pas le méchant. Pourtant, ce silence face au méchant n'est-il pas justement l'expression de la miséricorde de Dieu, la preuve de sa patience ?

Marion :

Mais quelle justice reste-t-il alors pour les plus faibles… Si Dieu ne leur vient pas en aide, s’il ne renverse pas le cours des choses, ils sont obligés de se débrouiller seuls pour ne plus se faire prendre aux pièges des autres. Et ils n’ont alors que deux solutions possibles.

Soit le faible reste faible à jamais, toujours victime des plus forts, des plus puissants, des plus malins. Toujours renversé, écrasé comme le dit le psalmiste. Un pigeon dirait-on aujourd’hui, qui se fait sans cesse avoir, incapable de se défendre. Il vit alors inévitablement dans la méfiance constante des autres, dans la suspicion permanente, toujours aux aguets et rarement prêt à se laisser aller à la confiance. Aujourd’hui, une telle réaction n’est pas rare… Qu’il s’agisse de faire un achat quelconque ou de s’engager dans une relation, la méfiance est souvent de mise, de peur d’être trompé.

Mais le plus faible, las de sa faiblesse, peut aussi devenir à son tour le prédateur de quelqu’un, car on peut toujours trouver plus faible que soi. Et c’est la loi de la jungle qui s’établit peu à peu… C’est effectivement un tableau bien sombre qui se dresse, si on s’enferme dans une telle logique… N’y a-t-il donc aucun chemin possible pour en sortir ?

Eric

Tu as raison de soulever le problème. Face à tant de souffrance et de violence, il devient impossible de se contenter d’évoquer l’infinie patience de Dieu : la miséricorde deviendrait criminelle, l’amour deviendrait démission et finalement, la parole de Dieu ne serait plus qu’un sirop destiné à nous faire oublier l’amertume du monde. La Bible se contenterait de nous faire miroiter une récompense dans l’au-delà et elle n’aurait plus rien à voir avec notre réalité, le message biblique deviendrait pour le coup l’opium du peuple…

Mais le psaume 10 refuse cette réponse trop rapide de la clémence de Dieu pour le méchant et il ouvre une autre voie que celle de la peur ou de la loi de la jungle. Le psalmiste refuse de se terrer dans l’effroi en attendant d’être dévoré. Il refuse également de devenir bête fauve contre les bêtes fauves, d’en finir par lui-même avec les méchants.

Il ose un cri. Un cri de dénonciation de cette injustice : « cette jungle dans laquelle nous vivons n’est pas le monde des hommes, cette humanité n’est plus l’humanité », un cri de refus « Je ne veux pas me plier à cette loi du plus fort, je ne veux pas que mon choix se limite à être un pigeon ou un vautour. » Un cri d’appel aussi : « Par nous-même, nous ne pouvons sortir de ce rapport de force, mais un autre peut intervenir et il faut qu’il le fasse, il faut que Dieu se lève ! »

Marion

Pourtant, l’appel adressé à Dieu n’est pas un appel au meurtre, ce n’est pas même un appel à la destruction des méchants ou à leur renversement. Non, le psalmiste crie vers Dieu pour lui demander de briser non pas l’homme mauvais lui-même, dans la totalité de sa personne, mais son bras, symbole de son pouvoir et outil de sa méchanceté. C’est là un beau message de confiance qui traverse le sombre tableau que nous avions d’abord dressé : confiance en la disparition possible, non pas des méchants, mais de leur méchanceté : « Détruis le pouvoir de l’homme mauvais, du méchant ! Alors tu pourras chercher le mal qu’il a fait, tu ne trouveras plus rien ».

Ce cri du psalmiste s’accompagne d’une confession de foi. Pour lui, c’est une certitude que Dieu a déjà entendu le désir des faibles, et que jour après jour il affermit leur cœur et continue à leur prêter une oreille attentive. Pour lui, la justice de Dieu existe, peut-être pas dans la punition infligée aux méchants, mais dans l’attention portée aux plus faibles, dans la possibilité qui leur est donnée de continuer à pousser leur cri vers Dieu et dans la certitude d’être entendus.

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Samuel, Samuel...

15 Juin 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Vocation de SamuelI Samuel II, 12 à 17

I Samuel III 1 à IV 1a

 

Marion  : Nous voici arrivés au terme de notre cycle de prédications sur le thème de la vocation, même si nous pourrions encore nous arrêter sur bien d’autres récits bibliques pour continuer à en parler. Ces derniers mois, nous avons souvent souligné à quel point l’appel de Dieu nous met en mouvement, nous transforme et nous pousse à servir Dieu. Or Samuel ne semble pas avoir attendu un quelconque appel pour Le servir. Depuis tout petit, il vit dans ce sanctuaire de Silo, avec le prêtre Héli, au service du Seigneur. Pourtant, il ne Le connait pas encore, la Parole du Seigneur ne s’était pas encore révélée à lui nous dit le texte que nous venons d’entendre. Tu ne trouves pas cela surprenant, de servir Dieu alors même qu’on ne le connait pas ?

 

Eric : C'est vrai qu'à première vue, c'est un peu étrange, même si le texte nous précise que la Parole de Dieu était rare en ce temps là. Et pourtant, l'époque n'est pas si lointaine où les gens se rendaient nombreux à l'église chaque dimanche, peut être moins par conviction que par convention, parce que ca se faisait... Combien étaient alors comme Samuel, servant Dieu sans le connaître ? Mais bon,  c'est vrai que les Eglises ont perdu de leur emprise dans notre société et qu'aujourd'hui, celles et ceux que nous rencontrons viennent au nom de leur foi et, on pourrait presque dire, contre les conventions sociales. Tiens ! Tu feras peut être partie de la première génération de pasteur qui ne rencontrera plus de pratiquants non croyants.

 

Marion : Je n’en suis pas si convaincue… Je pense plutôt que les traces de cette pratique avant tout sociologique que tu décris subsistent encore, y compris dans une société a priori de plus en plus coupée du christianisme, voire hostile au religieux. Regarde les demandes de bénédiction de mariage ou de baptême par exemple ! Elles ne s’inscrivent pas toujours dans une démarche de foi, ou en tout cas elles ne sont pas toujours formulées, exprimées comme telles. Il s’agit bien souvent d’une demande de rite, d’une inscription dans une certaine tradition, familiale ou plus largement sociale. Parce que ça se fait, comme tu dis ! Et je me demande même si de telles pratiques n’existent pas aussi au sein même de notre Église, dans notre propre façon de vivre notre foi, même si nous nous revendiquons comme étant une Église de militants !

 

Eric : Une Église de témoins, tu veux dire. Mais tu as raison, même dans notre vie de croyants, de confessants, il y a des gestes qui relèvent plus de l'automatisme que du témoignage, des paroles que nous prononçons sans vraiment penser à ce qu'elles signifient. On pourrait se demander, par exemple, si nous habitons toujours  les temps de prière qui nous sont proposés, si pendant le culte, nous vivons vraiment au rythme du déroulement de la liturgie... Mais finalement, un service chrétien qui se vivrait toujours dans la connaissance au sens biblique du terme c'est à dire dans la relation étroite avec Dieu, est ce vraiment possible ? Je me demande parfois si dans notre revendication légitime de plus de conviction et de moins de rituel, nous ne finissons pas par répondre à un excès par un autre excès... Après tout, l'histoire de Samuel nous présente deux cas d'ignorance de Dieu. D'un côté, les fils d'Héli qui ne connaissent pas Dieu et qui se contentent d'utiliser le rituel dans leur intérêt, de se servir, de l'autre côté, Samuel qui ne connaît pas Dieu et qui le sert. Deux visages de la religiosité donc, l'un négatif et l'autre positif.

 

Marion : Et c’est quand même dans ce contexte de religiosité ambiante, en quelque sorte, que Dieu va appeler Samuel et se révéler à lui. Une véritable relation avec Dieu peut donc naître, peut-être pas de cette religiosité, mais en tout cas dans cette religiosité. C’est bien dans le sanctuaire de Silo, précisément là où Samuel sert Dieu sans le connaître, là où il pratique sans croire, que Dieu s’adresse à lui et se donne à connaître. Cela devrait nous apprendre à ne pas dénigrer trop vite ces formes de religiosité qu’on montre souvent du doigt : ce qu’y peut s’y produire et s’y vivre ne nous appartient pas.

 

Eric : Il faut aussi remarquer le rôle d'Héli dans cette histoire. Après tout, en tant que grand prêtre de Silo, Héli incarne toute la religiosité, tout le ritualisme de cette époque où la Parole de Dieu était rare. Or Héli va être celui qui va permettre à Samuel de comprendre ce qu'est cet appel. Ce n'est pas Héli qui appelle, mais sans Heli, Samuel en serait encore à courir après cette voix qui l'appelle. Le prêtre Heli est celui qui explique d'où vient l'appel.

 

Marion : Oui, c’est bien lui qui finit par comprendre… Mais il en a mis du temps ! Ce n’est qu’au bout de la troisième visite de Samuel qu’Héli réalise que c’est Dieu qui l’appelle, que c’est bien Sa voix que Samuel entend. Heureusement que Dieu est patient et persévérant…

 

Eric : Eh oui ! Si la religiosité n'empêche pas la Parole de Dieu de retentir, elle ne garantit pas non plus que cette Parole sera identifiée du premier coup. Remarque, quelque fois il vaudrait mieux que les religieux mettent autant de temps qu'Heli à reconnaître la manifestation de Dieu, plutôt que de croire le voir  dans le premier cauchemar venu... Je disais qu'Heli explique à Samuel d'où vient son appel, mais cela ne s'arrête pas là, il va également être celui qui oblige Samuel à oser accomplir sa mission. Alors que Samuel n'ose rien dire de ce qui lui a été demandé de dire, c'est bien Heli qui va le contraindre à parler.

 

Marion : A parler, et à lui répéter des choses pas très agréables à répéter… La première mission de Samuel est loin d’être facile. Et une fois de plus on se rend compte que Samuel est contraint par un autre, qu’il ne choisit pas par lui-même de prendre la parole. D’ailleurs depuis le début de son histoire il ne choisit rien. Il se retrouve dans le sanctuaire de Silo parce que sa mère, Anne, a fait la promesse de le consacrer au service du Seigneur s’Il lui accordait une descendance. Et d’après ce que nous venons de voir, il se contentait finalement de servir, sans connaître Dieu et sans même chercher à le connaître. Lorsqu’Héli finit par comprendre que c’est Dieu qui appelle Samuel, il l’invite à retourner se coucher à sa place habituelle, et c’est ce qu’il fait. Il ne se met pas dans une posture de prière ou d’adoration, il ne fait rien pour essayer de provoquer un nouvel appel de Dieu. Il retourne simplement à sa place.

 

Eric : C'est surprenant dans notre perspective religieuse, mais en fait c'est assez logique. Tu l'as bien souligné : Samuel n'a rien choisi. En revanche, il a été choisi. C'est donc normal que ce soit Dieu qui vienne à lui plutôt que lui qui aille à Dieu. Samuel a été choisi et, comme souvent, il est difficile de savoir pourquoi. En tout cas, pas à cause de sa piété, ni de sa quête de Dieu, Je ne crois même pas que ce soit parce qu''il avait été consacré à Dieu par sa mère : après tout, les fils d'Héli eux aussi étaient consacrés à Dieu par leur naissance... On se heurte toujours à ce mystère : pourquoi  Dieu a-t-il choisi celui-ci ? Mais qu'importe le pourquoi ? Ce qui compte, c'est que parce qu'il a été choisi, Dieu se tient à ses côtés. Je pense que c'est comme cela qu'il faut comprendre cette présence qui vient accompagner le dernier appel. Dieu est là, non pas là dans le sanctuaire (sinon sa présence aurait été précisée dès le premier appel) mais là, auprès de Samuel qui a désormais été informé de la conduite à tenir.

 

Marion : Dieu vient à ses côtés, et il ne se laisse pas arrêter par l’ignorance de Samuel ou par son incapacité à comprendre tout de suite qui lui parle. Non, Dieu continue à l’appeler, patiemment, jusqu’à ce que Samuel puisse entendre pour lui la parole qui lui est adressée. Par ailleurs, Dieu n’appelle pas seulement ceux qui le connaissent déjà. Comment d’ailleurs connaître Dieu si ce n’est pas lui-même qui se donne à connaître ? Il n’appelle pas seulement ceux qui le cherchent, ceux qui espèrent être appelés, ceux qui attendent d’être appelés. Et peut-être qu’il se révèle justement là où l’attend le moins, là où on le cherche le moins… Simplement dans notre quotidien, à notre place habituelle.  Nul besoin de nous déplacer pour aller chercher Dieu quelque part, c’est Dieu lui-même qui se déplace pour venir nous rencontrer.

 

Eric : Euh tu peux attendre d'être au Havre pour dissuader les gens de venir au culte ou aux études bibliques ?

 

Marion : Je ne suis pas sûre que mon futur collègue soit d’accord… Enfin, nous verrons le moment venu. En attendant, revenons-en à Samuel. Même quand il comprend, avec l’aide d’Héli, que c’est le Seigneur qui l’appelle, Samuel n’est pas encore prêt à le reconnaître comme tel, en tout cas il n’est pas encore prêt à l’appeler « Seigneur ». Tandis qu’Héli l’invite à retourner se coucher, et à répondre en disant « Parle, Seigneur ; moi, ton serviteur, j’écoute », Samuel répond seulement « Parle ; moi, ton serviteur, j’écoute ». Sa confession de foi n’est pas immédiate, mais encore une fois, cela n’arrête pas Dieu, qui continue à lui parler.

 

Eric : À lui parler et surtout à l'appeler. Et quel appel !!! Samuel qui servait Dieu sans le connaître, à une époque où la Parole de Dieu était rare est appelé, et il n'est pas appelé à continuer dans son service auprès de l'Arche d'Alliance ! Au contraire, sa mission est de proclamer la fin de ce service, la chute de la famille d'Héli qui préfigure la chute du sanctuaire de Silo. Samuel est appelé là où il se tient, c'est vrai mais cet appel ne le laisse pas à sa place. Le texte a commencé dans le secret du sanctuaire, avec un petit cercle de privilégiés : comme une histoire entre Dieu, Heli et Samuel, mais à la fin, Samuel est porteur de la Parole à tout le peuple. Une fois de plus, le texte biblique nous conduit à dépasser notre compréhension classique de la vocation. Lorsque nous parlons de vocation, nous pensons toujours à l'appel à un ministère (c'est à dire un service) particulier (catéchète, pasteur, conseiller presbytéral) et toujours à l'intérieur de l'Église. Mais ici, comme dans d'autres textes, l'appel est un appel à porter la Parole de Dieu vers l'extérieur.

 

Marion : Samuel est donc appelé à quitter le lieu du service, alors même que c’est dans ce lieu que son appel a été reçu et expliqué. L’appel de Dieu est toujours premier, que ce soit un appel à la vie chrétienne, ou un appel à un ministère plus particulier. Mais nous avons besoin de ces Héli qui nous encouragent à nous mettre à l’écoute de cet appel, qui montrent du doigt sa provenance. Nous avons besoin de tous ces témoins qui nous ont précédés dans la foi depuis les apôtres eux-mêmes. Nous avons besoin de l’Église pour discerner l’appel qui nous est adressé.

 

Eric : Oui, et c’est sans doute là une des missions importantes de l’Eglise : être ce lieu où chacun peut comprendre l’appel qui lui est adressé par Dieu, un appel à être témoin d’une bonne nouvelle pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore reçu. Mais pour cela, il faut que notre Eglise résiste à la tentation de se servir d’abord. La tentation d’appeler nous même les gens et de les appeler à nous rejoindre, à entrer dans le cercle au lieu de leur donner la force et le courage nécessaire pour sortir du sanctuaire, pour faire entendre à tous la Parole que nous avons reçue, le message du Dieu de vie.

 

Marion : Vous qui êtes appelés, comme Héli soyez attentifs à ceux qui ne savent pas qu’ils sont, eux aussi, appelés par Dieu. Laissez-les venir à vous, laissez-les vous déranger dans votre tranquillité, soyez à l’écoute. Et peut-être que vous pourrez leur dire, comme Héli à Samuel, que c’est le Seigneur qui les appelle. Vous qui êtes appelés, comme Samuel, osez la Parole. Osez sortir de nos temples et aller dans le monde, pour y être les messagers de Dieu, les témoins de la Bonne Nouvelle.

 

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