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Au miroir du Misanthrope

29 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Misanthrope, #Molière, #Théâtre

Ce début n'est pas mal, et contre le prochain

La conversation prend un assez bon train

Molière. Le misanthrope

 

« Il faut se rappeler qu’au XVII° siècle, les personnages de Molière n’étaient pas en costume d’époque. Si Molière écrivait aujourd’hui, ses personnages seraient en jeans et basket. »

Clément Hervieu-Léger

Je ne sais pas à quel point les costumes contemporains (pas vraiment jeans-basket) y sont pour quelque chose mais au-delà de la beauté des vers et du mordant de l’ironie, la mise en scène d’Hervieu-Léger me fait découvrir Le misanthrope comme un tourbillon d’humanité.

Bien loin de la leçon de morale que nous donnait notre professeur de français : « Molière trouve qu’Alceste est excessif dans sa misanthropie et son personnage raisonnable, c’est Philinte », Le misanthrope est un portrait, ou plutôt une galerie de portraits, douloureux, certes, sans complaisance mais aimants d’une humanité fragile.

« Je hais tous les hommes

Les uns, parce qu’ils sont méchants et malfaisants

Et les autres pour être aux méchants complaisants »

déclare Alceste… Tu parles, Charles ! Cela ne l’empêche pas d’aimer Célimène tout en étant parfaitement lucide sur ce qu’elle est… Parce qu’elle est jolie ? Pour son esprit ? Plus simplement parce que l’amour, cela ne se choisit pas, cela ne se décrète pas

Et quoique avec ardeur, je veuille vous haïr

Trouvè-je un coeur en moi, tout prêt à obéir ?

et quoiqu’en dise Eliante, cela ne rend pas aveugle aux défauts de celui ou de celle qu'on aime

Derrière sa misanthropie, Alceste est en fait un humaniste blessé par ce qu’il perçoit de l’humanité…

Célimène, souvent présentée comme la coquette type, la frivole, tremble surtout de rejeter qui que ce soit, Alceste a raison ; « Conserver tout le monde est votre grande étude » et même ses portraits au vitriol sont un moyen de briller en société plus que l’expression de son cœur.

Derrière son esprit et sa coquetterie, Célimène a avant tout besoin d’être aimée.

Philinte, le sage, paraît tout d’abord bien hypocrite et doucereux. Il n’en est pas moins un amoureux discret et résigné et surtout un ami fidèle, un second rôle dont la loyauté éclate dans le dernier vers

« Allons, madame, allons employer toute chose

Pour rompre le dessein que son cœur se propose… »

Même Oronte dans son désir de briller et son incapacité à accepter la critique, même Arsinoe dans sa jalousie blessée nous ressemblent trop pour être tout à fait antipathiques…

Alors, une relecture théologique du Misanthrope ? Deux, rapides, pour commencer…

D’abord, « la connaissance de Dieu et de nous même sont choses conjointes » (Calvin), ici, Molière tend à notre humanité un miroir à peine déformant et, quand la trahison de Célimène éclate au grand jour, elle reste aimée. Je préciserai juste que Dieu est plus constant qu’Alceste…

Et puis, je remarque que quand, sans en changer une ligne, Hervieu-Léger fait entrer Molière dans notre quotidien, la pièce ne perd rien de sa beauté et retrouve toute sa profondeur. Raison de plus pour ne pas enfermer la Bible dans un sacré compassé et solennel… Les textes bibliques rendus au quotidien, cela ne peut pas nuire au message, bien au contraire. Bien sûr, l’interprétation et la mise en scène d’Hervieu-Léger reposent aucun doute sur une étude sérieuse. La Bible rendue au quotidien, cela ne veut pas dire la fin de l’exégèse…

 

Pour finir, avant de m'attaquer à Molière et Osée, relecture théologique ou pas, si vous avez l’occasion de voir Le Misanthrope mis en scène par Clément Hervieu-Léger au théâtre ou au cinéma, n’hésitez pas.

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Problèmes de vue

26 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #aveugle de naissance, #Jean, #Vision, #lumière

Prédication du 26 mars 2017

Ephésiens 5, 8 à 14

Jean 9, 1 à 41

 

La  guérison de l’aveugle de naissance occupe 2 versets sur les quarante du récit. Tout le reste est consacré à une véritable enquête autour de cette guérison, avec interrogatoires et contre-interrogatoires D’où vient la maladie ? qui a accompli la guérison ? et d’où vient ce guérisseur ? Et, au cours de cette enquête, il apparaît de plus en plus évidemment que l’aveugle de naissance n’est pas le seul à souffrir d’un trouble de la vision.

C’est d’ailleurs ce que Jésus affirme au moment de la révélation finale qui vient conclure toute bonne histoire d’enquête (n’en déplaise aux britanniques mais Sir Conan Doyle et Agatha Christie n’ont rien inventé en la matière)

Mais revenons à nos problèmes de vue…

 

Le trouble de la vision le plus répandu est manifesté par les gens, par la foule : il consiste à ne voir de l’individu qu’un aspect de sa personne. Cela s’appelle l’essentialisation. Ici, l’homme est aveugle et il n’est que cela. Il n’est à tel point que cela que quand il est guéri, quand il voit, on ne le reconnaît plus. Est-ce lui, est-ce un autre ? On ne sait pas trop.

Ici, l’individu est réduit à son handicap, il aurait pu l’être à sa couleur de peau, à son orientation sexuelle, à son genre, à son origine sociale, à son âge, à sa religion… Bref, l’essentialisation est un trouble optique très répandu.

Et malheureusement, l’essentialisation est plus grave que la myopie. Je suis myope, si j’enlève mes lunettes, je vous vois flou, mais vous ne devenez pas flous pour autant. Alors que si on ne vous voit que comme handicapé, ou noir, ou femme, ou vieux, vous allez vite vous réduire vous-même à cela…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par voir un peu plus qu’un seul aspect de celui ou celle que l’on regarde.

 

Les disciples, eux, manifestent deux troubles de la vision.

D’abord, ils souffrent d’un petit problème de distinction : quand ils croisent un homme atteint de cécité, ce qu’ils voient, c’est un problème théologique. Un peu comme si leur cerveau analysait mal l’image renvoyée par leurs yeux.

C’est un mal plus répandu qu’on ne pourrait le penser. Vous n’imaginez pas le nombre de personne qui au lieu de voir des humains, des individus voient des questions de sociétés, des enjeux politiques, des part de marchés, des cibles commerciales et que sais-je encore... Et en période d’élections, l’épidémie a tendance à s’aggraver…

 

Et puis, ils ont un petit problème de focale. En fait, quand ils voient l’homme, ou plutôt de leur point de vue, la question théologique, finalement ils regardent à côté, ou plutôt en arrière dans le passé « d’où ça vient ? » et très vite le « d’où ça vient devient « à qui la faute ? « Est-ce que c’est la faute de la victime ? qu’est-ce qu’il a mal fait pour mériter ça, quelle règle de sécurité a-t-il omise, sa tenue n’était-elle pas trop provocante, trop ostensiblement riche ?

Et si ce n’est pas sa faute, est ce que c’est sa famille ? Ou bien les juifs ou les immigrés, ou bien les pauvres, ou bien les riches, ou bien les politiciens ?

Cette recherche de coupable aussi s’aggrave en période électorales…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par chercher des remèdes à la souffrance plutôt que des coupables.

 

Les parents de l’homme, eux, semblent avoir une bonne vue. Ils voient bien la personne, au-delà de sa cécité : « c’est bien notre fils ». Ils peuvent se concentrer sur le présent. « Il est né aveugle et maintenant il voit ». Les yeux vont bien mais il y a peut-être un problème au niveau des cervicales. Très vite, ils baissent la tête ou la détournent. « Allez lui demander à lui » « Nous on ne veut pas s’en mêler »

On comprend bien leur peur, ils savent ce qui s’est passé mais s’ils affirment que Jésus a le pouvoir de guérir, ils sont menacés d’exclusions. Il arrive que l’on baisse la tête, que l’on détourne le regard pour beaucoup moins que ça. Parce que c’est trop compliqué, parce que cela nous dérange dans notre confort, parce qu’on n’a pas envie de voir, tout simplement…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par le courage d’annoncer d’où vient la lumière.

 

Enfin, il y a les pharisiens. Alors eux, ils ne s’intéressent pas à la cécité de l’homme ni à ses origines, ils voient la guérison et finalement, ce qui les intéresse, c’est la cause de la guérison et surtout, surtout, si cette guérison est conforme à leurs règles. Leur problème de vision, c’est le soupçon. « Bon ça va mieux, mais qu’est-ce que ça cache ? »

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par rendre grâce à Dieu quand la souffrance est vaincue. Même si ses voies sont peu orthodoxes.

 

Peut-être, avons-nous diagnostiqué chez nous-même tel ou tel de ces problèmes de vision qui nous empêchent de bien voir nos frères et nos sœurs. Et à dire vrai, j’espère que nous l’avons fait, j’espère qu’en entendant ce texte, nous nous disons un peu qu’il est temps de changer de verre, que nous n’y voyons pas si bien que nous le pensions. Parce que Jésus est venu pour que les aveugles voient, parce que tous ces problèmes de vue, il nous offre de les guérir. En revanche, si nous pensons y voir clair, si nous croyons que nous avons dix sur dix à chaque oeil, alors, comme les pharisiens, nous nous aveuglons nous-même et nous nous enfonçons dans des ténèbres dont il sera difficile de sortir.

 

Frères et sœurs, ne refusons pas le diagnostic que Jésus pose sur nous. Il nous permet de voir notre propre cécité. Il assaini notre regard sur notre prochain et dans la nuit du monde nous invite à poser des gestes porteurs de lumière. Un regard sain pour des gestes sains.

Amen

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Massa et Meriba

24 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Moïse, #Querelle, #Samaritaine

 Prédication du 19 mars 2017

Exode 17 ; 1 à 7

Jean 4 ; 5 à 42

Romains 5 ; 1 à 8

Nous connaissions les chansons à boire, les textes que nous avons entendu ce matin nous présentent des histoires de soifs. La soif d’un peuple qui maugrée et vitupère, la soif d’une femme qui cherche et interroge, la soif d’un homme qui demande.

Le peuple avait soif et Moïse a fait jaillir l’eau du rocher. Généralement, on raconte cette histoire d’une manière admirative : encore un prodige de l’homme providentiel ! Mais quand on lit le texte, quand on l’écoute, on se rend compte que l’ambiance n’est pas au prodige ni au triomphe.

D’ailleurs, le nom que va porter cette source, ce n’est pas Dieu a vaincu la soif, ni eau de Dieu, ni aucun nom laudatif, le nom que va porter ce lieu c’est Massa et Meriba, querelle et provocation.

On ira jusqu’à faire de cet épisode la raison pour laquelle Moïse ne pourra pas entrer en terre promise. Bref,  où nous aurions envie de crier « Miracle ! Dieu a fait jaillir l’eau du rocher ! » La Bible garde en mémoire la dispute et la provocation, et pour enfoncer le clou redouble d’ailleurs le nom, au nom connu de Meriba, elle ajoute Massa.

De cette étrange toponymie, je reçois un avertissement : même quand la soif a été étanchée, même quand l’homme providentiel a ouvert les vannes, même quand Dieu a fait jaillir l’eau du rocher, ce qui reste, ce qui stagne, c’est bien souvent la querelle, la provocation, la dispute et  la mise à l’épreuve.

Et je dois bien m’avouer que c’est très souvent vrai dans ma vie. Et que j’ai l’impression de ne pas être le seul dans ce cas, pas le seul à connaître ce goût de cendres… Alors suis-je, sommes-nous condamnés à nous identifier à ce peuple, à nous installer une fois pour toute à Massa et Meriba ? Et à rester là dans la chaleur, dans l’aridité du jour ?

Et voilà que dans ma sécheresse, l’Evangile selon Jean me fait lever les yeux sur une femme. Porteuse d’eau, elle est surtout porteuse de blessures, des blessures qui l’empêchent de venir puiser l’eau avec les autres femmes ;  porteuse de colère et de contestation, contre ces juifs qui contestent tout ce que ces ancêtres lui ont appris et ne veulent avoir aucun contact avec elle ; porteuse de provocation, gouailleuse, même, quand cet homme aux mains nues lui promet une eau nouvelle, une eau plus vivante même que celle que Jacob, le patriarche, l’ancêtre à fait couler pour elle et les siens.

Nous pouvons nous reconnaître dans les blessures et la honte de cette femme, nous pouvons nous reconnaître dans ses colères et de son amertume face à ceux qui la rejettent, nous pouvons nous reconnaître dans son ironie face à une promesse qui, de prime abord, sonne creux.

Nous pouvons nous reconnaître en elle, mais elle, un homme l’aborde et lui demande à boire, un homme l’aborde et transforme son regard, un homme l’aborde et l’ouvre à un nouveau possible. Il crée la surprise et il lui dit sa soif véritable, il crée la surprise et ouvre au non-jugement. Il crée la surprise et ouvre la vie

Nous pouvons nous reconnaître dans la samaritaine..., sauf que nous, nous avons beau traîner au bord de tous les puits, tourner autour de toutes les fontaines, roder non loin des sources, quand est ce que Jésus nous demande à boire, quand est-ce qu’il ouvre le dialogue avec nous ?

A la Samaritaine, Jésus demande de l’eau et il crée ainsi la surprise et le dialogue. Mais à nous, il ne demande rien…

Rien ? Vraiment ? « Aime ton prochain comme toi-même », « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé », « aimez vos ennemis »

N’est-ce pas une demande assez incongrue pour nous faire réagir, pour provoquer un dialogue ?

Notre réaction pourrait être :

- Comment ? Toi qui a été jusqu’au bout de l’amour, toi qui as tout donné, qui as pardonné même à tes bourreaux, tu me demande à moi d’aimer, moi dont le cœur est si plein de colère, plein de querelles et d’amertumes. Mais je ne peux pas.

Et je crois que sa réponse serait la même qu’à la Samaritaine :

  • si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te parles, tu lui demanderais d’ouvrir ton cœur à l’amour et il ferait jaillir en toi une source de vie, une source d’amour éternel.

Peut-être qu’alors, comme la Samaritaine, notre réaction serait sarcastique « eh bien, il y a intérêt à creuser profond ! » mais nous, nous savons déjà qui est celui qui nous parle puisque nous sommes ici. Nous savons qu’il a ce pouvoir sur nous et pour nous

Alors, frères et sœurs,

Je vous invite à la prière

Père

C’est assoiffés que nous nous tournons vers toi

Garde-nous de laisser notre soif devenir colère et emportement

Assèchement et repli sur nous-même

Dégage nos voies

Débouche nos canaux

Désencombre notre cœur

Pour que puisse jaillir en nous

La source de ton amour

Pour que cet amour devienne fontaine

Par nos yeux, nos paroles et nos actes.

Amen

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