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La puissance et le pouvoir

28 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Daniel, #Radio, #Attentats, #Pouvoir

La puissance et le pouvoir

Scènes apocalyptique, visions de cauchemar, je n’ai pas de mots pour évoquer la nuit d’épouvante que nous avons traversé le vendredi 13 novembre.

Mais je me rappelle que la Bible nous parle parfois à travers des visions cauchemardesques, à travers des scènes apocalyptiques. Ce matin c’est dans certains de ces textes que je voudrais chercher des réponses à ma colère, à ma tristesse, à mes questions…

Bonjour à toutes et à tous

- L’Apocalypse, c’est un mot un peu effrayant, un mot qui évoque la fin.

Pourtant, il nous faudrait parler DES apocalypses, c’est en effet un genre littéraire qu’on rencontre à différents endroits de la Bible.

Et surtout, il nous faudrait cesser de scruter les apocalypses pour y découvrir le futur. Apocalypse signifie dévoilement et ce sont très souvent les voiles, les illusions du présent qui sont levés…

Ce matin, les visions de Daniel et de Jean lèveront le voile sur la domination et la puissance, celles que nous subissons, celles dont nous rêvons.

Mais avant, je vous propose un temps de prière

Père

En ces temps difficiles

En ces temps d’obscurité et de peur

Nous avons plus que jamais besoin

De ta Parole de vie

Ouvre nos cœurs et nos intelligences

Eclaire nos vies de ta Bonne Nouvelle

Amen

Nous commençons avec un passage du livre de Daniel. Le prophète à une vision au cours de laquelle quatre grandes bêtes règnent tour à tour sur l’humanité et la conduisent à sa perte. Mais ses bêtes finiront par tomber pour être remplacées par un nouveau roi

Comme tous les textes apocalyptiques, cette vision n’est pas un texte facile, elle est truffée de symboles et de symboles d’une autre culture. Je vous propose d’en entendre quelques passages et vous pourrez la lire vous-même, à tête reposée, dans le livre de Daniel au chapitre 7.

La première année de Belschatsar, roi de Babylone, Daniel eut un songe et des visions de son esprit, pendant qu’il était sur sa couche. Ensuite il écrivit le songe, et raconta les principales choses. Daniel commença et dit :

Je regardais pendant ma vision nocturne, et voici, les quatre vents des cieux firent irruption sur la grande mer. Et quatre grands animaux sortirent de la mer, différents l’un de l’autre.

Le premier était semblable à un lion, et avait des ailes d’aigles

Et voici, un second animal était semblable à un ours, et se tenait sur un côté ; il avait trois côtes dans la gueule entre les dents, et on lui disait : Lève-toi, mange beaucoup de chair.

Après cela je regardai, et voici, un autre était semblable à un léopard, et avait sur le dos quatre ailes comme un oiseau ; cet animal avait quatre têtes, et la domination lui fut donnée.

Après cela, je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, il y avait un quatrième animal, terrible, épouvantable et extraordinairement fort ; il avait de grandes dents de fer, il mangeait, brisait, et il foulait aux pieds ce qui restait ;

Le quatrième animal fut tué, et son corps fut anéanti, livré au feu pour être brûlé. Les autres animaux furent dépouillés de leur puissance

Dans mes visions nocturnes, je vis alors arriver, avec les nuées du ciel, quelqu’un qui ressemblait à un être humain ; il s’avança vers le vieillard, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, l’honneur et la royauté ; tous les peuples, les nations et les langues se mirent à le servir. Sa domination durera toujours, elle ne passera pas, et son royaume ne sera jamais détruit.

Les amateurs de littérature fantastique n’ont peut-être pas été surpris par ces descriptions, mais j’imagine que pour d’autres, ce genre de texte est très dépaysant, peut-être un peu trop.

Alors, pour résumer en quelques secondes la vision de Daniel, il suffit de dire que chacune des grandes bêtes représente un empire qui s’est étendu dans le monde biblique, ce que nous appelons aujourd’hui le Moyen-Orient. Daniel voit que chacun de ces empires disparaîtra au profit d’un règne nouveau.

Mais mon résumé paraît bien terne à côté de l’imagerie de Daniel. En effet, en lisant ces textes qui me semblent si lointains, je les trouve aussi très proches. Après tout, rien de tel qu’une vision cauchemardesque pour exprimer l’horreur.

Le discours rationnel, la description factuelle me paraissent très en dessous de la vérité de ce que je vis. Pour exprimer ma sidération après la nuit du 13 novembre, j’aurais finalement besoin d’évoquer une bête fantastique, terrible et incompréhensible.

Et alors, je pourrais mieux comprendre de quelle espérance est porteur le dernier roi de la vision de Daniel.

C’est sur ce nouveau roi, qui ressemble à un être humain que je m’arrêterai ce matin.

La vision de Daniel est loin d’être rose, elle dénonce avec virulence les tyrannies de son époque, elle montre toute l’horreur de ses dominations. Elle montre aussi que bien souvent la chute d’une puissance ne fait que laisser la place à une nouvelle domination, pire encore. Elle dénonce la violence qui succède à la violence.

La vision de Daniel ne nous conforte pas dans l’optimisme béat, elle refuse de nourrir l’illusion de l’alternance, l’idée que le changement apportera forcément un mieux. Elle ne nous accorde même pas la résignation cynique qui nous souffle souvent que de toute façon, ça ne pourra pas être pire.

Et pourtant, cette vision n’est pas désespérée, tout en nous disant que si, ça pourra être pire, que le monde de demain risquent de nous faire regretter celui d’hier, la vision de Daniel reste source d'espérance. Parce qu’elle nous affirme que les règnes de terreur qui asservissent l'humanité finiront par être vaincus et remplacé par un règne à visage humain.

- ce personnage de la vision de Daniel correspond-il à quelqu'un de précis ?

C'est une bonne question, mais en fait la réponse n'est pas simple. De prime abord, ce roi qui arrive du ciel pour régner éternellement, ce roi à qui l'honneur et la domination reviennent de droit, évoque une figure divine. C'est donc le règne de Dieu qui serait ainsi révélé à Daniel. Pourtant quelques versets plus loin, l'explication de la vision nous entraîne dans une autre direction. En effet, c'est au peuple des saints qu'est alors promis le règne.

Alors que représente cette figure humaine, Dieu lui-même ? Un monarque issu de Dieu, ou bien les élus de Dieu, son peuple ?

En fait, cette ambiguïté entre règne de Dieu et règne du peuple de Dieu est tout à fait actuelle. En effet, Dieu est souvent le prête-nom de nos désirs de puissance.

- C’est encore d’actualité (c’est le moins qu’on puisse dire)

Oui, vous pensez bien sûr à Daesh qui évoque le nom d’Allah comme prétexte à sa soif de puissance et de destruction. C’est un terrible exemple de ce que l’homme peut faire quand la religion lui sert de mobile…

Mais, si elles sont infiniment moins barbares, je crois qu'il nous faut évoquer toutes les prétendues théocraties et même nos Églises.

Comment ne pas nous demander si à chaque fois que nous prétendons énoncer la volonté de Dieu, ce n’est pas notre volonté propre que nous mettons en avant ?

A chaque fois que nous nous levons pour défendre l'honneur de Dieu, n'est-ce pas notre propre honneur que nous défendons ?

A chaque fois que nous évoquons la Parole de Dieu, ne sont ce pas nos propres valeurs que nous affirmons ?

Sous une apparence de piété, nous cachons (souvent à nous-même) notre volonté d'être comme Dieu, de décider du bien et du mal...

Je dois bien reconnaître que je me sers souvent de Dieu comme prétexte et pour lutter contre cette tentation, j’ai besoin de son aide

Seigneur mon Dieu

Souvent je brandis ton nom

Pour ma propre gloire

J’affirme ta royauté

Mais c’est pour donner un socle à mon pouvoir

J’ utilise ta Parole

Comme argument pour mes propres valeurs

Pardonne-moi.

Seigneur mon Dieu

Quand je fais de toi l’escabeau

De mes rêves de grandeurs

Pardonne –moi.

Donne-moi d’accepter simplement

Le triomphe

De ton règne sur ma vie

De ta lumière sur mes ténèbres

De ta gloire sur ma vanité

De ta Parole sur ma volonté

Amen

Vous me demandiez qui était ce nouveau roi dans les visions de Daniel… Et ma réponse n’était peut-être pas la réponse attendue. Eh bien nous y venons, les premiers chrétiens ont bien sûr reconnu Jésus Christ dans le roi annoncé par Daniel. D’ailleurs la description de Jésus en majesté de l’Apocalypse ressemble beaucoup à celle de Daniel.

Je vous propose de découvrir cette description dans le livre de l’Apocalypse au chapitre1, nous lisons les versets 5 à 8

De la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts et le chef des rois de la terre ! A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père, à lui la gloire et le pouvoir à tout jamais ! Amen !

Il vient avec les nuées : tous le verront, même ceux qui l’ont transpercé, et toutes les tribus de la terre se lamenteront à son sujet. Oui, amen ! C’est moi qui suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

Jésus Christ ressemble dans cette description beaucoup au dernier roi dont parle Daniel, il vient des nuées, il est le chef des rois de la terre, il reçoit gloire et pouvoir à tout jamais.

Toutefois, il y a des différences. Tout d’abord, l’ambiguïté que je relevais chez Daniel entre le roi et son peuple est ici levée. Ici, il n’y a aucune confusion possible : c’est Jésus Christ qui règne et il fait de nous son royaume : nous sommes au bénéfice de sa gloire et de sa domination mais nous n’y participons pas, nous n’y sommes pour rien…

De plus, l’Apocalypse nous dit clairement quel type de roi est Jésus. Il est un roi qui aime son peuple.

Le visage humain et non bestial de la vision de Daniel nous le suggérait,

le livre de l’Apocalypse nous en donne la confirmation.

Et surtout, il est un roi qui délivre du péché. Ce n’est pas un roi qui juge le méchant avant de l’anéantir ou le rejeter. Mais c’est un roi qui délivre l’homme de son mal, c’est un roi qui accueille et qui guérit.

Et pour remercier pour ce roi, je vous propose de partager cette prière

Seigneur, notre Dieu

En Jésus-Christ

Tu nous révèles

Un roi qui aime chacun de ses sujets

Tu nous révèles un roi

Qui pardonne alors même que tout condamne

Qui accueille ceux que tous rejettent

Qui guérit tout mal et sèche toute larme

Merci Seigneur

Pour ce règne

Qui relève au lieu d’écraser

Qui guérit au lieu de détruire

Qui libère au lieu d’opprimer.

La différence va plus loin encore

Nous découvrons que le roi ne siège pas indemne, mais qu’il a été transpercé. Ce transpercé évoque bien évidemment la crucifixion et le coup de lance. Ce n’est pas seulement comme ressuscité glorieux que Jésus est roi, c’est aussi comme crucifié.

Ce n’est donc pas un roi qui fait souffrir ses sujets, ce n’est pas un roi qui laisse souffrir ses sujets, et encore moins un roi qui envoie ses sujets en faire souffrir d’autre c’est un roi blessé, un roi qui souffre avec nous et pour nous.

Et pour que nous mesurions bien toute l’importance de ce roi transpercé, je vous propose d’ailleurs d’entendre un texte qui fait le lien entre la vision de Daniel et celle de l’Apocalypse, nous abandonnons un peu les visions et nous allons à Jérusalem, lors du procès de Jésus

Dans l’évangile selon Jean, au chapitre 18 les versets 33 à 37

Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs, toi ? Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou bien est-ce d’autres qui te l’ont dit de moi ?

Pilate répondit : Suis-je donc juif, moi ? C’est ta nation et les grands prêtres qui t’ont livré à moi ! Qu’as-tu fait ?

Jésus répondit : Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; en fait ma royauté n’est pas d’ici.

Pilate lui dit : Toi, tu es donc roi ? Jésus répondit : C’est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix.

Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ?

Avec le récit du procès de Jésus, nous ne sommes plus dans une vision, dans des descriptions symboliques mais dans la description de la rencontre concrète entre le roi venu des cieux et le représentant de l’autorité terrestre

- Mais Jésus n’est roi aux yeux de personne à ce moment là,

C’est vrai que personne ne peut croire sérieusement que Jésus est roi, à ce moment précis et pourtant tout l’entretien qui devrait être un réquisitoire, va tourner autour de la royauté de Jésus.

Jésus n’est pas encore roi et pourtant, Pilate va par deux fois affirmer sa royauté. Il proposera d’ailleurs à la foule de libérer leur roi.

Bien sûr on peut entendre que Pilate fait de l’ironie, qu’il se moque de l’absurdité qu’il peut y avoir à affirmer la royauté de Jésus.

Mais en répondant sérieusement à l’ironie « pilatienne », Jésus retourne l’échange à son avantage, il se montre finalement maître de la discussion et donne à Pilate et à nous, une leçon de royauté…

C’est alors que Jésus est au point le plus éloigné de la royauté, c’est alors qu’il est écrasé sous le trône des puissants que Jésus nous donne une leçon de ce qu’est son règne.

En fait, je crois que face à Pilate comme pendant toute sa passion et jusqu’à sa mort, Jésus est bien roi.

Seulement, comme vous le disiez, il nous est impossible de reconnaître son règne parce qu’il y a encore plus de différence entre Jésus et Pilate, entre le crucifié et les puissants de ce monde qu’entre le fils d’humain et les grandes bêtes dans la vision de Daniel.

C’est bien ce qu’affirme Jésus : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Nous devrions comprendre cette phrase dans toute sa profondeur : non seulement le royaume de Jésus ne vient pas de ce monde, mais il n’a rien à voir avec ce monde, il est même incompréhensible pour ce monde.

Et il est saisissant que cette discussion sur le royaume, sur la domination et l’autorité se termine par une réflexion sur la vérité.

-Pourquoi cette question de la vérité est-elle centrale ?

Parce que si nous avons tant de mal à reconnaître le règne de Dieu ou simplement à l’accepter, c’est peut-être parce qu’il y a dès le départ un gigantesque malentendu.

Dans notre conception du pouvoir et de l’autorité, quelqu’un reçoit l’autorité. Cela peut être, selon les époques, grâce à ses prouesses intellectuelles ou guerrières, grâce à sa naissance, par tirage au sort ou parce que c’est le choix du peuple. Et cette autorité va lui conférer un pouvoir… Si celui ou celle qui détient l’autorité est juste, magnanime, bon et aimant, c’est un plus, c’est un bonus.

Et c’est souvent comme ça que l’humanité comprend le règne de Dieu : Dieu règne parce qu’il est le plus fort et qu’en plus il est le créateur. Et on a de la chance parce qu’il est bon et qu’il pardonne…

Or, à la lumière de l’Evangile, cette vision de l’autorité, du pouvoir me paraît radicalement fausse, et elle reste fausse même lorsque nous la projetons sur Dieu pour comprendre ou affirmer son règne.

La bonté, l’amour, la miséricorde de Dieu ne sont pas des plus-values à son autorité et à son règne, ils ne viennent pas contrebalancer ou adoucir sa puissance. Je crois fermement que la bonté, l’amour et la miséricorde sont l’autorité et la puissance de Dieu.

Il est particulièrement douloureux, au lendemain des attentats, d’entendre cet amalgame que certains font entre toutes les religions, toutes les croyances. Alors que les tueurs de Daesh ont un dieu de mort, je crois en un Dieu de vie. Ma foi est exactement à l’opposé de ce qui a animé les tueurs du 13 novembre.

Et je suis convaincu que c’est dans nos relations aux autres, que nous, chrétiens, devons affirmer cette différence absolue.

-Oui vous disiez avant la musique que la puissance de Dieu c’est sa miséricorde et son amour.

Voilà pourquoi nous devons nous affranchir, nous libérer des démonstrations de force. Laissons les apocalypses déchirer le voile qui est devant nos yeux et ne laissons ceux qui rugissent et qui mordent nous terroriser. Leur violence, leur oppression n’est pas la démonstration de leur force, c’est l’expression de leur faiblesse.

Cela ne signifient pas qu’ils sont sans danger ou inoffensifs. Les fusillades en Ile de France nous ont cruellement rappelé tout le mal qu’ils peuvent faire. Mais, l’Evangile me pousse à affirmer que leur prétendu pouvoir est limité par la puissance de Dieu qui, elle, est réellement puissance de vie. Jésus disait « ne craignez pas ceux qui peuvent détruire le corps mais ne peuvent rien contre l’âme ».

Savoir que le seul pouvoir est la puissance de vie est un affranchissement. Mais cela nous conduit, paradoxalement, aussi à nous mettre au service des autres.

La plus grande peur des gaulois était que le ciel leur tombe sur la tête, notre plus grande peur d’aujourd’hui c’est qu’on nous marche sur les pieds. Nous craignons que notre bonté, notre pardon et même notre amour soient perçu comme des faiblesses… Et ils le seront. C’est fatal dans un monde qui se trompe à ce point sur ce qu’est la force. Mais si nous laissons l’Evangile nous dévoiler la vérité, si nous laissons Jésus ouvrir nos yeux, alors nous savons que la bonté, le pardon et l’amour, que le service et l’accueil du prochain sont précisément la force que Dieu nous donne. Oui la bonté, le pardon et l’amour sont notre liberté et notre victoire face à la violence, à la terreur et à l’oppression

-Luther disait que le chrétien est l'homme le plus libre ;

…maître de toutes choses, il n'est assujetti à personne. Le chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous.

En effet, ouvrir les yeux sur les fausses puissances, sur les fausses autorités et sur la seule véritable autorité, c’est entrer dans la liberté chrétienne, libre de tout, au service de tous.

Laisser les apocalypses nous ouvrir les yeux, c’est entrer dans une manière très concrète de vivre.

Et les yeux grands ouverts sur le monde dans lequel nous sommes appelés à vivre d’une manière nouvelle, nous prions.

Père, tu vois notre monde, notre humanité:

avec confiance, je te les remets.

Je te prie pour celles et ceux qui ont été directement touchés par les attentats du 13 novembre, pour les blessés et les familles endeuillées.

Je te prie pour ceux qui travaillent auprès d’eux, pour le personnel hospitalier, pour les pompiers, les forces de l’ordre, policiers, gendarmes et militaires et pour tous les bénévoles. Donne-leur la force et le courage dont ils ont besoin

Je te prie pour les responsables politiques, donne leur d’être pleinement au service du peuple

Je te prie pour celles et ceux qui sont frappés par la peur, le chagrin et la colère. Donne-nous ta paix et ta lumière. Sois notre roc.

Donne-moi la force de prier même pour les criminels qui ont orchestré ce carnage. Ouvre leur cœur à ta lumière, à l’humanité et à l’amour…

Seigneur fais de tous les chrétiens des témoins de ta justice et de ta paix, de ton amour et de ton espérance.

Notre Père qui es aux cieux,

que ton nom soit sanctifié,

que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ;

pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Ne nous soumets pas à la tentation

mais délivre-nous du mal,

car c’est à toi qu’appartiennent

le règne, la puissance et la gloire,

aux siècles des siècles.

Amen.

Chers auditeurs et auditrices, mes frères et sœurs, je vous souhaite un regard nouveau sur votre vie et sur notre monde. Un regard lucide mais un regard non dénué d’espérance

Dans la paix et dans la grâce de Dieu, notre seul Seigneur.

Amen

(Pour les amateurs de coulisses, l'écriture de l'émission du 22 novembre a été terminée le jeudi 12 novembre dans la soirée. Quelques passages ont été modifiés, ils sont en gras)

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De la peur à l'empathie

25 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #empathie, #peur, #attentats, #Bruxelles

De la peur à l'empathie

Ces jours ci, Bruxelles a pour nous un visage, unique. Celui de notre fils qui y fait ses études. C’est moche parce qu’il n’est pas le seul à vivre là-bas, on y a même d’autres gens chers, des cousins et cousines. Mais c’est comme ça, notre inquiétude, elle est pour lui.

Et on se bagarre sur deux fronts. D’abord pour ne pas paniquer complètement. Même si quelque part, on aimerait dire à Madian : “transforme ton appartement en blockhaus ou mieux abandonne tout et rentre immédiatement en France”, on ne le fera pas, parce qu'on sait que c'est idiot... On compte sur lui pour continuer à travailler, à sortir quand nécessaire, on compte sur lui pour être prudent, pour nous rassurer et pour affronter ses propres peurs avec nous…

Ensuite, on se bagarre aussi pour entendre ces voix qui nous rappellent avec raison que le sang européen n’est pas plus rouge que le sang libanais ou tunisien, ces voix qui luttent contre la pensée insidieuse que quand même “là -bas c’est habituel alors que chez nous c’est pas normal”.

À ceux qui font entendre ces voix, le père occidental et égoïste que je suis voudrait envoyer un petit message d’espoir. Parce que ce combat contre nos égoïsmes n'est pas si difficile, une fois qu’on reprend le dessus dans le premier combat contre notre peur.

Progressivement, notre inquiétude s’ouvre à d’autres, à Margot, à Solène et à Olivier, et puis à tous ces autres visages bruxellois qu’on ne connaît pas et puis à tous ces autres parents qui s’inquiètent pour d’autres enfants à Bruxelles, à Paris, à Beyrouth, à Bamako, en Palestine, à Jérusalem, à Tunis et ailleurs…

L’empathie s’apprend, doucement.

Bien plus que les voies militaires, économiques et diplomatiques, elle me paraît être l’espoir de l’humanité.

De la peur à l'empathie
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Danaïdes contre Daesh ?

18 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #joie de vivre, #13 novembre, #Charlie-Hebdo

Danaïdes contre Daesh ?

Pour changer un peu de la polémique sur la manière dont les uns et les autres expriment leur deuil, pour prendre ma respiration avant de déplorer l’attitude lamentable de nos politiciens, je regarde un peu la couverture de Charlie Hebdo…

Je n’achèterai pas le Charlie Hebdo de cette semaine mais j’aime vraiment beaucoup leur dessin de « une ». Il ne m’a pas fait rire, ni même sourire, ce dessin, mais je l’aime beaucoup comme j’avais aimé « Tout est pardonné» (alors même que le contenu de ce numéro m’avait re-convaincu que lire Charlie était pour moi une perte de temps)

En fait, je n’ai pas le même sens de l’humour que Charlie Hebdo et je préfère les dessins qui font réfléchir aux dessins qui condamnent et cette « une » entre bien dans catégorie « qui fait rélféchir ».

On peut bien sûr la lire au premier degré « Ils ont les balles on a les bulles ». Ils ne toucheront pas à notre « french touch », vive la bière et les jambes des footballeurs et des filles ! Et c’est vrai qu’il y a une nécessité à ne pas nous laisser imposer un esprit de terreur et de mort.

Mais si je laisse de côté la légende, si j’oublie un peu les attentats que nous venons de subir, si je regarde seulement l’image, elle m’interroge : est – ce bien cela que je veux défendre ? Est-ce bien cela l’esprit français ? Est-ce bien cela la joie de vivre ? Est-ce que ce que nous opposons aux amoureux de la mort, c’est ce tonneau des Danaïdes ? Est-ce que c’est ça, vivre ?

Je n’aime pas le foot et encore moins les stades, mais j’aime les cafés, j’aime boire une bière avec des amis (pas en terrasse parce que c’est le lieu des fumeurs et que, de toute façon, je n’aime pas trop boire ou manger dans la rue), j'aime refaire le monde et débattre entre bien-pensants, j’aime la légèreté joyeuse de certaines soirées parisiennes.

J’aime cette légèreté française et je suis prêt à la défendre (en continuant de la vivre), mais je n’oublie pas les revers de cette médaille, je n’oublie pas ses aspects sombres qui s’appellent alcoolisme et toxicomanie, machisme et harcèlement, consumérisme et artifice, égoïsme et arrogance.

J’aime cette légèreté française et je suis prêt à la défendre, mais certainement pas si elle devient une fin en soi. Je l’aime parce qu’elle nous a donné Verlaine, Prévert et Brassens. Je l’aime quand elle est une manière de vivre la fraternité et la liberté (je n’oublie pas l’égalité, c’est juste que précisément, je ne suis pas sûr que la vie nocturne parisienne soit le meilleur vecteur d’égalité).

Oui, j’aime la légèreté quand elle me donne l’humour nécessaire pour me décentrer, quand elle me donne la liberté requise pour m’ouvrir à l’autre, quand elle me fait aimer toute vie et pas seulement la mienne. J’aime la légèreté française quand je peux y inscrire la joie vraie de cette bonne nouvelle : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé »

J’ai besoin de rire et de vivre, j’ai besoin de continuer à réfléchir aussi. Et, pour cette réflexion, je remercie Coco.

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Pêcheurs d'humains contre faucheurs d'humains

16 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #attentats, #appel, #Marc, #pêcheurs d'hommes

Pêcheurs d'humains contre faucheurs d'humains

Au bord d’un lac et sur un lac des hommes travaillaient. Ils pilotaient leurs bateaux, jetaient leurs filets. Quand un homme est passé et les a appelés. Ils l’ont suivi et il a fait d’eux des pêcheurs d’humains. C’était il y a près de 2000 ans…

Dans les rues d’une ville. Des hommes et des femmes avaient fini leur journée de travail, certains faisaient la fête, d’autres prenaient un verre entre amis, d’autres assistaient à un concert, quelques un travaillaient. Des hommes sont venus, ils n’ont pas parlé, ils ont ouvert le feu. C’était avant-hier. Ces meurtriers, ces fous sont des faucheurs d’humains.

Et nous, nous nous réveillons, stupéfaits, apeurés, perdus. Nous luttons pour sortir de notre sidération. Nous nous demandons comment continuer, nous nous demandons même si nous pouvons continuer. Nous sentons bien que ce ne sera plus comme avant. Et voilà que cet homme, ce Jésus qui passait au bord du lac nous dit, à notre tour, « suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d’humains »

Ce matin, nous avons réouvert la salle des objets trouvés de la Bible et je vous rappelle que les objets qui sont dans cette salle sont ceux que des hommes et des femmes de la Bible ont laissé derrière eux.

Les enfants, avez-vous une idée de l’objet de ce matin ?

Oui, bien sûr, il s’agit du filet

Et à quoi ça sert un filet pour des pêcheurs ? A attraper des poissons, à tuer des poissons.

Il nous faut bien remarquer que les pêcheurs d’humains appelés par Jésus partent en laissant derrière eux leurs instruments de capture, leurs instruments de mort.

C’est important pour nous, parce que ce matin, nous regardons autour de nous pour voir avec quoi nous pourrions nous défendre, de quelle arme, de quel bouclier nous avons besoin… C’est important pour nous, parce que plus que jamais nous nous sentons complètement démunis quand il nous est demandé d’être pécheur d’humains

Les faucheurs d’humain brandissent des Kalachnikov et des bombes et nous n’aurions que nos mains nues et notre faiblesse ?

Non

Nous avons aussi une Bonne Nouvelle, nous avons une parole de vie et d’amour, nous avons pour nous l’appel de Jésus qui fait de nous des pêcheurs d’humains.

Et ce matin, même si j’ai mal, même si j’ai peur, je me dis que nous avons de la chance. Les faucheurs de morts se croient appelés à tuer et à détruire par un dieu de haine et nous, nous sommes appelés par un Dieu de vie et d’amour à nous tourner vers les autres humains, à les regarder comme des frères et des sœurs, à être porteur pour eux d’une Bonne Nouvelle, à avoir pour eux des paroles et des gestes d’amour, de paix et de consolation.

Oui, frères et sœurs, même si j’ai peur, même si j’ai mal, je trouve que nous avons de la chance. Et comme Simon et André, comme Jacques et Jean, je veux partir les mains nues, avec mes seules faiblesses et la force qui vient de Dieu pour répondre à cet appel « Suivez-moi et vous serez pêcheurs d’humains ».

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Dans le dictionnaire des jeux, Jésus...

8 Novembre 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #jeu, #main chaude, #Passion

On trouve dans l'évangile selon Marc (14,65) une allusion évidente à ce jeu antique, pendant la passion, avant le reniement de Pierre : "Et quelques uns se mirent à cracher sur Jésus, à lui voiler le visage et à le frapper à coups de poing en disant Devine ! "

Selon Luc (22, 63-65), cette scène est décrite après ce reniement : "les hommes qui tenaient Jésus se moquaient de lui, et le frappaient. Ils lui voilèrent le visage, et ils l'interrogeaient, en disant : devine qui t'a frappé ?"

Selon Matthieu (24,68) les bourreaux dirent : Christ, prophétise ; dis-nous qui t'a frappé.
Ces citations attestent que les soldats paraissent moins avoir mis à l'épreuve la science surnaturelle de Jésus qu'avoir eu l'intention de l'humilier en jouant avec lui au collabismos, comme avec un aveugle. Il est donc vraisemblable qu'à ce moment, bien que les textes ne le mentionnent pas, Jésus se couvrait le visage avec les paumes de ses mains, se protégeant ainsi des crachats et des coups. Dans ces conditions, il importe de constater que Matthieu ne mentionne pas le voile dont parlent Marc et Luc, et semble décrire plus exactement les faits.

Ce passage des Evangiles peut être rapproché de la citation d'Isaïe (50,6) J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient

La main chaude in "le dictionnaire des jeux" (1964)

Dans le dictionnaire des jeux, Jésus...

Aussi sommaire soit-elle, l'exégèse n'est pas inintéressante et peut-être un brin iconoclaste ( personnellement, l'idée d'un Jésus aussi démuni que toutes les victimes de la torture, essyaant dérisoirement de se protéger, me convient très bien mais peut-être à l'époque (1964) certains auraient pu être choqués "comment, Jésus aurait essayé d'échapper aux coups et aux crachats ?".)...

En fait, ce qui me laisse un peu songeur, c'est ce commentaire qui occupe plus du tiers de l'article... Dans une encyclopédie du jeu publiée aujourd'hui, trouverait-on à l'article "Main chaude" seulement une allusion à la Passion du Christ...

Loin de crier à l'effondrement de notre civilisation, je me dis simplement "dommage..."

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