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Communauté, individu ou... ?

22 Mars 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Jérémie, #identité, #individualisme, #communautarisme, #raisin

Communauté, individu ou... ?

Prédication du 22 mars 2015

Jérémie 31, 27 à 34

Jean 12, 20 à 33

Qu’est ce qui me définit comme personne ? Qu’est ce qui fait mon identité ? Ma naissance, le groupe auquel j’appartiens ? Ou bien mes choix et mes actions ? A travers son prophète Jérémie, Dieu ouvre une nouvelle voie.

« Les parents ont mangé des raisins verts et les enfants ont eu les dents rongées ». A première vue cela paraît illogique et injuste ; pourtant on sait bien à quel point cette expression contient un bon fond de réalisme : aujourd’hui, on dirait « les parents boivent, les enfants trinquent » et l’on ne parle pas alors que de l’alcoolisme. Il est certain que nos enfants subissent ou profitent de nos choix, de nos actions, il est certain que nous portons le poids des comportements des générations précédentes et que les générations futures porteront le poids de nos actions et de nos inactions…

Mais ce dicton n’énonce pas seulement une vieille vérité, il contient également tous nos amalgames, tous nos préjugés. C’est vrai que nous jugeons parfois les enfants d’après leurs parents, les cadets d’après leurs aînés… C’est vrai surtout que nous avons fortement tendance à enfermer tout un groupe dans le comportement de certains et là encore certain payent pour ce que d’autres ont fait… Oui, il faut bien reconnaître que parce que les parents ont mangé des raisins verts, nous rongeons les dents de leurs enfants…

C’est fini, annonce Jérémie, dorénavant, c’est celui qui mangera les raisins verts qui aura les dents rongées. C’est plus normal, c’est plus logique, c’est plus juste… Cela me sortira de mes préjugés, je ne verrai plus tous les membres de la famille Machin comme ces gens-là, tous les musulmans comme des terroristes, tous les jeunes comme des irresponsables, tous les vieux comme des fossiles, d’ailleurs, je ne verrai plus un « Machin », un musulman, un jeune, un vieux, je verrai tout simplement un humain. Oui, dans mon regard, il y aura sans doute un progrès

Mais quand même le nouveau dicton « si quelqu’un mange du raisin vert, ses propres dents en seront rongées » est-il vraiment meilleur que le précédent ? Deux remarques

Tout d’abord, si l’on reçoit l’ancien dicton « les parents ont mangé, les enfants ont eu » comme la marque d’une société communautaire où le groupe prime sur l’individu, l’annonce de Jérémie semble bien réalisée dans notre société : chacun pour soi, je n’ai plus à porter la faute du groupe, je n’ai même plus à porter le souci du groupe, je n’ai plus qu’à me préoccuper de ma propre pomme, pardon, de ma propre grappe de raisin… Sauf que du coup, j’oublie régulièrement cette réalité qui reste bien réelle : mes actes n’engagent pas que moi, ils engagent régulièrement mes enfants, mes voisins, mes contemporains et ceux qui viendront après moi… Faites le compte des actions qui ne regardent, qui n’engagent que vous, il n’y en a pas tant…

Ensuite, le résultat d’après Jérémie c’est « chacun mourra pour son propre péché. » Donc je ne meurs plus pour la faute de mes parents, je meurs pour ma propre faute. Mouais. Vous trouverez peut-être que je pinaille, mais le gain ne me semble pas immense : au final, je suis quand même mort. Sauf que maintenant, c’est de ma faute.

Bref, selon la parole humaine, selon les visions humaines, je n’ai pas d’autre choix que celui de porter le poids du passé, des errances, des échecs, celui de nos parents, de notre communauté ou bien le nôtre propre, je n’ai pas d’autre choix que mourir.

Mais voilà qu’une parole retentit, une promesse de Dieu : le temps vient d’une alliance nouvelle. Le temps vient où le cœur de chacun ne sera plus encombré de regrets ni de remords, de rancœurs ni de peurs mais simplement rempli de la loi de Dieu. Le temps vient où le cœur de chacun ne sera plus gonflé d’orgueil ni rabougri de crainte mais plein de la connaissance directe de Dieu. Oui, le temps vient où nous ne serons plus définis par nos parents, par nos appartenances communautaires, ni par nos actes, par nos forces et nos faiblesse mais seulement par un cœur, une pensée, une vie nouvelle habitée et fécondée par le Dieu vivant.

Oh que vienne ce temps et qu’il vienne vite, n’est-ce pas ?

***

Eh bien, voilà le plus extraordinaire, voilà le plus incroyable. Ce temps est venu, ce temps c’est maintenant. Oui c’est maintenant, alors même que nous croyons que c’est impossible que Dieu nous parle, alors que, comme la foule, nous croyons simplement entendre le tonnerre, ou que plus attentifs, nous trouvons plus raisonnable de penser que les anges parlent avec Jésus, Dieu nous parle en direct.

Il parle le langage de la croix, c’est-à-dire qu’il nous rejoint dans nos souffrances, dans nos morts, dans tout cet excédent de bagage, dans tout ce poids qui nous tenait loin de lui. Oui c'est sur la croix qu'il attire tout homme à lui, qu'il glorifie son nom, qu'il nous rejoint dans notre humanité pour sortir de nos morts, pour entrer dans la vie.

Alors, mon frère, ma sœur, entends cette parole qui t’est adressée, entends la, plus haut que toutes ces idoles sur qui tu comptes pour ta vie et ton bonheur et qui t’empêtrent dans les illusions, entends-la, plus haut que ta raison qui dresse devant toi le mur des impossibles, entends-la, plus haut que ta condamnation qui t’enterre dans la désespérance. Entends-la, cette parole qui te libère, te relève, te fait vivre et te transforme.

Amen

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Jacob chez Laban, un parcours de foi

18 Mars 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Jacob, #Laban, #foi, #doute

Jacob chez Laban, un parcours de foi

Il est intéressant en lisant un récit biblique de garder en tête la distance entre un auteur et son personnage. Comparer ce que l'auteur dit de Dieu avec qu'en dit le personnage (en ne partant pas du principe que l’auteur pense la même chose que le personnage) ouvre parfois de nouvelles pistes de lecture. Une lecture de Genèse 29 à 31

De la rencontre entre Jacob et son oncle, on se souvient plus facilement de la substitution d'épouse que de l'affaire des troupeaux. Il faut dire que non seulement Cette dernière est moins grivoise mais surtout elle est plus embrouillée. En effet, On voit tout d'abord Jacob contrer la duplicité de Laban à coup de "manipulations génétiques" (Jacob ou la préhistoire de Monsanto) pour ensuite affirmer à ses épouses qu'alors que leur père essayait de le rouler, Dieu lui venait en aide, faisant naître des bêtes tachetées ou rayées selon le salaire qui lui était promis.

Bien sûr, dans cet embrouillamini, on peut percevoir la rencontré de différents récits, mais le résultat final, loin d'être un patchwork incohérent, forme le récit d'un parcours de foi.

Bien que Dieu lui ai promis d'être avec lui lors du songe de Bethel, Jacob n'en est pas si sûr, il avait d'ailleurs déjà exprimé sur ce doute à Bethel "SI je reviens sain et sauf". Chez Laban, Jacob parle de Dieu comme on lui a appris à le faire (c'est lui qui t'a rendu stérile), il utilise son nom pour couvrir ses propres manœuvres, mais finalement, il préfère faire les choses par lui-même, il ne connaît pas ce Dieu.

Il faudra que Rachel vole les idoles de son père, que Laban se lance à la poursuite de Jacob pour que celui - ci découvre finalement par la bouche de son beau - père que Dieu l'avait effectivement gardé et protégé pendant son séjour.

Et pour nous, chrétiens, Dieu n'est-il pas, parfois, qu'un élément de discours, qu'une partie de notre culture ? Ne préférons-nous pas souvent compter sur nos propres forces pour nous rendre compte, après coup, qu'il était intervenu pour nous dans le secret.

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