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La Passion défigurée

18 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

La passion du Christ, le film de Mel Gibson aura fait couler beaucoup d'encre. Encensé par certains, dénoncé par d'autre, la controverse autour de ce film, lui aura incontestablement profité. Et pourtant, la passion du Christ est avant tout un mauvais film. Mel Gibson filme ce drame humain qu'est la croix comme une fresque épique et c'est là sa plus grande erreur. Ralentis nombreux, musique omniprésente, acteurs choisis pour leur "sale gueule", Mel Gibson nous rappelle sans cesse que nous sommes au cinéma et, avec une maladresse consommée, il ruine son propre message.  En "bon élève" du cinéma hollywoodien, le réalisateur ignore que la suggestion est plus marquante que la démonstration. Ainsi, la violence du film qui se voudrait insoutenable, qui devrait l'être, devient simplement ennuyeuse à force d'être montrée et soulignée. Au bout du compte, on s'émeut plus de la souffrance du tigre battu dans Les deux frères que de celle de Jésus dans la passion... Un comble ! De plus, Mel Gibson nous montre Jésus comme une sorte de surhomme capable de porter une croix que peu d'hommes pourraient soulever après avoir enduré des tortures qui auraient empêché n'importe qui de se tenir debout. Jésus est donc complètement dépouillé de son humanité. Et comme les tortionnaires de Jésus sont eux aussi complètement caricaturaux, il nous est également impossible de nous identifier à eux et nous devenons simplement spectateurs d'une histoire qui devrait nous toucher au plus profond de nous même.
D'un autre côté, peut-être faut il se réjouir que Mel Gibson échoue à ce point dans le message qu'il veut faire passer. En effet, catholique intégriste, héritier du dolorisme médiéval, Mel Gibson veut nous dire dans son film : "c'est par ses souffrances que Jésus nous sauve". Or, ce message est à des lieues de l'Evangile qui nous dit : "C'est en se donnant que Jesus nous sauve". Bien sûr, il va jusqu'au bout de ce don de lui-même dans l'humiliation, la souffrance et la mort, et il n'est pas question de nier cette souffrance. Mais il y a quand même une différence immense entre le Dieu de Mel Gibson, assoiffé de la souffrance du juste et dont le salut sera mesuré au nombre de coups de fouet reçus et à la quantité de sang versée et le Dieu de l'Evangile qui fait don de lui-même jusqu'au bout afin que nous soyons sauvés du mal qui nous tenait dans ses liens.
Certains célèbrent la fidélité du film aux textes. Sans doute devraient-ils relire ces textes. Quelques exemples marquants : dans l'évangile de Luc, Dieu envoie un ange consoler et soutenir Jésus, cet ange, Mel Gibson les remplace par un Satan complètement apocryphe mais assez réussi et qui deviendra omniprésent pendant la Passion (il est d'ailleurs assez troublant que les éléments fantastiques que le réalisateur ajoute à la Passion soient parmi les rares scènes réussies du film).
Il y a aussi la scène finale de la résurrection qui va à rebours de tous les évangiles. Même Matthieu ne montre pas Jésus se relever de la mort et sortir du tombeau mais préfère le montrer vivant auprès de ses disciples, nous disant ainsi sa présence à nos côté. Mel Gibson fait le choix inverse, son Jésus a encaissé tout ce qu'il devait encaisser, à présent il peut se relever et partir vers de nouvelles aventures sans doute. Pour lui, la résurrection n'est qu'un happy end qui ne nous concerne pas...
La plus grande des infidélités reste sans nul doute d'avoir consacré 90% de son film à des tortures auxquelles les récits bibliques ne consacrent que quelques versets. Sans compter les flashback qui sont incompréhensibles à quelqu'un qui ne connaîtrait pas le Nouveau Testament.
Ne reste donc plus de ce film que quelques beaux portraits de femme et une très belle idée : le diable hurlant de rage à la mort de Jésus. Cela reste peu pour un film sur un si beau sujet...
 

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