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"Une affaire de bonnes femmes"

29 Octobre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Femmes

"Une affaire de bonnes femmes"

Le vieux catéchisme anticlérical nous enseigne que la religion a toujours opprimé la femme et que celle-ci n’a pu s’émanciper progressivement qu’avec le triomphe de la raison… Catéchisme auquel je me ralliais tout en remarquant que quand le christianisme opprime la femme, il s’éloigne de l’enseignement de Jésus-Christ.

Et puis, voilà qu’en lisant Deux familles de Balzac, je tombe sur cette citation

"Il est des défauts qui, chez une femme, peuvent céder aux leçons fortes données par l’expérience ou par un mari, mais rien ne peut combattre la tyrannie des fausses idées religieuses."

Bien sûr, la citation me fait sourire et je ne peux m'empêcher de me dire que mon épouse aimerait que les fausses idées religieuses soient le seul défaut dont ses fortes leçons ne puissent venir à bout. Et puis, je réfléchis plus avant. La nouvelle de Balzac est une dénonciation de la bigoterie, mais cela montre bien que l’humanisme le plus raisonnable n’empêche pas du tout l’infantilisation complète de la femme.

Et puis cela me rappelle notre accompagnateur en Égypte qui me racontait l’histoire d’un de ses amis dont la femme portait le niqab pour énerver son mari. Du coup, en allant plus loin, je m’interroge : finalement, si à cette époque la religion était souvent vue comme une affaire de bonne femme n’était-ce pas en partie parce que cette tyrannie des (vraies ou) fausses idées religieuses était finalement le seul rempart, le seul contre-feu contre la tyrannie masculine ?

Bien sûr, cette petite note n’est pas un plaidoyer pour un retour à une religion oppressive ni une défense du voile, c’est juste le plaisir de craqueler un peu l’imagerie spinalienne et de mettre du bazar dans nos catégories…

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Petite ballade en espérance

26 Octobre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale, #Carnets de voyage, #Protestants en fête

Petite ballade en espérance

Jeudi 27 Septembre

- Allo ?

- Salut c'est Alain. Je passe, samedi, à Paris d'espérance et je voulais savoir si tu y venais aussi.

- Ben écoute, je n'avais encore rien décidé mais c'est cool si on peut s'y voir. Donc oui je viens.

Samedi 29 au matin,

Après un rapide message sur FB au cas où un admirateur inconnu me dirait «J'y serai aussi et j'aimerais vous reprocher de vive voix votre paresse à écrire. Vous me reconnaîtrez facilement je porterai une croix huguenote», me voilà parti vers le Paris d'espérance. Dans le train, en feuilletant une dernière fois le programme pour pointer deux ou trois «stands» ou on pourrait s'arrêter, je rêvasse un peu à l'ambiance que je vais y trouver. En effet, c'est l'écho que j'avais eu de l'édition strasbourgeoise : un temps où l'on croise un visage connu à chaque carrefour. Quels collègues, anciens paroissiens ou condisciple vais-je croiser ?

Gare Saint Lazare, aucune écharpe vert espérance ni badge identité visuelle coloré (faut dire que je ne porte pas le mien non plus) Pas d'avantage dans le métro. Gare Montparnasse, non plus. Enfin, je retrouve Alain mais là, ça compte pas : on avait rendez-vous.

Dépose des bagages de mon collègue qui vient de loin, pizza partagée en disant du mal de nos enquiquineurs respectifs, en discutant de nos questions et de nos inquiétudes sur la vie de notre Église, en redisant notre joie du ministère, aussi. Comme souvent, quand un pasteur rencontre un autre pasteur, ils sont trop timides, trop pudiques pour parler de leur foi.

14h

Il est largement temps d'aller à la rencontre d'autres protestants. Premier lieu de festivités à visiter : le village d'accueil. Devant Bercy, nos coeurs se serrent d'émotion en voyant notre première banderole Paris d'espérance. Un bénévole donne des indications à un groupe que nous devinons constitué de paroissiens, une tente vestiaire-consigne puis plus rien. Pas un panneau, pas un distributeur de tract. Pourtant, en poussant un peu plus loin, nous apercevons les tentes qui annoncent le village. Pour le coup, les retrouvailles commencent, on se croirait en synode. De fait, les visages croisés sont ceux que je croise en synode, ceux qui sont de tous ces rassemblements. Une belle tente librairie, une grande tente de présentation dont les nombreux stands évoquent bien la diversité protestante. Des échos d'activités qui ont bien marché, voire qui ont été victimes de leur succès (je suis content d'apprendre que la réflexion sur Brassens et l'Évangile a dû refuser du monde : c'était à mes yeux un des stands les plus originaux et un de ceux qui m'avaient le plus interpelé)

En quittant le village et en retournant vers le métro nous croisons le capitaine Jack Sparrow et une femme-sandwich qui distribuent des tracts. Activité jeunesse ? Annonce d' une conférence d'Olivier Abel sur le protestantisme et la flibuste ? Eh non, pub pour une chaîne de magasin de jouets.

15h

Direction foyer de Grenelle pour boire un cidre et voir un peu ce que font les voisins du Bocage. Si nous ne restons pas assez pour assister aux discussions, je suis content d'apprendre qu'il y a eu du passage. Bon, uniquement des protestants...D'ailleurs, cette fois, nous croisons des protestants identifiables en pleine rue ! Oui, bon, juste en quittant les lieux au moment où eux arrivent.

16h30

L'heure de mon train approche mais ce serait dommage de quitter Paris sans voir ce village jeunesse qui tourne si bien, direction la gare de Lyon, donc (décidément, notre périple n'est pas tout à fait optimum, tiens d'ailleurs ce serait une bonne idée de jeu 'Protestants en fête 2013 : parcours le plus d'animations en faisant le moins de km et en croisant le plus de protestants)

Arrivée à la gare de Lyon, rien. Enfin, pas rien, plein de monde, de taxis, de voyageurs, mais pas une affiche, pas un prospectus, aucun signe visible de ce village jeunesse. Pour moi, il est grand temps de retourner à Saint Lazare et je mets fin à ma virée en espérance en abandonnant Alain.

Bon, je ne ronchonne pas, j'ai passé une bonne journée, c'est toujours sympa de retrouver un vieil ami. Mais au niveau de la visibilité du protestantisme, je reste dubitatif, et je n'ose même pas évoquer le témoignage et l'évangélisation. Au moins, on ne nous reprochera pas notre prosélytisme agressif. Bien sûr, je n'ai pas respecté le mode d'emploi, et je n'ai assisté ni au méga-culte, ni à la soirée spectacle (vous retrouverez des comptes rendus plus complets ici) mais je ne suis pas sûr que le promeneur parisien lambda ait vu quoique ce soit de changé.

En fait, c'est d'ailleurs cela qui m'ennuie : je venais voir un temps fort à Paris et je n'ai vu que ce que devrait être le quotidien : des Églises de toute les tendances du protestantisme qui organisent diverses manifestations tournées vers la cité et qui communiquent entre elles sur ce qu'elles font.

Et puis quand même, une petite réflexion personnelle pour mon moi de 20 ans qui a poussé un cri d’horreur quand j’ai exprimé mon envie à aller me balader dans Paris pour me retrouver « en famille » avec d’autres parpaillots, il faut dire que cette tendance à l’entre-soi des protestants l’a toujours agacé, cet horsain : « Bah oui, tu vois, maintenant, tu te sens complètement du sérail, de cette famille, alors finalement, ce chauvinisme protestant (qui reste agaçant, c’est vrai) n’empêche pas l’Eglise d’accueillir, d’adopter et d’intégrer… »

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Au coeur de la tempête

14 Octobre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Actes, #Salut, #prédication, #solidarité

Au coeur de la tempête

Prédication du 13 octobre 2013

Actes 27

Vous avez reconnus que nous sommes dans un bateau. Vous avez vu que les vagues sont hautes et que l’on ne voit pas le soleil ni les étoiles et que notre bateau est chahuté. Oui, nous sommes en plein cœur de la tempête…

Qui parmi vous a déjà traversé une tempête en mer ?

Ah quelques un quand même. Mais je suis sûr que si je demandais maintenant qui a traversé des tempêtes dans sa vie, des moments où l’on est brinqueballé, charrié au gré des vague et du vent, des moments où l’on fait ce que l’on peut mais où on sait que ça ne suffira pas, que l’issue ne dépend pas de nous, les doigts levés seraient beaucoup plus nombreux.

Et si on ne pense pas seulement aux plus grands drames, mais aussi aux tempêtes plus quotidiennes, moins dangereuses, par exemple les parents qui crient quand les devoirs ne sont pas faits, là, c’est tous les doigts qui seront levés.

Et dans nos tempêtes, grandes et petites, il arrive parfois, pas toujours, mais peut-être plus souvent que juste parfois, qu’une voix vienne nous dire que cette tempête, on aurait pu l’éviter… Et cette voix, ce n’est pas toujours la petite voix de notre conscience, c’est parfois une voix extérieur, celle d’un ami, d’un parent, d’un conjoint qui vient nous dire « tu aurais pu éviter ça », « je te l’avais pourtant bien dit », « tu l’as quand même cherché »… Eh bien sur ce bateau, cette voix, c’est celle de Paul qui effectivement est bien humain et ne peut s’empêcher de commencer par « Je vous l’avais bien dit »…

Mais la suite du discours est surprenante. Parce que, généralement, après le « Je te l’avais bien dit », « tu l’as cherché », vient le temps du « débrouille-toi maintenant », le temps du « c’est de ta faute si on en est là », le temps du « tu as tout foutu en l’air ». Eh bien Paul ne dit rien de cela, il ne se désolidarise pas des marins, des soldats et des autres passagers, il ne les enfonce pas dans leur culpabilité. Ces paroles ne sont finalement pas une accusation mais bien un réconfort « n’ayez pas peur, même si le bateau est perdu, personne ne mourra »… Un encouragement qui n’est aps seulement dans les mots d’ailleurs, puisque Paul va pousser ceux qui sont pris avec lui dans la tempête à manger, il va leur rappeler leurs besoins…

D’ailleurs, je parle, je parle, mais j’oublie que nous sommes toujours dans notre tempête. Bon nous ne sommes pas encore affamés mais notre besoin le plus urgent, c’est sans doute de nous accrocher. Alors accrochez-vous ! Oui, accrochez-vous, vous avez des cordes, tenez bon ! Mais ne tirez pas la corde à vous, au contraire, veillez à ce que tout le monde puisse la tenir.

C’est bon tout le monde tient la corde. Vous n’avez oublié personne ? Pas même l’organiste ? pas même le pasteur ?

Alors penchons-nous sur un autre épisode de cette tempête. Des marins essayent de s’enfuir, comme ça arrive souvent pendant les tempêtes : quand le danger devient trop pressant, il est tentant d’essayer de se sauver tout seul, d’oublier les autres, voire de les piétiner dans la panique… Et voilà que Paul crie aux soldats « Si ces hommes ne restent pas à bord, vous ne pourrez pas être sauvés ».

Il est évident que si des marins quittent le navire, si tout le monde ne reste pas à son poste, le bateau est fichu… Mais peut-être pouvons-nous entendre cet avertissement aussi d’une autre manière. Paul vient d’affirmer à tout l’équipage, à tous les passagers « Aucun n’y laissera la vie ». Il vient d’affirmer que sa présence sur le bateau, sa mission garantissait la survie de tous. Mais que va-t-il se passer si certains quittent le navire ?


Un des grands débats du christianisme tourne autour de qui va être sauvé ? Est-ce que c’est tout le monde ? Ou bien seulement quelques-uns ? Et si c’est seulement quelques-uns, lesquels et pourquoi eux ? Eh bien dans ce débat, nous nous trompons de question. Parce que la vraie question, ce n’est pas est ce que je suis sauvé et ce que l’autre, celui que j’aime ou celui que je n’aime pas l’est aussi ? La vraie question, c’est comment pourrai-je me dire sauvé si mon frère, ma sœur est en train de mourir ?
Ce bateau pris dans la tempête, nous avons commencé par le voir comme notre vie, nous avons commencé à évoquer nos tempêtes personnelles. Mais peut-être que ce bateau, c’est aussi ma famille, comment puis-je dire que ma famille vogue tranquillement si un de ses membres souffre ? Peut-être que ce bateau c’est notre paroisse, comment pourrions-nous aller à notre vitesse de croisière quand des membres sont passés par-dessus bord ? Peut-être que ce bateau, c’est notre Église, comment pourrions-nous aller bien quand d’autres communautés traversent des tempêtes ? Peut-être que ce bateau, c’est notre humanité ? Comment pourrions-nous naviguer sereinement, si des frères et des sœurs risquent leur vie sur des coques de noix et meurent pour fuir l’oppression et la misère qui règnent dans leur pays ?

La question du salut que nous pose l’Évangile, n’est pas une question de répartition, de sélection ou de mérites, c’est une question de confiance et de soucis de l’autre… Je peux être sauvé malgré la perte de mon navire, je ne peux pas être sauvé sans mon frère ou ma sœur.

Et puis le texte, se termine par un miracle. Et ce n’est pas le fait que le bateau ait atteint un rivage avant de s’échouer, ce n’est pas que la tempête se soit apaisée, ce n’est même pas qu’il n’y ait eu aucune victime. Bien sûr que Paul y voit la main de Dieu, la réalisation de sa promesse, et bien sûr que nous sommes invités à le recevoir ainsi. Mais ça, c’est le regard de la foi.

D’ailleurs, à aucun moment, l’auteur du récit ne nous dit des choses du genre « Et Dieu protégea le navire ou ses occupants » ou « Et Dieu ordonna à la tempête de se calmer », il se contente de nous répéter les paroles de Paul.

Donc le croyant, verra dans ce récit l’intervention de Dieu mais le non croyant n’y verra peut-être qu’un heureux hasard.

Mais croyant ou incroyant, nous sommes tous confrontés à une réelle surprise :

Les soldats veulent tuer les prisonniers, pour que personne ne s’échappe en nageant. Mais l’officier romain veut sauver Paul et il empêche les soldats de faire ce qu’ils ont décidé.

Une parole de confiance et d’espérance s’est élevée au cœur de la tempête, le soucis de tous et de chacun a été posé comme condition de survie et voilà que le chef des gardes accepte de déroger à son devoir, de courir le risque de voir des prisonniers s’échapper pour reconnaître en ces hommes des frères avant de voir des prisonniers, voilà que les relations humaines ont été transformée.

Frères et sœurs, au cœur de nos tempêtes, que nos empressements, nos paniques et nos devoirs ne nous rendent pas sourd à la confiance, qu’ils ne nous rendent pas aveugles à nos frères et à nos sœurs. Au contraire, au cœur même de nos tempêtes, laissons-nous rejoindre par l’espérance.

Amen

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Un esclave inutile

7 Octobre 2013 , Rédigé par Corinne Janin et Eric George Publié dans #Bible, #Luc, #Foi, #Engagement

Culte du 6 octobre

Habaquq 1.2-3;2.2-4

2 Timothée 1.6-14

Luc 17.5-10

Corinne :

Nous débutons chaque conseil presbytéral par un temps d'aumonerie.

Le 6 septembre le texte choisi par le pasteur était Luc 17,v 7 à 10....

Ce soir-là déjà la lecture de ces versets m'ont fait à nouveau réfléchir sur ma mission au sein du conseil presbytéral.

Puis lorsque nous avons préparé ce culte avec Eric la question suivante s'est rapidement posée pour moi :

« Comment je reçois ce serviteur inutile en tant que présidente du conseil presbytéral? »

Effectivement je n'attends pas de reconnaissance particulière.

Je ne suis pas dans une logique de récompense, car si j'attends trop de reconnaissance je risque de n'avoir que de la frustration.

Eric :

J’espère quand même que sans attendre cette reconnaissance, tu en reçois parfois…

Corinne :

J'avais bien pensé à la reconnaissance de soi, mais j'avais peur que ça fasse un peu prétentieux....

C'est sûr que de se sentir appelée donne confiance, c'est sentir que je vaux quelque chose pour Dieu. C'est une reconnaissance de ma valeur.

Lors de l'assemblée génerale précédente, lors de la fête de l'entrée de notre église locale dans l'Eglise Protestante Unie, des paroissiens m'ont déjà manifesté leur reconnaissance

Il y a aussi de la reconnaissance quand tous les conseillers préparent avec sérieux le conseil presbytéral, quand ils répondent avec un enthousiasme sincère à mes sollicitations. Je vis leur investissement comme une marque de confiance.

Et puis est-ce tiré par les cheveux si je te dis que c'est dans la continuité du baptême. C'est la poursuite de cette vie nouvelle à laquelle nous sommes appelés par Dieu.

Eric :

Non, je ne pense pas que ce soit tiré par les cheveux, le baptême est déjà la marque d’un appel et surtout d’une reconnaissance, le baptême nous dit que Dieu nous aime

En fait, si je te posais cette question de la reconnaissance, c’est que c’est peut-être un des premiers intérêts à se reconnaître comme serviteur inutile : quand on attend un retour pour ce qu’on a fait, que ce soit sous la forme de salaire ou d’une reconnaissance, on ne reçoit jamais assez. Mais lorsque l’on n’attend rien, on peut vraiment se nourrir et même parfois s’émerveiller de ce qu’on reçoit en retour.

C’est important mais je sais bien que ce n’est pas uniquement en fonction de la reconnaissance que tu vis ton ministère.

Corinne

Ce temps de présidence du conseil est une « aventure spirituelle » riche, même si elle n'est pas toujours de tout repos!

Je savais à quoi je m'engageais en acceptant ce ministère. Je ne vis pas ce ministère comme un pouvoir mais réellement comme une grâce.

Eric

Tant mieux, car je crois que c’est comme une grâce que nous devrions recevoir tout ministère et même toute place que l’on occupe dans l’Eglise.

Corinne

Se pose pour moi la question du devoir, peux-tu m'aider à voir plus clair pour ce verbe?

Eric

Alors que les exégètes et les traducteurs butent surtout sur le terme d'inutile, c'est intéressant que ce soit la notion de devoir qui t'interroge. Et c'est bien car cela nous renvoie à un autre mot : celui d'esclave que nos traductions adoucissent souvent par serviteur.

Pourtant, je crois que pour bien comprendre la parabole, il nous faut entendre le terme d'esclave (et donc le devoir qui va avec) dans toute sa force.

Le salarié échange son travail contre une rémunération mais l'esclave est considéré comme un outil qui doit accomplir la tâche qui lui est assignée.

On dit qu'un salarié fait son devoir quand il a accompli sa part du contrat et il a le droit d'en attendre une reconnaissance, qui prend la forme minimale d'un salaire. Mais l’esclave qui fait son devoir, n’a rien à en attendre, il se contente de remplir la fonction qui lui est assignée.

Et je vois là un point commun finalement entre l’esclave et le chrétien. Puisque nos œuvres, les services que nous rendons à l’Eglise, les bonnes actions que nous accomplissons pour nos frères et sœurs, notre lecture de la Bible, nos prières, notre présence du dimanche matin ne nous servent pas à marquer des points, peut-être nous faut-il demander si ce service qui nous est demandé, ce devoir qui est le nôtre, n’est pas, finalement, ce pour quoi nous sommes faits… Finalement, lorsque Dieu nous exhorte à aimer, c’est un peu comme s’il nous criait : « respire ! »

Mais tout en reconnaissant que nous avons besoin d’aimer comme nous avons besoin de respirer, tout en reconnaissant que nos haines et nos rancœurs nous détruisent, nous savons bien qu’il ne nous est pas si naturel d’aimer, il nous faut souvent nous faire violence pour accueillir l’autre et lui ouvrir notre cœur, pour nous mettre au service.

Alors si on peut parler de devoir chrétien, c’est en gardant l’idée

  • d’une fonction : nous sommes faits pour nous mettre au service de Dieu, c’est-à-dire pour aimer,
  • d’une nécessité, ce service de Dieu, cet amour est ce dont nous avons besoin pour vivre
  • mais aussi d’une contrainte, il ne nous est pas aussi naturel d’aimer que de respirer

Corinne

Le devoir était-ce la sagesse d'accepter cette mission qui me fait vivre un temps extraordinaire dans ma vie de chrétienne?

Eric

Ou peut-être la sagesse était-elle d’accepter cette mission à laquelle tu as été appelée et d’y découvrir ta place.

Corinne

Et pourtant ce devoir n'a rien d'exceptionnel en soi si je fais ce que doit faire un membre du conseil presbytéral.

Accepter d'être un serviteur inutile c'est savoir prendre de la distance par rapport à mes certitudes, mes convictions, accepter les doutes.

C'est aussi un engagement à la fois très intime mais pas solitaire car c'est un ministère collégial. A chaque conseil je me souviens que tout ne dépend pas de moi et ne repose pas sur moi

Cette présidence est pour moi un temps qui augmente ma foi .

Eric

Tiens, c’est vrai qu’après tout la parabole vient en complément de la réponse de Jésus à cette question : « augmente en nous la foi ». Une demande que chaque chrétien formule sans doute un jour ou l’autre : ah ! si seulement, j’avais d’avantage de foi.

Alors est ce que cette présidence te rend plus apte à te lancer dans l’exploitation sous-marine de sycomore ? Ou plus sérieusement, que veux-tu dire quand tu dis que ta foi augmente ?

Corinne

Au sujet de ma foi qui augmente c'est que la confiance que j'ai dans le Seigneur qui a grandi. Je sens plus qu'il m'accompagne chaque jour et m'aide à relativiser des moments douloureux. Ma confiance en l'Homme a aussi évolué, je vois plus en chacun ses côtés positifs et je suis moins dans le jugement. Ma bienveillance, mon indulgence vis à vis des autres est plus grande. J'ai plus de confiance dans la vie.Ca n'a rien de grandiloquent mais c'est cette foi qui me permet de vivre l'ordinaire de façon extraordinaire.

Eric :

Si je comprends bien, pour toi la foi est moins de l’ordre des grandes affirmations, des actions éclatantes que d’un quotidien beaucoup plus modeste. Il ne s’agit pas d’être absolument sûre, de repousser tous les doutes et toutes les questions, d’être tellement dans une confiance en Dieu que tu en deviendrais imperméable, insensible aux soucis et aux difficultés de la vie.

Je me demande si effectivement, on ne pourrait pas lire cette parabole du serviteur inutile comme si Jésus nous disait : « au lieu de chercher à vous faire obéir des sycomores, acceptez plutôt d’être ce serviteur, cet esclave insignifiant. »

Après tout, que fait un sycomore planté dans la mer ? Il crève. Du coup, je me demande un peu si cette foi qui permet de planter un sycomore dans la mer, n’est pas du même ordre que celle qui fait planter des avions dans des gratte-ciel.

Finalement, Jésus ne nous met-il pas en garde contre une foi que nous vivrions comme une puissance, comme une autorité qui nous placerait au-dessus des autres ? On sait bien que les croyants ont souvent fait de leur soumission à leur dieu un bon prétexte pour se mettre en position de diriger les autres, ce constat se vérifie aussi bien à travers l’histoire que dans notre actualité.

Pourtant, dans ta réponse, il y a un autre aspect, tu dis bien que ta foi augmente et tout ce qu’elle t’apporte en plus, tu parles d’aide, d’évolution, d’augmentation. En nous le rappelant, tu nous évites de verser trop dans l’excès inverse, tu nous évites d’opposer à la foi fanatique une foi uniquement faible et vacillante, une foi qui ne changerai rien, une foi qui n’apporterait rien. Bien sûr, que la foi transforme notre vie, notre regard, nos relations aux autres, et qu’aussi discret soit-il, c’est un changement en profondeur.

Et puis, en parlant de cette foi comme un plus, tu légitimes la demande des disciples « augmente en nous la foi », parce que nous avons tous besoin que cette confiance en Dieu, ce regard positif sur les autres, cette capacité à relativiser les moments difficiles augmente.

Oui frères et sœurs, il est bon que nous demandions à Dieu d’augmenter notre foi, non pas celle qui nous élève et nous donne la puissance, mais cette foi qui nous permet de toujours mieux savoir ce que nous sommes, ce que nous avons à faire, cette foi qui nous délivre de notre volonté de toujours vouloir briller et dominer, cette foi qui nous permet de ne rien attendre car déjà tout nous a été donné.

Nous prions :

Père

Augmente notre foi

Mais augmente-la à ta manière

Et non pas à la notre

Augmente notre foi

Qu’elle nous fasse accepter notre petitesse

Et nos limites

Qu’elle nous permette de nous émerveiller de ton amour

Augmente notre foi

Afin qu’elle nous transforme

Qu’elle nous pousse à l’amour et au service

Augmente notre foi

Afin qu’elle nous fasse vivre

Amen

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