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Marguerite, la vérité qui guérit

29 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Vérité, #Marguerite, #Croix

Marguerite, la vérité qui guérit

"Il n'y a que la vérité qui blesse". Nous avons tous déjà entendu et prononcé cette petite phrase mortelle qui ajoute encore du dédain à l'insulte, qui coupe court à toute possibilité de défense. Contre ces vérités qui blessent (elles vont généralement par quatre) le film Marguerite nous parle de la vérité qui guérit.

En effet, ce qui va guérir Marguerite de l'illusion dans laquelle elle s'est barricadée, c'est une vérité dite sur ses capacités de cantatrice dite avec une absolue sollicitude, un véritable amour.

C'est bien ainsi qu'il nous faut entendre le jugement prononcé sur l'humanité lors de la crucifixion de Jésus. On pourrait sortir de l'idée juridique, de l'image d'un tribunal où Dieu juge et gracie et entrer dans un hôpital où Dieu dit à l'humain sa vérité : "Voici l'humain, victime et bourreau, voici l'humain écartelé de se prendre pour Dieu et pour le roi". Il serait peut être plus facile de comprendre que le but du diagnostic, c'est la guérison (et que la guérison passe par le diagnostic). La croix, c'est le lieu où Dieu dit à l'homme sa vérité et où cette vérité déchire celui qui la dit plus encore que celui qui la reçoit.

Marguerite nous fait également réfléchir sur les vérités que nous croyons devoir asséner aux autres. Ai-je pour but de gagner mon frère (Matthieu 18, 15) ou ma sœur ? Ou bien ai-je pour but de l'emporter sur lui ou sur elle ?

Suis - je porteur d'une vérité qui me brûle les lèvres et que seules les conventions, les bonnes manières me retiennent de dire ? Alors je suis porteur d'un jugement dont le but est de poser ma supériorité ou d'une de ces quatre vérités qui blessent l'autre pour me soulager moi - même. ..

Suis-je porteur d'une vérité que je ne parviens pas à dire parce qu'il m'est trop difficile de blesser celui qui la recevra, parce que je ne sais pas comment l'accompagner de tout l'amour qui permettra de la recevoir ? Alors je suis porteur de la vérité qui guérira, quand mon cœur aura trouvé le moyen de guider mes lèvres.

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Habacuc et les guetteurs

27 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Habacuc

Habacuc et les guetteurs

Prédication du dimanche 27 septembre

Habacuc 1,1 – 2, 6

Le prophète c'est celui qui parle de la part de Dieu et donc celui à qui Dieu parle. C'est donc assez logique de le trouver sur une hauteur... Mais la hauteur dont parle Habacuc,, c'est un rempart. Le prophète n'est pas un astronome ou un poète, qui contemplerait le ciel en oubliant le monde d'ici-bas. C'est un guetteur qui scrute l'horizon, qui bien loin d'oublier le monde, essaye de l'embrasser d'un seul regard...En tant qu''Eglise, c'est bien ainsi que nous devrions viser les hauteurs, tendre vers le ciel : non pas pour échapper au monde mais au contraire pour regarder ce monde, pour le voir dans ses moindres détails. Pour l'Église, prendre de la hauteur ne devrait pas signifier s'isoler mais tout voir... L'Église devrait être un guetteur qui prend son tour de garde...

Mais il existe plusieurs types de guetteurs. Il y a d'abord Yvain et Gauvain dans Kaamelott., ensuite la vigie des pirates d'Astérix, enfin la sœur Anne dans Barbe Bleue.

Je vais commencer par les pires : Yvain et Gauvain.

J'imagine que tout le monde ne connaît pas Kaamelott, série parodique sur la table ronde et la quête du Graal. Dans la série, Yvain et Gauvain sont les adolescents, c'est à dire une caricature des adolescents dans tout ce qu'ils ont de plus agaçant pour les vieux que nous sommes. Yvain est le perpétuel blasé : toujours négatif, jamais partant pour rien. Sa phrase type : «j'suis trop gavé, là». Gauvain, au contraire, c'est plutôt l'enthousiaste, celui qui est plein de bonne volonté et qui cherche tellement à faire plaisir à tout le monde qu''il n'a plus aucune personnalité.

Alors quand Yvain et Gauvain montent la garde, déjà ils se lèvent à une heure de l'après-midi (rappelez-vous : ce sont des caricatures d'ado) et pire, ils ne prêtent aucune attention à ce qui les entoure, voire ils abandonnent carrément leur poste

L'Église a parfois un peu tendance à disparaître. Quelque fois en se la jouant façon Yvain et en s’isolant dans sa tour de guet : « Alors d'accord, si c'est pour annoncer la Bonne Nouvelle à des gens qui n'y croient même pas et qui vont nous prendre pour des fous, c'est même pas la peine. J'suis trop gavé, là...»

Parfois, au contraire, comme Gauvain, elle veut tellement faire plaisir à tout le monde qu''elle perd toute singularité, tout discours particulier. Bien sûr, on ne peut pas lui reprocher de s'être enfermé dans sa tour : en fait elle n'y est plus du tout. Elle a complètement disparu.

Autre type de guetteur, la vigie du bateau des pirates dans Astérix. Vous savez : les gau, les gaugau, les gaugau...! Sous des aspects comiques, cette vigie est en fait un personnage tragique…

Lui, il tient son poste, il surveille l’horizon et il reste en lien avec les marins. Son problème en revanche, c’est que soit, il n’arrive pas à se faire comprendre « les gau, les gaugau, les gaugau… », ou bien il arrive à se faire comprendre trop tard, soit son annonce provoque une telle panique que les pirates préfèrent saborder leur bateau…
L’Eglise pourrait parfois être ce guetteur incapable de communiquer ce qu’il voit : peut-être parce que son langage (ses mots, ses rites, ses musiques) est devenu trop hermétique, incompréhensible au monde qui l’entoure. Attention cependant, nous confondons vite entre ceux qui ne comprennent pas et ceux qui refusent, et du coup en cherchant à rendre le message « plus clair », nous cherchons surtout à le rendre plus « acceptable »… Ce n’est pas la même chose, chercher à rendre la Bonne Nouvelle plus claire, plus accessible devrait être une obligation pour l’Eglise, le rendre plus acceptable devrait lui être interdit.

Et puis, en entendant le jugement de Dieu, en portant un regard lucide sur l’humain, sur ses faiblesses, sur sa violence, sur ses compromissions, sur son idolâtrie, sur sa capacité à amasser des trésors là où la vermine ronge, l’Eglise pourrait être aussi parfois ce guetteur dont l’annonce est tellement désespérante que finalement, il n’y a plus qu’à lâcher la barre et foncer sur les récifs voire à saborder le navire…

Dernier modèle de guetteur, de guetteuse plutôt, c’est la sœur Anne du conte de Barbe Bleue. Je ne vous rappellerai pas toute l’histoire, mais quand l’épouse de Barbe Bleue demande à son meurtrier de mari de lui laisser 15 minutes de répits pour prier et pendant ses 15 minutes, elle demande à sa sœur Anne qui surveille l’horizon du haut de la tour « Sœur Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ». Et la sœur Anne lui répond avec une lucidité implacable « Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie » pour devenir finalement porteuse d’une bonne nouvelle « Ce sont nos deux frères qui arrivent »

Sœur Anne, c’est peut-être le modèle de guetteur pour l’Eglise.

D’abord parce qu’on ne sait pas ce qu’elle fait là… A chaque fois que j’ai entendu l’histoire, je me suis demandé ce que la sœur Anne faisait sur la tour… Personnellement, si je décidais d’assassiner mon épouse, je m’arrangerai pour que sa famille soit absente. Et en fait, si on y réfléchit, la présence de l’Eglise dans le monde est tout aussi étonnante, tout aussi inattendue.

Et puis, comme la sœur Anne, l’Eglise est impuissante, le salut ne vient pas d’elle. Elle, elle scrute l’horizon et elle dit avec une vérité implacable ce qu’elle voit. Le vide qu’elle annonce, le soleil qui poudroie, l’herbe qui verdoie est aussi terrifiant que le peuple chaldéen que décrit Habacuc. Tout comme sœur Anne, tout comme Habacuc, l’Eglise devrait dire, sans panique, sans désespérance mais sans mensonge le mal qu’elle voit à l’œuvre Dire le mal, mais comme sœur Anne, garder les yeux obstinément rivé sur l’horizon dans l’espoir d’un sauveur qui doit venir, comme Habacuc affirmer « Il viendra, même s’il paraît tarder, attends-le car il viendra ». Etre lucide face au mal et proclamer une folle espérance, voilà le rôle de l’Eglise qui veille.

Alors, sœur Anne est-elle le modèle de guetteur ?

En fait non, il lui manque quelque chose. Comme Habacuc, elle voit le mal et dit le mal qu’elle voit. Comme Habacuc, elle annonce le bien à venir. Mais il lui manque deux choses.

Habacuc ne se contente pas de voir le mal, et de dire le mal qu’il voit, Il le dénonce également et invite les peuples à le dénoncer, à se moquer du hautain. L’Eglise devrait dénoncer bien sûr contre la barbarie de Daesh et la spirale de haine qu’elle déclenche, dénoncer le réchauffement climatique et notre soif de richesse et de confort, dénoncer la folie des puissants tellement rivés sur leurs intérêts à courts termes qu’ils en deviennent aveugles et la résignation des peuples. Dénoncer et inviter les peuples à dénoncer à lancer contre ces fléaux des formules d’une ironie mordante ? Ainsi la Bible nous invite à utiliser parfois l’ironie, la maoquerie comme arme. Et en effet, la moquerie n’est-elle pas une arme, une arme non létale mais une arme d’une incroyable confiance. On reproche aux humoristes, leur arrogance. Mais l’assurance de celui qui a le Seigneur pour abri devrait êlui permettre de rire du méchant, c’est-à-dire du puissant…
De plus, Habacuc ne se contente pas de veiller et de croire, il interpelle Dieu, SEIGNEUR, Tu n’écoutes pas. Je te crie à la violence, tu ne sauves pas. Pourquoi me fais-tu voir la malfaisance ? acceptes-tu le spectacle de l’oppression ?

Appeler Dieu au secours, refuser son silence et son inaction, oser l’interpeler, voici aussi le rôle du guetteur. Cette prière suffit-elle ? Ne vaudrait-il pas mieux agir ? Je crois qu’ici nous retombons dans la logique des hommes, dans le manque de foi et la volonté de nous sauver nous-même. La prière vraie change le cœur de l’homme et elle devient action. Et l’action même de l’Eglise, tout comme sa prédication, tout comme son annonce, tout comme ses chants et ses prières ne devrait pas être autre chose qu’une prière : un appel lancé à Dieu qui seul peut sauver.

Frères et sœurs, c’est aujourd’hui notre tour de garde. Ne soyons ni Yvain, ni Gauvain, ni la vigie du bateau pirate… Sans peur disons ce que nous voyons. Sans peur, affirmons ce que nous croyons. Sans peur, crions vers Dieu pour qu’il vienne

Amen

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Objets trouvés (1) La jarre

20 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Samaritaine

Objets trouvés (1) La jarre

Prédication du dimanche 20 septembre 2015

Jean 4, 1 à 30

Dans la Bible, des hommes et des femmes oublient, ou abandonnent volontairement, des objets derrière eux. Nous avons ramassés quelques un de ces objets et cette année d’école biblique et de catéchisme, nous vous invitons dans cette salle des objets trouvés de la Bible

La femme laissa là sa cruche d’eau et retourna à la ville, où elle dit aux gens : « Venez voir… »

L’histoire de la samaritaine, finalement, c’est l’histoire d’une femme qui est venue chercher de l’eau et qui a fait une rencontre qui l’a tellement bouleversée qu’elle en a oublié sa cruche d’eau.

Mais est ce que la samaritaine n’a laissé que sa cruche au bord de ce puit ?

(De la jarre, on tire trois rouleaux)

« Tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? »

« Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne »

« Je n’ai pas de mari. »

« Tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? »

Avant sa rencontre avec Jésus, la Samaritaine sait qui peut parler à qui. Elle sait bien que les juifs et les samaritains ne veulent pas avoir de relation. Elle sait bien à quel point les juifs méprisent les samaritains et les considèrent comme des moins que rien. Alors, rencontrer un juif qui lui parle et même qui s’abaisse à lui demander un service…

Et moi, de qui crois-je être le samaritain ? Selon moi, qui me méprise ? Selon moi, qui me déteste ? Selon moi, qui ne s’abaisserait jamais à m’adresser la parole ? Selon moi, qui ne pourrai jamais avoir recevoir quelque chose de moi ? Qui ai-je enfermé dans cette prison d’arrogance ?

Et puis, qui sont mes samaritains ? Qui sont ceux avec qui je ne veux surtout pas avoir de relation ? Qui sont ceux qui à mes yeux sont des moins que rien ? Qui sont ceux à qui je ne m’abaisserai même pas à demander à boire. De toute façon méchants comme ils sont, ils me la refuseraient ou bien ce serait pour m’empoisonner…

Parce que Jésus lui a parlé, la Samaritaine a laissé derrière elle cette frontière, ce mur entre les samaritains et les juifs, entre nous et les autres. Elle s’est rendu compte que tous, les samaritains et les juifs, les humbles et les arrogants, les anciens et les modernes, les sportifs et les intellos, nous et eux étaient unis finalement par la même soif, par le même besoin d’eau vive et qu’il y avait pour tous, un seul sauveur.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-t-il encore pour que tombent nos barrières ?

« Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne »

Avant sa rencontre avec Jésus, la samaritaine savait qu’il fallait adorer Dieu dans un lieu précis, d’une certaine manière et que ceux qui le priaient autrement étaient des gens bizarres, qui n’avaient pas très bien compris.

Où peut-être était-elle un peu perdue. Qui fallait-il écouter ? Où était Dieu ? Comment fallait-il le prier

Et moi, dans quelle case ai-je rangé Dieu, dans quelle boîte l’ai-je enfermé. Quel Dieu ai-je fabriqué avec mes mots, mes rituels ?

Ou bien, est ce que je ne suis pas un peu perdu au milieu de toutes ces religions, toutes ces Eglises, toutes ces tendances et tous ces mouvements ?

Parce que Jésus lui a parlé, la Samaritaine a laissé derrière elle, ces questions de lieux et de méthode pour monter vers Dieu. Elle a compris que l’important dans l’adoration, dans la prière, c’était d’être en esprit et en vérité et non pas dans un espace géographique bien défini, avec des rites bien précis. Elle a surtout découvert un Dieu vivant, un Dieu qui se fait proche des humains.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-t-il encore pour que nous laissions derrière nous nos labyrinthes religieux et que nous vivions, en esprit et en vérité, la venue de Dieu vers nous ?

« Je n’ai pas de mari. »

Avant sa rencontre avec Jésus, la samaritaine vivait dans la honte. Elle avait eu 5 maris… étaient-ils morts, avait-elle été répudiée ? On ne le sait pas mais c’était déjà assez pour la faire regarder bizarrement… Et puis, chose scandaleuse pour son époque, elle vivait finalement avec un homme qui n’était pas son mari. Et cela faisait d’elle quelqu’un de non fréquentable. Quelqu’un qui vient seule au puit alors que c’est généralement le lieu où les amies vont ensemble pour discuter, pour rire…

Et, quand au puits, un inconnu lui parle de son mari, elle n’ose pas mentir, elle répond évasivement « je n’ai pas de mari »

Et moi, quel passé m’enchaîne ? De quoi ai-je honte ? Qu’est-ce que j’essaye de cacher à ceux qui m’entourent, à ceux que je rencontre ? Qu’est ce qui me tient à l’écart des autres ?

Parce que Jésus lui a parlé, parce qu’il a évoqué tout son passé, déroulé tout son carnet de famille sans un mot de jugement, sans un mot de condamnation, avec comme seul commentaire : « tu dis bien », la samaritaine a pu sortir de sa honte. Elle était venue seule, à l’heure où elle était sûre de n’affronter aucun regard, elle peut à présent courir vers les autres et partager cette extraordinaire rencontre.

Et nous, quelle parole de Jésus faudra-il encore pour que libérés de notre passé, de nos erreurs et de nos échecs, nous osions courir vers les autres et partager avec eux cette incroyable nouvelle : nous avons trouvé le messie, Dieu nous aime !

Frères et sœurs, comme la samaritaine nous pouvons laisser notre cruche derrière nous. Nous pouvons abandonner les eaux usées des préjugés, des rigidités et de la honte. Ces eaux-là ne désaltèrent pas. Nous pouvons puiser à présent dans l’eau vive : la foi dans le Dieu qu’on adore en esprit et en vérité, dans l’espérance que Dieu ne cessera jamais de nous aimer, dans l’amour qui nous pousse à annoncer à tous une bonne nouvelle !

Amen

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Le crime de Sodome

6 Septembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #bible, #réfugiés, #Loth, #Sodome

Voici quel a été le crime de Sodome. Elle avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et dans une insouciante sécurité, elle et ses filles, et elle ne soutenait pas la main du malheureux et de l’indigent.

Ezechiel 16, 49

Le crime de Sodome

Prédication du dimanche 6 septembre 2015

Genèse 19, 1 à 28

Ezéchiel 16, 48 à 50

Matthieu 25, 31 à 46

Ces jours ci, le récit du sort de Sodome et Gomorrhe ne cesse de me trotter dans la tête. Non, ce matin nous ne parlerons pas d’homosexualité, de bénédictions de couple ni de décision synodale. Ce matin nous parlerons du véritable crime de Sodome, de la véritable justice de Loth, ce matin nous parlerons d’accueil, de murs et de migrants.

Contrairement à ce qu’implique la tradition et notre vocabulaire, le crime de Sodome, ce qui entraînera sa destruction, ne réside pas dans des pratiques sexuelles, c’est la Bible elle-même qui le dit, par la bouche de Loth tout d’abord : « ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus sous mon toit. » « PUISQU’ILS SONT VENUS SOUS MON TOIT » pas « Puisqu’ils sont du même sexe que vous » Ce que Loth défend ici c’est bien le caractère sacré de l’hôte. Ezechiel, lui, définit ainsi la faute de Sodome : « elle avait du pain à satiété, une insouciante tranquillité et elle ne faisait rien pour redonner courage au pauvre et au déshérité. Elle est devenue hautaine… ».

Voici donc la faute, le crime de Sodome : refuser de troubler sa richesse et son confort pour porter secours au déshérité et devenir hautaine, orgueilleuse au point même de faire violence à ce petit. Ces jours-ci, avec une telle description, je me demande si la bannière de Sodome n’était pas bleue étoilée…Je me demande si nous comprendrons un jour que nous ne pourrons pas établir une forteresse de tranquillité et de bonheur tant que le monde souffrira autour de nous… Nous n’y arriverons ni à l’échelle d’une ville, ni à l’échelle d’un pays, ni à l’échelle d’un continent.

Aujourd’hui, la guerre, la tyrannie mais aussi la misère et le désespoir poussent des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants à fuir leur pays, malgré tous les dangers encourus. Parmi eux, certains espèrent trouver refuge en Europe… Quelle sera notre attitude ? Dresserons-nous des murs ? Protègerons-nous notre tranquillité en les repoussant ? Chercherons-nous notre profit en les exploitant ? ou bien prendrons-nous tout simplement le risque de l’accueil ?

C’est le moment où, dans le monde, commence la valse des chiffres, des arguments politiques et des éléments de langage, le choc des mots, le poids des photos. Tout en exprimant ma reconnaissance pour celles et ceux qui font ce travail de contrer point par point chiffre par chiffre les délires de la peur et de la haine, de la xénophobie et du populisme, je pense que nous, ici, ce matin, nous chrétiens, nous n’avons pas besoin d’entrer dans ce jeu des arguments parce qu’au-delà de toutes nos opinions politiques, au-delà de toutes nos peurs, au-delà de nos humanismes ; nous avons reçu une parole d’autorité qui nous pousse à l’accueil.

Ce matin nous pouvons rester focalisés sur la figure de Loth, le seul juste de Sodome. Loth qui voit des étrangers, qui les pressent en danger et les accueille sous son toit. Un accueil à la hâte, un accueil un peu bricolé comme en témoignent les pains sans levain, signe de la hâte. Mais ces pains sans levain rappellent forcément au lecteur biblique les pains sans levain de la sortie d’Egypte, de la délivrance, et si l’accueil était une délivrance, une sortie de nos peurs et de nous-même ?

Un accueil qui va aller très loin quand on verra Loth prêt à livrer ses propres filles : ce qui nous interdit définitivement dans faire un défenseur d’un certain modèle familial ni même un modèle de morale. Encore une fois, ce n’est certainement pas sous l’angle de la sexualité qu’il nous faut envisager la justice de Loth. Mais, dans le modèle de cette époque, en proposant de livrer ses filles, Loth met en jeu plus que ce qu’il possède, il met en jeu son avenir. La Bible n’est pas le monde des bisounours ou des idéalistes. On y est conscient que l’accueil n’est pas facile, qu’il comporte sa part de risques, pas forcément les risques de l’invasion, du submergement ou du grand remplacement mais des risques sur nos habitudes, sur nos conforts. Et Loth est celui qui fait passer l’hospitalité avant son bien-être, avant le bien être de son clan, de sa tribu.
Dans ce récit, Loth, est bien l’anti-nationaliste par excellence, celui qui se sent membre de l’humanité bien plus que d’un cercle étroit. Dans un même élan, il appelle « frères « les habitants de Sodome, sa ville d’accueil et il protège l’étranger venu sous son toit. Voilà quel est celui qui survivra à l’anéantissement de Sodome, la hautaine.

Toutefois, on pourrait objecter que les hôtes de Loth sont ses invités, qu’ils n’ont pas débarqués de force sous son toit. Que c’est lui qui les a fait venir.

En effet, mais le devoir d’hospitalité dicté par le commandement d’amour s’étend-il seulement au caractère sacré de nos hôtes, à la protection et au bienêtre de ceux que nous avons invités. Si nous limitons notre attitude envers l’étranger à cela, que ferions-nous de plus que les païens (le caractère sacré de l’hôte se retrouve dans toute les cultures) ? J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli, voilà l’accusation portée par le roi envers ceux qu’il rejette.

Mais est-il nécessaire de faire appel au Nouveau Testament, le récit de Sodome ne nous montre-t-il pas que Loth n’a pas attendu que des étrangers le supplient de lui donner refuge mais que c’est lui qui les voyant, et les voyants en danger, car il y avait manifestement danger de passer la nuit sur la place dans cette ville de violence, les a supplié de venir chez lui.

Dans ce récit de la destruction, nous entendons un appel fort à accueillir l’étranger, à lui donner asile. Mais nous entendons également une promesse : celle de Coar. En effet, Loth qui a accueilli chez lui l’étranger se trouve à son tour en situation de réfugié. Et il trouvera refuge dans une petite ville, une ville condamnée à la même destruction que Sodome et Gomorrhe, une ville qui échappera pourtant à l’anéantissement, non pas parce qu’elle est moins coupable que Sodome et Gomorrhe mais tout simplement parce qu’un réfugié s’y est arrêté.
Alors que nous craignons que l’accueil des réfugiés ne cause notre perte, la bible nous raconte comment un réfugié a sauvé Coar de l’anéantissement. Une promesse que nous devrions recevoir dans la foi.

Frères et sœurs, face à l’étranger, il nous reste donc le choix entre deux attitudes, deux paroles

  • nous sommes et voulons rester maître chez nous et n’accueillir que qui nous voulons pour en faire ce que bon nous semble.

(ainsi parlent et agissent les gens de Sodome)

  • soyez les bienvenus et que nul ne vous fasse de mal puisque vous êtes sous notre toit

(ainsi parle et agit Loth)

Face aux réfugiés, face aux migrants, face à nos frères et sœurs étrangers, nous comporterons-nous comme des sodomites ou nous comporterons-nous comme des justes ?

Amen

(musique)

Nous prions

Seigneur, donne nous la force

De nous affranchir de nos crispations identitaires

De nous libérer de notre soif de confort

De dépasser les barrières de nos peurs

De tendre la main à nos frères et sœurs dans la détresse

Pour des actions concrètes

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