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Une bénédiction qui donne un cadre

20 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse, #Actualité ecclesiale

Une bénédiction qui donne un cadre

Petit essai de fondement biblique pour la bénédiction des couples de même sexe

Je reste persuadé que ce n’est pas la Bible qui conditionne notre regard sur l’homosexualité mais bien notre regard sur l’homosexualité qui conditionne notre lecture de la Bible (en tout cas des versets qui traitent de l’homosexualité). Nous sommes donc toujours au risque d’instrumentaliser la Bible dès que nous la citons sur ce sujet.

Pour autant, je serais malhonnête de botter en touche lorsqu’on me demande sur quels fondements bibliques je pense possible de bénir des couples de personnes de même sexe. Mon argumentaire ne convaincra que les convaincus (et encore…) mais au moins peut-être me laissera-t-on le bénéfice du doute quant à mon rapport à la Bible.

Tout d’abord, il est vrai que je relativise fortement les 5 versets de la Bible qui condamnent explicitement l’homosexualité ; au même titre, d'ailleurs, que je relativise ceux qui interdisent le port de vêtements de deux étoffes différentes ou ceux qui justifieraient une exclusion des femmes de la cène pendant leurs règles. Les versets du Lévitique s’inscrivent dans un contexte de dénonciation de pratiques religieuses et les versets de Paul sont guidés par sa culture (fortement influencée par le Lévitique. Ce ne sont pas des versets à supprimer, ce sont des versets à interroger. C’est sans doute discutable mais j’attends encore qu’on me dise pourquoi ceux-là ne doivent pas être relativisés alors que ce qui concerne la pureté d’un vêtement, l’impureté d’une femme, ou l’inégalité au sein du couple doit l’être…

Ensuite j’aime assez ce qu’un collègue nous disait d’une signification chrétienne de la bénédiction comme parole de la croix et de la résurrection. Dans le christianisme, la bénédiction serait un « OUI » de Dieu sur la personne que l’humain a écrasé de son « NON ». Mais d’une part, j’entends les collègues qui m’enjoignent de ne pas confondre Bénédiction avec Annonce de la Grâce. D’autre part, je pense que cette compréhension ne s’applique qu’à une bénédiction prononcée sur les personnes. Et enfin, je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu trop tardif de ne dire le « OUI » de Dieu qu’une fois que la société a largement commencé à reconnaître des personnes que l’Eglise écrasait de son « NON » (mieux vaut tard que jamais, certes, mais bon, il m’est difficile de penser que nous ne prêchons le scandale de la croix qu’à la condition qu’il soit entré dans les mœurs.)

L’homosexualité a-t-elle sa place dans la création ? Dans la nouvelle création en Jésus Christ, clairement non. Mais l’hétérosexualité non plus (il n’y a plus ni homme ni femme, il n’y aura plus ni mari, ni épouse), du coup tout s’arrange. Dans la première création, j’avoue que c’est plus compliqué de répondre, tellement on a chargé le sens des mots et des idées de morale, de culpabilité et de condamnation.
Allons au plus simple, je dirai en lisant ma Bible : non. Pas plus que, par exemple, les différences de couleurs de peaux mais finalement ça n’a aucune espèce d’importance parce que nous avons à nous situer entre le jardin d’Eden et la Jérusalem céleste, c’est dans cet entre-deux que nous avons à porter une parole de Dieu pour les homosexuels, comme pour les hétérosexuels…

Tout ce qui remue et qui vit pourra vous servir de nourriture ; comme je vous avais donné l’herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c’est-à-dire le sang.

Genèse 9, 3 et 4

C’est ce que Dieu dit à Noé à la sortie de l’arche. Alors que la violence est la première conséquence de la sortie d’Eden, alors qu’elle est la marque première de la méchanceté de l’homme et la cause du déluge, la Dieu donne à la violence de l’homme, un cadre dans lequel elle peut s’exprimer « c’était pas le projet mais vous pouvez dorénavant tuer des bêtes pour vous nourrir, dans une limite, dans un cadre »

Si je ne crois pas que l’homosexualité s’inscrive dans le projet initial de Dieu, je ne crois pas non plus qu’elle aille contre ce projet. De toute façon, je suis en revanche certain (puisque la Bible ne cesse de me le dire) que la violence, sous toutes ses formes, y compris notre régime carnassier, va radicalement contre ce projet de Dieu et pourtant, parce qu’elle fait partie de nous, Dieu nous a donné un cadre où l’exprimer.

Alors oui, clairement, je me sens appelé à donner la bénédiction d’un cadre, d’une loi aux couples de même sexe : "mariez-vous, c’est le cadre que Dieu vous donne pour vivre votre amour."

(Note, je n'ouvre pas les commentaires sur ce texte, les débats sur Internet concernant cette question se vivant actuellement dans un esprit de division et d'accusation)

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Une bénédiction "à la cool" ?

13 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une bénédiction "à la cool" ?

Dans le débat houleux que traverse actuellement notre Eglise sur la bénédiction des couples, les partisans d’une bénédiction pour les couples de même sexe se voient généralement reprocher une compréhension légère ou gentillette de la bénédiction. Comme si la raison principale de demander une bénédiction pour tous les couples, c’était de montrer que l’Eglise est cool…

Et il faut bien dire, que trop souvent, la dimension exhortative de la reconnaissance des couples est oubliée… (Oui, je vais parler dorénavant de reconnaissance liturgique des couples car le débat sur la bénédiction m’a convaincu que notre Eglise devrait réserver strictement le terme « bénédiction » aux personnes et en exclure les états et les projets au même titre qu’elle en exclut les objets…)

La reconnaissance liturgique des couples de même sexe n’est pas seulement signe de la grâce de Dieu, elle est aussi exhortation. « Mariez-vous », dit l’Eglise aux couples c’est-à-dire non seulement « inscrivez-vous dans la stabilité, dans la fidélité, dans l’engagement l’un vis-à-vis de l’autre» mais aussi « votre couple ne regarde pas que vous, votre engagement ne se limite pas à votre intimité, il est appelé à prendre toute sa place dans le tissu social, dans le monde qui vous entoure. Votre amour est aussi un signe pour les autres. »

Dans le débat sur la bénédiction des couples, la question de la bénédiction pour les couples non mariés s’est également posée, de manière plus discrète. J’y suis profondément défavorable. D’une part, parce que ce serait faire un pas de plus vers la confusion entre nos liturgies nuptiales et l’idée que nous marions les gens, d’autre part parce que l’Eglise Protestante Unie de France tournerait le dos à sa reconnaissance du bien-fondé du mariage civil.

Jusqu’ici, la parole des Eglises pour les homosexuels c’est « soignez-vous » ou « cachez-vous » (ce qui est déjà une amélioration par rapport à « mourez ». Certaines Eglises leur disent dorénavant « mariez-vous », j’espère que dimanche, l’EPUdF fera partie du nombre.

Il me reste à préciser que ce « Mariez-vous » s’adresse aux couples et non aux individus et ne signifie nullement qu’un couple non marié vit dans le péché, c’est juste une option sociale qui n’est pas celle de notre Eglise.

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Résistez : allez au culte

10 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Résistez : allez au culte

Signe de temps étranges, le premier ministre encourage les chrétiens à pratiquer leur culte. Il est vrai que deux églises ont été visées par un apprenti terroriste, il est vrai qu’en Seine Maritime, des frères et des sœurs d’Eglises évangéliques ont vu leur culte perturbé par des agressions verbales ou leur salle de culte taguées. Il est manifeste que les islamistes voudraient susciter une hostilité ouverte entre chrétiens et musulmans.

Alors, aller à au culte, c’est résister, Emmanuel Valls a raison, mais il ne sait pas à quel point. Car la résistance à Daesh et à leur projet de « frapper des chrétiens sur une terre perçue comme chrétienne, pour nourrir la peur et mieux exacerber la méfiance et l’hostilité vis à vis des musulmans de France. Avec l’espoir qu’ils finissent par se retourner, un jour, contre la République » (R. Poujol), s’inscrit dans un modèle de résistance, bien plus vaste.

En effet, résister à ce projet de haine et de meurtre, cela ne consiste pas à adopter un identitarisme de façade, une attitude de bravade. C’est dans notre identité chrétienne que nous devons puiser des forces. Dans cette identité, nous redécouvrirons qu’aller au culte, aller entendre la Parole de Dieu, aller faire communion, dans l’écoute, dans le chant, dans la prière avec des frères et des sœurs, ça a toujours été résister.

Résister d’abord à notre rythme de vie, voire à notre paresse : au matin de notre jour de repos, sans que rien ne nous y oblige, nous donnons une heure (sans compter le temps du transport). Il est bon que le culte ne soit plus du tout une obligation sociale, qu’il ne s’inscrive plus dans la routine de notre semaine : nous pouvons voir à quel point ce lever du dimanche matin est significatif.

Résister ensuite au monde qui nous entoure : nous venons au culte pour nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Or, face aux discours de notre société, à nos propres discours, cette Parole est subversive, l’amour de Dieu s’élève contre nos logiques de haine et de vengeance, la grâce de Dieu s’élève contre nos logiques de rétribution et de jugement, l’espérance de Dieu s’élève contre notre cynisme et notre fatalisme. Le Dieu de vie s’élève contre toutes nos logiques de mort.

A leurs moqueries, à leur haine, nous résisterons. Nous répondrons par l’amour et par la prière. Ils verront alors que notre force n’est pas celle du monde, que l’Esprit qui nous anime est le souffle d’amour qui donne la vie et non pas le vent de la violence qui charrie la mort.

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