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Des balles verbales

22 Juin 2016 , Rédigé par Eric George

Des balles verbales

Prédication du dimanche 19 juin 2016

Matthieu 5, 21 à 26

I Jean 3, 18-20

Ephésiens 4, 24-32

L’année dernière, une communauté dont notre Eglise se souciait peu occupait la première place dans nos discussions. Lors du débat synodal sur la bénédiction des couples, l’Eglise découvrait la communauté LGBT, ses revendications, ses souffrances, ses espoirs. La semaine dernière à Orlando, cette communauté a été frappée par la violence meurtrière et, circonstance aggravante, elle a été frappée dans un club gay, c’est à dire « chez elle ». Et aujourd’hui, je veux croire que tous, quelles que soient nos convictions, quelles qu’aient été nos positions dans ces débats, nous sommes dans l’horreur et dans la sidération, nous pleurons sur ces hommes et ces femmes assassinés.

Ces derniers temps, à propos de l’état d’urgence et des manifestations autour de la COP21 puis de la loi du travail, la question des violences policières et de la haine anti-flic a été soulevée. Nous n’en avons pas discuté en Eglise mais chacun d’entre nous y a été confronté, a eu son opinion. Et, lundi dernier, un couple de policiers étaient assassinés chez eux.

La concomitance de ces assassinats m’a rapidement évoqué ce passage du sermon sur la montagne, à cause justement des débats dont les cibles avaient été le sujet juste avant, et parce que les contempteurs de ces deux communautés sont rarement les meme, et que tous sont confrontés ainsi à la concrétisation de leur propre violence verbale. En effet, quand Jésus affirme qu’insulter son frère est passible du tribunal, il nous rappelle que nos mots tuent. Dès lors, comment pourrions-nous nous indigner de la violence des terroristes sans nous interroger sur nos propres violences verbales. Or nos débats ont été émaillés d’insultes aussi blessantes que des rafales de fusil automatiques, de jugements aussi tranchants que des lames de sabres, de comparaisons aussi toxiques que du gaz sarin.

Oui, comment ne pas nous demander si Jean Baptiste et Jessica, si Stanley Amanda, Oscar, Rodolfo, Antonio, Darryl, Angel, Juan, Luis, Daniel, Cory, Tevin, Deonka, Simon, Leroy, Mercedez, Peter, Juan, Paul, Frank, Miguel, Javier, Jason, Eddie, Anthony, Christopher, Alejandro, Brenda, Gilberto, Kimberly, Akyra, Luis, Geraldo, Eric, Joel, Jean, Enrique, Jean, Xavier, Christopher, Yilmary, Edward, Shane, Martin, Jonathan, Juan, Luis, Franky, Jimmy, Luis et Jerald n’ont pas été victimes de nos mots avant de tomber sous les balles et la lame ?

Policiers, homosexuels, on pourrait allonger à l’envie la liste de ces groupes victimes de nos violences verbales, juifs, musulmans, patrons, chômeurs, politiques, étrangers, évangéliques, catholiques, réacs, modernistes… la question n’est pas de savoir si certaines cibles sont plus justifiées que d’autres, dans le sermon sur la montagne, Jésus ne se préoccupe de savoir si notre frère est vraiment un imbécile ou un insensé, ni de connaitre les motivations de nos insultes, il nous renvoie à notre propre violence. Or, il y a une autre donnée évangélique : si nous voulons que la violence s’arrête, il nous faut commencer par l’arrêter en nous-même…

Avant de voir dans celui ou celle que nous avons en face de nous un pédé, un flic, un youpin, un bicot, un nègre, un babtou, un évangélo ou un catho, il serait temps que nous voyions avant tout un frère ou une sœur.

Il y a quand même deux objections :

D’abord, parfois, même contre nos frères et nos sœurs, on est en colère, et sous le coup de la colère, les mots partent vite. C’est vrai. Mais si je reçois sérieusement le sermon sur la montagne, faire de la colère une circonstance atténuante pour la violence verbale est à peu près aussi bien fondé que faire de l’appât du gain une circonstance atténuante du vol…

Oui, mais la colère ça ne se décide pas, en tout cas, pas toujours… Et ce n’est pas bon de la rentrer, parfois la violence verbale est un bon moyen de canaliser cette colère justement pour qu’elle n’explose pas en violence physique. C’est vrai aussi. Mais nous avons quelqu’un à qui nous pouvons exprimer toute notre colère et l’exprimer dans toute sa violence, ce quelqu’un c’est Dieu lui-même. La Bible nous donne ces psaumes de colère et de violence comme autant de témoignage que Dieu, contrairement à mon frère et à ma sœur peut recevoir ma colère et m’en décharger. Nos insultes, nos vœux de morts, nos « je l’avais bien dit », et si on les gardait pour Dieu. Oui, je sais ça ne se fait pas, ce n'est pas correct de présenter les pires aspects de nous-meme à Dieu… Mais alors, ce qui me fait trop honte pour que le présente à Dieu comment puis-je l’imposer à mon frère ou à ma sœur ?

Ensuite, l’amour ne signifie pas qu’on soit d’accord avec tout ou qu’on laisse tout faire.

Non l’amour n’empêche pas le désaccord et la discussion, seulement l’amour pousse à veiller à ne pas blesser la soeur ou le frère avec qui on est en discussion, l'amour pousse à éviter les généralités. Il nous arrive à tous d'etre victimes de ces mots qui blessent, de ces généralités qui enferment et nous en savons la violence alors, meme dans nos désacords, l'amour ne devrait-il pas nous empecher de commettre à notre tour cette violence ? Ce que je ne supporte pas d'entendre, vais-je l'infliger à ceux que je prétend aimer ?

Mais quand meme, Jésus lui-même a eu parfois des mots très durs contre les pharisiens, voire contre ses propres disciples. C'est vrai. Mais il est plus vrai encore que Jésus a aimé ses disciples et meme les pharisiens au point de donner sa vie pour eux. Alors, quand nos actes diront notre amour à ce point, quand l'amour nous conduira à donner notre vie pour les autres, nous pourrons nous permettre la meme violence verbale que Jésus... En attendant...

En effet, lorsque Jean nous invite à aimer non seulement en paroles mais en acte, je pense qu'il nous rappelle que les paroles d'amour sont plus faciles que les gestes d'amour. Si nous sommes incapables d'aimer en paroles, ou au moins en absence de paroles de violence, comment pourrions nous etre capables d'aimer en actes ?

Frères et soeurs, je sais qu'il est difficile de nous voir placés ainsi devant notre propre violence, difficile de nous voir mis au meme rang que les terroristes et les meurtriers et pourtant, si Jésus nous oblige à nous regarder ainsi nous meme, c'est bien pour que nos coeurs changent vraiment, c'est pour que nous nous tournions vers Dieu en le suppliant d'arracher de nos coeurs tout germe de violence. Alors, quand nous condamnons la violence du monde, quand nous supplions Dieu de mettre un terme à cette violence, ayons la lucidité de lui demander aussi de nous guérir de nos propres violences.

Amen

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Usuelles suspectes

12 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #femmes, #ministère féminin, #sexisme

Usuelles suspectes

Prédication du dimanche 12 juin 2016

Luc 7 36 à 8,3

J’ai souvent tendance à déborder un peu sur le découpage que propose Parole pour tous, mais j’avoue que cette fois, je me suis laissé surprendre par ce petit rajout que Parole pour tous propose en nous invitant à lire, à la suite du récit du flacon de parfum brisé, l’évocation des femmes qui suivaient Jésus.

En effet, le choix est surprenant puisque entre le repas chez Simon et l’évocation des femmes, la limite est bien précise. Peut-être s’agissait-il de veiller à ce que cette liste de femmes soit lue et comme n’on allait quand même pas la coller avec les histoires d’agriculture qui suivent, on l’a rattaché à ce qui précède… Seulement, il y avait un risque : en faisant suivre le récit du flacon brisé par la liste des femmes, on insiste sur le fait que le pécheur repentant est une femme et on nourrit cette association, ancienne dans le christianisme, entre la femme et le péché…

Mais cet enchaînement entre le repas chez Simon et les femmes qui suivent Jésus est tout de même justifié : Luc est le seul à sortir le flacon brisé du contexte de Pâques, il est le seul à faire de ce récit une illustration du pardon et de la gratitude et il est le seul à dresser une liste des femmes qui suivent Jésus.

D’ailleurs, je vous propose une hypothèse. Dans son prologue, l’évangile selon Luc est présenté comme un travail d’historien : j’ai collecté les faits, j’ai rassemblé les témoins ; or si nous lisons les trois autres récits du flacon brisé, « l’onction à Béthanie », il rapporte tous cette parole de Jésus « on se souviendra du geste de cette femme ». Eh bien, Luc a peut-être été assez embêté : on se rappelle du geste de la femme mais on oublie son nom (je place l’évangile selon Jean un peu à part). Et Luc s’est demandé qui était cette femme mais il n’a pas trouvé. La liste des femmes qui suivent Jésus serait en fait une liste des « suspectes » les plus probables. Qui était cette pécheresse pardonnée ? Marie de Magdala ? Jeanne ? ou bien Suzanne ?

Cette hypothèse posée, on peut un peu regarder le rôle des femmes qui suivent Jésus : elles étaient nombreuses et elles les aidaient de leurs biens. Ce qui signifie que ces femmes étaient maîtresses de leurs biens, qu’elles pouvaient en faire ce qu’elle voulait. On peut aussi souligner le caractère très utile de ce service, heureusement qu’il y a des femmes autour de Jésus et des Douze pour avoir les pieds sur terre et pour faire marcher la baraque… j’en vois qui acquiescent et en ce qui me concerne, je ne peux qu’approuver cette vision des choses… Mais attention quand même, si nous entrons trop loin dans ce stéréotype, ça veut dire que le rôle des femmes autour de Jésus c’est de gérer l’intendance et le service… Et l’on risque d’oublier le rôle de cette inconnue qui est entrée chez Simon…

En effet, chez Simon, Jésus est face à deux figures de disciples : l’un l’a invité chez lui pour l’écouter, sans doute pour discuter avec lui, visiblement pour le mettre à l’épreuve, pour le tester. Et je crois que nous pouvons tous nous reconnaître en Simon, nous aussi nous voulons écouter Jésus, nous instruire de sa parole mais aussi la vérifier, la tester, la comparer avec ce que nous nous savons, nous aussi nous nous disons « moi à la place de Dieu, je ne ferai pas ceci, ou je ferai cela », « là, Jésus exagère quand même »…

L’autre disciple entre, se jette au pied de Jésus et le couvre, l’inonde même, de reconnaissance et d’amour. L’autre disciple est consciente de son péché et de la liberté qu’elle a trouvé en Jésus Christ. L’autre disciple se laisse emporter et conduire par sa reconnaissance seule.

A votre avis, laquelle de ces deux figures de disciple, l’évangile de Luc pose-t-il comme figure à imiter ?

C’est donc une femme qui est le modèle du disciple… C’est une femme qui a compris le pardon donné par Jésus… et il faudrait écarter les femmes de l’enseignement ? C’est une femme qui s’est laissée toute entière conduire par l’amour… et il faudrait écarter les femmes de la prédication ? Et si je reprends la version pascale de ce récit, l’onction à Béthanie, c’est le geste d’une femme que Jésus a célébré comme étant le geste exprimant le mieux le don que Jésus nous fait… et il faudrait écarter les femmes de la célébration des sacrements ?

Hmmm cela me paraît quelque peu… illogique.

(J’ouvre une parenthèse pour dire qu’il peut sembler un peu étrange de ma part de défendre ainsi le ministère féminin qui est un acquis de notre Eglise. Pourtant cet acquis a récemment été remis en question dans l’Eglise luthérienne de Lettonie. Bref, il ne s’agit pas d’aller chercher la paille dans l’œil d’autres Eglises mais bien de réaffirmer comment notre Eglise, notre courant du christianisme entend et reçoit les textes bibliques)

Il y a tout de même deux risques à souligner qu’ici, le disciple modèle est une femme. Le premier serait d’inverser l’oppression et d’affirmer que seules les femmes peuvent être de bons disciples. Il n’est évidemment pas question... Le second est plus insidieux, et particulièrement quand, comme aujourd’hui, un mec qui commente un texte écrit par un mec dans une société patriarcale : ce risque c’est la tentation de poser cette pécheresse comme stéréotype féminin : la femme idéale, c’est la pécheresse éplorée de reconnaissance… Il y a dans la Bible des femmes douce et tendre, il y en a des guerrières, il y a des silencieuses et effacées et des oratrices et des meneuses. Bref, pour les femmes comme pour les hommes, la Bible parle des personnes plus que de généralités.

Au bout du compte, est-il important de rappeler le sexe de la pécheresse pardonnée ? Dans l’idéal, non. Dans l’idéal nous devrions nous rappeler qu’en Jésus Christ, il n’y a plus ni homme ni femme et qu’ici la figure idéale de disciple est une figure d’amour et de reconnaissance. Mais parfois, il est bon, voire urgent de rappeler que parmi tous ces hommes de la Bible, tous nos pères dans la foi, certains sont des femmes et qu’elles tiennent dans ces textes pourtant patriarcaux une place qui nous interdit de dévaloriser 50% de l’humanité.

Alors, mes sœurs, mes frères

Ensemble, témoignons de cet amour qui nous a été donné

Ensemble, entrons dans les gestes d’amour et de reconnaissance

Ensemble, mettons-nous au service les uns des unes et réciproquement

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Ressuscitons les morts !

5 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #résurrection, #envoi, #prédication

Ressuscitons les morts !

Prédication du dimanche 5 juin 2016

I Rois 17, 17à 24Luc 7, 11-17

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn, et alors ?

Je sais que cela peut paraître un peu choquant comme question, voire assez inhumain. Comment puis-je oublier la joie de cette malheureuse veuve voyant son fils revenir à la vie. Bon.

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn. Quelle joie, quel bonheur pour elle !!!! Et alors ?Combien de veuves ont pleuré et pleurent encore leurs fils uniques et n’ont pas eu la chance que Jésus ou Elie passent par là ?

Vous voyez que si on la prend sur un niveau psychologique, cette résurrection du fils de la veuve de Naïn prend un goût terriblement amer voire douloureux… Combien d’hommes et de femmes pleurent des êtres qui leurs sont chers sans voir les disparu s revenir à la vie ?

Ah mais justement ! Les résurrections des fils des veuves de Naïn et de Sarepta nous assurent que Dieu est plus fort que la mort et qu’une résurrection est promise.

Pourtant, Paul l’affirme, l’assurance que Dieu est un dieu de vie, qu’il est plus fort que la mort, la promesse de la résurrection, tout cela est contenu dans la résurrection de Jésus Christ. Alors qu’est-ce que la résurrection du fils de la veuve de Naïn ajoute à Pâques ? Celui qui douterait de la promesse contenue en la résurrection de Jésus serait-il plus convaincu par le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïn ? Cela me paraît peu vraisemblable…

En fait, les résurrections du fils de la veuve de Sarepta et de celui de la veuve de Naïn ont la même conséquence : écoutez

La femme dit à Elie : Je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité. » (I Rois 17, 24)

Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Cette parole sur Jésus se répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour. (Luc 7, 16-17)

Dans les deux cas, il s’agit finalement moins d’affirmer la puissance de Dieu que de poser l’authenticité du témoin.Donc ressusciter le fils de la veuve, cela devrait être notre signature, à nous, qui sommes appelés à être témoins de Dieu !Seulement… Seulement voilà, nous ne ressuscitons pas les morts !

Vraiment pas ? En sommes-nous si sûrs ? Devons-nous nous lamenter une fois de plus sur notre faiblesse humaine et sur notre incapacité à témoigner de la Parole et de la présence de Dieu ?

Nous ne ressuscitons pas les morts… Mais qu’est-ce que ces textes nous disent sur ressusciter les morts ?

Elie invoqua l’Eternel, et dit: Eternel, mon Dieu, est-ce que tu affligerais, au point de faire mourir son fils, même cette veuve chez qui j’ai été reçu comme un hôte ? I Rois 17

En la voyant le Seigneur fut pris aux tripes pour elle Luc 7

Elie s’inclut dans son intercession pour la veuve, ce n’est pas juste elle qu’il présente à Dieu et Jésus est ému aux entrailles. Ressusciter les morts, c’est d’abord être pris de compassion. La compassion va bien au delà de la pitiè. Compatir c’est souffrir avec, c’est faire sienne la souffrance de celui ou de celle qui pleure, la porter dans sa propre chair. Nous sommes émus par la souffrance de nos frères et de nos sœurs mais la faisons-nous vraiment nôtre, au point qu’elle nous soit insupportable ?

Elie s’étendit trois fois sur l’enfant I Rois 17

Jésus s’avança et toucha le cercueil Luc 7

Ces deux précisions sont du même ordre : dans le judaïsme, il convient de s’abstenir du contact avec un cadavre sous peine d’être soi-même souillé. Ressusciter les morts, c’est entrer en contact avec la mort, avec la souffrance. C’est refuser de rester dans sa tour d’ivoire et aller là où ça fait mal.

Cela veut dire bien sûr, aller sur le terrain, d’abord, dans la réalité de ceux qui souffrent.

Cela peut vouloir dire aussi reconnaître notre propre lien avec la mort, avec ce qui détruit. Cela va bien plus loin que juste se dire que nous ne sommes pas parfaits, c’est se rappeler que la pureté que nous prétendons garder, la sécurité que nous voulons maintenir ne sont qu’illusoires : qu’elles ne sont qu’un faux prétexte pour nous tenir à l’écart de la souffrance.

Elie prit l’enfant et le donna à sa mère. I Rois 17

Jésus le rendit à sa mère Luc 7

Ressusciter les morts, c’est rétablir les liens rompus. Et donc c’est faire œuvre de réconciliation, de pardon.

La résurrection des morts, nous parait hors d’atteinte ? Soit ! Mais qu’en est-il de rétablir des liens ? Qu’en est-il de la réconciliation et du pardon ? Combien de liens avons-nous rétablis avec nos sœurs et nos frères, entre nos sœurs et nos frères ? De combien de réconciliations avons-nous été les artisans ? Le nombre sera-t-il un peu plus élevé que celui des morts que nous avons ressuscités ?

Ou bien notre foi nous pousse-t-elle plus à faire de la maçonnerie que du macramé , à dresser des murs plutôt qu'à nouer les humains entre eux ?

Je n’oublie pas les deux points communs les plus évidents : dans les deux cas, une veuve a perdu son fils unique, un avenir a été coupé. Ressusciter les morts, c’est permettre de repartir, c’est faire sortir de l’impasse. C’est ouvrir des chemins nouveaux, même improbables…Ressusciter les morts, c’est aussi refuser la fatalité. Peut-être que la fatalité de la mort nous dépasse. Mais vraiment refuser la fatalité de la vengeance, dire non à la peur, dire non à l’oppression et à l’injustice, est ce hors de portée pour nous ?

Nous avons survolés les principaux points communs entre ces deux résurrections, je voudrais que nous repérions aussi les deux différences. Puisque Jésus copie ouvertement sur Elie, voyons ce qu'il apporte de plus à cette résurrection du fils de la veuve.

Tout d’abord, Luc précise que « le mort s’assit et se mit à parler ». Ressusciter les morts à la manière de Jésus c’est donc rendre la parole.

Non pas seulement parler, non pas seulement laisser parler, surtout pas ouvrir le débat dont sortirait vainqueur le meilleur orateur mais vraiment donner la parole, permettre à chacun de dire ce que, lui, ressent.

Et finalement, donner la parole, c’est peut être bien une manière de poser tous ces gestes de résurrection évoqués.

Ne pas parler pour ceux qui souffrent mais vraiment leur donner la parole n’est ce pas entrer dans une véritable compassion ? N’est-ce pas oser entrer en contact avec la souffrance, avec le mal, avec la mort (ce qu’ils diront n’est sans doute pas ce que nous voulons entendre)

Donner la parole à ceux qui sont fâchés, n’est-ce pas la voie principale de la réconciliation ? Donner la parole aux victimes et aux bourreaux, c’est la voie qu’à choisit l’Afrique du Sud après l’abolition de l’Apartheid.

Oui, si notre Eglise ne peut pas ressusciter les morts, elle pourrait être une Eglise qui donne la parole. Non pas une Eglise muette ou effacée, mais une Eglise dont le témoignage actif de Jésus Christ serait de donner la parole aux muets.

Une Eglise qui donne la parole au lieu de parler ou de laisser parler, ce serait peut-être encore plus inattendu qu’une résurrection…

A qui donner la parole ? Eh bien, alors qu’Elie ressuscitait le fils de sa logeuse, d’une veuve qui l’ « avait accueilli » chez elle, Jésus, lui, ressuscite un mort inconnu, le fils d’une femme rencontrée au hasard du chemin.

Nous sommes appelés à poser des gestes de résurrection, à rendre la parole non seulement à celles et ceux de nos cercles ou de notre foi, pas seulement pour celles et ceux qui nous sont sympathiques, mais bien pour tous ceux que nous rencontrons sur nos chemins.

Frères et sœursJe vous invite à la prière

Ô Dieu

Nous te reconnaissons comme Seigneur de la vie

Donne-nous la force de poser les gestes de résurrection

Que tu attends de nous.

Ouvre nos cœurs à la véritable compassion

Donne-nous l’audace de nous frotter à la souffrance et à la mort

Et d’affronter nos propres blessures et notre propre mort

Inspire nous des paroles et des actes de réconciliation

Donne-nous d’être comme Jésus Christ,

De ceux qui ouvrent la bouche des muets

De ceux qui délivrent la parole

Amen

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