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L'ouverture, l'intransigeance et la confiance

29 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

daniel.jpgPrédication du dimanche 29 avril 2007
Psaume 100
Daniel VI

 « Le protestant est un anarchiste qui traverse dans les clous ». Je ne sais pas de qui est cette citation, mais élargie à tous les croyants, elle pourrait être la conclusion de la partie narrative de Daniel.
 En effet, par le chapitre VI que nous venons d’entendre, se terminent les légendes ayant Daniel et ses compagnons pour héros. Or, on retrouve dans ce sixième chapitre les principaux thèmes abordés à travers les aventures de Daniel. Le récit de Daniel nous parle lui aussi de respect de la l’autorité (le fait de traverser dans les clous), d’intransigeance (l’anarchisme), et de la foi et de la confiance qui animent cette intransigeance…
L’ouverture et le respect, l’intransigeance et la confiance. Voici trois grands thèmes que nous pouvons retenir du livre de Daniel pour alimenter notre vie chrétienne.

Le récit fait de Daniel, l’interlocuteur de trois rois : Nabuchodonosor tout d’abord puis Belshatsar (son fils selon le récit) et, enfin un certain Darius le mède. Et, il est important de le noter, ces rois sont plutôt bien disposés à l’égard de Daniel, à part Belshatsar, ils font plutôt figure de « gentils » dès le départ. Malheureusement, ces rois sont mal conseillés. Je ne m’étendrais pas sur le mauvais rôle des conseillers, je crois que cet élément du récit est simplement dû au fait que dans toute histoire il faut des méchants vraiment méchants…
En revanche, le respect manifesté à ces rois me semble tout à fait éloquent. Ainsi, dans des légendes juives visant à édifier le peuple, des rois non seulement païens mais des rois qui furent les ennemis d’Israël, peuvent avoir le bon rôle. Dans le chapitre VI par exemple Darius est montré non seulement comme l’allié de Daniel mais comme celui qui confesse YHVH comme Dieu.
Daniel est présenté comme un citoyen modèle, dans un pays et une culture qui ne sont pas les siens. Ainsi, ces récits peuvent être lus comme un appel pour les juifs vivant à l’extérieur d’Israël à respecter les autorités des pays dans lesquels ils vivent.
 Il est intéressant de constater que Paul a lancé le même appel au respect de l’autorité. Et qu’avant que le christianisme devienne religion officielle de l’Empire romain, les chrétiens se sont acharnés à démontrer que les empereurs qui avaient persécuté leur religion étaient des empereurs qui avaient été néfastes pour Rome (Caligula, Néron…)
 Pour nous, chrétiens d’aujourd’hui en France, la situation n’est pas la même. La société dans laquelle nous vivons repose sur des idées issues de notre religion et nous ne pouvons pas vraiment nous dire persécutés…
 En revanche, nous savons aussi que la société se déchristianise. Eh ! bien peut-être le livre de Daniel nous invite-t-il à reconnaître que tout ce qui ne vient pas du christianisme n’est pas forcément mauvais. Il est impératif que nous ne cédions pas à la tentation de diaboliser le monde extérieur. Nous pouvons vivre notre foi en respectant les autorités, même si elles ne partagent pas cette foi.
 Vivre notre foi en respectant les autorités signifie d’ailleurs aussi ne pas essayer de leur inculquer notre foi. Daniel n’essaye pas de convertir Darius, si le psaume 100 est un appel à la terre entière à venir adorer Dieu dans sa maison, il est difficile d’y lire un appel à imposer le judaïsme et cela a été une faute grave pour les chrétiens de passer d’un témoignage à la face du monde à une tentative de conversion forcée (ou au moins vivement incitée).
 Enfin, dans l’invitation à respecter les autorités, je envie de prendre ici le terme « autorité » dans son sens large, il englobe bien sûr le gouvernement, mais également, dirais-je, tout ce qui fait autorité aujourd’hui, les mœurs, les idées et les connaissances nouvelles. Nous pouvons tout à fait vivre notre foi tout en acceptant de vivre en accord avec la société qui nous entoure. J’irais même plus loin, nous pouvons (et devons sans doute) tenir compte de ces changements dans l’expression de notre foi.

 Il y a pourtant une limite à cette ouverture. Daniel est reconnu comme un « bon citoyen », par les rois auxquels il a affaire. Ils ne trouvent rien à lui reprocher. Pourtant, il se met toujours hors la loi lorsque son respect de la culture dans laquelle il vit devient un obstacle à l’essentiel de sa foi. Daniel est juif, l’essentiel de sa foi, c’est la Loi transmise par Dieu à Moïse, cette loi qui est le chemin de la vie. Aussi quand il devra choisir entre obéir aux ordres du roi et obéir à la Loi de Dieu, c’est toujours à la Loi de Dieu qu’il choisira d’obéir, quel qu’en soit le prix.
 Pour nous chrétiens, l’essentiel de notre foi est dans cette parole de Jésus Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé. » Nous sommes aimés par dieu, tels que nous sommes et cet amour que nous recevons nous appelle à aimer à notre tour nos frères.
 Tout comme Daniel, nous pouvons être parfaitement intégrés à la société dans laquelle nous vivons. Mais, lorsque celle-ci veut nous enseigner autre chose que la grâce de Dieu qui nous aime, sans conditions ni distinctions. Lorsque la société veut nous faire croire que les humains n’ont pas tous la même valeur, lorsqu’elle prône le racisme, le sexisme, le rejet des malades et des handicapés, des jeunes ou des vieux, ou n’importe quelle forme de rejet, parce que nous nous disons chrétiens, disciples du Christ, nous avons le devoir de dire « non » à cette société, de refuser ses valeurs et de lui désobéir.
 Ce devoir de désobéissance s’applique également lorsque la société fonde les relations humaines sur la force et la domination plutôt que sur l’amour. Oui, je sais bien, c’est impossible aujourd’hui d’appliquer l’amour aussi radicalement que Jésus nous l’a enseigné. Aimer ses ennemis, ne pas résister à celui qui nous vole ou qui nous veut du mal, dans le monde dans lequel nous vivons, c’est de la folie.
Autant se jeter dans la fosse aux lions… 
Précisément.

Daniel est jeté dans la fosse aux lions et il en sort indemne.
Daniel savait ce qui l’attendait lorsqu’il a passé outre la proclamation de Darius, il savait qu’il serait jeté dans la fosse aux lions mais cela ne l’a pas empêché d’adorer son Dieu malgré l’interdiction qui lui en avait été faite. Alors Daniel est-il un héros d’un courage exemplaire, peut être… Mais la vraie question est d’où lui vient ce courage ? Et ici, la réponse est, sans aucun doute, de la confiance qu’il place en Dieu.
Ce constat nous amène au troisième message du livre de Daniel, la confiance en Dieu : la foi est source de tout courage
C’est la foi qui nous donne le courage de nous adapter à la société dans laquelle nous vivons. En effet, refuser toute évolution, tout changement est une forme de peur. Accepter que le monde change, accepter, comme le fait Daniel, une autorité nouvelle imprévue, choquante, apparemment contraire à ce qu’on nous avait enseigné jusque là, c’est croire que Dieu agit dans notre histoire, que son action ne se limite pas à ce que nous connaissons, à ce qu’on nous a inculqué, à ce qui, pour nous est acquis… Si nous pouvons vivre en conformité avec le monde moderne, c’est que nous croyons que Dieu y est toujours présent.
C’est également la foi qui nous donne le courage de la patience. Je dénonçais tout à l’heure le passage de l’évangélisation aux tentatives de conversion. Je crois que c’était là l’expression d’un manque de patience et finalement d’un manque de confiance en Dieu. Or, on l’oublie souvent mais la patience demande du courage : les enfants savent bien qu’on peut ne pas avoir le courage d’attendre.
Mais si la foi nous donne le courage de l’adaptation et de la patience, elle nous donne aussi le courage de l’intransigeance.
En effet, la confiance que nous avons en Dieu peut nous donner la force, le courage de dire « non » face à la grande majorité de nos semblables, le courage d’agir selon un modèle radicalement opposé à celui de notre société. Et quel modèle est plus opposé à la loi de la jungle qui sévit actuellement que le modèle d’amour que nous a enseigné Jésus Christ ?
Lorsque nous la vivons pleinement, dans ces moments où nous sommes animés par elle, notre foi terrasse notre lâcheté et nous pousse à refuser ce qui est contraire à la volonté de Dieu pour nous.
Si la foi nous donne le courage du refus, de la désobéissance, c’est pour deux raisons. Tout d’abord, nous croyons que la volonté de Dieu pour nous n’est pas la volonté arbitraire d’un despote tout puissant mais que Dieu nous aime et veut notre bonheur, ainsi, ses commandements sont dans notre intérêt, il nous indique le chemin qui est bon pour nous et il nous donne la force de le suivre.
De plus, comme Daniel, nous recevons la promesse que nous ne serons pas seuls dans notre fosse aux lions et que les lions auront la gueule fermée. Ici, en occident, nos lions s’appellent moquerie, incompréhension, accusation de folie, de manque de réalisme… Eh ! bien ces lions ne nous blesseront pas…

Frères et sœurs, que la confiance que nous plaçons en Dieu, la foi, soit pour nous source de courage. Courage d’accepter des idées nouvelles. Courage de dire non à ce qui est contraire à la Bonne Nouvelle que nous a transmise Jésus Christ notre seigneur.

Amen

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Matthieu 30/04/2007 09:51

Cher  Pasteur,
"Je suis un anarchiste qui traverse dans les clous"... Il me semble que ce sont là les paroles d'une chanson de Georges Brassens. Par contre, je ne connaissais pas la transposition de cette parole aux protestants.

Eric George 01/05/2007 09:16

Merci MatthieuEn fait la citation de Georges Brassens ne vient pas d'une de ses chansons (à ma connaissance) mais d'une de ses déclarations : Je suis un anarchiste qui traverse scrupuleusement dans les clous pour éviter d'avoir à discuter avec les gendarmes. Je ne sais pas si c'es cette citation qui a été transposée (et modifiée dans son sens aux protestants, si au contraire c'est la citation appliquée aux protestants que Brassens a reprise à son sens ou si les deux citations viennent d'une troisième plus ancienne. L'enquête reste ouverte ;o)