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Achetez-vous des amis

30 Septembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #argent, #Mammon, #gérant habile, #gérant malhonnête

Achetez-vous des amis

Prédication du dimanche 18 septembre 2016

Luc 16, 1 à 13

Amos 8, 4 à 8

La parabole du gérant malhonnête figure rarement parmi celle qu’on étudie au caté ou à l’école biblique, elle est un peu trop surprenante, embarrassante, voire choquante…

Déjà, Jésus nous raconte l’histoire d’un filou qui, sur le point de perdre son emploi, se dit que puisque travailler c’est trop dur et que d’mander la charité, c’est quelque chose qu’il ne peut pas faire, décide de se faire un réseau d’amis. Et pour se faire des amis, il décide de profiter de sa place d’intendant, pendant qu’il l’a encore, pour diminuer la dette des débiteurs de son maître, histoire de se faire bien voir de ceux-ci. Aujourd’hui, on parlerait bien de se constituer un réseau.

De plus, voilà que l’employeur de ce filou au lieu de porter plainte, le félicite pour son habileté.

Et si tout cela ne suffisait pas, voilà que Jésus lui-même nous invite à agir comme ce filou d’intendant.

Euh… Si on revenait plutôt à des histoires de semeur ou de moutons….

Non ? Bon alors, quel sens symbolique allons-nous bien pouvoir trouver à tout ceci ?

Eh bien aucun. La parabole du semeur ne parle pas d’agriculture, celle de la brebis perdue n’est pas un cours d’élevage mais la suite du texte nous montre bien qu’avec la parabole de l’intendant malhonnête, Jésus nous parle bien de notre rapport à l’argent.

Jésus nous décrit le monde des affaires, le monde de l’argent. Et franchement, l’attitude de l’intendant qui décide de se ménager un réseau d’amis avec un argent qui n’est pas le sien, vous paraît-elle si incroyable ? Si oui, je ne sais pas très bien si je dois vous conseiller de lire un peu plus les journaux ou de vous épargner en continuant à ne pas les lire…

Tout au plus pourrait-on s’étonner que l’intendant trouve si avilissant de mendier alors que ce qu’il se propose de faire est une mendicité aggravée de vol… Mais il est bien évident que pour l’intendant, ce qui est avilissant, c’est de s’asseoir par terre et de tendre la main, pas de vivre aux crochets de ses « amis »… Ce genre de distinguo est assez fréquent, en fait. Certains escrocs sont très choqués d’être mis au même rang que les voleurs de grands chemins, et parfois, les gens sont surpris quand on leur rappelle qu’en terme de coût, frauder sur sa déclaration fiscale n’est pas si éloigné de balancer un pavé dans un arrêt de bus…

L’attitude du patron de l’intendant est déjà plus surprenante. En effet, lui qui était prêt à virer son intendant sur une simple accusation d’incompétence, on pouvait s’attendre à ce qu’il porte plainte en découvrant qu’on l’avait volé. Mais le voilà qui félicite son intendant (l’histoire ne dit pas si, finalement, il le garde ou pas). L’attitude du maître, est sans doute l’élément à surprise de la parabole.
Mais passé la première surprise, nous pouvons nous demander un peu si l’attitude du maître qui célèbre l’intelligence, l’habileté derrière la combine est si détonante que cela ?

Comment pourrions nous être choqué de la louange de ce maître pour un escroc alors qu’un de nos héros populaire est un gentleman cambrioleur ?

Et surtout, sommes-nous vraiment surpris que dans le monde des affaires, la ruse et l’ingéniosité soient des vertus supérieures à l’honnêteté ? Il me semble que sans même avoir recours à Arsène Lupin, aux Pieds-Nickelés, à la fiction, nous comptons parmi nos personnages populaires un certain nombre de roublard dont nous louons la roublardise…

Bref, je crois qu’en fait dans cette parabole, Jésus nous dépeint le même monde que celui que nous dépeint Amos avec ses marchands qui attendent avec impatience la fin des festivités religieuses pour pouvoir recommencer à faire des affaires et surtout à escroquer les plus pauvres.

Seulement, Amos dépeint des individus, et il y a un double risque. Tout d’abord, le risque de se dire que ce ne sont que quelques pommes pourries et que tout le monde n’agit pas ainsi et de neutraliser le questionnement. Et puis le risque exactement inverse, celui d’établir une généralisation : tous les marchands sont comme ça, ce sont eux l’ennemi.

Avec la parabole du gérant malhonnête, Jésus nous invite à ne pas regarder es individus mais un système, il nous fait la juste peinture d’un monde où la capacité de s’en sortir est plus admirable que l’honnêteté. J’ai rencontré dans une de mes lectures récentes une autre peinture de ce système. Je vous la livre

Dans Les raisins de la colère, voici comment Steinbeck décrit les représentants des propriétaires qui chassent leurs métayers de leur terre.

« Certains représentants étaient compatissants parce qu’ils s’en voulaient de ce qu’ils allaient faire, d’autres étaient furieux parce qu’ils n’aimaient pas être cruels, et d’autres étaient durs parce qu’il y avait longtemps qu’ils avaient compris qu’on ne peut pas être propriétaire sans être dur. Et tous étaient pris dans quelque chose qui les dépassait. Il y en avait qui haïssaient les mathématiques qui les poussaient à agir ainsi ; certains avaient peur, et d’autres vénéraient les mathématiques qui leur offraient un refuge contre leurs pensées et leurs sentiments. Si c’était une banque ou une compagnie foncière qui possédait la terre, le représentant disait : « La banque ou la compagnie… a besoin… veut … insiste … exige… « comme si la banque ou la compagnie étaient des monstres doués de pensée et de sentiment qui les avaient eux-mêmes subjugués. Ceux-là se défendaient de prendre des responsabilité pour les banques et les compagnies parce qu’ils étaient des hommes et des esclaves, tandis que les banques étaient à la fois des machines et des maîtres. Il y avait des agents qui ressentaient quelque fierté d’être les esclaves de maîtres si froids et puissants (…) [les agents expliquaient] une banque ou une compagnie n’est pas une créature qui respire de l’air, qui mange de la viande. Elles respirent des bénéfices ; elles mangent l’intérêt de l’argent. Si elles n’en ont pas, elles meurent, tout comme vous mourriez sans air, sans viande. C’est très triste, mais c’est comme ça. On y peut rien. (…) La banque… le monstre a besoin de bénéfice constant. Il ne peut pas attendre. Il mourrait. Quand le monstre arrête de grossir, il meurt. Il ne peut pas s’arrêter et rester où il est »

Ce monstre que dépeint Steinbeck, qui doit grossir sans cesse, ce monstre qui transforme les hommes en esclaves, ce monstre aux yeux duquel la capacité à s’enrichir devient la seule vertu, c’est bien celui que Jésus nomme Mammon et nous ne pouvons que reconnaître que nous vivons tous sous son emprise. Nous travaillons pour lui, nous améliorons notre confort en le nourrissant… Et tout cela pourrait bien paraître tout à fait désespérant.

Mais Jésus ouvre aussi une issue, et qui plus est une issue concrète, une issue à notre portée. C’est ainsi que je comprends cette instruction si choquante : « faites-vous des amis avec l’argent trompeur ».

En effet, je ne crois pas que Jésus nous invite à nous acheter des amis, des intercesseurs pour l’au-delà. Je crois qu’il nous invite à entrer dès à présent dans la vie éternelle en nous mettant au service de Dieu et donc des autres.

D’ailleurs, il est évident à travers tous les évangiles que les amis qui peuvent nous recevoir dans les demeures éternelles ne sont pas les plus riches, les plus puissants que nous, ce sont au contraire les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles.

En revanche, si le gérant malhonnête nous est donné en exemple, c’est parce qu’il appauvrit son maître non pas en se servant lui-même dans la caisse mais en réduisant la dette d’autrui (et donc en enrichissant ceux-ci), Jésus nous invite à appauvrir Mammon, à affaiblir la bête en utilisant l’argent non pas pour nous même, mais pour autrui. Et je crois qu’en effet la générosité, la solidarité nuisent à notre grand système économique (en tout cas, je vous invite à avoir cette idée en tête à chaque fois que vous entendrez les attaques portées contre les attitudes de générosité, de solidarité, d’aide des plus démunis. A chaque fois que nous entendons dénoncer l’assistanat, posons nous cette simple question : « mais à qui nuit véritablement cet assistanat, à qui profite réellement notre individualisme forcené ? »)

Bien sûr, notre seule véritable libération nous vient de Jésus. Mais Jésus nous invite à poser des maintenant les gestes des libres enfants de Dieu : servir Dieu plutôt que Mammon, c’est servir les autres avant nous-même.

Alors, frères et sœurs, n’ayons pas peur de poser des gestes de générosités nuisible au système. Il est temps pour nous de haïr Mammon, de rejeter ce monstre qui nous dévore, de nous révolter contre le maître qui nous écrase pour nous mettre au service du maître qui nous fait vivre.

Que cette révolte spirituelle s’incarne dans des gestes concrets. Non pas des gestes de violence et de désespoir mais dans chaque geste de générosité et de service du plus petit.

Amen

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Une fois le grain tombé en terre

23 Septembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Matthieu 13, #semeur, #reconnaissance

Une fois le grain tombé en terre

Prédication pour le service d'action de grâce pour Philippe

Actes 15, 5 à 7

Cette première lecture, j’ai souhaité vous la partager comme mon souvenir de Philippe, en effet, j’y trouve trois aspects de la manière dont Philippe vivait l’Eglise : une question importante, la discussion et la place de l’Ecriture. En effet, la parole que prend Pierre et que je n’ai pas lue, c’est le rappel des Ecritures. Or Philippe aimait la Bible : la dernière fois que je l’ai vu, quelques jours avant sa mort, ses premiers mots ont été « je suis désolé, je n’ai rien préparé ». Nous avons entendu aussi que pour les premiers chrétiens, il pouvait y avoir des désaccords et même que la discussion pouvait être vive. Quand Philippe n’était pas d’accord, c’était, je le cite : « je préfère le dire ». Philippe n’aimait pas les conflits, c’est certain, mais il aimait assez l’Eglise pour pouvoir dire ses désaccords. Enfin surtout, la question qui animait ici la discussion de la première Eglise, c’était la question de l’accueil des non-juifs dans la communauté. L’accueil, c’était pour Philippe une question centrale dans l’Eglise, une question qui valait qu’on y consacre toute les énergies, qu’on se lance dans des débats : non pas sur « faut-il ou non accueillir » mais sur « comment accueillir au mieux », comment faire en sorte que chacun se sente membre d’un corps vivant ? comment accueillir avec toutes les responsabilités que cela implique pour les accueillants comme pour les accueillis, c’est dans ce goût de l’accueil que Philippe a rencontré notre paroisse d’Evreux.

Voilà, ça c’est mon souvenir de pasteur, la manière dont je relis l’implication de Philippe dans l’Eglise

Mais nous avons également souhaité, avec Marie-Lise vous partager cette parabole

Matthieu 13, 3 à 9

Qu’y-a-t-il après la mort ? Il y a deux ans, les jeunes du caté avaient posé la question au conseil et chaque conseiller avait donné, de manière anonyme, sa réponse. Parmi toutes ses réponses, il nous a été impossible de retrouver la réponse de Philippe même pour Marie Lise « nous pensions que nous avions bien le temps ». Bref, tout l’engagement de Philippe, ce n’était certainement pas pour une récompense après la mort.

Qu’y a-t-il après la mort ? Peut être devons nous entendre aujourd’hui cette question

Qu’y-a-t-il après la mort de Philippe ?Il y a ces mots de Marie-Lise « Maintenant je suis seule ». Et c’est vrai Marie-Lise que, même si tu as autour de toi tes enfants, ta famille, tes amis, les frères et les sœurs de l’Eglise, aucun de nous ne peut te rejoindre tout à fait dans ce deuil. Et ce qui est vrai pour toi, est vrai pour chacun de nous, nous sommes tous prisonniers dans notre peine, dans nos regrets, nos questions, nos amertumes comme dans une prison de ronces qui menace de nous etouffer…

Qu’y-a-t-il après la mort de Philippe ?

Il y a ces mots de Corinne, président du CP d’Evreux « lors de notre journée de rentrée, nous avons ressenti un grand vide ». Et ce sentiment de vide, cette absence, tous, nous en faisons l’expérience en ne voyant pas Philippe dans les endroits où nous avions l’habitude de le voir. Et ce vide, nous le vivons comme un trou dans un jardin, comme une plante qui aurait été arrachée… Sur ce vide, nous ne voyons pas très bien ce que nous pourrions planter.

Qu’y-a-t-il après la mort de Philippe ?

Il y a ces mots de Paulette, la maman de Marie-Lise, « Nous pouvions espérer pour lui quelques années heureuses ». Et derrière ce mots, il y a tous les projets que nous faisions avec lui, projets de famille, projets d’amis, projets d’Eglise et qui nous sont arrachés. C’est un peu comme si une nuée d’oiseaux venait de s’abattre sur un champ fraîchement semé, ou sur un cerisier et avait tout emporté.

Qu’y a-t-il après la mort de Philippe ? Des ronces de deuil et de chagrin, le sol arride du vide et du manque, nos projets qui s’envolent comme une nuée d’oiseaux moqueurs.

Si j’avais demandé à Philippe une photo avec la pierre du chemin, les ronces des talus, la nuée d’oiseaux qui s’envole emportant les graines, je crois qu’il m’aurait dit, non, c’est trop triste, trop lugubre. Il faut, malgré tout y ajouter, au loin, un arc-en-ciel, le signe de la promesse du Dieu de vie, une promesse qui dépasse tout ce que nos mots peuvent dire, tout ce que nos intelligences peuvent appréhender… Mais une promesse à laquelle Philippe croyait.

La pierre du chemin, les ronces, les oiseaux et puis, en levant les yeux, un arc en ciel.. Mais il manque encore quelque chose à la photographie.

Vous avez reconnu les éléments de la parabole du semeur. Et peut-être avez-vous été un peu surpris de cette lecture, parce qu’on le sait bien, la semence de la parabole, c’est la Parole de Dieu. Eh bien, je crois profondément que Philippe a été un des grains de cette parole, parce que le témoignage de la Parole de Dieu ce ne sont pas que des mots, c’est aussi des actes, des manières de vivre. Oui, je crois que Philippe a été, par son engagement, par sa vie une graine de la semence, une graine de la Parole.

Et aujourd’hui, dans nos larmes, je crois qu’il nous faut regarder le champ et déjà, nous allons voir de jeunes pousses, des choses qui nous viennent de Philippe, des choses qui nous ont été donnée à travers Philippe. Et tous ces cadeaux ne nous sont pas enlevés, ils ne demandent qu’à germer.

Allons-nous nous enfermer dans notre chagrin ? Ou bien allons-nous, à travers nos larmes, reconnaître dans des petites choses, dans des souvenirs ce qui nous reste de la vie de Philippe, allons nous reconnaître les gestes d’amour, d’amitié, d’accueil, les témoignages de foi et d’engagements.

Voilà, cette fois, je l’ai dit « reconnaître », être dans la reconnaissance. Dire merci pour ce cadeau que Philippe a été pour nous.

Comment dire merci ? En nous disant que Philippe était irremplaçable, que tout s’est envolé et en nous étouffant dans notre chagrin. Ou bien en acceptant, comme lui, d’être au cœur de notre travail, de notre vie de famille, de notre vie d’Eglise, une petite graine d’accueil, de service et d’amour ?

Nous le connaissions tous, je crois donc que nous connaissons tous la réponse.

Alors, frères et sœurs, comme Philippe l’a été, soyons reconnaissant pour cette vie qui nous est donnée, soyons dans une reconnaissance féconde et active

Amen

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