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La Bible et moi

21 Octobre 2005 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé la Bible. D’abord, c’était les petits récits pour enfants que l’on trouvait dans Pomme d’api ou dans Astrapi, c’était aussi les vieux récits d’histoire sainte que je lisais chez ma grand tante (contrairement à mes grands parents, elle n’avait pas beaucoup de BD dans son appartement de ville). Et je les aimais ces histoires, certes j’aimais aussi les récits mythologiques grecques et je n’affirmerai pas que je percevais la différence entre la vocation de Samuel et les travaux d’Hercule (en fait, je ne m’en souviens pas). Ce que je sais, c’est que ces images sont restée profondément gravée en moi.
Peut-être que ma première vraie rencontre avec la Bible s’est produite quand j’ai commencé à essayer d’en lire le plus possible pour contredire le prêtre qui faisait notre aumônerie, à l’époque je découvrais (effleurais serait plus exact) le foisonnement de visions différentes, la pluralité de la Bible, je commençais aussi à en percevoir le caractère profondément contestataire.
Ma relation à Dieu, à l’Église a varié souvent (et ce n’est sans doute pas fini…) mais mon affection pour la Bible est restée la même, j’aime ce livre et j’aime ses livres, j’aime les recevoir mais aussi m’affronter à eux, les fouiller, les interpréter, me laisser interpeller par eux mais aussi les faire miens, m’en emparer. Je ne suis certainement pas un bon bibliste, mes connaissances en hébreux comme en grec sont trop faibles, peut-être aussi mes présupposés trop nombreux mais toujours est-il que le goût est là.
Je le crois profondément : à travers la Bible, Dieu me parle. Mais la Bible n’est pas parole de Dieu, c’est à dire Dieu n’a pas écrit la Bible. Elle est un ensemble de témoignages qu’à travers des siècles les hommes ont donné de leur relation avec Dieu. Ces témoignages sont inspirés, certes mais ils n’en restent pas moins humains, il ne sont jamais objectifs et toujours empreints de compréhensions, de visions humaines. Dieu merci, la Bible n’est pas un livre désincarné.
Cette foule de témoignages qui se complètent, se corrigent, s’interpellent mutuellement rend, à mes yeux, impossible (et même condamnable) une lecture de type fondamentaliste. Au contraire elle nous pousse à une lecture interprétative de la Bible. Une lecture qui ne se croira jamais arrivée, qui ne croira jamais posséder, comprendre complètement le texte, une lecture qui nous renvoie à un Dieu qui se fait proche mais reste insaisissable.
J’entend souvent la gène ressentie face aux incohérences, aux contradictions apparentes  de la Bible. Pourtant cette multiplicité de témoignages divers est, à mes yeux, ce qui donne à la Bible toute sa valeur. D’abord, parce que je me conduis un peu comme un détective de roman policier qui se méfierait d’un témoignage trop construit, trop cohérent : en effet un tel témoignage semble toujours préparé et viser à quelque manipulation. Par son foisonnement, par ses faiblesses, par son refus de lisser les différences théologiques, la Bible échappe à cette accusation.
De plus, ce livre, ses livres ne prétendent pas penser à notre place mais nous demandent l’effort et le risque d’une interprétation. La Bible s’adresse à notre intelligence, elle ne nous demande certainement pas de la mettre en veilleuse.
En même temps, elle nous empêche d’enfermer Dieu dans nos définitions. Si je m’appuie sur tel verset pour affirmer que Dieu est comme ça, un autre viendra me rappeler que Dieu n’est pas que cela. Si la Bible était un ensemble de dogmes cohérents, elle ferait de Dieu une abstraction mais recueil de témoignages variés, elle montre bien qu’Il est vivant.
J’aime la Bible parce qu’elle sera toujours nouvelle.

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Eric 23/10/2005 19:55

Cette pluralité, j'essayais de la rendre par ce livre, ses livres, (ce qui n'était pas une faute d'orthographe). Mais la Bible-s, j'aime bien aussi...

didier 23/10/2005 10:35

Moi aussi j'aime la bible-s. Elle est plurielle même si nous l'oublions parfois. plurielle par le nombre d'auteurs, la grande diversité des situations, des théologies et ses réécritures successives...Mais je n'ai pas eu la chance d'y tomber dedans tout petit. Mon milieu d'origine est plutôt éloigné du monde biblique, juste une religiosité vague surtout au moment de Noël. Pour moi, la découverte de la Bible-s est une grâce. rien ne me prédisposait à en devenir un passionné! Aujourd'hui, j'aime la lire et la relire avec différentes lunettes. Elle ouvre en moi un monde insiupçoné et me pousse à partir toujours plus en exode. En cheminant à ses côtés, je vais vers moi-même. elle ouvre en moi des chemins nouveaux et anciens, ceux que je ne voulais plus voir...Lire la Bible-s engage notre être et peut-être est-ce là le plus difficile...

gaspard angeleri 22/10/2005 15:47

Puisque vous êtes d'Evreux, vous accepterez sans doute de lire la lettre suivante, adressée à celui qui fut l'évêque catholique d'Evreux, lorsqu'il fut destitué par le Vatican, Mgr Gaillot
Cher Jacques,
Tu dois être en train de recevoir des centaines, des milliers de lettres. De soutien pour la plupart, je suppose. La mienne risque de ne pas ressembler aux autres; j'espère que tu l'agréeras.
En toute logique je devrais m'abstenir de commenter la sanction qui te touche puisque rationaliste, libre penseur et athée, je reste étranger à ce qui n'est, au fond qu'une "affaire de famille". Je ne peux même pas me réclamer d'une proche origine catholique, mon arrière-grand-père paternel s'étant dépéché de sortir de l'Eglise de Rome en 1859 pour rejoindre le protestantisme, après avoir, en cachette, lu la bible.
Je réagis tout de même à l'événement car certaines de mes vues rejoignent les tiennes au plan moral et social et ta personnalité a gagné ma sympathie.
La décision de Rome à ton encontre me paraît normale. Je me demande seulement pourquoi elle a tant tardé à tomber. Le Vatican possède son éthique, sa doctrine, sa dogmatique. Tes prises de position vont à l'encontre de bien des points essentiels de cette politique. Pourquoi un régime autocratique accepterait-il parmi ses cadres un dissident? Aucune dictature ne tolère pareille situation. Le potentat du Vatican est allé jusqu'au bout de sa logique; qui pourrait le lui reprocher? Il n'a, cela me paraît évident, que trop attendu pour se montrer cohérent avec lui-même.
Quelqu'un a dit : "Mgr Gaillot chante faux dans le choeur de l'Eglise". La formule me semble vraie, à condition d'en inverser les termes. Ta place n'est plus dans ce concert, tu chantes trop bien.
L'Eglise de Rome t'a éloigné d'elle d'un pas. Pourquoi ne pas en franchir un autre et en sortir complètement? Ta présenc détonne dans cette "Babylone". Le Ciel, en lequel tu crois, ne te fait-il pas entendre "cette autre voix" qui crie: "Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin de ne point poarticiper à ses mauvaises actions" (Apoc 18/4)?
Je te souhaite un avenir fécond au service de ceux que tu aimes, les humbles, les exclus, les déshérités. Au nom des plus innocents d'entre eux, les enfants qui meurent faute de nourriture ou de soins (une quinzaine de millions chaque année, comme tu sais), je te dédie ce quatrain que m'a inspiré leur drame et que je me permets de proposer à ta méditation :
Pour les petits enfants démunis de tout bien
Qui périssent de faim ou de tuberculose,
Honte soit aux humains qui ne font pas grand chose
Mais honte soit surtou à Dieu, qui ne fait rien.
Avec un cordial salut,
Gaspard